‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 4)Chapitre 23 sur 183 · III · texte numérisé non relu

III

(fig. 1652), pareil à ceux de Robert de Genève, et du gros tournois conservant autour du châtel la légende TVRONVS CIVIS des mon

Fig. 1652

Fig. 16;}

naies royales de France. On connaît aussi le double dt billon avec l'in scription CAM-ERC en deux lignes. '

Le successeur de Gérard, Jean IV de Serclaes (i 378-1 589), semble ne pas avoir monnayé ; la numismatique cambrésienne du moyen âge] entre définitivement dans sa période de déclin, \

André de Luxembourg (1390-1396) n'a battu que de menues ^ espèces de billon portant un écu à ses armes (fig. i6j}). C'est la pre- j mière fois qu'un évêque de Cambrai emploie son blason personnel et î son nom de famille : ANDRIV DE LVCEBOVRT. !

Sous Pierre V d'Ailly (1598-1412), la production monétaire est | tout aussi pauvre. Une seule pièce est attribuable à ce prélat, une sorte ; dQ plaque zhdiVghQ d'une aigle nimbée, profilée à gauche et encadrée dans ' des équerres et des arcs de cercle. '

Jean V de Gavre (1412-1439) adopte le système des drielanders \ que le duc de Brabant, Jean IV, devenu comte de Hainaut et de Hollande, j venait de créer, le 17 février 1420, dans le but d'établir l'unité moné- ; taire dans les trois pays [dry landen en néerlandais) soumis à son autorité. Ce système, sur lequel nous nous étendrons davantage en i parlant des comtes de Hainaut, est représenté dans la numismatique 1 cambrésienne par des drielanders, des demi-drielanders et des b liions

Fig. 1654

noirs servilement copiés, figurant deux écus penchés l'un vers l'autre j dans une bordure fleurdelisée (fig. 16^4). Un seul drielander fait ^ exception, les écus, l'un aux armes de Cambrésis, l'autre à celles de

Gavre [d'or au lion de gueules, à la bordure engrêlée de 07i!{e pointes de sable), y étant séparés par une crosse.

On sait qu'à côté de ces monnaies d'argent, Jean de Gavre frappa des anges et demi-anges d'or, dont aucun n'a reparu jusqu'à présent.

Jean VI de Bourgogne (1459-1480), malgré son long règne de quarante ans, n'a pas exercé ses droits monétaires. Son successeur Henri de Berghes (1480- 1 503) est le dernier évêque dont nous ayons à nous occuper. On parle de ses ducats d'or de 38 patars, qui ne sont pas encore découverts; mais on possède une série d'argent complète, reproduisant le type des monnaies contemporaines des Pays-Bas. Ces pièces portent un écu écartelé aux armes de Cambrésis et de Berghes: coupé au i^r parti de Brabant et de Berthoud qui est d'or à trois pals de gueules, au 2^ de Bautersem qui est de sinople à trois macles d'argent.

Fig. 165s

Au revers, l'évèque inscrit des maximes tirées des livres saints : avarus non implebitur pecunia (fig. 1655), «/^// iniquius quam amare pecuniam ou encore noli laborare ut diteris.

§ VI. — Seigneurie d'Elincourt (comtés de Saint-Pol et de Ligny) '.

Elincourt en Cambrésis fut acquis en 1 joo par Gui IV, comte de Saint-Pol (1300-13 17), qui y établit aussitôt un atelier monétaire. Située sur terre impériale, cette seigneurie échappait à la juridiction du roi de France et permettait l'exercice d'un monnayage non soumis au contrôle du roi, quoique en concurrence avec la monnaie française.

De Gui IV, nous connaissons toute une série de pièces : le denier à la gerbe (fig. 1656) des anciens comtes de Saint-Pol en Artois (p. 502) ; le même et son 0^0/e à la légende MONETA- SANTI • PAVLI ; un petit gros

I. RigoUot, Mém. sur les monnaies des comtes de Saint-Pol dans la Rev. numism. de 1850. — Poey d'Avant, t. III, p. 418.

au cavalier, portant cette curieuse inscription locale: MONETA RECTA DE ELINCOVR — GVIDO COMES SCI PAVLI ; un gros à l'aigle avec, aurevers, les mots AVE MARIA GRATIA en légende intérieure (fig. 16J7);

Fig. 1656

Fig. 1657

un gros au portail (fig. 1658), copie de ceux de Jean I" de Namur; un coquibus de billon imité du type cambrésien, enfin une pièce de billon qui a toutes les apparences d'une monnaie bretonne (fig. 1659), le champ étant occupé par l'échiquier de Dreux écartelé de Limoges. I

Fig. 1658

Fig. 1659

Cette dernière imitation s'explique par le mariage (en 1 292) de Gui IV de Saint-Pol avec Marie, fille du duc de Bretagne.

