‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 4)Chapitre 126 sur 183 · L ESPAGNE I34I · texte numérisé non relu

L ESPAGNE I34I

Vagnus dei (fig. 1880), frappés pendant la guerre de Portugal et l'invasion du duc de Lancastre. Mais de sa femme, Béatrice, il existe un gros d'argent (unique), représentant le buste de la reine et portant l'inscription : BEATRICIS: DEI : GR: REGINA: CASTELE: E POR. Henri III (1390-1406) ajoute aux types du réal une grande couronne surmontant

Fig. 1879

Fig. I

les lettres HEN. La légende XPC. VINCIT. XPC. REGNAT, tracée autour, se raccourcit sur les fractions, si bien que le quart de réal n'a plus que XPC. VINCIT. XPS. Des coronats de billon portent les quatre lettres ENRI ou LEON dans les cantons de la croix.

Nous venons de constater que la grande médaille d'or au nom de Pierre n'a pu être frappée que sous Henri III; il en existe une pareille, de Jean II (1406-54), au même poids (45 gr.) et de même dimension (68 mm.), équivalant à 10 doblas. On y voit l'écu de la Bande penché sous un énorme heaume à la couronne murale de Castille. Mais la pièce la plus extraordinaire du règne de Jean II est celle de 20 doblas, un cavalier d'or (fig. 1881), pesant 90 grammes et mesurant 93 millimètres. Sur l'une et l'autre, le titre DOMNVS précède le nom du roi; l'écusson que tient le cavalier est celui de l'ordre de la Bande. Il va de soi que de tels morceaux d'orfèvrerie, quoique parfaitement adaptés, sous le rapport des types et du poids, au système monétaire en usage, n'étaient pas faits pour la circulation et qu'il s'agit de bijoux monétiformes destinés à servir de pendants de cou.

Depuis 1442, Jean II frappe toute une série de pièces à l'écu de la Bande: la dobla d'or en deux variétés: une première avec REX LEGI du côté de l'écusson, une autre (fig. 1882) avec REX CASTELL E LE. Même un billon, la blanca nueva, porte ce type. Sur le réal au buste, le roi s'appelle lOHANES SECVNDVS; du réal âux lettres JOHN sous une couronne, on a aussi le demi et le quart. La vieille légende dominus michi adiutor etc., y reparaît quelquefois, formant deux cercles concentriques. Comme sous Pierre le Cruel, un quart de réal ne présente, exceptionnellement, que les tours de Castille et le lion. Quant au billon, on trouve aussi le blanc à l'agneau pascal et à l'Y couronné.

La numismatique d'Henri IV (1454-75) ne le cède à celle de son prédécesseur ni en beauté ni en variété. Sur ses pièces d'or, le roi est

Fig. 1881

LESPAGNE

assis de face, et son trône est une chaise gothique à dossier (silla alta), rarement une simple banquette (silla baja). A ses pieds, un lion couronné ou non. Souvent, la figure du prince est encadrée dans un quadrilobe. Ces monnaies commencent parle demi-henri d'or, pour s'élever graduel-

Fig. 1882

lement au Henri d'or et aux pièces de 2, 5, 10, 20, 50 Henris d'or. Cette dernière, de 90 millimètres, pèse 229 grammes; c'est la plus lourde de toute la série espagnole. Selon la coutume, le prince ne prend à l'avers que le titre de roi deCastille et au revers son double titre, mais avec le numéro d'ordre: ENRICVS QVARTVS (ailleurs QARTVS, CARTVS. etc.). L'exemplaire que nous reproduisons (fig. 1883) est la pièce de 10 henris. A côté de ce type réservé à l'or, nous en voyons plusieurs autres : la dobla de la Bande, celle aux armes des deux royaumes, avec la légende

Fig. 1883

XPS. VINCIT etc. au revers, et une demi-dobla au roi assis, dont le revers porte, comme le billon, les armes écartelées dans une bordure carrée.

