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VIII. — L ANGLETERRE

d'entre eux se retrouvent sur la monnaie du roi Alfred : Abenel Aelven, Berter, Bericbe, Ciolvulf, Cuntere, Ecumlf, Elda, Enodas, Judelberd et Oeldai.

Après Ethelstan II, un seul prince, Eohric, gouverna l'Est-Anglie comme royaume séparé. Il régna quatorze ans (890-904) et fut chassé par ses sujets. Après son départ, TEst-Anglie fut annexée aux États du roi Eadward le Vieux. On ne possède pas de monnaie au nom d'Eohric, mais c'est à son temps qu'il fliut attribuer, suivant toute apparence, les pièces anonymes frappées au nom de saint Edmond, dont près de dixhuit cents spécimens se trouvaient dans le trésor de Cuerdale. Le type de tous ces deniers et oboles se compose à l'avers de l'A, l'emblème traditionnel de l'Est-Anglie. Quelques exemplaires portent au revers le nom du roi Alfred, suzerain d'Eohric, décédé en 901. D'autres spécimens présentent la légende ERIACE CIV où l'on a vu le nom d'York; cette circonstance rig. 588

prouverait que malgré leur destination, c'est-à-dire leur cours dans l'Est-Anghe, les deniers de saint Edmond furent battus hors des États d'Eohric. Avec l'organisation du monnayage anglo-saxon laissé à l'entreprise de financiers, ce fait n'a rien qui puisse surprendre.

Le type habituel du revers des deniers de saint Edmond est une croix parfois cantonnée de globules. Les légendes présentent des noms de monétaires extrêmement variés et beaucoup trop nombreux pour pouvoir être relevés ici; les différences orthographiques se constatent pour ainsi dire d'exemplaire à exemplaire.

§ VIL — Les Danois souverains de Northumbrie et rois de la mer.

Sous le règne d'Ethelred I (866-871), un chef danois du nom de Halfden s'empara du Northumberland et en conserva le gouvernement. Poussant ses conquêtes vers le sud, il occupa momentanément Londres en 872. On possède de cet Halfden différentes monnaies, deniers et oboles, qui semblent avoir été battues dans la capitale de l'Angleterre. Au droit, le denier d'Halfden reproduit le même type que le curieux denier de Coelwulf II de Mercie, mais l'exécution est plus rude. La légende est VLFDENE XRX +. Le monogramme londonien du revers est identique à celui que nous retrouverons sur une pièce du roi Alfred. L'obole porte d'un côté ALFDENE RX+ autour d'une croix placée

dans un petit cercle. Au revers le nom du monétaire RAINGALD 51^0 figure en deux lignes. Il est curieux à remarquer que bien qu'Halfdeii fût païen ses monnaies portent la croix chrétienne.

Le seul Sitric mentionné dans l'histoire d'Angleterre est le roi de Northumbrie qui épousa en 92e la sœur d'Athelstan. On sait en outre que deux ou trois comtes du nom de Sidroc furent tués en 871 ; enfin les annales irlandaises fort part d'un Sitric, frère du roi Guthfrith et rival de Siefred qui le vainquit en 80 <.

On n'est pas fixé sur le point de savoir auquel de ces princes appartiennent des deniers du trésor de Cuerdale portant à l'avers SITRIC C0ME2 en deux lignes séparées par trois croisettes. Le revers donne

en trois lignes: CVNDI SCELDFOR

BERTVS, légende qui nous apprend

qu'un monétaire Gundibertus frappa

les pièces à Sceldfor; cette ville est sans

doute Shelford dans le Nottingams-

Fig. S89 hire. Le type de ces pièces est imité

d'un denier du roi Alfred ; on trouve le monétaire Gundiberht sur des

monnaies au nom de saint Edmond.

Presque toutes les pièces aujourd'hui connues des rois danois Canut et Siefred ou Sifroid proviennent du trésor de Cuerdale. Nous avons fréquemment cité cette fameuse trouvaille qui jeta un jour si grand sur le monnayage de la période anglo-danoise; M. Hawkins en fit l'objet d'un travail très remarquable publié dans le Numisniatic Chronicle^ ; nous en dirons ici quelques mots.

En mai 1840, quelques ouvriers travaillant à une digue sur les bords du Ribble à Cuerdale, prèsde Preston, dans le Lancashire, découvrirent une grande quantité d'argent consistant en lingots de diverse épaisseur, en bracelets, en ornements et environ sept mille monnaies. Dans ces 7,000 pièces se trouvaient 31 monnaies arabes, 1,047 continentales frappées pour la plupart par les Carolingiens depuis Louis le Débonnaire jusqu'à Raoul (923-936). Le reste du trésor comprenait, si l'on en défalque un certain nombre de pièces que leur état ne permit pas de déterminer : 24 Ethelstan d'Est-Anglie, 2 Ceolwulf II de Mercie, 3 Aethelred de Wessex?, 919 Alfred, 51 Eadweard, i archevêque Ceolnoth, i archevêque Ethered, 59 archevêque Plegmund, 18 15 saint

I. An acconnt of coins and trcasure fourni in Cuerdale, dans le Numisniatic Chronicle, t. X, 1842-43, pp. 1-48 et 53-104.

