I. Sources: p
QUATRIIIME PARTIE
A l'exception du demi-gros, toutes ces pièces sont aujourd'hui de la plus grande rareté. Nous parlerons p. 1326 des monnaies émises, par Casimir et ses successeurs, pour la Ruthénie.
Après la mort deCasimir, Lou is !«' d'Anjou, roi de Hongrie (1370- 82), fut proclamé roi de Pologne. Il eut sa résidence à Bude et ne fit, dans son second royaume, que de rares et courtes apparitions. Aussi ne connaît-on de lui que des deniers à l'L couronnée et des oboles à la fleur de lis et à l'aigle; ses monnaies russes sont plus intéressantes. Louis mourut en 1382. Sa fille aînée, Hedwige (1484-86), appelé, à lui succéder en Pologne, se fit attendre deux ans avant de venir à Cracovie. En février 138e, elle épousa le grand-duc de Lithuanie, Jagiello, baptisé sous le nom de Ladislas, et apporta ainsi à la maison des Jagellons la couronne de Pologne. De son règne, qui durait dix-sept mois, nous n'avons que des deniers anonymes, portant l'écusson d'Anjou et provenant, les uns de l'officine de Cracovie (I^ aigle), les autres de Posen (I^ clefs en sautoir).
Dans les premières années du gouvernement de Ladislas Jagiello (i 386-1434), la Monnaie de Cracovie ne fournissait que des deniers du plus bas aloi. La frappe du kwartnik recommença en 1393, mais bientôt sa dépréciation devint si forte qu'au lieu d'un demi-gros, il ne valut qu'un sixième; on l'appelait \q petit kipartnikÇûg. 185 9) ou tr^eciak (pièce de 3 deniers). Son avers porte l'écu des Jagellons : une croix à double traverse, celle que Ladislas, lors de son baptême, avait admise dans son
Fig. 1859 Fig. 1860
blason. La lettre qui se voit au-dessus de l'écusson, est l'initiale d'un nom ou prénom de maître d'atelier.
Une monnaie meilleure, de la valeur du demi-gros, parut en 1399 et put se maintenir jusqu'en 1413. C'est le coronat (i\g. 1860), dont l'émission coïncide avec la suppression du kwartnik. En 1422 et M 50, le roi promit aux Etats de ne plus monnayer sans leur consentement. Détail curieux, on a retrouvé un gros de Prague, très usé, du roi Wenceslas III, pièce contremarquée de l'aigle de Pologne pour en autoriser la circulation dans le royaume (fig. 1861).
Ladislas III (1434-44), célèbre par sa conduite héroïque et sa mort à la bataille de Varna, n'a frappe que des deniers de bas aloi. Les amateurs de monnaies polonaises sont forcés de rechercher ses
Ly\ POLOGNl-
pièces hongroises, où l'écu de Pologne-Lithuanie et l'aigle polonaise tiennent une grande place.
Le frère cadet de Ladislas III, Casimir Jagellon (1444-92), était, au moment de son élection, grand-duc de Lithuanie et ne prêta serment qu'en 1453. L'année suivante, les Prussiens, fatigués du joug des chevaliers de l'Ordre teutonique, s'en affranchirent et vinrent se placer sous la protection du roi. Casimir accepta leur soumission et permit aux villes de Danzig, Thorn, Elbing et F'g.
Kônigsberg de frapper monnaie
tant que durerait la guerre; la paix rétablie, seules Danzig et Thorn continueraient d'user de ce privilège. En même temps, le roi se réserva le droit de monnayer à Thorn pour son propre compte. La guerre dura jusqu'en 1466. Il existe un grand nombre de pièces frappées en Prusse sous le règne de Casimir: monnaies de Danzig, Thorn, Elbing; aucune de Kônigsberg, où les derniers grands-maîtres de l'Ordre avaient fixé leur résidence. Nous les décirons plus loin (p. 1332).