Marie survécut à son époux jusqu'en 1^39. Elle conserva, sans doute à titre de douaire, la seigneurie d'Elincourt et fit frapper, à son propre nom, des petits gros au lion flamand, avec MARIE DE BRETAGNE

Fig. 1660

Fig. ié6l

(fig. 1660), des gros liégeois à l'aigle (fig. 1661) et des doubles deniers

où figurent une aigle et la légende w râuj en deu.x lignes. En même

temps, Marie de Bretagne contrefaisait les espèces françaises; le roi, par lettres du mois de décembre in?» lui fit prendre l'engagement de

« faire faire sa monnoye, en son chastel d'Elincourt, de telle sorte qu'elle « serait différente » de celle de France.

Après la mort de Marie, la seigneurie d'Elincourt fit retour aux comtes deSaint-Pol. Jean de Châtillon (1317-1 J44) y continuale monnayage. On possède l'essai (en argent) d'une pièce qui devait être une sorte d'écu d'or; les armes de Jean y tiennent l'avers, et la légende du revers

Fig. 1662

dit en français mélangé de latin: MONETA DELINCOVRT FET : EN FRANS ARLEVS (fig- 1662). De son fils et successeur, Gui V, nous n'avons absolument rien.

La période pendant laquelle la seigneurie, avec les comtés deSaint-Pol et de Ligny, appartenait aux princes de la maison de Luxembourg, fut la plus florissante au point de vue numismatique.

Fig. 1663

Gui VI de Luxembourg(i36o-i 571) a (rappc un grand mouton d'or (fig. 1663), deux francs à cheval Siux noms des quatre évangélistcs, dont l'un anonyme (fig. 1664; un f-anc à cheval semblable porte le nom de l'évoque de Cambrai, Pierre André, p. 1072), l'autre avec COM ES DE LINI ET S. PA(u)Ll5 et plusieurs variétés de francs à pied en or. En argent, nous possédons son gros au lion, imité de celui de Louis de Crécy (fig. 1665) et portant en toutes lettres: Guido de Lusoib(urgo); de même son demi-botdraeger (MONETA DE SANT POL),

pareil à celui de Louis de Mâle, quelques deniers noirs au lion debout, etc.

Fig. 1664

Le nom de Walerand (1371-141 5) figure sur quatre pièces d'or différentes : un grand mouton, copie servile de celui de Jean III de Brabant, un mouton, un franc à pied (fig. 1666) au type français, puis un noble d'or (fig. 1667) imité des pièces anglaises jusque dans sa légende : € XX GO WALL6RD î D6I S GRA 5 COM ï D€ 2 LYN6I0.

Fig. 1665

En argent, Walerand imite les blancs de Charles V en y plaçant un grand W gothique dans le champ. Sous son règne, le titre de comte de Z^'g-n/ efface celui de Saint- Pol, qui ne reparaît plus sur aucune monnaie. Le nom de l'atelier d'Elincourt se lit sur un gros au lion (fig. 1668),

Fig. 1666

et l'existence de la piccecst prouvée par d'autres documents, car l'imitation systématique de ses coins provoqua de la part du roi de France de tro-

quentes réclamations. En 1376, des lettres royales nous apprennent qu'un orfèvre nommé Guesclin le Charpentier a taillé pour Walerand « frans à pié et à cheval, moutons et blans sur la forme, figure et « grandeur des nostres, excepte' que en yceulx est escript le nom de « nostre dit cousin ». En conséquence, Guesclin est détenu à Paris.

Fig. lééy

Le 7 mars de la même année, l'officier qui tenait le compte de la monnaie de Saint-Quentin est destitué, parce que « // auoitesté maistre de la « monnoie d'Elincourt en laquelle l'en avoit contrefait par plusieurs « fois les monnaies du Roy ».

