DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XYT SIÈCLE JUSQU’A LA FIN
DU XVIIIe.
Sources: G.-E. Haller, Schiueiierisches Mün:^- und MedaiUen-Cahinet. Berne, 1780-81, 2 vol. in-8. — E. Lehr, Essai sur la numismatique suisse, dans la Revue numismatique de 1874. — Reg. Stuart Poole, Catalogue of the s-iviss coins in the South-Kensington Muséum. Londres, 1878, in-8. — G. Meyer von Knonau, Die schiveixerischen Mïmienvon den àltesten Zeiten lus auf die Gegemvart, 2^ édit. Zurich, 1851, in-8. — H. Custer, Die Geiuichte, Gehalte nnd IVerthe der alten Sclnuei:(erischen Miïn:(en. Berne, 1854, in-8. — L. Coraggioni, Müm^geschichte der Schweii. Genève, 1896, in-4.
Aux huit anciens pays ou cantons de la Suisse : Uri, Schwyz, Unterwalden, Lucerne, Zurich, Claris, Zug et Berne, vinrent successivement se joindre, à la fin du xv^ siècle et au commencement du xvU, les cinq cantons nouveaux de Fribourg, Soleure, Bâle, Schaffouse et Appenzell. La confédération ou EidgenossenscJiaft se composa ainsi de treize cantons; elle soumit certains territoires et certaines villes à son autorité (UntertJianenland) , et passa avec d'autres des traités de protection ou d'alliance (Zugewandte Orte). L'indépendance complète fut donnée à la Suisse en 1648 par la paix de Westphalie.
Parmi les treize cantons, les huit plus anciens avaient la préséance. Les pays alliés se divisaient en associi q.1 en confoederati. A la première catégorie appartenaient l'abbé et la ville de Saint-Gall ; à la seconde, les Grisons, le Valais, la ville de Mulhouse en Alsace, le comté de Neuchâtel, la ville de Genève et une partie de l'évèché de Bâle.
La numismatique suisse vient d'être l'objet d'un ouvrage d'ensemble de xM. L. Coraggioni, dans lequel l’histoire monétaire des temps modernes se trouve exposée d'une manière aussi claire que complète.
§ I. — Les treize cantons.
a). — Uri, ScJnuyi et Unteriuaïden K
Au commencement du xv^ siècle, les cantons d’Uri, Schwyz et Unterwalden avaient acheté des comtes de Sax la ville de Bellinzona et son territoire; en 1415, l’empereur Sigismond leur en donna l’investiture. En 1422, Philippe-Marie Visconti, duc de Milan, s’en empara, et en 1499, Bellinzona fut conquis avec tout le Milanais par Louis XII, roi de France. Lorsque les troupes des trois cantons traversèrent la ville, peu de mois après, pour rejoindre l’armée du roi en Italie, les habitants.
de Schwyz et d’Unterwalden, prétextant le retard apporté dans le payement de leur solde, s’installèrent pour leur propre compte dans la ville, qui alors appartenait à ce souverain. Le 10 avril 1503, Louis XII, acceptant le fait accompli et consacré par le sort des armes, céda définitivement Bellinzona et son territoire aux trois cantons. Cette cession fut confirmée en 1316 par François I.
Dès 1503, les cantons ouvrirent à Bellinzona un atelier monétaire où ils forgèrent en commun. Sur les premières monnaies émises, les noms d’Uri et d’Unterwalden, ou parfois ceux de Schwyz et d’Unterwalden, figurent seuls, mais dans la suite, et sans doute à partir de 1516, les noms des trois cantons sont écrits sur les pièces destinées à circuler dans leurs possessions communes. On a conservé un grand nombre de pièces frappées dans l’atelier de Bellinzona au xyi^ siècle : florins d’or, thalers, demi-tlialers, dicken ou testons et plusieurs variétés de monnaies de
I, Luethert, Versiich eiiier Münigeschichte von Liicern, Uri, Schwyz^, Unterivalden und Zng. Einsiedeln, 1864-67, in-8. — B. Biondelli, Bellinzona e le sue nionete, dans VArchivio storico lonihardo de 1879. — U. Rossi, Di alcnne nionefe médité di Bellinzona, dans le Bull, de la soc. suisse de uumisiuatique, 1883. — A. Morel-Fatio, Bellinzona. Teston anonyme frappé par les cantons d’Uri, Schwytz et Untcrwalden, dans la Revue numismatique de 1866.
soit par attachement à leurs anciens seigneurs, soit par irritation contre les Français, prièrent les commandants des contingents suisses de les prendre sous leur protection; et, bien qu’enrôlés pour le roi de France, les soldats d’Uri,
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billon. Notre figure 236 reproduit un intéressant spécimen de ce monnayage collectif : un teston d’argent copié de ceux de Milan au saint Ambroise. Le type habituel des monnaies des trois cantons est l’image de saint Martin ou la juxtaposition de leurs écussons respectifs. Sur des pièces frappées vers le début du xvi^ siècle, nous trouvons parfois Mars assis sur des armes entassées, avec la légende VICTORIA ELVETIQRVIVl ou ALAMANORVM.
b). — Uri.
Le canton d’Uri, respiiblica uraniensisy ne commença à monnayer pour son compte exclusif qu’au xvi^ siècle, et ses premières émissions consistèrent en pfennigs unifaces. En 1536 apparurent des denii-bat^en, puis en 1369 des bat\en d’argent (fig. 237). Au commencement du xvii^ siècle, le canton d’Uri frappa des schillings, des kreu^er, des dicken ou testons et des denii-dicken d’argent, et diverses monnaies d’or. Au xviii^ siècle, les seules pièces frappées furent quelques ducats d’or.
