CHAPITRE QUATRIÈME
Sources : F. Poey d'Avant, Monnaies féodales de France. Paris, 1858-62, 3 vol. in-4. — E. Curon, Monnaies féodales françaises. Paris, 1882-84, in-40. — L. Blancard, Essai sur les monnaies de Charles I, comte de Provence. Paris, 1868, in-8. — H. Morin, Numismatique féodale du Dauphiné. Paris, 1854, in-4. — L. Plantet et L. Jeannez, Essai sur les monnaies du comté de Bourgogne, depuis l'époque gauloise jusqu'à sa réunion à la France. Lons-le-Saulnier, 1855, in-4. — D. Promis, Mouete dei reali di Savoia. Turin, 1841, 2 vol. in-4. — Les autres sources sont indiquées dans le cours du chapitre.
Nous avons étudié dans notre seconde partie l'histoire monétaire des royaumes créés par les petits-fils de l'empereur Lothaire entre les Alpes, les monts Faucilles, la Saône et les Cévennes, c'est-à-dire les royaumes de Bouro:o£Tne et de Provence. A dater du commencement du xi^ siècle, ou, pour préciser davantage, depuis la réunion de ces territoires à la Germanie, sous Conrad II lé Salique, le pouvoir impérial ou royal y diminua progressivement, et l'on vit s'y créer une série d'états, vassaux de l'Allemagne, mais en réalité beaucoup plus indépendants que ne le furent jamais les feudataires de France.
Par le fait de la situation du pays et de ses relations commerciales,, de la race à laquelle appartenaient les habitants, le monnayage des fiefs des anciens royaumes de Bourgogne et de Provence a une allure toute française. Nous diviserons les monnayages dont nous allons avoir à nous occuper en deux groupes géographiques : 1° la Bourgogne transjurane^ 2° la Bourgogne cis-jurane et la Provence.
I. Nous avons réuni à l'Allemagne la partie orientale de la Bourgogne transjurane (Bâle et la Suisse allemande) dont le monnayage féodal présente tous les caractères de celui de la Souabe. Nous prions le lecteur de se reporter, pour ce qui concerne cette région, à la p. 741 de ce Traité.
§ I. ^ Bourgogne transjurane.
a). Archevêché de Besançon.
Les droits monétaires des archevêques remontent à un diplôme de Charles le Chauve du i" novembre 871, dont le texte a été récemment retrouvé par M. J. A. Blanchet^ Des confirmations successives de cet octroi furent accordées le 19 novembre 1049 par le pape Léon IX et le 7 mai 1254 par Guillaume de Hollande, roi des Romains.
Le type invariable des deniers de Besançon, que les documents appellent estevenants ou, en latin, stephanienses , est l'image du bras de saint Etienne, la plus insigne des reliques conservées dans la cathédrale métropoHtaine ; la légende est formée du nom du saint: S-STEPHANVS,
BSTEPHANI, ou de son titre: PTHO- MARTIR. Au revers, une croix pattée est de règle. Sous le règne d'un des trois Hugues qui se succédèrent de 103 1 à iioo, la croix est parfois cantonnée des lettres H-VG-0, mais c'est là l'unique exemple d'un estevenant signé. Sur ces pièces de Hugues et sur quelques deniers anonymes, l'ethnique est CRISOPOLIS au lieu de VESONTIVM ou BISVNTIVM. De curieux deniers du xi*^ siècle remplacent, au revers, la croix par un édifice que la légende nous apprend ctre la Porte noire, PORTA NIGRA, dans le voisinage de laquelle l'atelier archiépiscopal se trouvait établi (fig. 1239).
b). Comté de Haute-Botirgogne^.
A la fin du xi° siècle, Otton-Guillaume (995-1027) devint comte de Haute-Bourgogne par la faveur du roi Rodolphe IIL La Haute-Bourgogne était encore divisée en cinq comtés inférieurs, l'Elsgau, le Varesgau, le Scodingue, le comté d'Amous et celui de Port. Une. trouvaille faite à Lons-le-Saulnier en 1889 renfermait de curieux deniers dont l'émission paraît contemporaine d'Otton-Guillaume ; ces pièces
Fig. I2Î9
1. A. dstan, Cottccssion monétaire de Charles le Chauve à V église métropolitaine de Besançon, dans la Revue numismatique, 1891, p. 47.