Les demi-gros polonais, émis à Cracovie depuis 1456, portent l'aigle avec la légende + MON ETA + KAZIMIRI; au revers, la couronne avec + REGIS POLONIE et certaines lettres monétaires ou bien les armes (une rose) du trésorier Pierre Kurozwiencki (1479-99).
Cette fabrication s'est continuée sous Jean-Albert (1492-1501), dont les pièces, toujours frustes, et très communes, portent -f- MON ETA + I + ALBERTI. Après 1499, la rose du trésorier défunt est remplacée par un O. Les petits deniers coronats du règne sont en cuivre presque pur.
On retrouve les mêmes espèces au nom d'Alexandre Jagellon (1501-1506), plus un gros pour la Lithuanie, sur lequel le prince s'appelle R(ex) POLONIE. Son florin d'or a.M type de saint Stanislas a été publié au xviii'' siècle, mais on ignore ce qu'il est devenu, et les exemplaires qui surgissent de temps à autre sont des contrefaçons modernes.
§ IL — Villes de Polocrne.
Fraustadt (Wsc/iowa) '. — Cette cité reçut son privilège monétaire
I. Kirmis, Mâiii£cschichte der Stadt Fraiisladl. Berlin, 1885. — Friedensburg, Schk' siens Mnnr^geschkhte, t. II, 209.
des Piastes de Silésie (Jean de Steinau) au commencement du xiv« siècle; l'autorisation fut renouvelée en 1404 par le roi Ladislas, et il existe des deniers de Fraustadt, du xv'= siècle, avec la double croix des Jagellons.
Posen. — Un denier à la tête de profil (POZNA) et avec un grand p dans le champ du revers (DENARIVS) remonte au xiv« siècle, c'est-àdire à l'époque où Posen faisait partie de la Silésie. L'an 1410, Ladislas permit à la ville de frapper des deniers sur le modèle de ceux de Cracovie. Ils sont très rares; on les reconnaît aux clefs en sautoir (armes de Posen) et à la lettre p. Du règne de Louis d'Anjou ou de la reine Hedwige(p. 1324), on a les mêmes pièces, aux clefs et aux armes d'Anjou.
§ IIL — La Ruthénie (Russie rouge).
Casimir le Grand s'empara de la Ruthénie, dont la capitale était Lwow. Des monnaies spéciales furent alors frappées pour circuler dans le pays: le kwartnik d'argent et le petit denier de cuivre. Le royaume de Pologne n'eut de numéraire en cuivre que trois siècles plus tard.
Le type du kwartnik est le lion de la Russie rouge. Le demi-gros, à la légende + REGIS: POLONIE* K, porte un K couronné dans un quatrefeuilles. I^ Lion debout et + MONETA: DO(min)|. RVCZIE- K. Sur le denier de cuivre, il n'y a qu'un K couronné et, au revers, la couronne royale.
Louis I^'', en 1377, joignit la Ruthénie à la Hongrie; voilà pourquoi, sur ses monnaies russes, il ne prend pas le titre de roi de Pologne. Son demi-gros met une L à la place du K, et la légende de l'avers est : + LODVICl: R: VNGARIE. Au revers (MONETA RVSSIE), on voit un lion courant. Son denier de cuivre est pareil à celui de son prédécesseur, l'initiale exceptée. En même temps, le gouverneur delà Ruthénie, Ladislas, duc d'Oppeln, fit frapper à Lwow des demi-gros et deniers, d'abord au nom du roi, ensuite à son propre nom :
1) L couronnée. + LODVICl- R- VNGRiE.
I^ Lion. + WLADISLAVS DVX.
2) W dans un quatrefeuilles. + WLADISLAVS DVX.
I^Lion. MONETA RVSSIE.
Peu après, le grand-duc de Lithuanie, Witold (1392-1430), qui possédait une partie de la Russie rouge, ordonna la fabrication de monnaies semblables à celles qu'il faisait frapper à Wilna, au type du fer de
LA POLOGNE I^'îy
lance près d'une croix ou d'une épée. Au revers, elles portent le mot nEHATb (sceau).
