II. — ROYAUME D'IRLANDE
Le' type de la tête couronnée de face, encadrée dans un triangle, se maintient jusqu'au règne des trois Edouard (1272-1 377), dont les monnaies ajoutent au titre royal le titre de dominus Hyb(erniae), mais qui ne sont pas plus faciles à distinguer entre elles que les pièces anglaises. Dublin, Cork et Waterford étaient les ateliers du xivc siècle, et l'on n'y frappait que Vesterlin, son demi et son quart.
D'Henri VI (1422-61 et 1470-71), nous avons non seulement les monnaies d'argent de vieux style, aux types usuels de la tête ou du buste de face, mais déjà un gros à la couronne, l'avers sans légende, la couronne cernée d'une bordure gothique. Un demi-farthing en cuivre, créé en 1460, s'appelle \q patrick, du nom. du saint apôtre de l'Irlande. Le mot PATRIK y est écrit autour d'une couronne royale enfermée dans un cercle, et la croix du revers est parfois cantonnée d'un p. Du reste, rien ne prouve qu'on l'ait frappé dès cette époque.
Avec Edouard IV (1461-83), le monnayage irlandais des rois d'Angleterre prend son plein développement, et huit ateliers sont chargés de l'ouvrage : Dublin, Carlingford, Drogheda, Galway, Limerick, Trim, Waterford, Wexford. De nouveaux types sont introduits : une grande rose occupant le champ tout entier, une rose dans un soleil ou au centre de la croix, une croix portant en pal trois couronnes de dimensions variées. Le buste de saint Patrick (PATRICIVS) est réservé à la menue monnaie de cuivre.
On signale sept émissions du gros, dont le poids légal, de 45 grains qu'il avait en 1465, tombe, dans l'espace de deux ans, jusqu'à la moitié,
I. Henri VIII conquit^Tournai en septembre ism et y Iaiss;i une garnison jusqu'en février 15 19. Quelques o-ro^ d'argent, frappés i\ Londres, portent au revers les mots CIVITAS TORNACENSIS, l'un au buste couronné de profil, les autres à l'écusson et avec la date 1513.
puis se relève à 4^ — pour n'être, à la fin du règne, que de 5 1. Les gros au buste couronné de face portent quelquefois une lettre gothique sur la poitrine du roi : GLVW. Le G est la marque particulière de Germyn Lynch, maître de la Monnaie; les autres sigles désignent les ateliers de Limerick et de Waterford. Sur le gros aux trois couronnes, on distingue assez souvent les armes de Fitzgerald, Earl de Kildare, lord-justicier de l'Irlande (1479), qui présidait au contrôle de la fabrication des monnaies et recevait une part des bénéfices.
Du court règne de Richard II (1483-85), nous n'avons que deux variétés du gros, l'une au buste de face (I^ rose au centre de la croix), l'autre à l'écusson sur une croix et aux trois couronnes. Cette dernière n'a été frappée qu'à Waterford, et l'on n'en connaît ni la demie ni le penny.
Henri VII (1485-1 509), lui aussi, continue l'émission du gros aux trois couronnes, mais la plupart de ses pièces reprennent, au revers, le vieux dessin caractéristique de l'esterlin, avec ses douze besants. Sous la couronne inférieure, il y a quelquefois une b, initiale du nom royal, et du côté de l'écu d'Angleterre on retrouve les armes de Fitzgerald. La création d'un autre type monétaire, vraiment irlandais, la harpe, date du règne d'Henri VIII (i 509-47) et coïncide avec le changement du nom des espèces, le gros et ses subdivisions étant remplacés par le sixpence et ses trois fractions: threepence, three halfpence, three farthings. A l'exemple des pièces anglaises, la harpe couronnée est souvent accostée des lettres H-A, H-l, H-K couronnées, initiales des noms d'Henri et de ses femmes Anna Boleyn (ou Anne de Clèves), Jane Seymour, Katherine d'Aragon, s'il n'y a pas simplement H-R pour Henricus rex.
En septembre 1 541, Henri VIII reçut le titre de roi d'Irlande, et l'ancien titre de seigneur disparaît aussitôt des monnaies. Sur presque tous les sixpence et leurs fractions, la tête du roi se présente de trois quarts; les sixpence des 37" et ^8'= années du règne (i 545-47) portent au revers: ET • HIBERNIE • REX • ?7 ou 38. Les sigles WS sont allusives au maître de l'atelier de Bristol: William Sharington.
IH. - ROYAUME D'ÉCOSSH.
Vers la fin du règne d'Alexandre 111 (1249-1285), la réforme monétaire qui substitue l'esterlin à l'ancien denier s'accomplit en Ecosse. Dès lors, la signature du maître de la Monnaie disparaît, et à côté de l'unité principale on voit, pour la première fois, des espèces divisionnaires.