2. E. Caron, Monnaies du commencement du xi« siècle frappées dans le comté de Boutgagne, dans la Revue numismatique, 1889, p. 556.
frappées à Salins, + SAVNIS BHL, portent à l'avers les deux légendes concentriques : + SCVTINCO PhV et COMITS, dans lesquelles il est facile de retrouver le nom du comté de Scodingue.
On possède un denier de Renaud I (1027-57) frappé à Lons-le- Saunier. A l'avers, les mots + LEDONIS VIL entourent les lettres C barré et O, abréviation du mot cornes; le revers porte 4- RAINALDVS autour d'une croix. L'atelier de Lons-le-Saunier continua à ouvrer dans le cours du xii^ siècle; une charte de 115 1 le cite formellement et, jusqu'en 1204, les stipulations en « moneta ledonensis » sont fréquentes ^
La trouvaille de Ferreyres^, composée de monnaies du premier tiers du xii^ siècle, a fait connaître des deniers frappés par les comtes de Bourgogne ou leurs vassaux, les seigneurs de Salins, à Orbe: APVT ORBAM. Le type de ces pièces est une immobilisation du temple carolingien et de la légende chrétienne: XPIANA RECO.
c). Seigneurie d'Arlai.
Le droit de battre monnaie fut accordé à Jean de Chalon, seigneur d'Arlai, par Rodolphe, roi des Romains, le 29 mai 129 1, avec cette réserve que les pièces émises ne pourraient dépasser la valeur d'un parisis. Le 21 décembre 1299, l'empereur Albert l'autorisa à faire battre ses espèces dans l'atelier de Besançon. Les deniers du seigneur d'Arlai portent un édifice et une croix pattée avec ces légendes : 4- lOHS DE CABVLON et DNS DE ARLATO.
d). Abbaye de Saint-Claude.
Le 23 avril 1175, l'empereur Frédéric I accorda le droit monétaire à l'abbé de Saint-Claude ou Saint-Oyen de Joux : « Concedimus ut predictus ahhas et ejus successores potestatem babeant cudendi monctani prout sihi et ecclesie Sancii Eugendi magis expedire cognovcrint. » Diverses confirmations de ce droit furent données en 11 84, en 1196, etc., mais on n'a pas encore
1. Les auteurs qui se sont occupes de la numismatique franc-comtoise attribuent à Renaud II un denier portant en légende: moneta-ivledonis; ce nom serait l'équivalent de villa Ledonis, Lons-le-Saulnier. Cette attribution nous paraît très incertaine. Nous ferons les mêmes réserves au sujet des deniers au temple et au nom de CARLVS REX immobilisés portant bledonis que M. Morel-Fatio a interprété par Btirgus Ledonis; il est toutefois incontestable que ces dernières monnaies appartiennent au commencement du xii^ siècle et à la Bourgogne transjuranc.
2. A. Morcl Fatio, Fcrreyres. Descriplion de quelques monnaies du xiF siklc trouvées dans celte localité, dans la Revue savoisicnne, Annecy, 1871.
Fig. 1240
retrouvé jusqu'à ce jour de monnaies abbatiales de la période qui nous occupe.
e). Evéchè de Genlve ^ .
Les deniers de l'évêque Conrad (1017-. . . .) sont les plus anciens connus de la souveraineté ecclésiastique de Genève ; ils présentent au droit le temple tctrastyle carolingien accompagné du nom de la ville : GINEVA ou GENEVA Cl VIT AS, et au revers une croix cantonnée entourée du nom de l'évêque.
Les oboles. d'Adalgode et les deniers de son successeur Frédéric
(1031-73), dont tant d'exemplaires variés ont été répandus dans les collections par la trouvaille faite en 1892 au Pas-de-l'Échelle, continuent le type du temple, adopté sous Conrad (fig. 1240). Aux émissions signées par Frédéric, succèdent à la fin du xr' siècle des deniers anonymes au nom et à la tète diadémée de saint Maurice ; puis, au xii'^ siècle, les monriayeurs épiscopaux adoptent, pour marque caractéristique de leurs espèces, la tcte de saint Pierre, SCS PETRVS, qui occupera jusqu'au xW siècle l'avers de leurs deniers.
f). Abbaye de Saint-Maurice.