Fig. 1668

Philippe de Saint-Pol (1420), plus tard ducde Brabant, fit frapper des fiorins d'or au saint Pierre, au type de l'alliance rhénane, et simultanément, à Ruminghem (Artois) et à Elincourt, des chaises d'or (klinkaerts) pareils à ceux que Philippe le Hardi fabriquait à Malines, Philippe le Bon à Namur et à Gand, Jean IV de Brabant à Maestricht. De même, son atelier d'Elincourt fut chargé de la frappe des cromsteerts de 2, I et un quart de gros.

Le dernier seigneur qui ait monnayé à Elincourt fut Jean III de Luxembourg (1430-1440), comte de Ligny, petit-fils de Gui VI. On a de lui des écus d'or au buste de saint Pierre imités des pièces brabançonnes ; le saint tient l'écu au lion brisé d'un lambel, et le revers porte la légende pieuse jpax xpi maneat semper nobiscum. Les pièces d'argent ne sont que la reproduction de types bourguignons : cromsteerts, demicromsteerts, quarts de cromsteerts et billons noirs à Técu.

io8o

§ VII. — Seigneuries de Crèvecœur et d'Arletix.

Vers 131?, Robert de Béthune remit à son neveu Jean de Flandre les seigneuries de Crèvecœur et d'Arleux. Jean établit dans les deux localités des ateliers monétaires. A Crèvecœur, il frappa de petits gros au cavalier, MONETA NOVA CREPICORDI- A Arleux, ses émissions sont plus variées ; on y trouve, en dehors des petits gros au cavalier (MQUET K NOVA DE ARLEVS)j Vesterlin anglais à la tête de face, et des deniers

Fig. J669

de billon au type insolite d'un édifice fleuronné, entouré de l'inscription : MONETA NOVA DE A qui se complète en exergue par les lettres : LVES I (fig. 1669).

Jean de Flandre avait épousé Béatrix de Saint-Pol. Après la mort de son mari (1325)? Béatrix continua pendant quelque temps le monnayage au château d'Arleux. Sous le nom de Beatris de Sancto Paulo, elle fit I forger des gros à l'aigle, comme ceux d'Adolphe de la Marck, évêquede j Liège, et des petits gros au lion pareils à ceux de Louis de Crécy.

En 1 5 37? Béatrix vendit les seigneuries à Philippe de Valois.

§ VIII. — Seigneurie de Serain.

Le petit fief de Serain-en-Cambrésis, qui relevait de Crèvecœur, devint le siège d'un atelier monétaire sous Walerand II de Luxembourg,

Fig. 1670

seigneur de Ligny (1 304-1 353). On connaît des gros au lion, des petits

gros au cavalier et à l'aigle (fîg. 1670), des esterlitis à la tête couronnée de face et un petit billon, encore inédit, portant l'écu au lion luxembourgeois.

Walerand s'y appelle GVALERAMN* DNS DE LINI. WALERANDVS DE LINY. GVALER' DE LVSENB, etc.; l'atelier est clairement indiqué par MONETA SERAIN, SERENE. SERENENSIS, etc.

§ IX. ~ Seigneurit de Wallincourt.

La seigneurie de Wallincourt en Cambrésis relevait des sires de Crèvecœur et, en arrière-fief, des évêques de Cambrai ; mais par une de ces complications fréquentes dans le droit féodal, le donjon de Wallincourt relevait des comtes de Hainaut.

Jean de Wallincourt obtint, vers 1309, du comte de Hainaut le droit de monnayer dans son donjon; néanmoins, le 5 janvier 13 14, il crut devoir céder aux réclamations de l'évèque de Cambrai et renonça à tous ses droits acquis en fait de monnayage.

On ne possède de lui que les petits gros au cavalier qui ont pour légendes : + lObARRCS DRS DC VVAL' — + mOïl^TA : ROVA : WAVLAIRCORT.

§ X. — Comté de Hainaut '.

