‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 5)Chapitre 2 sur 85 · II · texte numérisé non relu

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dans leurs domaines ne présentent aucune unité, ni de taille, ni de titre, ni de type. Lorsqu'une terre est annexée à la France royale, le roi continue à y frapper les pièces qu'on y forgeait avant lui, en se bornant à modifier les légendes.

Quelque progrès se manifeste sous Philippe I, mais l'unité ne s'affirme que sous Philippe-Auguste par l'extension donnée à la monnaie parisis dans les régions du domaine royal situées au nord de la Seine.

On ne doit pas perdre de vue que sous les premiers Capétiens toutes les îîioniiaies à nom royal ne sont pas, par le fliit de la signature, vwnnaies royales. Il y a une distinction à établir entre tes pièces émises par le souverain dans les terres de la couronne et les pièces sur lesquelles un feudataire écrit le nom du roi, comme témoignage de la reconnaissance du pouvoir suzerain. Cette distinction existe jusque sous Philippe- Auguste.

§ I. — Les orU^incs capélienncs cl Hugues Capet.

Avant d'examiner la numismatique des rois de la troisième race, il importe de jeter un regard en arrière et de rappeler en peu de mots l'origine de la maison qui succéda aux Carolingiens dans le royaume de France. Cette origine remonte à 858, lorsque Charles le Chauve donna à Robert le Fort le comté amovible d'Angers avec la mission de protéger les frontières de la Neustrie contre les attaques des Bretons et des Normands. En 861, le pouvoir de Robert le Fort fut étendu au diicatus îiilcr Scquanaui et Li^^crim. Son fils Eudes fut fait comte de Paris, puis duc, et parvint finalement à hi couronne au détriment de Charles le Simple.

Lorsque Eudes devint roi, sou frère Robert II lui succéda au duché d'entre Seine et Loire et prit en 893 le titre de dux Francorum, titre que les historiens ont traduit par duc de France, bien qu'aucune division territoriale ne semble avoir existé sous ce nom. En 923, Hugues le Grand succéda à son père devenu roi et tué bientôt après à la bataille de Soissons ; mais, au lieu de viser à la couronne, il se contenta auprès des derniers Carolingiens d'un rôle analogue à celui des maires du palais de l'époque mérovingienne. Hugues le Grand, roi de fait, s'intitulait simplement diix Francoriiin ou oiiniiiiiii Galliarum diixK II mourut en 956.

I. Cf. A. de liarthélcmy. Les origines de la Maison de Fiaiici', dans la Rev. des questions hislor. 1873, p. 108.

Nous donnons ici le tableau généalogique des ancêtres d'Hugues Capet, comme nous avons fait pour les Carolingiens.

Eudes devenu roi en

Robert le Fort

Robert II devenu roi en 922

Hugues I2 Grand

Hugues Capet devenu roi en 987

Emma

épouse de Raoul, duc

de Bourgogne

devenu roi en 923

Le rôle numismatique des ducs de France a naturellement commencé, comme celui de tous les feudataires carolingiens, par la jouissance des profits résultant de la fabrication des monnaies au nom du roi. Les premiers exemples d'émission autonome rentrent dans la catégorie des monnayages anonymes dont nous avons parlé, p. 275. Au temps de Charles le Simple, des deniers, certainement émis par les monnayeurs ducaux, portent le monogramme carolin et la double indication locale CAINONI CASTRO — TVRONES CIVITAS.

On trouvera dans le chap. III de la deuxième partie de ce traité l'indication des monnaies à noms de rois carolingiens frappées dans les limites des possessions immédiates des ducs de France. Une de ces pièces, qui porte le nom de Louis IV d'Outremer et de l'atelier du château de Chinon, £iit partie d'un groupe dont l'attribution aux ducs de France peut être considérée comme hors de discussion. Ce groupe comprend une série de deniers, empreints à l'avers d'une tête de profil, et portant les légendesTVRON-CAINONICASTRO(fig. 643)ouTVRON-AVRELIANIS CIVITAS. Le mot Turon n'est point ici une indication d'ateHer; c'est plutôt une garantie de l'aloi des pièces, car, dès cette époque, les monnaies tournoises frappées au nom du roi par l'abbaye de Saint-Martin, devaient être renommées pour la loyauté de leur titre et de leur taille. Il est probable du l'ig- 643

reste que ces pièces furent frappées à la suite d'une de ces conventions monétaires dont nous avons parlé à la p. xlii de V Introduction.