L'atelier abbatial de Saint-Maurice en Valais paraît être une des plus anciennes monnayeries féodales des bords du Léman. Ses deniers sont des immobilisations des pièces au temple de Louis le Débonnaire, reproduisant avec plus ou moins de correction les légendes de leurs prototypes. Ces monnaies de Saint-Maurice ont servi de modèle aux anciens monnayages de Genève et de Lausanne; de nombreux exemplaires se trouvaient dans le trésor de Ferreyres, décrit par M. Morel- Fatio. En 11 77, la nionefa manritiensis est citée dans un texte.
Au XIII* siècle, les droits monétaires des abbés passèrent aux comtes de Savoie et lorsqu'en 1239, le comte Amédée IV fit donation à sa sœur, Marguerite de Kybourg, de la terre de Saint-Maurice, il retint
I . Ed. Mallet, L'ancienne monnaie cpiscopale de Genève, dans les Mémoires et documents publiés par la Société d'hist. et d'airbéol. de Genève, 1847, t. V, p. 335. — E. Demolc, Deniers au nom de Frédéric, évéque de Genève, dans la Revue numismatique, 1887, p. 176.
expressément pour lui le droit de battre monnaie: « . . .excepto jure cudendi monetam quod nohîs tanquam domino proprietaîis specialiter retinemus... »
g). Evcché de Lausanne '.
Déjà en iioo on comptait en livres de Lausanne, et un document de Tévêque Amédée en date de 1150 dit que de temps immémorial les droits monétaires appartenaient aux prélats. En iiéS, le marc d'argent valait 17 sous de Lausanne. L'évêque possédait aussi la Monnaie de Neuchâtel.
L'histoire monétaire de Lausanne a été étudiée en détail par M. Morel- Fatio. La plus ancienne monnaie, un dentier frappé au commencement du xi^ siècle, porte LOSANNA — CIVITAS; son type est d'un côté un S et une croisette, de l'autre, une croix pattée. Plus tard, les monnaies ont le temple carolingien, avec six colonnes, et les légendes: CIVITAS EQ'STRIV— SEDES LAVSANNA. Au commencement du xii^ siècle, sur les deniers de la trouvaille de Ferreyres, une crosse est placée sous le temple et les légendes deviennent: MONETAS — LAVSANNA.
Au xii^ siècle, les deniers portent BEATA VIRGO; enfin, à la fin du même siècle, les légendes CIVITAS LAVSANE— SEDES LAVSANE apparaissent sur des monnaies de très bon style qui conservent toujours le temple pour type.
h). Comté de Neuchdtel'^.
En 1209, l'atelier ncuchâtelois fut donné par Roger, évêque de Lausanne, malgré l'opposition du chapitre, à Ulric, comte de Neuchâtel. En 1221, les comtes Ulric et Berthold engagèrent leur droit monétaires l'évêque de Lausanne Guillaume, pour une durée de dix ans, au prix de cent trois livres lausannoises. Cet engagement fut transformé en 1225 en une vente définitive.
En 1291, Rodolphe de Habsbourg accorda à Jean de Chalon la Monnaie de Neuchâtel, concession qui fut confirmée par Adolphe de Nassau. Jean de Chalon fit frapper à Orbe des monnaies de bas titre dont le cours fut aussitôt interdit dans les pays voisins.
1. A. Morel-Fatio, Histoirz monétaire de Lausanne. Amédée de Clermont-Hautcrivcs (1144-5C)), dans \2i Revue belge de numisni., 1871, p. 164. — Le même, Hist. monct. de Lausanne (1273-13 54), dans les Mém. et doc. de la Soc. d'hist. de la Suisse romande, 1882, p. 379. — Le même, Les deniers à la légende: Beata virgo (i 229-1231) dans le Bull, de la Soc. Suisse de numism., 1885, p. m. — Le même, Denier émis vers Van 1000, dans les Mém. et doc. de la Soc. d'hist. de la Suisse romande, 1887.
2. A. Morel-Fatio, Histoire monétaire de Neuchâtel, dans le Musée Ncuchâtelois, 1869, p. 266.
i). Seigneurie de Vaud.