Le type de Vesterlin écossais est celui-ci : + ALEXANDER • DEI • GRA. Tête couronnée, à gauche; devant, un sceptre fleurdelisé. ^REX- SCO-TOR-VM +. Croix pattée coupant la légende; dans chaque canton, une molette d'éperon ou une étoile. Le demi (halfpenny) et le quart (farthing) ne se distinguent de l'esterlin entier que par leur module.
Cette règle est suivie pendant près de 80 ans, car les monnaies de J ea n Baliol (i 292-96) et de Robert Bruce (i 306-29), très rares du reste, ne présentent pas de changement notable; seul, un esterlin de Jean porte le nom de l'atelier de Saint-Andrew, les mots CIVI-TAS-SAN-DREE remplaçant le REX-SCO-TOR-VM + habituel.
David II (i 329-71), dans la première période de son règne, continue l'émission exclusive de l'esterlin et de ses fractions. Mais vers 1358, peu de temps après la création du gros anglais et de la monnaie d'or d'Edouard III, il ordonne la frappe de monnaies nouvelles, imitées de celles du royaume voisin. Son noble d'or n'existe plus qu'en cinq exemplaires. Il a la légende : + DAVID : DEI: GRA : REX : SCOTORVM ; debout dans un navire, le roi tient l'écu aux armes des Stuarts. Mais la monnaie d'argent {gros et demi-gros), créée à la même date, conserve son type national : on dirait un esterlin écossais grandi. A l'avers, la tête est placée dans un multilobe; au revers, la croix coupe deux rondeaux d'écriture: le nom d'atelier (Edinbourg ou Aberdeen) et le verset biblique qui est + DNS P'-TECTOR-MS- Z • LIB'-ATOR MS sur le gros, + DNS-PROT-ECTOR-MEVS sur le demi. Les gros pèsent 72, plus tard 63 grains. Un curieux farthing porte MONETA • REGIS* D, légende continuée au revers par AVID • SCOTTOR.
De Robert II (1371-90), on n'a pas de monnaies d'or, celles qu'on lui attribuait jusqu'ici étant plus convenablement classées à son successeur. Son numéraire d'argent ressemble à celui de la dernière émission de David, mais le poids fléchit peu à peu, et en 1 373, quatre pennies écossais ne valent plus que trois pennies anglais. Edinbourg, Perth et Dundee (VILLA DVNDE) sont les ateliers. La lettre B. gravée sur le gros, derrière la tête du roi, pourrait être la marque d'un maître florentin, Bonacchi.
Robert III (i 590-1406) introduit deux espèces d'or nationales: X^Saint André (ou lion) à 60 grains, et le demi-lion à 30 grains. Vers le milieu du règne, ces poids sont réduits d'un tiers, à 38 et 19 grains. La pièce appelée lion porte l'écu couronné et, au revers, saint André sur la croix, entre deux fleurs de lis. Légende : XPC REGNAT XPC VINCIT XPC IMPA sur les coins de la première émission, + DNS: PTECT : MS : LBERAT sur les autres, non sans quelques variartes. L'écu du demilion n'est pas couronné, et du saint André il n'y reste que la croix, can-
tonnée de lis et de trèfles, mais la légende XPC VINCIT XPC REGNAT s'y maintient invariable.
Pour l'argent, dont le poids s'affaiblit aussi, en même temps que le titre s'abaisse jusqu'au billon, Robert II prend le buste de face des monnaies anglaises, et les molettes écossaises, à leur tour, se transforment en besants. Le graveur florentin, Bonacchi, qui avait conduit l'atelier d'Édinbourg sous les règnes précédents, figure dans une ordonnance du 24 octobre 139?. Aberdeen, Dumbarton (VILLA DVNBERTAN) et Perth sont les autres ateliers.
Les cinq rois suivants étant homonymes :
♦Jacques I, 1406-37. * Jacques IV, 1488-15 14.
*Jacques II, 14)7-60. *Jacques V, 1514-42.
•Jacques III, 1460-88.
on se heurte, dans le classement de leurs monnaies, contre de grandes difficultés d'attribution.
Les pièces d'or de Jacques I*"", lion et demi-lion, présentent un texte liturgique qui n'avait pas été employé jusqu'alors : sahumfac populum tuum d(omi)n(e), et, inscrite dans une rosace, entre deux lis, la croix de saint André avec un petit | au centre. L'écusson a la forme d'un losange. Le type du gros subit une modification plus légère : près de la tête du roi, on voit son sceptre, et les cantons de la croix sont ornés de besants et de lis. Ateliers : Aberdeen, Édinbourg, Inverness (pour une seule monnaie), Linlithgow, Perth etStirling.
A Jacques II, on donne deux espèces de monnaies d'or: le Saint André et son dejni au type de l'apôtre étendu sur la croix, puis un lion semblable à celui de Jacques I'^"', dont il ne diffère que par d'insignifiants détails de ponctuation. Naturellement, ces pièces sont très difficiles à partager entre les deux rois. Sur le gros, la croix du revers est d'abord cantonnée de besants et de deux lis; depuis 1451, les lis cèdent la place à deux couronnes, et le buste du roi est tantôt drapé, tantôt sans manteau. Aux ateliers du règne précédent, il faut ajouter Roxburgh.
