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CHAPITRE SEPTIÈME LES PAYS-BAS

SOUS LES MAISONS DE BOURGOGNE ET D'AUTRICHE, DEPUIS PHILIPPE LE BON JUSCIU'A LA MAJORITÉ DE CHARLES-Q.UINT

Sources: Deschamps de Pas, Revue num. française, 1861, 62 et 66.

§ I. — Philippe le Bon (1419-1467).

Philippe le Bon qui, en 1419, avait hérité de son père Jean sans Peur le duché de Bourgogne et le comté de Flandre, réunit peu à peu sous son sceptre presque toutes les provinces des Pays-Bas. Après avoir acheté le droit de succession au comte de Namur (1421), il s'empara de la Hollande et de la Zélande (142^) et s'en fit l'administrateur au nom de Jacqueline de Bavière; dans le Hainaut, il exerça le gouvernement depuis 1427; à la mort de Jean III (1429), il devint définitivement comte de Namur; l'année suivante, la mort de Philippe de Saint- Pol l'appela au trône brabançon; en 14^» il put succéder à Jacqueline dans le Hainaut, la Hollande et la Zélande ; enfin, en 1 45 1 , il prit le titre de duc de Luxembourg, en vertu de la cession faite par Elisabeth de Gôrlitz. Dès 1444, il avait gouverné cette province comme mambour.

L'histoire monétaire de Philippe le Bon se divise en deux périodes. La première appartient naturellement à la numismatique régionale des diverses provinces. Après son avènement en Flandre, le duc continua la frappe des espèces introduites par Jean sans Peur ; à Namur et en Hollande, il inaugura le système monétaire de Flandre, en n'inscrivant sur les pièces hollandaises que son titre d'héritier : RbS : DVX : BVRG: COCD : FLAD: b€S : bOL'Zz; en Brabant le monnayage de Philippe de Saint-Pol ne fut pas interrompu; il n'y eut de changement que dans les légendes et les armoiries.

I164 QUATRIÈMF. PARTIE

Le nouveau système monétaire de Philippe le Bon date du 21 octobre I45J. Désormais, un type uniforme sera employé dans toutes les provinces de la monarchie. Le nom de la province et quelques signes particuliers distingueront encore les pièces, mais leur aspect général sera partout le même.

Ce système admettait deux pièces d'or, quatre pièces d'argent et deux pièces de billon:

1° Cavalier d'or (appelé gouden ridder), de fin aloi, taillé A 67 — au marc de Troyes et valant 4 sols gros de la nouvelle monnaie.

2° Demi-cavalier d'or.

30 Vierlander d'argent (double gros) à 6 d. d'aloi argent le roi et de 72 de taille au marc, ayant cours pour deux gros de Flandre.

40 Demi-vierlander , valant 1 gros de Flandre.

50 Quart de vierlander, à 5 d. d'aloi et de 21 sols de taille, ayant cours pour un demi-gros de Flandre.

6° Huitième de vierlander, à 3 d. 8 gr. d'alo', valant un quart de gros.

7° Double mite de billon, valant un douzième de gros.

8° Mite de Flandre en billon, valant un vingt-quatrième de gros.

Le type de ces monnaies est connu : pour l'or, c'est un cavalier galopant à droite, avec le nom de la province FLAD', BRAB'. bOLD'. bARR en exergue; pour l'argent et le billon, c'est simplement le champ armorié aux nombreux quartiers du duc de Bourgogne. Le nom des monnaies d'argent, vierlatider, se rapporte aux quatre provinces (en néerlandais vier latiden), dans lesquelles elles ont été frappées. En effet, il ne faut pas oublier que jamais la Bourgogne proprement dite ne fut assimilée complètement, sous le rapport monétaire, aux états bourguignons des Pays-Bas. Si, par exception, en août 14^9, le duc ordonne de forger à Auxonne et à Saint-Laurent des cavalicrs-philippus d'or qui, pour les différencier des cavaliers néerlandais, « auraient escript dessoiibs le cheval: Bourgoingne », c'est-à-dire BVRC. la monnaie d'argent conservait en Bourgogne son type essentiellement français.