Le 5 mai 1284, Rodolphe de Habsbourg permit à Louis I, troisième fils de Thomas II de Savoie, comte de Flandre, « monetam cudifacere quamcumque voluerit, bonam tamen et icgalein et signo ejusdem signatam. » Ce prince possédait à cette époque diverses terres situées en Bugey et en Valromey, auxquelles vint se joindre, l'année suivante, le pays de Vaud. En mai 1297, le roi Adolphe de Nassau confirma les privilèges monétaires de Louis, qui ouvrit un atelier à Thierrens, près de Modane. Les monnaies frappées par Louis I de Vaud sont des deniers au type du temple, copiés de ceux de Lausanne, ou au type de l'étoile, imités des monnaies de Savoie. Les légendes sont: + LVDOVICVS — + DE SABAVDIA.
§ IL — Bourgogne cisjurane.
a). Ateliers royaux.
Lorsqu'en 1032 Conrad II eut réuni à ses états l'ancien royaume de Bourgogne, il continua le monnayage dans l'atelier de Lyon, dont les profits appartenaient sans doute, dès cette époque, aux archevêques. Les deniers et les oboles portent son nom, CONRADVS autour d'une croix pattée, et LVCDVNVS autour d'une croix haussée sur un calvaire triangulaire, fi'onton de l'ancien temple. Quelques deniers remplacent cet emblème par un R barré, monogramme de Rex. Ce dernier type persiste sous Henri III, mais il est bientôt remplacé par un S initiale dans laquelle M. Récamier a vu le nom du patron saint Etienne. Après Henri III, la monnaie lyonnaise devint purement archiépiscopale.
A Vienne, le monogramme du même Henri III apparaît sur quelques deniers, mais pour faire place également à un type ecclésiastique.
On verra, dans les pages qui suivent, combien, après l'avènement des Hohenstaufen, les rois et empereurs prodiguèrent les concessions monétaires dans la vallée du Rhône, où ils suivirent la même politique qu'en Italie. Il n'y eut plus du tout de numéraire impérial, mais le nom de Frédéric II parut encore sur les deniers de Guillaume de Baux, prince d'Orange, et sur ceux d'une localité indéterminée, MARSAGONA, que D. Promis assure être Marsanne en Valentinois^
I. D. Promis, Recherches sur deux monnaies sur lesquelles se trouve le mot Marsacona, dans la Revue nutnism., 1836, p. 348.
b). Comté de Provence.
Les comtes de Provence devinrent héréditaires au milieu du xi'^ siècle. En 1113, Douce P^, héritière du comté, en fit don à son époux Raymond-Bérenger, comte de Barcelone. En 1137, Raymond-Bérenger II devint, par son mariage, roi d'Aragon.
En 1162, Frédéric Barberousse partagea la ville d'Arles entre l'archevêque et le comte de Provence : « Concessimus (comiti Provincie) in feudum civitatem Arelaiensem ita... quod omnia regalia ipsius sint tam in vionetis quam portuhus... excepta eo quod archiepiscopiis et eccJesia Arelaîensis hahet vel habuit a c annis rétro in eadem civitaîe. » Cette concession nous paraît être l'origine des droits monétaires des comtes de Provence ^ En 1177, l'archevêque d'Arles, Raymond de BoUène, et le comte de Provence, Raymond-Bérenger IV, frère du roi Alphonse, convinrent de faire frapper dans Arles une monnaie commune, à la fois comtale et archiépiscopale. Au souverain de Provence appartint, en vertu de cet accord, la légende de l'une des faces de la monnaie : REX ARAGONE, à l'archevêque, le type de la même face, une mitre; le nom du pays de circulation, PRO-VI-NC-IA, fut inscrit au revers, autour du champ, entre les bras pattes de la croix (fig. 1241). Aux termes de
Fig. 1241
Fig. 1242
cet accord, les 9/15 du bénéfice de la fabrication revenaient au roi d'Aragon ; le reste était inégalement partagé entre l'archevêque et l'un
I. Le 4 août 1145, l'empereur Conrad III accorda à Raymond de Baux, seigneur de Berre, et à Etienneite, sa femme, qui élevaient des prétentions au trône de Provence, le droit de frapper à Arles, à Aix et à Trinquetaille, une monnaie qui aurait cours dans tout le pays : « Tradimits tibi, vir nohilis Rainiiiiide de B.mcio, . . . Jus habendi percussuram nionete et ciidendi propiie figure denarios qui in toto regno nostro Provincie, ubi jam a longis rétro temporibus nutla propria et specialis monda fuit, legitimuni et auctorite regia confirmalum cursum et bo.iuni habcant: exclusis ab ejusdem terre commerciis et omni facuîtate dandi alioriim regnoruvi monetas, quant monetam preccpto in eternum valituro a regia munificentia nostra acceplam, aptul Arelateni metropolim, et apud Aquis metropoJim et in Castro de Trinquetalis, si tibi commodum fuerit, fabricari faciès, rcmota inde tam in purilate quam in pondère tocius falsitatis frauduîencia, etc. » En 1162, la veuve et les enfants de Raymond de Baux se soumirent à Raymond-Bérenger III.