Le tvpe des monnaies d’Uri se compose généralement, soit des armes : d’o7' au rencontre de bœuf de sable, accorné, lanipassé et bouclé de gueules, soit de l’image de saint Martin, soit de l’aigle à deux têtes. Saint Martin est représenté, tantôt à cheval, donnant un morceau de son manteau à un pauvre, comme sur les pistoles d’or, tantôt debout, comme sur les ducats, tantôt en buste, comme sur les dicken. Son nom forme la légende la plus fréquente du revers : S. MARTIN’ ■ PATRON’ NO^^<^r ou SANCT’ MARTIN’ EP\S\
Fig. 237
c). — ScJnvyi.
Le monnayage moderne de Schwyz débute, à la fin du xv^ siècle ou dans les premières années du xvi^, par un remarquable thaler non daté, portant à l’avers l’écu du canton, tenu par deux sauvages et surmonté d’une aigle à deux têtes ; la légende est MONETA NOVA SVITENSIS; au revers, dans une épicycloïde, nous retrouvons l’image équestre de saint Martin: SANCTVS MARTINVS EPISCOPVS. Les légendes sont encore écrites en lettres gothiques.
L’image de saint Martin resta, avec l’aigle à deux tètes, le type prin-
cipal des monnaies de Schwyz. Au xvii^ siècle, les ducats d'or eurent l’image de la Vierge; au xviii^ l’écu du canton : de gueules à une croisette pattée et alesée d’argent, posée au canton senestre du chef. La devise habituelle du revers, sur les monnaies de Schwyz, est: TVRRIS FORTlSSz’?^^^ NOME^z üOUini ; sur les ducats à la Vierge on lit : OMNIA ÀVXILiANTE MARIA.
La série monétaire de Schwyz est très variée et s’étend chronologiquement sur toute la période moderne.
d). — Unterwalden.
Le canton d’Unterwalden, partagé en deux par la forêt de Kernwald, formait deux petites républiques étroitement unies, mais distinctes. La plus grande, située au sud et au-dessus de la forêt, portait le nom d’Unierwald ob déni Wald ou d’Obivalden (respublica subsylvana superior) ; la plus petite, formant la partie nord-ouest du canton, se nommait Unterwald nid déni Wald ou Nidjvalden (respublica subsylvana inferior).
En 1569, Unterwalden commença l’émission de bat\en d’argent. Au xvni^ siècle, le monnayage devint abondant et comprit des espèces d’or et d’argent. Le type des ducats se compose de l’effigie du bienheureux Nicolas de Elue agenouillé : B ■ NICOLAVS ■ VON • FLVE.
Outre les monnaies frappées pour tout le canton d’Unterwalden, le petit état d’Obwalden eut ses monnaies particulières. A part des heller, des pfennigs ou ^weiheller, des ^elinkreuyer et des rappen sans millésime, Obwalden a fait forger : en 172 5 des demi-gulden et desfünfbatpier ou pièces de 20 kreuzer; en 1726 des ducats d’or, des demi-batyen et des kreu^ers ; en 1728 des et des demi-thaler ; en 1732 des pièces de 20 kreuzer et des thalers. Ces pièces portent la devise: DILEXIT DO- MINVS DECOREM IVSTITIÆ.
Les armes d’Unterwalden sont: parti, au de gueules coupé d’argent à une clef de run en l’autre posée en pal, qui est Obwalden, au 2^ de gueules à la clef à double panneton d’argent, posée en jp^z/ qui est Nidwalden.
e). — Lucerne
En 1495, Lucerne décida l’émission de testons ou dicken au même titre que ceux de Milan et de Berne; en 1302 elle résolut de fabriquer
I . F. Haas, Die Mi'iiiien des Standes Liiyni, dans la Revue Suisse de Nnmisnialique de 1895.
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dorénavant toutes ses monnaies sur le même pied que celles de Berne î en I ^ i8 furent frappés les premiers thalers et doubles thalers d’argent.
Lucerne, qui avait autrefois appartenu à Tabbaye de Murbach, avait pour patron le patron de ce monastère, saint Léger, sanctus Leodigarius. L’image de ce saint, son buste ou la représentation de son martyre, forment avec l’image de saint Maurice et l’écu du canton : parti d’azur et d’argent, le type usuel des monnaies de Lucerne. Sur le revers des thalers du xvi*^ siècle et du commencement du xvii^, l’écu de Lucerne
est entouré de ceux des principales avoueries formant le canton ; le nombre de ces armoiries varie entre quinze, seize et dix-huit. Notre figure 238 représente le tlialer de 1557; les écussons placés dans la bordure du revers sont, en commençant par le haut à droite, ceux de Rothenburg, Entlebuch, Sempach, Buron et Triengen, Malters, Kriens, Merischwanden, Ebikon, Rusegg, Weggis, Horw, Habsbourg, Munster, Sursee, Ruswil etWikon.
f), — Zurich.
En 1487, l’empereur Maximilien I étendit les droits monétaires de la ville de Zurich à la fabrication de la monnaie; en 1^24 l’abbesse de Zurich abandonna complètement à la ville ses droits personnels.