L ANGLETERRE

Edmond, 2 Halfden, 2 Sitric cornes, 2534 Canut, 238 Siefred, 205 pièces ecclésiastiques?, i Alvaldus. La date d'enfouissement de ce précieux ensemble est fixée par M. Hawkins vers 925, mais de son temps on n'avait pas reconnu les deniers de Raoul qui avancent la date de l'inhumation d'une dizaine d'années (935).

Le groupe des monnaies de Canut et Sifroid se décompose en quatre séries. Sur la première, le nom des deux princes paraît simultanément; sur la seconde Canut signe seul ; sur la troisième nous ne trouvons que le seul nom de Sifroid ; enfin sur la quatrième série, qui se rattache intimement aux deux autres par le type, les légendes sont dépourvues de toute mention de noms d'hommes.

Fig. 390

Fig. S9I

a) Sifroid et Canut, — Le nom+ SIEFREDVS figure d'un côté autour d'une croix pattée placée dans un grènetis. Au revers une croix recroisetée dans sa branche inférieure est entourée de la légende CNVT REX disposée dans cet ordre CRTENXV.

b) Sifroid. — Le type des pièces de Sifroid seul se compose de la croix pattée et cantonnée et de la grande croix à branche inférieure recroisetée. Les légendes donnent le nom du roi SIEFREDVS REX. SIEVERIT RX, SIEVERTI.^SIEVERT REX, le nom d'atelier EBRÂICE CIVI ou l'afhrmation pieuse MIRABILIA F ECU qui se rapporte évidemment à la croix (fig. 590 et 591).

c) Canut. — On a, de Canut seul, des deniers et des oboles. Le type du droit est la 2;rande croix à branche inféricure recroisetée, entourée de CNVT REX écrit CRTENXV. Sur l'autre face.

Canut copie parfois le monogramme carolingien (fig. 592), mais, plus souvent, il met une simple croix pattée cantonnée de globules. Les légendes donnent MIRABILIA FC. ou l'un. des noms de lieu EBRAICE CIVITA (EBRAICE CIV). CVNNETTI ou QVENTOVICI.

d) Pièces anonymes. — Ces deniers présentent deux variantes. Sur les unes, on voit des deux côtés une croix et, comme légende, EBRAICE

3l6 DEUXIÈME PARTIE

C — + MIRABILIA FE. Sur les autres on lit à l'avers DNS -DS + O-REX (Dominus Deus omnipotens rex).

Ce groupe monétaire de Canut et de Sifroid a préoccupe au plus haut point l'attention du monde savant. En Angleterre, MM. Hawkins et Haigh, en France, MM. Cartier, de Longpérier, Hermand, Poey d'Avant, en Allemagne, M. de Koehne, s'en étaient successivement occupés sans faire avancer beaucoup le problème que soulevait sa découverte, lorsqu'en 1858 M. C.-A. Serrure^ publia un travail dans lequel, à côté d'erreurs, se trouve exposé le système le plus vraisemblable et sans doute le plus vrai.

Ni les numismates anglais, ni ceux de France et d'Allemagne ne parvinrent à retrouver dans l'histoire deux chefs normands à qui on pût attribuer ces pièces avec quelque probabilité. On ne fut pas plus heureux pour expliquer la désignation des ateliers monétaires. Un seul nom de lieu donnait une indication précise, celui de Quentovic, qui se rencontre sur une seule variété et qui désigne une ancienne ville française aujourd'hui détruite, située sur les bords de la Canche à l'emplacement actuel d'Etaples. Les deux autres noms Cunnetti ou Cunneti et Ehraice furent l'objet d'une longue controverse, les uns voulant les identifier avec Counde (anciennement Cuneet) et York, les autres avec Caen et Evreux. Aujourd'hui l'identification avec les deux localités anglaises n'est plus guère mise en doute.

S'appuyant sur les chroniques de Lambert d'Ardres et d'Iperius, M. C.-A. Serrure établit que vers 928, un viking ou roi de la mer danois, nommé Sifroid vint fondre sur les côtes de la Morinie en compagnie de son cousin Canut, frère d'Harold,roi de Danemark. Le comte de Flandre, Arnould le Vieux, marcha contre les Danois, mais ne voyant pas le moyen de chasser Sifroid et Canut du territoire dont ils s'étaient emparés, il fit sa paix avec eux et leur céda une portion notable de pays qui plus tard devint le comté de Guines.

Les monnaies d'York et de Counde montrent que Canut et Sifroid, bien que rois de la mer, exercèrent la souveraineté sur une partie du Northumberland. Les chroniqueurs assurent que Sifroid mourut en 965, mais cette date est évidemment erronée ; elle se rapporte sans doute à un homonyme.

Le trésor de Cuerdale renfermait un denier d'un prince AJdivald qui

I. C.-A. Serrure, Les monnaies de Canut et de Sifroid, rois pirates normands et fondateurs du comte de Guines. Paris, 1858, in-8. — Cf. Gariel, Les monnaies royales de France dans la race carolingienne, t. I.

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