Une ordonnance monétaire du roi Philippe le Hardi mentionne, en 1273, les « deniers de Valenciennes de trois deniers parisis » et les « valenciennois à l'eschelle qui sont contrefaiz à nos gros tournois d'argent ». C'est le document le plus ancien constatant l'introduction de la grosse monnaie dans le comté de Hainaut. Les pièces en question sont très probablement Vesterlin à l'écu au lion et le gros au mofiogramme, frappés au nom de I0HANN6S COM€S. soit de Jean I" d'Avesnes, mort en 1257, soit de son fils Jean II, qui auront frappé ces pièces du vivant de Marguerite deConstantinople.

Cette princesse, qui fut la véritable souveraine du Hainaut de 1244 à 1280, avait son atelier monétaire à Valenciennes où elle fît fabriquer de ']o\is petits gros, c'est-k-d'ire doubles tiers de gros au cavalier, dont i'aloi

I. R. Chalon, Rechrcbes sur les moniuiies des comtes de Hainaut, 1848. — Suppléments, 1852, 1854, 1857 et 1891, ce dernier par A. dç Wittç,

et le type eurent un succès énorme dans les transactions commerciales. On les a imitées partout.

Après la mort de sa mère, Jean II d'Avesnes (1280-1^04) frappa des gros à l'écu aux quatre lions et d'autres à Véchelle ou au monogramme (fig. 1671), destinés à circuler sur le pied des gros tournois de

Fig. 1671

FIg. 1672

France, des petits gros au cavalier (fig. 1672, frappé à Maubeuge), au lion (fig. 1673) ou à l'écu au lion, valant deux esterlins, des esterlins au type anglais de la tète de face, de petits deniers \a.\Qnç.\Qnno\s d'argent fin, souvenirs de l'ancien système, des pièces de billon imitées du Royal parisis double de Philippe le Bel, d'autres billons portant un lion dans le champ (fig. 1674), ^^c. L'ofiicine ordinaire du règne est toujours la ville de Valenciennes, mais il y eut des ateliers temporaires à Maubeuge (Melbodium) et à Mons (Montes), pendant la guerre que le comte eut à soutenir contre sa capitale révoltée.

En 1296, Jean II, pour mettre de l'ordre dans son administration, fit prendre à Paris une copie du vidimus fait par Philippe le Bel pour les privilèges des monnayeurs.

Fig. 1673

Fig. 1674

Le fils de Jean II d'Avesnes, Guillaume I^*" le Bon (i304-i3}7), se présente à nous avec une série de pièces très complexe. Comme son père, il a frappé le petit gros au cavalier, Vesterlin anglais, des billons au lion ; mais à côté de ces espèces déjà connues, nous voyons paraître un grand nombre de coins nouveaux. Le monogramme hennuyer est gravé sur cinq variétés de petits gros (fig. 1675); on le reproduit sur un esterlin {i\g. 1676) et sur le billon. Comme monnaie équivalente au gros tournois, le comte de Hainaut adopte le gros portant un lion dans

une épicycloïde à six lobes, comme le faisait, en Flandre, Robert de Béthune. Dès la seconde année de son règne, il fit ouvrer, dans son donjon de Wallincourt, les petits billons à l'aigle, appelés coquibus

Fig. 1675

(fig. 1677) et copiés des pièces analogues de Gui de Collemède, évêque de Cambrai.

En ni2, il conclut avec Pierre III, évêque de Cambrai, une alliance

Fig. 1676

Fig. 1677

pour le cours réciproque des espèces hennuyères et cambrésiennes dans les deux pays. Le i mars 1 ^36 (v. st.), autre traité, avec Jean III duc de Brabant, pour la fabrication d'une monnaie commune. Cette monnaie devait être « un blanc denier d'argent de 10 s. 4 d. de compte au marc de Troyes, et de 9 d. d'argent le roi » destiné à courir les deux pour un gros. M. Chalon n'est pas parvenu, dit-il, à retrouver cette pièce, qui figure cependant sur ses planches: c'est le demi-gros aux quatre lions dans un quadrilobe, type qu'on retrouve en Brabant, sous Jean III. Nous rattachons à la même convention les gros et quart de gros au même type', puis Vesterlin au type brabançon de l'écu aux quatre lions.

Les monnaies de Guillaume II (i 357-1 545) sont faciles à confondre avec celles de son prédécesseur. On peut affirmer que la plus ancienne monnaie d'or hennuyère, retrouvée jusqu'à ce jour, lui appartient: c'est \q florin au lis portant la légende + (S" • COM • bAMIÂ.