Chinon et Orléans furent donc les deux premiers ateliers du diicatus tnter Sequanam et Ligerini où les ducs de France affranchirent leurs espèces de la signature royale. Leur monnayage eut une influence

énorme, au point de vue du type, sur le monnayage féodal de la région bléso-chartraine où il servit de modèle aux émissions de Thibaut le Tricheur.

A Paris, la signature royale fut respectée pendant tout le règne de Louis IV d'Outremer (936-954). C'est, suivant l'opinion la plus plausible, Hugues Capet qui mit brusquement fin au monnayage carolingien lorsque la mort de son père l'eut appelé en 95e aux fonctions ducales^

On possède de Hugues Capet, dux Francorum, des deniers de Paris et de Saint-Denis. Les pièces parisiennes forment deux groupes sous le rapport du type. Quelques deniers présentent, à la mode carolingienne, le nom de l'atelier en deux lignes

rig. 644 séparées par une rangée de points : PARISI-CIVITA ; au revers on lit, au milieu du clmmp, Hu<:!io en monogramme (fig. 644), et tout autour, la formule GRATIA Dl DVX.

Sur les pièces du second groupe, le monogramme est remplacé par une croix pattée et la légende est HVGO DVX FRCO ou HVGO DVX FRECO placée d'une manière rétrograde. Les seuls spécimens connus de ce type ont été trouvés, il y a quelques années, dans la foret de Fontainebleau.

A Saint-Denis, nous retrouvons le monogramme cruciforme de Hugues et l'inscription circulaire + GRATIA Dl DVX. L'ateHer est mentionné, comme sur les premières pièces parisiennes, par une légende en deux lignes: SCI DIO-NYSII.

Lorsque le dernier roi carolingien, Louis V, fut mort sans enfants, les grands feudataires et les prélats du centre et du nord de la France se réunirent am placitum de Senlis et offrirent la couronne à Hugues Capet. Le nouveau roi fut sacré, le i" juillet 987, dans la cathédrale de Noyon.

L'élévation du duc de France au trône est rappelée par des monuments numismatiques d'un intérêt capital : des deniers et des oboles frappés à Senlis, ville qui fut, avec Paris, la résidence ordinaire du chef de la troisième race. Ces monnaies conservent au revers la légende locale en deux lignes: SILVA-NECTIS; à l'avers, on reprend un type lorrain qui s'était introduit en France sous Louis d'Outremer ; la formule + GRATIA Dl RCX entoure le champ qu'occupe une croisette et 4- HVGO DVX (fig. 645). Ces pièces nous reportent au début du règne de Hugues; elles ont du être émises aussitôt après le sacre, au moment même où le dux Francorum était devenu rex par la gnke de Dieu.

I. Nous avons signale, t. I, p. 273, la conjecture de Longpéricr, aujourd'hui abandonnée, d'après laquelle les Hugues, comme dux, auraient été frappés non par Capet, mais par son père.

Parmi les monnaies féodales, nous avons à signaler comme portant le nom de Hugues Capet les pièces frappées à Laon et à Beauvais par l'autorité des évêques, partisans de l'élévation au wme du chef de la troisième race. Au moment de l'élection de Hugues Capet, le siège de Laon était occupé par Adalbéron, grâce à la complicité duquel le roi de France put s'emparer en 991 de son compétiteur Charles de Lorraine. Le seul exemplaire connu du denier de Laon porte d'un côté + FRAN-

CORV X en légende circulaire; au centre, une croix pattée cantonnée

de HVGO; de l'autre côté: H....0 CLAVA[T]0 autour d'un temple^

Fig. 646

A Beauvais, l'évêque Hervé, qui assista en 991 au concile de Saint- Basle, frappa une très grande quantité de deniers et des oboles, sur lesquels son nom est associé à celui du roi: HVGO REX PERNEVS. Le type, du côté de l'indication locale, BELVACVS CIVITAS, est un monogramme d'apparence Caroline, mais qui renferme parfois d'une manière assez claire le nom Erveus. (fig. 646).

§ IL — Robert (996-1031) et son fils Hugues.