Le premier thaler fut frappé en 1512; cette pièce, d’une composition particulièrement remarquable (fig. 259), porte à l’avers sainte Régule entre saint Exupérant et saint Eélix ; les trois personnages sont décapités et tiennent leur tête dans les mains. Les armes de Zurich sont : tranché d’argent et d’azur. Les petits écussons qui forment la bordure sont ceux de seize avoueries dépendant de Zurich : Andelfingen, Grueningen, Regensdorf, Eglisau, Maschwanden, Winterthur, Stein, Greifensee, Kybourg, Knonau, Stâfa, Elgg, Hedingen, Regensberg, Neu-Amt et
Stammheim. Sur un thaler de 1526, nommé kelchthaler parce que les Protestants Pavaient frappé avec l’argenterie des églises, les écussons des avoueries, placés au revers sur une double rangée circulaire, sont au nombre de vingt-sept.
Les espèces frappées à Zurich pendant l’époque moderne sont extrêmement nombreuses, tant en or qu’en argent. Avant la Réforme, le type se composait fréquemment des images de saint Charlemagne, de saint
Félix ou de sainte Régule. Plus tard, on trouve les armes de la ville, l’aigle d’empire, ou un lion debout tenant l’écu rond de Zurich, ou enfin une vue de la ville généralement prise du lac; parfois on lit, dans le champ du revers, la prière: DOMINE CONSERVA NOS IN PAGE ou des devises telles que: IVSTITIA ET CONCORDIA ou PRO DEO ET PATRIA.
g). — Claris.
Ce canton n’a usé qu’à une époque relativement récente du droit de battre monnaie. On possède de lui quelques /ze//er non datés et des schillings depuis 1612.
Les armes de Claris sont : de gueules à un saint Fridolin, vêtu en pèlerin et marchant, au naturel.
h). - Ziig^.
Les premières monnaies de Zug qui aient un millésime sont des groschen de l’année 1 526. Il est peu probable, au dire de M. Lehr, qu’il en ait été frappé plus tôt. En 1 564 et 1565 se montrent les thalers, spécimens remarquables de l’art monétaire, que notre figure 240 met sous
I. R. Weber, Das Mïupivcsen von Zug und dessen PJennige iind Haller. Bâle, 1888, in-8.
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les yeux du lecteur. L'avers représente saint Michel pesant des âmes et tenant l'épée levée : CVM HIS QVI ODER^^zT PAŒm ERAM PACI- FICVS. Au revers, deux lions tiennent l'écu d'empire au-dessus de deux écus de Zug : d’argent à la fasce d’azur ; la légende est MON ETA NO^<^
CANTONIS TVGIENSIS.
Les types des monnaies de Zug sont, outre celui que nous venons de voir, l'effigie de saint Oswald, patron de la ville, celle de saint Wolfgang, l'aigle d’empire. Les émissions furent particulièrement actives au xvii^ siècle, où elles comprennent des schillings, des groschen, des
Fig. 240
bat-:^en, des pièces de dix kreu-:{ers, des dicken, des denii-dicken, des pièces de 20 kreu^er, des thalers, des denii-thalers, des ducats avec divers multiples ou sous-multiples. Du xviiU siècle, nous n'avons plus que de la petite monnaie : des heller, des angster, des seclistel-assis.
i). — Berner
Berne porte de gueules à la bande d’or chargée d’un ours de sable. Son patron était saint Vincent, dont le buste figure sur les premiers testons ou dicken d'argent (fig. 241). Ces pièces, d’un style remarquable, sont des imitations évidentes des testons de Galéas-Marie Sforza, duc de Milan; d’abord sans date, elles portent à partir de 1492 un millésime.
L'émission des thalers commença en 1493 et fut poursuivie en 1494 et en 1501. Le revers de ces
I. Lohner, Die Mün^en der RepuUik Bern. Zurich, 1846, iii-8. Supplément, Zurich, 18)8, in-8.
belles espèces d’argent porte les armes de vingt-sept avoueries qui dépendaient de Berne; sur le rang intérieur, autour de Tours et de Taigle, figurent celles de Thun, Burgdorf, Laupen, Frütigen, Ober-Simmenthal, Nieder-Simmenthal et Aeschi; sur le rang extérieur : Zofingen, Aarau, Brügg, Lenzbourg, Aarberg, Nidau, Büren, Wangen, Bipp, Granson, Orbe, Aarwangen, Erlach, Aarbourg, Huttwyl, Morat, Trachselwald, Interlaken, Unterseen et Oberhasli (fig. 242).
Jusqu’à Tépoque de la Réforme, toutes les monnaies bernoises eurent leurs légendes écrites en lettres gothiques. Le dicken frappé en 1539, trois ans après la conquête du pays de Vaud, est, d’après M. Lehr, le plus ancien qui porte des lettres latines. A la même époque, Taigle impériale avec la légende : BERCHTo/(ii^5 DVX ZERING^^z^A FVNDATO^ ou CONDITOR commence à remplacer Teffigie de l’ancien patron saint Vincent. Un quart de siècle après la paix de Westphalie, qui consacra l’indépendance de la Suisse, vers 1675, le nom du fondateur de la ville fait place à son tour à une devise religieuse, telle que BENEDICTVS SIT lEHOVA DEVS ou DOMINVS PROVIDEBIT. M. Lehr, auquel nous empruntons ce résumé de l'histoire monétaire de Berne, fait toutefois remarquer que ces règles ne sont pas sans exception : ainsi les diverses
pièces d’or frappées en 1600 et 1601, deux tiers de siècle après la Réforme, portent encore Teffigie et le nom de saint Vincent. Notre figure 245 donne un spécimen des monnaies divisionnaires de Berne frappées au nom de Berchtold de Zâhringen, le fondateur de la cité.