des barons du roi, Bernard d'Auriac, en récompense de services rendus. Les deniers dont nous venons de parler, ou royaux à la mitre, eurent un cours de huit ans. Après 1185, le comte de Provence et l'archevêque d'Arles reprirent leur liberté monétaire et commencèrent à battre chacun de leur côté.
Un- type monétaire nouveau fut créé en Provence, le denier royal roro//^/ qui apparaît, pour la première fois, dans une charte du 19 février 1186, avec l'appellation vague de denier neuf . La ville de Marseille fut le siège delà fabrication de ces monnaies dont le type se compose d'une tête couronnée, de profil, à gauche (fig. 1242). L'émission des deniers coronats, commencée sous le roi d'Aragon Alphonse I, continua sous Alphonse II et sous Raymond VII, comte de Toulouse, quand il obtint en 1230 la seigneurie de Marseille. C'était, dit M. Blancard, une monnaie devenue en quelque sorte communale par le fait de son immobilisation. Il est probable, au surplus, que lors de l'établissement d'un atelier dans leurs murs, les Marseillais obtinrent une part dans Tadministration de cette Monnaie. Le 16 mai 1218, le comte Raymond-Bérenger V les autorisa à frapper des pièces d'argent d'une valeur de change de six deniers royaux eorcnats ; cette monnaie, que le diplôme appelle nioneta grossa argentM, eut un cours général dans toute la Provence. Le type des gros marseillais fut le suivant: + COMES PVINCIE, tête nue de profila gauche; revers : + CIVITAS MASSIL', château à cinq tourelles, dont trois à créneaux et deux à clocher.
En 1243, Raymond-Bérenger V, devenu maître de Marseille, modifia le type presque séculaire des deniers coronats, du consentement des magistrats municipaux : « Commit inter dictum doniinuni comiteni Rayniundum Berengarium et syndicum supradictuni (RaoUnuni) nomine dicte nniversitatis (Massilie) et pro ea quod moneta que fiet et operahitur in civitate Massilie
vicecomitali, fiet et operetur et percutiatur
nomine dicti comitis. » Les nouveaux
deniers portèrent, au lieu de la tête
couronnée, un écu d'Aragon avec cette
F's '243 légende : +-R-BE-COMES ; le type du
revers ne subit d'autre modification que l'emploi du génitif pour, le mot
Pro-VI-N-C!-E (fig. 1243).
Les premières émissions de Charles I d'Anjou (1245-85) appartiennent encore à la période qui nous occupe. M. Louis Blancard a consacré à l'histoire monétaire de ce prince un ouvrage, remarquable entre tous, dans lequel il détermine, pour ainsi dire année par année, les espèces frappées en Provence. Voici, d'après ce savant si précis et si consciencieux, comment se répartissent les émissions de
Charles I jusqu'à l'introduction probable des gros tournois vers 1266-1268 :
jre émission. Août 1249. L'atelier deTarascon frappe des deniers tournois provençaux dont voici la description : -+- k. comes p. fi. re. f (fîlius régis Fraude). Croix pattce. Rev. : + PROViNCiALis. Chàtel tournois fleurdelisé.
2'^ émission. Le 25 juillet 1252, un accord fut conclu entre la ville de Marseille et Charles I qui suivit l'exemple de Raymond-Bérenger V en mettant son nom sur les espèces, mais il revint au type du royal coronat.
p émission. Cette émission commença à Marseille en 1237. Le xx^ article des chapitres de paix concédés en 1257 aux Marseillais vaincus, par Charles I, vainqueur, maintient, en le modifiant, le privilège du monnayage marseillais. La monnaie devint comtale, mais les espèces furent néanmoins frappées à un type et suivant un système particulier. Ce système se composa du gros subdivisé en deniers, oholes et piles. Le type consiste, à l'avers, dans la tête nue du comte, représentée de profil à gauche; au revers du denier et des menues espèces, une grande croix coupe la légende circulaire :