Le monnayage de Hugues Capet n'avait pas franchi d'étroites limites territoriales. Robert, fils et successeur du fondateur de la troisième dynastie, sut l'étendre, à la suite de h conquête de la Bourgogne, qui lui permit d'ouvrir les ateliers de Chalon-sur-Siônc, de M:icon et de Sainte- Marie-au-Bois.

A Paris, les monnaies du roi Robert s'inspirent, pour le type, des deniers et des oboles que Henri l'Oiseleur, roi de Germanie, avait battus à W^'dun, et qui conservaient dans le Barrois et dans la Champagne une vogue très étendue. Au droit nous lisons ROT-BER-TVS autour du mot REX placé dans le champ; le revers donne PARISIVS CI autour d'une croix. Longtemps les monnaies du roi Robert furent d'une désespérante rareté. La trouvaille de \^crncuil a fait surgir un assez

I. (^r. E. Gririel. DcscriNion dr quelques monnaies se rnll'.hl>:vit à la uinnisinatiqHr française, dans V Annuaire de la Soe. franc, de nitniisni., t. II. 1.S67. p. I [5. pi. X, (ig. 18.

grand nombre d'exemplaires du denier et de Vobole parisiens (fig. 647). S'il faut en croire Le Blanc, Robert aurait battu à Paris des pièces au type de l'alpha et de l'oméga, comme celles que nous décrirons pour Henri I;. mais ces monnaies ne sont pas connues aujourd'hui dans les collections numismatiques.

A Chalon-sur-Saône, les deniers et les oboles portent d'un côté + R0TBERTV5 REX avec une croix pattée au centre, et de l'autre le nom de l'atelier CAVILON CIVITAS autour d'un grand B, initiale dans laquelle on a voulu voir celle de Burgundia, mais sur le sens exact de laquelle on n'est pas encore fixé.

Fig. 647 Fig. 648

A Mâcon, Robert utilise successivement deux types. Sur les deniers vraisemblablement les plus anciens, nous trouvons un monogramme dégénéré qui semble vaguement inspiré par les deniers de Louis le Bègue. Sur les autres deniers et sur les oboles, le dispositif se rapproche de celui usité à Chalon : le champ du droit est occupé par un grand R qu'entoure le nom + ROT: BIER: TS (fig. 648).

L'atelier de Sainte-Marie-au-Bois , SANCTA MARIA, dans l'ancien comté de Mâcon, frappa des monnaies sur lesquelles paraît le nom du roi et le nom du Christ, XPS, surmonté d'un large trait d'abréviation ^

Deux feudataircs ecclésiastiques mentionnent sur leurs espèces le nom du roi Robert. A Laon, l'évéque Adalbéron frappe des deniers et des oboles où une effigie épiscopale et un buste de roi, placés l'un et l'autre de face, occupent chacun un côté du flan. Ces monnaies sont gravées et frappées avec une telle négligence que l'on a besoin de plusieurs exemplaires pour pouvoir déchiffrer les légendes qui furent sans doute RODBIERTVS lEX et ADALBEROI EP.

Le 9 juin 1017, Robert associa à la couronne et fit sacrer roi son fils Hugues qu'il avait eu de sa troisième femme Constance. Hugues mourut le 17 septembre 1025. Son père paraît l'avoir spécialement préposé à la défense des frontières du domaine royal contre Eudes, comte de Blois.

M. ,Caron a attribué à Hugues, roi associé, des deniers frappés à Orléans qui se sont rencontrés dans les trouvailles de Verneuil et de

1. M. de Marchcville, Le denier de Sainte-Marie au nom du roi Robert, dans la Revue numism. de 1893,' p. 494 et suiv.

Sceaux conjointement avec des monnaies parisiennes de Robert ^ A l'avers de ces pièces on lit en légende: + D-l DEXTRA BE ou BENE, c'est-àdire Dei dextra henedicta; le champ est occupé par un portail carré accompagné des lettres du mot H-V-G-0. Le revers donne la croix pattée habituelle et + AVRELIANIS CIVIT.

§ III. — Henri I (103 1- 1060).