Sous Ladislas Jagiello (1386-1434), l'atelier de Lembergémit des demi-gros au lion, dont la légende est tantôt + MON ETA RVSSIE, tantôt 4- MONETA LEMBVR. A cette époque, la Ruthénie jouissait d'une certaine indépendance, mais qui diminuait d'année en année, et qui disparut complètement à la mort du roi. Ladislas III en fit une province polonaise.
§ IV. — Grand-duché de Lithuanie.
Jusqu'au commencement du xvi^ siècle, la Lithuanie n'avait d'autre numéraire que des roubles, c'est-à-dire des lingots, ajustés et incisés de façon qu'on pût les dépecer facilement. Le mot rubl signifie coupure. Ils portaient une marque d'origine: soit les armes du grand-duché, un cavalier (jjogon), soit le nom et le poinçon du magnat qui les avait fait fabriquer.
Les premières monnaies frappées sont des deniers anonymes attribués avec beaucoup de vraisemblance au grand-duc Kiejstut (1381-92). Elles ont pour types le cavalier et des colonnes, armes de la maison des
Fig. 1862 Fig. 186}
Jagellons. Ces colonnes forment une espèce de portique, sous lequel on distingue souvent la lettre K, initiale du nom propre (fig. 1862-1863).
Au grand-duc Witold (1392-1430), on donne les pièces qui portent une croix traversée par un fer de lance, et la lettre V. désignant le prince lui-même ou l'atelier de Wilna. Des monnaies semblables ont été émises en Ruthénie, où Witold combattait les Tartares, et l'on a signalé des pièces mongoles, sur lesquelles, pour en autoriser le cours, il avait fait apposer une contremarque à ses armes, les colonnes.
Le prince Korybut, baptisé dans le rite oriental sous le nom de Dimitri, était le frère de Jagiello. Il reçut de son père le gouvernement de Nowogrod-Volhynie et, dans son blason comme sur ses coins monétaires, employait la langue russe. La petite monnaie qu'on a de lui, porte à l'avers une légende tatare, au revers le nom du prince, KOPHByib, autour d'une croix.
aUATRILMP. PARTIi:
Après l'avènement du premier Jagellon au trône de Pologne, on ne trouve plus de pièces lithuaniennes en dehors de celles frappées sous Jean-Albert (1492-1501) par son frère, le grand-duc Alexandre. Le
Fig. 1S64
gros au cavalier (fig. 1864) et aux légendes ALEXANDER: D:G: R: POLONIE: — MON': NO': MAGNI: DVC: LITVANI n'existe qu'en un seul exemplaire; mais le demi et le denier d'argent au même type se rencontrent plus souvent.
Duché de Masovte.
La Masovie (capitale: Plock sur la Vistule), enclavée entre la Pologne, la Lithuanie et les possessions de l'Ordre teutonique, avait des princes indépendants, dont deux nous ont laissé des monnaies. Ce sont:
•Ziemowit III, fils de Troyden (13411 381). 'Ziernowit IV (1379-1436).
On attribue au premier le demi-gros qui porte une grande 5 dans un quadrilobe et dont la légende + MONETA* SEMOVITI se complète au revers par + DVCIS- MAZOVIE (type:
l'aigle polonaise). Au second, on donne un demi-gros analogue (fig. 1865) avec + DVCIS- SEMOVITI au revers, l'aigle étant entourée du nom d'atelier: -f MO- NETA : PLOCEUisis), Plock.
Sous le règne de Louis d'Anjou, Ladislas, gouverneur de la Russie rouge, fit frapper à Wielun (près de Kalisch) des deniers aux légendes MONETA WELV(nie) CI (type: les armes de la ville, une tour) et DVCIS VLADISLAI (aigle).
En 1526, le duché fut réuni à la Pologne.
Fig. 186;