Indépendamment des thalers et des dicken et de leurs divisions, le numéraire de Berne comprit au xvi^ siècle des florins et des ducats d’or avec leurs multiples et sous-multiples, des bat{cn et demi-bat^en, des
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kreu^er, des vierer et des heller. Berne est de toutes les villes de Suisse celle dont la série de pièces d’or est le plus riche ; elle offre jusqu’à dix variétés de ducats, depuis le ducat simple jusqu’à la lourde pièce de douze ducats.
i). — Soîeiire.
Les plus anciennes monnaies datées émises à Soleure sont de beaux thalers fvsLppés en i^oi. Leur type comprend l’image de saint Ours, SANCTVS VRSVS MARTYR, debout, armé de toutes pièces, tenant dans la main un drapeau orné d’une croix. Le revers porte l’écu de la ville : coitpé de gueules et d'argent, la légende MON ETA SOLO- DOR et, en bordure, douze écussons des avoueries qui dépendaient de Soleure, c’est-à-dire : Buchegg, Halten, Altrew, Flumenthal, Falkenstein, Rothberg, Olten, Goesgen, Balm, Thierstein, Dorneck et Gilgenberg. Sur les tJialers frappés dans le cours du xvi° siècle, ces petits écussons furent omis.
Soleure avait adopté le pied monétaire de Berne, ce qui lui valut le désagrément de voir assez souvent ses pièces prohibées par Zurich, jalouse de la préférence accordée à sa rivale. La devise de Soleure: CVNCTA PER DEVM, figure au xviii^ siècle sur plusieurs de ses monnaies.
k). — Frilmirg K
La concession monétaire que Fribourg avait obtenue de l’empereur Sigismond en 1422 fut complétée en 1 509 par une bulle du pape Jules II accordant à la ville le droit de forger des espèces d’or. Depuis cette époque jusqu’à la fin du siècle dernier elle a, d’après M. Lehr, largement usé de sa prérogative, et la série des monnaies fribourgeoises est une des plus complètes et des plus variées que nous offre la numismatique suisse.
Fribourg frappa des dickeit ou testons dès la fin du xv^ siècle, et des thalers dans la première moitié du xvi^, mais ces pièces sont sans date. Le premier dicken daté est de 1^50.
Les types les plus caractéristiques en usage à Fribourg sont l’image de saint Nicolas, et les armes de la ville : d’azur au château à trois tours d'argent, maçonnées et crénelées, accompagné d'une aigle éployée de sable au canton senestre du chef. Au xviii^ siècle, les pièces portent fréquemment la devise: SOU DEO GLORIA.
I . A. Henseler, Essai sur les monnaies d’or et d’argent de Fribourg. Fribourg, 1884, in-8.
1). — Schaffouse.
Schaffouse, après avoir conclu avec les Suisses plusieurs alliances, entra définitivement dans la confédération en 1501.
Le monnayage de Schaffouse comprit au xvi^ siècle et au xvii*^ des ducats d’or, des thalers et des dicken ou testons d’argent. Au xviii^ siècle, les émissions perdirent toute importance, et ne consistèrent plus qu’en espèces divisionnaires.
Les armes parlantes de Schaffouse sont : d’or au bélier de sable, saillant de la porte d’un château crénelé d’argent. Elles forment avec l’aigle à deux têtes le type habituel des plus fortes espèces. La devise: DEVS SPES NOSTRA EST sert ordinairement de légende au revers des monnaies de Schaffouse.
m). — Bâle.
La série des fortes espèces d’argent commence à Bâle, en 1499, par de beaux dicken ou testons au buste de la Vierge, patronne de la cité (fig. 244); les caractères des légendes sont gothiques. Cet alphabet persista jusque dans le second quart du xvi^ siècle. En 1521 commença la frappe des thalers. qui s’arrêta en 1797. De 1561 à 1616, Bâle
émit des guldenthaler de 20 batzen. Les espèces frappées par cette ville, du xvi^ au xix'^ siècle, sont extrêmement nombreuses tant en or qu’en argent.
Le type particulier à Bâle Fig- 244 se compose de ses armoiries
très caractéristiques : d’argent à la crosse bâloise, dite baselstab, de sable, posée en pal. Ordinairement l’écu est soutenu par un ou deux basilics, animaux fantastiques qui tiennent à la fois du coq et du serpent. Sur quelques monnaies, notamment sur des thalers frappés en 1571, le revers porte l’effigie en pied de Munatius Plancus, auquel les Bâlois attribuent la fondation de leur ville ; le personnage est revêtu de son armure et pose la main gauche sur un bouclier chargé des lettres SPQR. La légende est: Lucio MVN^ffo PLANCO RAVRACORVM IL- LVSTRATORf VETVSTISSIMO. A partir du milieu du xvii^ siècle, le tvpe des thalers est fréquemment formé d’une vue de la ville. La légende ordinaire du revers est, DOMINE CONSERVA NOS IN PAGE.
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n). — Appenidl.
L'an 1 597, pour mettre fin aux longues querelles religieuses des habitants d'Appenzell, un jugement arbitral divisa le canton en deux districts ayant chacun son administration intérieure : les Rhodes extérieures devaient être occupées par les protestants, les Rhodes intérieures étaient réservées aux catholiques.