Lors de l'unification monétaire de 14^5, Philippe le Bon promit aux Flamands de ne plus faire de changement de type pendant l'espace de vingt ans. 11 tint parole; mais le 18 janvier 1453 parut une ordonnance, complétée le 1 1 juin 14^» 9*^' prescrivait la frappe d'une nouvelle monnaie d'or:

I" Lion d'or ù. 23 carats et à 57 ' de taille, ayant cours pour 60 gros de Flandre.

2" Lionceau d'or (ou double tien de lion d'or) de même aloi et à 86 - de taille, ayant cours pour 40 gros. Cette pièce est devenue extrêmement rare. 3" Tiers de lion d'or à 92 " de taille, ayant cours pour 20 gros.

Les espèces d'argent et de billon ne turent pas modifiées. Comme

leur nom Tindique, le type de ces pièces d'or est un lion, assis à gauche sous une double arcade gothique, avec le briquet de Bourgogne à droite et à gauche dans le champ.

Treize ans après, le 23 mai 1466, une troisième et dernière espèce d'or fut créée, en même temps que la monnaie d'argent s'accrut d'une espèce nouvelle :

1° Florin d'or au saint André, appelé florin de Bourgogne, à 19 carats et de 72 de taille, ayant cours pour 41 gros de la monnaie nouvelle. On n'en connaît qu'un seul exemplaire.

2° Demi-florin d'or (n'a pas été frappé).

3° Quadruple gros de Flandre, à 11 d. 12 gr. argent le roi et à 79 - de taille.

4° Double gros. Cette monnaie et les suivantes conservaient le type du vierlander et de ses subdivisions, tout en étant d'une valeur intrinsèque moindre.

5° Gros.

6° Demi-gros.

70 Quart de gros.

8° Courte ou double-mite de billon, valant — de gros.

9° Mite ou denier noir de billon.

Le type dM florin d'or était un saint André debout, brochant sur la croix de Bourgogne, et, au revers, un écu placé sur la croix qui coupait la légende. Le quadruple gros portait d'abord, en Flandre, un écu dans le champ, mais immédiatement après, en Flandre aussi bien que dans le Hainaut et en Brabant, l'écu fut entouré d'un double trilobé.

Toutes les pièces de cette dernière émission sont rares; leur frappe dut être forcément restreinte, puisque Philippe le Bon mourut en 1467.

Les ateliers du duc de Bourgogne étaient, à partir de l'unification monétaire de 1 43 j : Gand et Bruges pour la Flandre ; Louvain, Bruxelles, parfois Zevenbergen (Z)et depuis 1454 Malines pour le Brabant; Valenciennes pour le Hainaut, Dordrecht pour la Hollande et laZélande.

De l'atelier de Luxembourg on ne connaît qu'un florin d'or au saint André, anonyme. Une monnaie noire (double mite) à la légende MONETA NOVA FACTA... WESEL est attribuée, dubitativement, à un village près d'Anvers.

§ IL — Charles le Téméraire (1467-147 7).

Peu de temps après son élévation au trône, le 15 octobre 1467, Charles le Téméraire publia une ordonnance pour le règlement de ses monnaies des Pays-Bas. L'acte est visiblement inspiré de la dernière ordonnance de Philippe, car il n'admet que les coins suivants :

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aUATRlÈME PARTIE

1° Florin d'or de Bourgogne, au type du saint André, à 19 carats, de 72 de taille au marc de Troyes, ayant cours pour 42 gros de la monnaie nouvelle.

2° Demi-florin d'or de 144 au marc, ayant cours pour 21 gros.