Quant aux monnaies d'argent, on peut lui attribuer des gros tournois copiés des pièces françaises, des gros au monogramme hennuyer

I. Le gros est attribué par erreur à Guillaume II dans l'ouvrage de M- Çhalon, pi. IX, n° 66.

de plusieurs types variés dans les détails (fig. 1678), des gros au lion pareils à ceux de Louis de Crécy, des tiers de gros au lion, sans compter diverses monnaies de billon blanc ou noir dont le coin porte presque toujours le monogramme.

Fig. 1678

Marguerite II d'Avesnes (1545-1356), qui avait épousé l'empereur Louis de Bavière, recueillit l'héritage de son frère. Elle continua l'émission des florins d'or au lis. Quelques-unes de ses monnaies d'argent sont d'une composition originale: telles cette plaque et ses subdivisions où l'aigle éployée tient un losange au monogramme du Hainaut, telle cette autre plaque au grand monogramme cantonné des syllabes bA-bO-ZE-FR (Hanonia, Hollandia, Zelandia, Frisia), dont le type a été copié par l'évêque de Cambrai.

Sous le même règne, il faut placer un gros au lion de Louis de Bavière, pièce unique et qui porte la légende MONETA HANONIE. L'empereur, en la faisant frapper, aura voulu affirmer ses droits de suzerain du comté.

Le règne de Guillaume ill l'Insensé (1356-1 389) donne une suite de pièces d'or qui peut rivaliser en beauté et en magnificence avec celles de Philippe de Valois et de Louis de Mâle. On y voit le double mouton, le mouton, le double cavalier, le cavalier, \q double royal, \q royal et \q franc à pied. L'argent ne compte pas moins d'une dizaine de types différents, parmi lesquels le monogramme se maintient à la première place. Ci-contre (fig. 1679) un double gros au.\ noms des quatre évangélistes: |OHA. LVCA. MARC. MATE.

M. Chalon a retrouvé dans les archives un petit nombre de documents relatifs à la fabrication des monnaies de Guillaume III, mais il est à peu près impossible d'identifier les pièces que nous possédons avec celles mentionnées dans les ordonnances. On peut toutefois y puiser des renseignements sur le système monétaire en usage et les proportions de valeur des diverses pièces entre elles. En 1366, les monnaycurs du Hainaut frappaient des/ors d'argent courant pour 2 s. 6 deniers, avec leurs subdivisions : \q demi-for m \q tiercelé. En 1384, on émet trois

Les paVs-ëas méridionaux

monnaies d'argent, à 16, 8 et 4 deniers, puis des deniers de billon. En 1 387, le maître de Valenciennes livre des monnaies d'argent appelées plaisans (à 1 5 d.) et leurs tiers, les tiercelins.

Fig. 1679

A la mort de Guillaume l'Insensé, son frère Albert de Bavière (1389-1404), qui gouvernait le Hainaut depuis 1558, prit le titre de comte. On connaît ses grandes couronnes et ses couronnes d'or, imitées des écus d'or de Charles VI. Son argent est très varié sous le rapport des types : monogramme, aigle tenant un écu écartelé de Bavière-Hainaut, écu parti de Bavière-Hainaut penché (fig. 1680), grand losange aux

Fig. léSo

Fig. léSi

armes écartelées (fig. 1681), etc. Aucune de ces pièces ne fut imitée par les voisins, ce qui, du reste, est arrivé à la plupart des monnaies hennuyères.

Guillaume IV (1404-1417) créa un type de toute beauté pour ses monnaies d'or : l'ange qui, dans un enclos de palissades, tient l'écusson écartelé. Il y eut des Anges d'or (ou Haïes d'or) du Hainaut, des double tiers et des tiers d'ange. L'argent ne donne parfois qu'une reproduction des coins d'Albert, mais le lion assis dans l'enclos et tenant l'écusson aux armes du comte est aussi d'invention nouvelle. Des pièces, au même type ont été frappées par Guillaume pour son comté de Hollande. Nous y reviendrons en traitant de cette province.