Ce n'est que dans le second tiers du xyui^ siècle qu'Appenzell commença à battre monnaie. Les Rhodes intérieures firent frapper en 1757 des ducats d’or, des kreuper, des demi-kreuper et des pièces de six kreuper, en 1758 des shillings, des batpen, des denii-batpen, des oertli ou pièces de quatre batpen, des pièces de 20 kreupers ou de cinq batpen et des pièces de neuf batpen. Les Rhodes extérieures firent émettre à leur tour des pièces de 20 kreupers en 1740. Toutes ces pièces, d’un titre assez faible, ont été souvent prohibées par les cantons voisins.
Les armes d'Appenzell sont : d’argent à l’ours de sable levé, lampassé de gueules. Le patron était saint Maurice. Son effigie figure sur plusieurs pièces, notamment sur le ducat d’or.
§ IL — Les états associés et confédérés. a). — Abbaye de Saint-Galt U
L’abbave de Saint-Gall avait pour armes : d’or à l’ours levé de sable. On possède pour l'époque moderne des monnaies de deux de ses abbés : l'un, Bernard II Müller (1 594-1650), fit frapper en 1622 des thalers simples et doubles; l'autre, Béda Anghern (1767-96), fit frapper de 1775 à 1796 les monnaies les plus variées d'or, d’argent et de billon, notamment des pièces de 2, 4, 5,6, 10, 15, 20 et 50 kreuper, des gulden, des demi-thalers et des thalers, des ducats d’or et des demi-ducats. Les pièces de Béda portent le plus souvent à l'avers un écu écartelé des armes de l’abbaye, de celles de Saint-Jean en Thurthal, de celles d'Anghern et de celles de Toggenbourg. La légende, toute en initiales, doit se lire comme suit : BEDA Dei Qjratia Romn/z/ \mperii princeps
Sancii Oalli Et Sancii \ohannis \n y aile JHurae gbbas yirginis Annuîi-
I. Alb. Sattler, Die Mün^en und Medaillen der fürstlichen Abtei Si. Galien, dans le Bulletin de la Société suisse de Numismatique de 1887 et 1889.
ciatae E<jues. Au revers, on voit tantôt saint Gall tendant du pain à un ours qui porte une bûche sur Tépaule, tantôt simplement Tours avec sa bûche. Sur les thalers figure parfois la devise suivante, réduite à ses initiales : Qjloria \\onor Pax, Oîiini Operanti ^onum.
L'abbaye de Saint-Gall, dépouillée de son temporel en 1798, fut sécularisée en 1805.
b). — Vilh de Saint-Gall.
La plus ancienne monnaie datée émise à Saint-Gall, celle qui marque en même temps le commencement des temps modernes, est un dicken ou teston d’argent de 1500. Les thalers ne débutent qu’en 1565. Au xvii^ siècle, vers 1620, la ville émit toute une série de ducats d’or avec leurs multiples et sous-multiples. Le monnayage du avui^ siècle se borne à des monnaies divisionnaires.
Le numéraire de la ville de Saint-Gall porte Timage de la Vierge, celle de saint Othmar, ou les armes municipales : d’argent à l’ours levé de sable, colleté d’or. En 1475, l’empereur Frédéric III autorisa la ville à colleter Tours de ses armoiries, pour le distinguer de celui que portaient les armes abbatiales. La légende qui se rencontre le plus souvent au revers des monnaies est : SOU DEO OPTf^^o UkXimo LAVS ET GLORIA ou VNI SOU DEO GLORIA. Au xviiic siècle, quelques pièces portent: LIBERTASCARIORAVRO , devise appropriée, car toute l’histoire de Saint-Gall se résume en une lutte contre la domination des abbés.
c). — Ligue de la Maison de Dieu K
Au commencement du xv^ siècle, les habitants des Grisons, voulant assurer leur sécurité et leur indépendance, se groupèrent en trois ligues,
qui prirent les noms de ligue grise ou Grauerbund, ligue de la Maison de Dieu ou Gotteshausbund, et ligue des Dix- Juridictions ou Zehngericlîtenbund. De ces trois états le second seul a exercé le droit de battre monnaie.
La ligue de la Maison de Dieu, Domus Del Curiensis, a fait frapper dans le milieu du xvi^ siècle, de 1540 à I 570, des thalers et demi-thalers, des pièces de 12, 10, 3, 2 et i kreugers et des heller.
I. C.-V . ^rochsG, Die Münien und Mcdaillen Gra!d)ündciis, 4^ livraison. Lausanne, i8-)5, in-8.
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Les plus fortes monnaies portent d’un côté les armes de la Ligue : d’argent an bouquetin sautant de sable^ de l’autre, l’aigle impériale à deux têtes, avec la légende: DOMINE CONSERVA NOS IN FACE. Notre figure 245 reproduit le double kreu^er dont l’avers porte le buste de saint Lucius.
d). — Evêché de Coire.
L’évêché de Coire, episcopatus curiensis, avait pour patron saint Lucius. Ses armes étaient les mêmes que celles de la ligue de la Maison de Dieu. Voici la liste des évêques depuis le commencement du xvi^ siècle :
Paul Ziegler de Ziegelberg, 1503-41.
Lucius Yter, 1541-48.
Thomas de Planta, 1548-65.
*Beatus de Porta, 1565-81.
Pierre II Rascher, 1581-1601.
*Jean V Flug d’Aspremont, 1601-27.
* Joseph Mohr, 1627-35.
*Jean VI Flug d’Aspremont, 1635-61
La numismatique des évêques de Coire forme une série très complète qui s’arrête sous Jean-Antoine de Federspiel par des thalers d’argent et des blut^ger de cuivre frappés en 1766, et par des ducats d’or frappés en 1767.