^» Quadruple gros émargent à 1 1 d. argent le roi, taillé à 77 - au marc. Le type de cette pièce est le même que pour la pièce correspondante de Philippe le Bon : un écu aux armes pleines placé au milieu du champ.

40 Double gros d'argent à 6 d., taillé à 84 — au marc. Il reproduit exactement le vierlander de Philippe (fig. 1769).

Fig. 1769

50 Gros d'argent à 4 d. 12 gr., taillé à 138 au marc. Même type.

6° Demi-gros d'argent à 4 d., taillé à 19 sols 6 deniers au marc. Même type.

7° Quart de gros d'argent à 2 d. 16 gr., taillé à 27 sols au marc. Même type.

8» Courte ou double mile de billon valant — de gros. Même type.

9° Mite au 24e de gros. Même type.

Ces monnaies furent frappées à Bruges pour la Flandre, à Anvers pour le Brabant et à Dordrecht pour la Hollande. L'atelier de Valenciennes ne paraît avoir fabriqué que la menue monnaie de billon.

En 1 47 j, Charles le Téméraire prit possession du duché de Gueldre (atelier : Nimègue) et l'assimila, sous le rapport monétaire, aux autres états bourguignons des Pays-Bas. Olivier de la Marche fut nommé « maistre et par-dessus des monnoyes « gueldroises. Nous avons le florin d'or au saint André, frappé pour cette province.

Mais le 27 octobre 1474 une ordonnance rendue à Malines, tout en maintenant la frappe dn florin d'or, décrète l'émission d'une monnaie d'argent nouvelle :

i» Quadruple gros, connu sous le nom de double briquet. Il porte d'un côté deux lions affrontés ; de l'autre, les armes de Bourgogne sur une croix feuillue. Celte pièce devait être à 10 deniers a. 1. r. et de 6 s. 8 d. de taille.

2° Double gros ou briquet. Type : lion tenant l'écu aux armes du duc ; au revers, une croix feuillue. L'aloi est de 5 d., la taille de 6 s. 8d. au marc.

3° Gros ou demi-briquet avec le lion à mi-corps à gauche. Aloi : 4 d. ; taille : 10 s. II d. au marc.

Ces pièces ont été frappées simultanément en Flandre, en Hollande,

en Brabant et en Gueldre. On y voit pour la première fois un millésime en chiffres arabes: IXAX (1474)-

Une double mite de billon, dont on ne connaît plus que l'empreinte et qui ressemble aux pièces bourguignonnes d'Auxonne, porte la légende [mon] ETA VALE, Elle était destinée au Hainaut.

C'est sous le règne de Charles que se généralisa, en Belgique, l'emploi des marques secrètes pour la désignation des ateliers. Anvers eut comme différent une main ouverte, Bruges un lis, Valenciennes (qui disparaît désormais de la liste des ateliers) le monogramme du Hainaut, Nimègue une croix de Gueldre, Dordrecht une rose.

§ III. — Marie de Bourgogne (1477-1481).

La mort de Charles le Téméraire livra ses états aux faibles mains d'une jeune fille, Marie, qui s'unit bientôt à Maximilien d'Autriche. Le roi Louis XI se fit adjuger le duché de Bourgogne, et la Flandre, pendant quelque temps, fut troublée par une révolte des Gantois.

Les documents monétaires relatifs à la période que nous allons étudier sont rares; mais les monnaies elles-mêmes nous apprennent que la duchesse s'en tint à peu près complètement au système suivi par son père. On retrouve le florin et le demi-Jlorin d'or au saint André, puis le double briquet et le briquet d'argent. On connaît un essai du double briquet pour la Flandre seule {Revue num., 1884, p. 440).

Les autres pièces de Marie sont \&gros, \q demi-gros, \q gigot d'argent, la courte ou double mite, et en Brabant une quadruple mite de billon.