Le monnayage des rois capétiens, si restreint sous Hugues Capet, s'étend déjà, sous son petit-fils, sur une partie considérable de la France. Une politique habile, profitant de toutes les occasions, soutenue par quelques guerres heureuses, a augmenté successivement le domaine royal. En 1055, le roi Henri se saisit du comté de Sens dont le dernier comte, Renaud II, venait de mourir sans enflints. Les feudataires des régions les plus éloignées commencent à reconnaître le pouvoir du suzerain et donnent à son nom une place sur leurs espèces.

Henri I firappe monnaie à Paris, à Senlis, à Orléans, à Sens, à Chalonsur-Saône et à Màcon. Voici la description sommaire des types employés dans ces divers ateliers :

A Paris: HAINRICVS REX. Dans le champ, A et CO suspendus par deux pals à la lettre X qui termine le mot Rex. Au revers : PARI SI VS CIVITAS.. Croix pattée (fig. 649). Il existe de ce monnayage des deniers et des oboles.

A Senlis : + CVTAS SINLECTS. Monogramme dégénéré. Au revers : + HENRICVS REX. Croix pattée.

Fig. 649

L'atelier d'Orléans continue sous Henri I l'émission de deniers au type de la porte de ville ; mais les lettres du mot HVGO disparaissent du champ et y sont remplacées par les dernières lettres du mot henedicta. L'inscription complète do l'avers donne ainsi + D-l DEXTRA BE en légende et NE DICTA autour du portail.

A Màcon, deux types sont successivement en faveur. Sur les pièces

I. E, CiuonjTioiivailh' de viounaics âii xi'^ sicclc, dans VAinnmirc de la Soc. franc, de numism., i8(S6, p. /182. — Le même, La trouvaille de Sceaux, dans le Bulletin de numismatique, t. I, 1891-92, p. 96.

les plus anciennes, nous trouvons une sorte de rosace ou de losange orné de quatre annelets aux angles; les légendes 4- HEINRICVS RX + et MA- TISCENSIS sont correctement écrites (fig. 650). Les pièces les plus récentes, d'un métal moins fin, portent un chatel avec + ENRCI REGIS à rebours et, autour de lacrcix: + MIATISCON M.

Chalon-sur-Saône continue sous Henri I le type que nous avons vu employé sous Robert: un grand B au milieu du champs

L'atelier de Sens, dont l'activité ne peut embrasser que les cinq dernières années du règne, adopte le type de REX en plein champ, en usage à Paris sous Robert. Le revers des deniers sénonais donne une croix pattée avec SENONIS CIVITAS.

Comme ateliers féodaux, mentionnant sur leurs espèces le nom du roi, soit à titre de reconnaissance de son autorité, soit parce qu'il avait une part dans les bénéfices du seigneuriage, nous pouvons citer Tournus, Issoudun et Toulouse.

A Tournus, la monnaie appartenait aux abbés de Saint-Philibert: les deniers au nom d'Henri I, 4- HEINRICVS REX, ont d'un côté une croix, de l'autre + TORNVCIVM CAS et un chrisme.

L'attribution des pièces Ôl Issoudun a moins de certitude; à l'avers le coin porte ENRICVS IR. et, dans le champ, la lettre CO, type habituel des deniers féodaux d'Issoudun. La légende du revers est + MON ETA ES, placée autour d'une croix cantonnée de quatre globules.

La présence du nom de Henri I sur des deniers et des oboles de Pons, comte de Toulouse (1037-60), a été reconnue pour la première fois par A. de Longpérier^. Ces pièces portent + AIANRIGO en légende et REX disposé en triangle au milieu du champ. Le nom d'Henri se trouve sous la môme forme sur les chartes du comté de Toulouse ^

§ IV. — Philippe I (1060-1108).

Philippe I avait sept ans à peine lorsqu'il fut sacré à Reims, après la mort de son père. Le roi resta jusqu'à sa majorité (1067) sous la tutelle de Baudouin, comte de Flandre. Son long règne fut marqué par plusieurs accroissements importants du domaine royal. En 1068, le Gâtinais, en 1081, le Vexin furent réunis à la couronne. Vers iioi, Eudes-Arpin, dernier vicomte de Bourges, vendit son patrimoine au roi.

1 . P. Bordeaux, Denier inédit de Henri I frappé à Chalon-sur-Saône, dans V Annuaire de la Soc. franc, de num., 1892, p. 328.

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