Le thaler le plus ancien appartient à Jean V ; le premier qui porte une date est de 1618. Les types les plus usuels des monnaies épiscopales de Coire sont les armes de l’évêque, l’effigie de saint Lucius, le bouquetin sautant. Ulric VI met le premier son buste sur les espèces. Les légendes comprennent, outre le nom de l’évêque régnant, celles de l’empereur, une prière adressée au Tout-Puissant: DOMINE CONSERVA NOS IN FACE, ou un acte de foi : SI DEVS FRO NOBiS QVIS CONTRA NOS ou DOMINI EST REGNVM. Les thalers de Jea n-Antoine de Federspiel sont conformes au pied de convention, ainsi que l’indique l’inscription placée dans le champ du revers.
* Ulric VI de Monte, 1661-92.
* Ulric VII de Federspiel, 1692-1728.
* Joseph-Benoît von Rost, 1728-54.
* Jean-Antoine de Federspiel, 1755-77.
Denis von Rost, 1777-93.
Charles-Rodolphe Buol von Schauenstein,
e). — Ville de Coire.
Les armes de Coire, Curia rethica, qui forment le type habituel de ses monnaies, se composent d’une porte de ville à trois tours crénelées, chargée d’un bouquetin sautant. Les plus anciennes pièces datées sont des
hat^en de 1529 et des demi-dicken àt 1572. Toutes les autres espèces
d’or, d’argent et de cuivre appartiennent au XVII® ou au xviii® siècle.
Notre figure 246 reproduit un florin d’or de 1664. Les monnaies qui ne portent pas en légende le nom de l’empereur régnant, ont la devise :
DOMINI EST REGNVM.
f). — Ahhaye de Dissentis.
L’abbaye bénédictine de Dissentis, située dans les Grisons, à la jonction des vallées du Rhin antérieur et du Rhin moyen, avait reçu en 1466 de Frédéric 111 le droit de frapper des menues espèces. Ce droit fut confirmé en 1578, par Maximilien II, à l’abbé Chrétien de Castelberg.
En 1729, l’abbé Marian de Castelberg fit frapper des kreu^ers sur lesquels il s’intitule MkRicinus De/ Oratia kRbas Oesertinensis S^icri Romani \mperii princeps. L’empereur Charles VI, sur la plainte de Thomas-François, baron de Schauenstein, mit l’abbé en demeure de cesser cette fabrication.
Les armes de l’abbaye de Dissentis étaient : de gueules au sautoir d’argent.
g). — Seigneurie de Haldenstein K
En 1607, Thomas I de Schauenstein-Ehrenfels acquit la seigneurie de Haldenstein; il obtint le 6 juillet 1611 de l’empereur Rodolphe II le droit de battre monnaie, qui lui fut confirmé en ces termes, l’année suivante, par l’empereur Mathias: « in seinen Herrschaften gulden und silberne Mün^sorten, gros{ und klein, allermasgen solches unser und des heil. Reichs Münc^-Edikt und Ordnung gulasgt, mit Umbschriften, Bildnussen, Wappen und Gepreg, auf beiden seiten schlagen und müncgen lassen... dock sollen ail solche gulden und silberne Mün^en, die Er von Schauenstein... oder seine Erben und Nachkommen schlagen und münc^en lassen werden, von Strich, Nadel, Gehalt, Korn, Gewicht und Gradt anderen unserer.^ auch Churfürsten, Fürsten, Statt und Stàndt des Reichs Ordnung gemàss{ und nicht geringer sein. » On possède des monnaies d’or et d’argent de plusieurs seigneurs de Haldenstein :
I. A. Geigy. Haldenstein und Schaîiensleiii-Reichenau und ihre Mung^pragungen, dans le Bulletin de la Société Suisse de Niiniisnialiqite de 1889.
LA SUISSE
* Thomas I de Schauenstein-Ehrenfels, 1609-28.
*Jules-Otton de Schauenstein-Ehrenfels, 1628-66.
* Georges-Philippe de Schauenstein-Ehrenfels, 1666-95.
Malgré les termes de sa concession, qui lui prescrivait l’émission de monnaies de bon aloi, Thomas I émit des espèces qui soulevèrent en Allemagne et en Suisse les réclamations les plus vives et furent décriées par le cercle de Franconie. Ses tlialers portent son buste et ont au revers Eaigle d’empire, chargée de Eécu écartelé du seigneur et entourée de la légende : ARGENT^^^^î RECENS Ck^klum \U?eratoris k^loritate
Georges-Philippe mourut sans enfants eh 1695. Jean- Lucius de Salis (1701-22), qui avait hérité de la moitié de la seigneurie de Haldenstein, recommença le monnayage et frappa des kreuj^ers. Son successeur Gobert ( \qii-yi) eut des émissions plus actives. On possède de lui diverses monnaies jusqu’aux thalers et doubles thalers d’argent, aux ducats et sextuples ducats d’or. La devise de Gobert : PRO DEO ET PATRIA, figure sur ses espèces. A la mort de ce seigneur, en 1757, son frère Thomas de Salis lui succéda; il poursuivit les émissions jusqu’en 1770 et mourut en 1783.
h) . — Seigneurie, puis comté de Schauenstein.