Fi5. 1770

Fig. 1771

Fig. 1772

Fig. 1773

Fig. 1774

Toutes ont pour type l'initiale de la duchesse, une M, mais différemment dessinée (fig. 1770-74).

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Les ateliers du règne sont : Bruges pour la Flandre, Anvers pour le Brabant, Dordrecht pour la Hollande et Nimègue pour la Gueldre (fig. i77j). Quant aux dilTérents, ils restent les mûmes, sauf pour

Fig. 1775

Anvers qui, dès la fin de 1477 jusqu'à 1480, remplace la 7nain ouverte par une tourelle.

§ IV. — Minorité de Philippe le Beau (1482-1494).

Le 27 mars 1482, Marie de Bourgogne mourut, laissant à son mari, Maximilien d'Autriche, la tutelle de leur fils. On sait que la minorité de Philippe fut une époque profondément troublée au point de vue politique, et la numismatique est le reflet fidèle des révolutions qui déchirèrent alors les Pays-Bas.

Les premières monnaies frappées sont conformes au système de Charles le Téméraire et de Marie. Le type aussi reste intact ; pour les gros, après avoir continué dans certaines provinces le type de l'CD de la duchesse, on en revient partout au lion à mi-corps des demi-briquets de

Fig. 1776

Charles. La légende inscrite au droit des pièces de cette série est : Moneta archiducum Austriœ Burgundiœ avec le nom d'une des provinces. Les ateliers de Bruges, Gand, Malines, Anvers, Dordrecht et Nimègue sont en activité.

Le i] mars 1487, Maximilien d'Autriche, devenu roi des Romains, décrète la réouverture de l'ollicinc de Lu.vem bourg et prescrit bientôt

rémission, dans les Pays-Bas, d'un grand nombre de monnaies nouvelles. « Rompant franchement avec le passé, dit M. Deschamps de Pas, il crée non seulement de nouveaux types, mais encore assigne à ces pièces des valeurs en complet désaccord avec celles en usage, en conservant toutefois l'unité monétaire de Flandre, le gros. » Les pièces suivantes se rattachent à l'ordonnance de 1487 :

10 Le grand rial d'Autriche en or à 24 carats, courant pour 24 réaux d'argent. C'est une monnaie magnifique, plus grande que toutes celles qui avaient été frappées jusqu'alors dans les Pays-Bas, et dont le dessin sent déjà l'influence des artistes de la Renaissance. Maximilien, MAXIMILIAN • DEI • GRA • ROMAR (sic) • REX • SEMPER • AVGV, y figure, assis sur un trône, portant un sceptre fleurdelisé et le globe. Au revers, l'écusson à l'aigle d'Autriche, surmonté de la couronne fermée, est entouré de la devise du roi des Romains: TENE- MENSVRAM • ET • RESPICE- FINEM • 1487 (fig- 1777)-

Fig. 1777

2° Le noble de Bourgogne que le peuple flamand appela schuithen et qui courut pour 12 réaux d'argent. Il représente Maximilien debout dans un vaisseau à trois mâts (fig. 1778). On n'en connaît pas d'exemplaire frappé à Bruges.

Fig. 1778

30 Le florin de Bourgogne au type du saint André debout et de face, sa croix derrière lui. Ce florin valait six réaux d'argent.

40 Le grand réal d'argent où Maximilien est représenté en buste, à mi-corps à gauche, revêtu d'une cuirasse, la tête ceinte d'une couronne fermée. Il tient l'épée nue et le globe.

50 Le double griffon valant un demi-réal. Type ; deux griflfons aff"rontés.

6° Le simple griffon. Type: grifl"on tourné à gauche; légende de l'avers : denarius simplex grifon nominatus ; au revers la devise : deumplus ama quam argentum.