Le réal d'argent ne change pas d'aspect. Il conserve le buste couronné, de profil à gauche, et H EN sous une couronne (EN sur le demi); son quart est la pièce devenue populaire sous le nom de qiiartillo et valait 4 maravédis. Parmi les monnaies d'appoint, nous revoyons le blanc de la Bande et beaucoup de grands blancs au buste couronné de face.

Les monnaies frappées par Alfonse (1465-68), prétendant au trône et

proclamé roi, à Avila, contre son frère Henri IV, n'ont que des types connus. C'est \e cavalier d'or, c'est l'A sous une couronne (sur les espèces d'argent), le blanc de la Bande, et le buste couronné de face sur des grands blancs identiques à ceux que nous venons de citer. Le roi Alfonse V de Portugal qui, après la mort d'Henri, fît valoir pendant quatre ans (1475-79) ses droits à la couronne, n'a laissé qu'un gros d'argent, sur lequel, autour de l'écu de Portugal, on lit son nom suivi du titre de REX CAST.

Nous arrivons aux Rois Catholiques, Isabelle ue Castille (1474- 1504) et Ferdinand V d'Aragon (1474-1516), qui terminent la numismatique médiévale de l'Espagne et inaugurent l'époque moderne. Une grande pièce d'or, du poids de 70 grammes, se place sur la limite même du moyen âge et de la Renaissance, car ses légendes, en lettres gothiques à l'avers, sont déjà écrites en lettres romaines au revers. Elle représente les bustes affrontés du roi et de la reine et, dans un cadre orné du verset: sub umbra alarum tuarum prote(ge me), l'écusson de Castille- Aragon soutenu par une aigle. Le chiffre XX indique que la pièce valait 20 ducats.

Les bustes en regard sont le motif principal des monnaies d'or d'Isabelle et Ferdinand, toujours accompagnés des paroles bibliques: quos deus coniunxit homo non separet (Évangile selon saint Marc, x, 9). Mais la demi-dobla reçoit aussi un autre type, l'F couronnée et, au revers, l'Y couronné, comme le quart de réal. Le réal d'argent, s'il n'a pas un décor purement héraldique, porte les lettres FY couronnées, avec l'inévitable quos deus. Sur le billon, les deux initiales jouent un rôle prépondérant, mais la vieille légende dominus michi adiutor s'y installe de nouveau autour de l'écusson. Les variantes de ces pièces (Jblanca, demie et quart) ne se comptent pas.

Le 13 juin 1497,168 Rois Catholiques abrogèrent, par l'ordonnance de

Médina del Campo, le système monétaire en usage. Voici, d'après Cam-

pa.ner (Indicador manual, p. 435), les chiffres et marques des ateliers

qui ont fonctionné pour les rois de Castille. Les noms des sept ateliers

les plus actifs sont imprimés en italiques'.

A, Avila? M couronnée, Madrid

B. BS Burgos MVR. Murcie?

G, CA Cuenca P et P couronné, Palencia? ^

CA et calice, Coruna S, SE. SevtUe

O, g Guadalajara? T. TO. Tolède

G. Grenade V, Villalon?

lAEN. Jaen VA. Valladolid?

L, Léon aqueduc, Segm^a

M, Madrid coquille, CoruHa

M, M.idrigalPMcdina del Campo? écuellc, Cuenca

L^ESPAGNË 134^

§ II. — Royaume d'Aragon.