Au milieu du xvU siècle, la maison de Schauenstein-Ehrenfels se divisa en deux branches, dont l’aînée conserva la seigneurie de Schauenstein. Le 27 février 1709, Jean -Rodolphe obtint de l’empereur Joseph I le droit de battre monnaie; il paraît n’en avoir usé qu’en 1718 et 1719 pour émettre des blugget' de cuivre. Son fils Thom.as François fut élevé en 1739 au rang de comte d’empire. On possède de lui diverses monnaies d’or, d’argent et de cuivre. 11 mourut en 1742, après avoir adopté un de ses neveux, Jean -Antoine de Buol, sous la condition qu’il prendrait son nom et ses armes. Ce dernier auquel l’empereur Charles VII confirma en 1744 ses droits monétaires, frappa en 1748 des ducats d’or.
Les armes des Schauenstein étaient: de gueules à trois poissons nageants d’argent l’un sur l’autre.
i) . — Evêché de Sion et République du Valais ' .
L’évêché de Sion, en allemand Sitten, avait pour patron saint Théo-
I. M. de Palézieux, Numismatique du Valais, dans le Bulletin de la Société Suisse de Numismatique de 1886.
dule: il n'avait pas d’armoiries particulières. Les évêques portaient les ÛX.ÏQS à’ episcopus sediinensis praefectus et cornes Vallesiae; voici leur chronologie :
* Josse de Silinon, 1482-96.
* Nicolas auf der Flühe, provicaire, 1496.
* Nicolas Schinner, 1496-99.
* Mathieu Schinner, cardinal, 1499-1522.
* Philippe de Platten, 1522-29.
* Adrien I de Riedmatten, 1529-48.
*Jean Jordan, 1548-65.
* Hildebrand I de Riedmatten, 1 565-1604.
* Adrien II de Riedmatten, 1604-1613.
* Hildebrand II Jost, 1613-38.
Barthélemy auf der Flühe, Supersaxo,
* Adrien III de Riedmatten, 1640-46.
Adrien IV de Riedmatten, 1646-72.
Adrien V de Riedmatten, 1672-1701.
François I Joseph auf der Flühe, Supersaxo, 1701-34.
Jean-Jacques Blatter, 1734-52.
Jean-Hildebrand Roten, 1752-60.
* François II Frédéric am Bühel, 1760-80. François III Melchior zen Ruffinen, 1780-
L’époque moderne commence, pour la numismatique de Sion, sous
Josse de Silinon, par de beaux testons ou dicken d’argent, d’un travail tout italien (fig. 247). Alors que dans la Suisse allemande les caractères gothiques sont employés, pour les légendes, jusque dans le premier quart du xvF siècle, ici nous sommes déjà en présence de caractères exclusivement latins.
thalers commencent sous Nicolas Schinner en 1498; l’avers représente l’empereur Charlemagne assis sur son trône, en habits impériaux, avec l’épée et le globe; devant lui est agenouillé saint Théodule en habits sacerdotaux, qui porte la main gauche sur le glaive de l’empereur et montre de la droite le livre des Évangiles que Charlemagne tient ouvert sur ses genoux. Le revers porte au centre l’écu de Nicolas Schinner, mitré et brochant sur une épée et une crosse en sautoir; aucune légende ne figure sur ce côté de la pièce ; la bordure est occupée par seize petits écus : ceux des sept dizains du Valais supérieur, Goms, Brigue, Viège, Raron, Louèche, Sierre et Sion, ceux des six bannières du Valais inférieur, Conthey, Ardon, Saillon, Martigny, Entremont et Saint-Maurice, enfin ceux des trois seigneuries particulières de la bannière d’Entremont : Bourg Saint-Pierre, Orsières et Val de Bagnes.
Le thaler de Mathieu Schinner frappé en 1501 et que nous reproduisons ici (fig. 248) ne le cède guère en beauté à celui de son prédécesseur; l’avers montre saint Théodule en prières sous une banderole tenue par un ange et portant les mots D. AVDITA EST (c’est-à-dire a Domino
LA SUISSE
audita est oratio tua): la légende circulaire achève de nous expliquer le sens de cette représentation: PRECIBVS S. THEODOLI DIMISSA EST CVLPA CAROLI. Le revers porte les armes de Tévêque et en bordure dix-sept petits écussons des divers territoires du Valais.
Fig. 248.
Le dernier thaler des évêques de Sion fut frappé en 1 528 par Philippe de Platten. Sous Pépiscopat de Hildebrand II Jost, en 1628, éclata un mouvement populaire à la suite duquel Pévêque dut partager son autorité avec les représentants des dizains ; au lieu de Pancien titre de préfet et de comte du Valais, il dut se contenter de la qualification plus modeste de préfet et comte de la République V alaisanne . A cette condition les bourgeois, qui avaient commencé à battre des kreuqer, des demi-bat^en et des dicken au nom de la république, consentirent à lui laisser cette prérogative ; mais depuis lors, Pécusson des sept dizains du haut Valais : parti d’argent et de gueules à sept étoiles posées 2, 1, 2, 2, de Vun en l’autre, succéda sur le revers des monnaies à Pimage de saint Théodule.
A part Jean I Jordan, Hildebrand I et Adrien II, qui firent frapper des ducats d'or, et Hildebrand II Jost, qui en 1624 émit un gulden <V les évêques de Sion n'ont plus produit que de la monnaie de billon. Les dernières pièces sont des bat\en et des pièces de i, 6, 12 et 20 kreu^ers frappées de 1776 à 1778 par François-Frédéric.
j). — Comté, puis principauté de Neuchâtel.
Le comté de Neuchâtel, en allemand Neuenburg, avait pour armes : d’or au pal de gueules, chargé de trois chevrons d’argent.