70 Le demi-griffon à l'M couronnée.

JII.

tiyO QUATRIEME t>ARtlË

L'apparition de cette série de monnaies d'une grande variété et d'une grande beauté devint une des causes de la révolte des Brugeois, pendant laquelle Maximilien fut séquestré au Cranenburg. Remis en liberté, après avoir signé des conditions onéreuses, le roi refusa de tenir ses promesses, et le pays lui répondit par un soulèvement général. La ville de Gand, qui avait cherché un appui chez le roi de France et obtenu de lui le droit de battre monnaie au nom de Philippe le Beau, entreprit un monnayage révolutionnaire, et Maximilien transporta à Furnes le seul atelier qui lui restait.

Les pièces émises par les Gantois révoltés forment une série très belle et du plus haut intérêt historique. On en commença la frappe dès le mois de janvier 1488. Plusieurs d'entre elles portent GANDA en toutes lettres et font voir un coin nouveau. Sur \t florin d'or au saint Jean, on voit l'effigie du saint entourée des mots: BAPTISTA PROSPER ADESTO. Le lion d'or et le demi-lion ont un lion heaume avec GANDA en exergue.

En argent, nous avons le double briquet, le briquet et ses divisions, le double patard au lion, le patard, etc. Leurs légendes : EQVA • LIBERTAS- DEO • GRATA. FIAT PAX IN VIRTVTE TVA et |N DOMINO CONFIDO. nous renseignent sur les sentiments des bourgeois de Gand au milieu de l'insurrection, qui ne fut apaisée qu'en 1492.

Trois villes brabançonnes : Louvain, Malines et Bruxelles, avaient suivi l'exemple de Gand et monnayaient pour leur propre compte. Sur les pièces d'argent bruxelloises, on voit l'archange saint Michel, patron de la cité, terrassant le dragon ou s'appuyant sur un écu écartelé de Brabant-Limbourg. La monnaie de Malines porte deux écus au lion, heaumes et accolés. A Louvain, sur le dubbele lovenaar, saint Pierre figure à mi-corps, ayant devant lui un écu aux quatre lions.

A la même époque appartiennent les pièces frappées par ordre de Ph ilippe de Clèves dans la petite ville de l'Écluse assiégée. Lq florin d'or au saint Philippe n'est pàs encore retrouvé; maison a deux monnaies d'argent, d'un dessin fin et original. L'une représente le lion flamand veillant aux portes du château de l'Ecluse, l'autre donne le croquis de ce même, château dans un encadrement multilobé. L'invocation AB • INIMICIS- MEIS- LIBERA- ME • DEVS • 1495 ressemble à un verset biblique.

En attendant, Maximilien continua de mettre son nom sur les coins des Pays-Bas, mais en s'appelant jpère de Philippe le Beau: MAXIM • REX • ROMANORV- PATER. Puis, dès le 14 décembre 1489, remis en possession de la maimbournie dans une partie des états de son fils, il ordonna l'émission de quelques monnaies nouvelles. Il y eut le magni-

Les paVS-bas et la BOUrGÔGKÊ

tiyt

ûque double Jl or m d'or de Bourgogne (1490), œuvre de Jean de Nimègue, avec le buste du roi des Romains au-dessus de l'écusson allemand (exemplaire unique); puis le Jl or in d'or et le demi-Jlorin au saint André (revers: écu à l'aigle surmonté d'une couronne), un florin d'or au Christ assis (Anvers, 1492) (fig. 1779), et une série complète de pièces

Fig. 1779

d'argent à types héraldiques. Seul, le quadruple patard porte au droit le jeune Philippe le Beau debout, armé de l'épée, couronné, cuirassé et tenant devant lui un écu à neuf quartiers. Ce coin rivalise en beauté avec les réaux d'or de 1487.

§ V. — Majorité de Philippe le Beau (1494-1506).

A son avènement, Philippe le Beau se contente de substituer son nom à celui de son père, sans rien changer aux types existants. On ne connaît pas de pièce d'or de cette date. Mais bientôt (149J) le prince annonce qu'il fera forger une monnaie nouvelle, et le 10 avril 1496 paraît l'acte qui ordonne cette fabrication. Il crée :

1° Denier d'or fin, nommé toison d'or. Le type de cette belle et grande pièce est formé de deux lions debout soutenant le briquet de Bourgogne avec le bijou de la toison d'or.