Les monnaies de billon de Pierre IV (1335-87) ne se distinguent de celles de ses prédécesseurs Jacques I"^'" et Jacques II que par le nom propre du roi. Ce sont le coronat (coi'nado) et le demi-coronat au buste de profil et à la croix patriarcale. D'un grand blanc aux mêmes types, il n'existe plus que le piéfort. Mais les premiers florins d'or au lis datent de ce règne. Leur légende est: + ARAG-0 REX P. On y a relevé les différents les plus variés (tour, casque, épée, couronne, rose, écusson, un C qui est la marque de l'atelier de Saragosse), et même le detniflorin et le quart sont retrouvés. Jean I*^"" (1387-96), Martin (1396izjio) et Ferdinand !<='■ de la maison de Castille (1412-ié) n'ont d'autre monnaie que le florin d'or et son demi, reconnaissables aux seules initiales du nom royal (|0. M, F)-

Sous Alfonse V (1416-58), nous voyons à côté du florin (A, AL, ALF) un coronat de billon, qui donne au roi le titre de rex Aragonum Valen(iiae). Mais le monnayage d'Aragon prend un aspect nouveau sous Jean II (1458-79), dont le règne a laissé des traces non moins profondes dans la numismatique castillane. A l'exception d'une pièce d'or encore unique, le timbre d'or, qui représente Jean II debout et, au revers, imité d'un coin d'Alfonse V pour Valence, l'écu penché sous un heaume, toutes les monnaies de ce roi, or ou argent, ont pour types le buste couronné de face, armé d'un sceptre, et l'écu paie d'Aragon. En même temps, les titres se multiplient, et le mot Aragonwn est suivi des initiales de quatre autres royaumes : Navarre, Sicile, Valence et Majorque. Si le dei gracia est suivi d'un C ou de CA. CAR, la pièce a été frappée à Saragosse.

Les changements apportés aux types aragonais par Pierre de Portugal (PETRVS QVARTVS, 1464-66), prétendant au trône, ne sont que des innovations de second ordre. Sur les monnaies d'or de Pierre, extrêmement rares, des bordures gothiques entourent le buste royal et l'écu paie qui devient une targe cordiforme. Deus in adiutorium meum intende en est la devise. Écusson, bordure et légende ont été copiés par le successeur de Pierre, René d'Anjou (RENATVS PRIMVS, 1467-70), dont on a le ducat, le demi-ducat et le quart. Quant aux monnaies de Ferdinand, seules les pièces d'argent à la tète de fiice et un billon (1^ croix patriarcale) sont antérieurs à la réforme de 1497.

âUATRlEME PARTIE

§ III. — Royaume de Faïence.

En 1238, Valence, jusque-là au pouvoir des Mores, fut conquise par Jacques !<='■ (1238-76), et bientôt le royaume tout entier était incorporé à la couronne d'Aragon. Les deniers (réaux) et oboles de Jacques qui ont au revers VALENCIE et une croix à long pied, dont la traverse est figurée par des feuilles, appartiennent encore à l'ancien système et représentent la tête couronnée du prince (lACOBVS REX), de profil à gauche. Avec Don Martin (1396-1410) et Fernand I<^'' (1410-16), c'est le buste couronné de face qui apparaît sur le gros d'argent, dans une bordure d'arcs de cercle, et ep même temps le mot VALENCIE est régulièrement suivi de MAIORICARVM. Le revers de toutes les pièces d'or et

d'argent de Valence porte l'écu aux trois barres droites, renfermé dans un losange et coiffé d'une couronne (fig. 1884). Sur une grande monnaie d'or d'Alfonse V (1416- 58), l'écu casqué se substitue à l'effigie Pi„ ,884 du roi. Cette pièce, pesant 24 grammes,

est connue sous le nom de Timbre de Valence. On connaît aussi le demi-timbre (ou demi-casque). Seuls, les deniers de billon conservent le buste couronné à gauche et la croix feuillue qu'on appelle « arbre de Valence », c'est-à-dire les vieux types de Jacques ^^ Jean II (1458-79) ne semble avoir frappé que des gros et demi-gros, et les pièces d'or des Rois Catholiques sont toutes postérieures à la réforme monétaire.

§ IV. — Comté de Barcelone.

Nous avons vu (p. 439) Jacques I^r (1215-76) inaugurer une nou-

Fig. 188; • iR '•"'S6. Pierre III (127I' S.)

vellecre du monnayage catalan, en prenant pour type le buste couronné.

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