En 1 504, le mariage de Jeanne de Hochberg, héritière de Neuchâtel, avec Louis d'Orléans, duc de Longueville, fit passer ce pays dans la maison d'Orléans-Longueville, qui lui donna les souverains suivants:
Jeanne et Louis, 1504-12. la tutelle de sa mère* Marie de Bourbon).
[Occupation par les Suisses, 1512-29]. * Henri II, 1595-1663.
Jeanne, veuve, 1529-43. Jean-Louis, 1663-68.
François, 1543-51. Charles, 1668-72.
Léonor, 1551-73. Jean-Louis, de nouveau, 1672-94.
*HenriI, 1573-95 (pendant sa minorité, sous * Marie, duchesse de Nemours, 1694-1707.
En 1707, après Lextinction de la maison d’Orléans-Longueville, les Etats de Neuchâtel, appelés à choisir parmi les nombreux prétendants qui réclamaient la principauté, se prononcèrent en faveur du roi de Prusse :
* Frédéric I, 1707-13. * Frédéric-Guillaume II, 1786-97.
* Frédéric-Guillaume I, 1713-40. * Frédéric-Guillaume III, 1797-1806.
* Frédéric II, 1740-86.
Les plus anciennes monnaies de Neuchâtel furent frappées sur l’ordre de Marie de Bourbon; elles devaient être émises sur le pied de Berne, Eribourg et Soleure. En 1622, Henri I frappa des thalers. A la fin du xviH siècle, Marie, duchesse de Nemours, fit émettre plusieurs pièces à son effigie et à ses armes; notre figure 249 donne un spécimen de ce monnayage; la devise OCVLI DOMINI SVPER IVSTOS est empruntée au 34^ psaume.
Les rois de Prusse firent frapper des espèces particulières pour leur seigneurie de Neuchâtel ; il existe notamment des ^istoles d’or et des thalers de 1713 ; néanmoins les émissions consistèrent principalement en menues monnaies de billon.
k). — Rèpiihliqiie de Genève K
La révolution politique et religieuse qui vint, en 1535, modifier les institutions génevoises, fut le point de départ du monnayage municipal. Le 10 octobre de cette année, le Petit-Conseil décida de battre monnaie aux armes de la ville, et dès le mois de décembre on procéda à la nomination du maître.
Le type principal des monnaies génevoises se compose des armes:
I. Eug. Demole, Histoire monétaire de Genève de 1535 à 1792. Genève, 1887, in-4. — Le même, Histoire monétaire de Ge 1792 à 1848. Genève, 1892, in-4.
LA SUISSE
parti, au d’or à une demi-aigle éployée de sable et couronnée, au 2^, de gueules à la clef d’or. La devise est POST TENEBRAS SPERO LVCEM (Job. XVII, 12), puis poST TENEBRAS LVX ou LVCEM.
Le teston équivalent au tiers du thaler fut, suivant toutes probabilités, la première monnaie d’argent frappée à Genève, comme Vécu au soleil fut la première monnaie d’or. Les thalers apparaissent en 1536 et se continuent jusqu’en 1659; ce monnayage fut repris, mais les
pièces portèrent officiellement le nom d’écus d’argent. Les premières monnaies d’or datées sont les florins de 1 562.
La guerre de Genève avec la Savoie et les frais qu’occasionnait l’entretien de la garnison forcèrent en 1590 le gouvernement à émettre des monnaies de nécessité en cuivre qui, plus tard, furent échangées contre de bonnes espèces. Ces pièces, de xii sols, demi-florins de vi sols et sols, portent à l’avers un soleil ayant en cœur les armes de Genève, et, au revers, dans le champ, la valeur de la monnaie suivie des mots: POVR LES SOLDATS DE GENEVE G9°* Notre figure 250 représente l’avers de la pièce de six sols.
En 1792 survint à Genève une révolution, contrecoup de la révolution française, qui entre autres innovations amena l’adoption du système décimal pour les monnaies. Les pièces frappées en 1794 portent de curieux préceptes moraux ou des devises, tels que : TRAVAILLE ET ECONOMISE, LES HEVRES SONT DES TRESORS, APRES LES TENEBRES LA LUMIERE, L’OISIVETE EST UN VOL, PRIX DU TRAVAIL, etc. En 1795, les Génevois en revinrent au système duodécimal ; on frappa des gros écus, des petits écus, des quinze sols en argent, des six sols, des trois sols, des six quarts et des six deniers de billon. En 1798, Genève, annexée à la France, devint le siège d’un atelier monétaire français.
1). — Évêché de Lausanne U
L’évêché de Lausanne, episcopatus lausannensis, avait la Vierge pour patronne. Ses armes étaient : parti d’argent et de gueules, à deux ciboires d’or. Les trois évêques suivants se succédèrent à Lausanne pendant la période qui intéresse la numismatique moderne :
* Benoît de Montferrand, 1476-91. * Sébastien de Montfaucon, 1517-60.
* Aimon de Montfaucon, 1491-1517.
I. A. Morel-Fatio, Histoire monétaire de Lausanne (i 4^ j 6 à 1588), dans les Mémoires et documents de la Société d’histoire de la Suisse romande, t. XXXV, 1881, p. i et suiv.
Le monnayage des testons d’argent commence à Lausanne sous Aimon de Montfaucon, et se continue sous son successeur. Un contrat passé, en 1521, entre Sébastien et son maître des monnaies, nous apprend d’une manière exacte quelles unités composaient à cette époque le système métallique de l’évêché :