2° Denier d'or, nommé florin philippus et portant l'effigie en pied de saint Philippe.

30 Pièce de six gros d'argent, appelée toison d'argent. Type: le bijou de la toison d'or.

40 Double patard ou pièce de quatre gros.

50 Patard ou double gros d'argent.

Le système monétaire inauguré par cette ordonnance s'est maintenu jusqu'à la mort de Philippe, mais les types furent modifiés encore une fois, en 1504 :

10 JsJouvelle toison d'or portant les armes du prince entourées du collier de la Toison d'or et soutenues par deux lions debout.

2° Nouveau florin ph'lippus avec saint Philippe de face, à mi-corps, ayant devant lui l'écu couronné de Bourgogne-Autriche.

ttjl aUATRlfeME PARTIE

30 Demi-florin d'or philippus.

40 Nouvelle toison d'argent, aux armes entourées du cordon de l'ordre, et une série de subdivisions, les unes à l'écu couronné, les autres aux armes en plein champ.

Ateliers monétaires de la majorité de Philippe le Beau : Bruges pour la Flandre, Anvers et Maestricht pour le Brabant, Dordrecht pour la Hollande, Namur pour le comté de ce nom. Le 2} mars 1502, le duc décrète la réouverture de l'atelier de Luxembourg qui travaille jusqu'en

En dehors de ses monnayeriesdes Pays-Bas, Philippe le Beau créa un hôtel monétaire à Dôle pour la Franche-Comté. La marque particulière de cette officine était un petit sautoir, et ses pièces portent uniformément: MONETA • IN • COMITATV • BVRGVNDIE. Sous le rapport de la taille, les monnaies franc-comtoises se rapprochent des pièces françaises: la pièce d'or, par exemple, est une sorte d'écu; mais au point de vue du type, elles ont la plus grande ressemblance avec le double patard et ses dérivés appartenant aux Pays-Bas.

Un réal d'argent^ frappé à Anvers (1 joj) porte l'écu écartelé de Philippe et de sa femme Jeanne de Castille, avec la légende : PHS • ET • lOHANA • DEI • GRA • REX • ET • REGINA.

Sous Philippe le Beau, les possessions bourguignonnes de Belgique avaient décru d'une province, la Gueldre, qui, dès 1492, s'était donnée à Charles d'Egmont. Toute sa vie, ce princelutta héroïquement contre Philippe, Maximilien et Charles-Quint. On lui doit une série monétaire assez fournie, des Jlon'ns d'or au saint Jean et au saint Martin, des cavaliers d'or dont tant d'exemplaires circulent encore aujourd'hui, puis une suite très variée de monnaies d'argent. Ce fut lui qui introduisit en Gueldre l'usage des testons et des thalers.

§ VL — Minorité de Charles-Quint (1506-15 15).

La mort de Philippe le Beau, à Bruges, laissait ses états aux mains d'un enfant mineur. Maximilien d'Autriche fut encore une fois chargé d'administrer le pays en qualité de tuteur.

Les monnaies de la minorité de Charles-Quint portent comme légende MONETA ARCHIDVCVM.... comme celles des premiers temps de la minorité de Philippe. On frappe des Jlon'ns (fig. 1780) et demi-Jlorins d'or au saint Philippe, des doubles patards et leurs divisions.

Les ateliers restent les mêmes, sauf Luxembourg qui est supprimé. Le

4 février 1 520, Charles-Quint, qui venait de recevoir la couronne impériale, modifia complètement le système en usage, en créant les écus ou

Fig. 1780

thalers d'argent et les pièces de cuivre pur. Nous entrons dans la numismatique moderne.

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