Jacques III (1460-88), à ses débuts, poursuit la frappe du Saint- André; mais bientôt il crée deux autres pièces d'or : le Cavalier (avant 1476) et la Licorne (i486). Le cavalier, à 80 grains, figure le roi à cheval et porte la légende salvum fac etc., coupée par une croix pattée sur laquelle se détache l'écusson. La licorne, à 59 grains, et la demi-licorne représentent cet animal fabuleux, retenu par une chaîne et paré des armes d'Ecosse ; au revers (cxurgat dciis et dissipentur inimici eius) une grande étoile aux rayons ondulés broche sur une croix fleuronnce.
Dans la série d'argent de Jacques 111, les émissions du gros, di. demi-
gros et du penny se distinguent par la forme de la couronne (trois ou cinq lis) -ou des molettes (six ou cinq rais) et par les symboles (deux couronnes ou lis et couronne) placés dans les cantons de la croix. Le billon {plaque et demi-plaqué) est privé du buste royal et n'a qu'un décor héraldique ; sur le farthing, en cuivre, on voit tantôt une couronne seule, tantôt les sigles |R couronnées. Ateliers: Édinbourg, Aberdeen et Bervvick.
Sous Jacques IV (1488-1514), les légendes de la licorne soni déjà écrites en lettres romaines. On frappe le dernier Saint-André en or, et le roi y met son numéro d'ordre : REX SCOTTORVM I III. Du cavalier, nous possédons le demi et le quart. Une pièce d'or unique, connue sous le nom ùq pièce de 6 angelots, parce qu'elle pèse 491 grains, a pour type l'archange saint Michel tuant le dragon et, au revers, un navire aux armes d'Ecosse, entouré des mots : salvator in hoc signo vicisti. C'est évidemment l'essai d'une monnaie qui n'a jamais été frappée.
Le numéraire en argent, de Jacques IV, est plus varié que celui de ses prédécesseurs. Le buste de face s'y trouve encore, mais on lui préfère le buste de trois quarts, et à partir de i $ 12, le nom du roi est toujours suivi d'un 4 gothique, arabe ou romain, sinon des abréviations Q, QT, QR, QRA (pour quartus). La vieille devise dominus protecior etc. s'efface de plus en plus devant salvum fac etc., ou exurgat deus etc., empruntés aux pièces d'or. Il existe deux types de la plaque de billon, variés seulement par les symboles des cantons de la croix. Ateliers: Edinbourg et Aberdeen.
Enfin, avec Jacques V (1514-42), le style médiéval des monnaies d'Ecosse disparaît complètement. Le portrait du prince, son buste en profil, drapé et coiff"é d'un bonnet fleurdelisé, figure depuis 1 539 sur une pièce qu'on appelle bonnet d'or, le plus beau coin de toute la série écossaise. Elle .pèse 90 grains; ses fractions, le double tiers et le tiers, sont de 60 et de 30 grains; la devise : honor régis iudicium diligit entoure l'écusson. La couronne d'or n'est originale que par ses légendes : crucis arma sequamur, ou per lignum crucis salvi sufuus. Elle porte, entre deux petites croix de saint André, l'écu couronné, et quatre chardons, l'emblème national de l'Ecosse, remplissent les cantons de la croix du revers. Nous savons qu'au commencement du règne, une émission de licornes eut lieu, mais le numéro d'ordre du prince (lACOBVS: $ 0 ne s'y trouvant pas, on n'est pas arrivé à les distinguer de celles, à lettres romaines, de Jacques IV.
La même obscurité plane sur les gros et demi-gros au buste de trois quarts, qui appartiennent peut-être à un roi antérieur. Mais les jolis gros et tiers de gros au buste à droite, dont la couronne n'a qu'un seul
arceau, sont bien de Jacques V. On les appelle Douglasgroats, parce qu'ils ont été frappes par Archibald Douglas, lord-chancelier et mari de la reine douairière, qui administrait le royaume de 1525 à 1528. Au revers de ces pièces, le mot VILLA est souvent remplacé par OPPIDV(m). Le type du billon, plaque (bawbee) et demi-plaque, est un chardon couronné. Il n'y a plus d'autre atelier que celui d'Édinbourg '.
I. M. Blanchet a retrouvé, dans le livre du changeur Duhamel (Rev. num., 1891, p. 81), l'empreinte d'un essai de monnaie d'or : + I ACOBVS • DE! • GRA • REX • SCOTORVM. Écusson entre deux sautoirs (croix de saint André). ^L lOHANNIS* ALBANIE • DVCIS • GVBERNAC'om)- Colombe du Saint-Esprit, éployée et nimbée, de face, tenant une banderole avec les mots SVB VMBRA ALARVM TVA- RVM. Jean duc d'Albany succéda en 1515, comme régent, à la reine Marguerite, veuve de Jacques IV. Le poids indiqué par le manuscrit est celui des couronnes d'or de Jacques V.