De son second mariage avec Marguerite de Bourgogne, fille de Philippe le Hardi, Guillaume IV eut une fille du nom de Jacqueline (1417-1433) qui lui succéda. Cette princesse, veuve du Dauphin, frappa

I086 QVATRlfeME PARTIE

immédiatement après son investiture une belle monnaie d'or à l'écartelé de France, Bavière, Dauphiné et Hainaut, en y prenant les titres de Ducissa Jacoba Bavarie delphina Viennensis, comitissa Hanonie, Hollandie, Zelandie; mais nous n'en avons que le dessin conservé par l'auteur hollandais Van Houweninghen,

Le 4 avril 1418, Jacqueline épousa à La Haye son cousin Jean IV duc de Brabant (1418-1427). Ce prince mit naturellement son nom sur les espèces. Nous en examinerons les types en parlant des monnaies brabançonnes, car Jean ordonna l'uniformité des coins pour ses diverses province*. Les pièces frappées dans le Hainaut portent, pour la plupart, l'indication de l'atelier de Valenciennes : MON ETA : FCA : IR : VAL€nC. VAL€. VALC.

Dès 1420, Jacqueline de Bavière se sépara de son mari pour se marier avec Humfroi, duc de Glocester, A partir de cette époque, les monnaies hennuyères portent de nouveau le nom seul de la duchesse : ducissa Jacoba dei gratia comitissa Hanonie, Hollandie et Zelandie. Les pièces représentent le lion dans la haie, de Guillaume IV.

Enfin, l'an 1424, profitant d'une absence d'Humfroi, Jean IV de Brabant envahit le Hainaut et assiégea Mons, où Jacqueline s'était renfermée. La duchesse appela à son secours Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qui confisqua le comté et en prit le gouvernement avec le titre d'administrateur. Jacqueline ne lui céda le Hainaut définitivement qu'en 1453» et le pays, en devenant une province des Pays-Bas bourguignons, perdit son existence propre.

§ XI. — Seigneurie de Beau mont.

En 1 246, la terre de Beaumont, près Jemmapes-, apanage des fils puînés des comtes de Hainaut, échoit à Baudouin d'Avesnes, fils de Mar-

Fig. i68j

guérite de Constantinople. Ce seigneur frappe des petits gros au cavalier (fig. 1682), au môme type que ceux de sa mère. Il y prend le titre de DNS BELLI MOTIS ou BELIMOTIS.

§ XII. — Comté de Flandres

Lorsque la comtesse Marguerite de Constantinople (1244-1280) commença, en Flandre, à faire frapper de la grosse monnaie, elle établit ses ateliers l'un à Alost, l'autre à Saint-Bavon « encosté Gand », c'est-àdire dans la Flandre impériale. Son but était naturellement de se soustraire au contrôle du roi de France et, bien que la partie de son comté qui relevait de la couronne française fût plus importante que celle qui dépendait de l'Empire, nous devons distraire maintenant la Flandre des fiefs français, pour la ranger parmi ceux de l'Allemagne. Cette division, du reste, a ses avantages. Les types monétaires des Pays-Bas méridionaux forment un ensemble inséparable, les États exerçant, les uns sur les autres, une très grande influence, aussi bien au point de vue économique qu'au point de vue artistique. En traitant, à cette place, de la numismatique flamande, nous ne risquons pas de l'isoler de celle des autres provinces belges.

Les petits gros frappés par la comtesse Marguerite valent deux esterlins ou les deux tiers du gros tournois de France. Dans l'atelier d'Alost, le type est une aigle à deux tètes dans un quadrilobe (fig. 1683) ; c'est

Fig. 1683

l'aigle allemande. L'émission des petits gros d'Alost commence de bonne heure ; en 1275, Marguerite donne pour trois ans l'exploitation de l'atelier de cette ville à Claës Dekin de Bruges. L'atelier de Saint-Bavon de Gand ne paraît dans les textes qu'en 1 277, et son nom ne figure pas sur les espèces. On peut affirmer que les petits gros, si rares, qui portent l'écusson au lion de Flandre, viennent de Saint-Bavon. L'évêché de Liège, les comtés de Loos, de Luxembourg, de Florennes, de Salm, les seigneuries de Coevorden et de Cuinre ont, à tour de rôle, imité ce type. Sous Gui de Dampierre (1280-1 305), l'atelier le plus actif fut Alost,

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