‹ Traité de numismatique moderne et contemporaine (volume 2)Chapitre 117 sur 193 · I. Voyez p. 460, le § consacré à la république de Pérouse · texte numérisé non relu

I. Voyez p. 460, le § consacré à la république de Pérouse

Pesaro. — Le seul pape qui ait monnayé à Pesaro est Léon X; il occupa cette ville de 1519 à 1521, et frappa quelques monnaies d’argent et de billon. Nous avons déjà parlé de cet atelier (p, 459).

Plaisance. — Cette ville suivit les destinées de Parme. Son atelier fut en activité pour les États de l’Église sous Léon X, Adrien VI, pendant la vacance du Saintsiège de 1523, sous Clément VII et Paul IIL

Le patron de Plaisance, saint Antoine, figure sur plusieurs pièces frappées dans cette ville. Un seqiiin d’Adrien VI porte à l’avers son buste, et au revers, dans le champ, le mot placentia, complété par la légende circulaire : romanor. colonia. ECOLE REDTA. Sur des monnaies d'argent du même le commencement de cette légende entoure la Louve romaine. Plusieurs pièces portent comme détail accessoire du type l’écusson du cardinal-légat.

Raveiine. — Aussitôt que Ravenne fut retournée sous la domination pontificale, Léon X, par acte du 18 septembre 1517, y créa un atelier monétaire dont il laissa la direction à l’archevêque, le cardinal Nicolas Fieschi. Celui-ci émit des pièces de cuivre portant son nom, N. car. fliscvs, et ses armes. Les giulii d’argent eurent le nom et les armes du pape, et au revers la représentation de la Résurrection.

En 1527, Ravenne fut de nouveau occupée par les Vénitiens, pour retourner en 1530 au Saint-Siège. L’atelier monétaire fut rétabli sous Paul III (1534-39), mais son existence fut de courte durée. Au xviiie siècle, Clément XII l’ouvrit de nouveau ; il resta en activité sous Benoît XIV, mais fut définitivement supprimé à la fin de son pontificat.

Reggio. — Le monnayage pontifical de Reggio d’Émilie n’intéresse que les règnes de Jules II, Léon X et Adrien VI. Il ne consiste qu’en monnaies de cuivre (voir p. 446).

San Severino. — En 1796, le pape Pie VI fit frapper dans cette ville, en la maison du comte Servuji Collio, des monnaies de bronze.

Spolète. — Cette ville, qui avait déjà monnayé pour les papes dans la seconde moitié du xv° siècle, eut un atelier sous Jules II et sous Léon X. L’image de saint Pierre forme le type habituel des monnaies, toutes en argent, frappées à cette époque.

De 1795 à 1798, Pie VI frappa à Spolète des monnaies de bronze portant le nom de cette ville.

§ III. — Italie méridionale.

a). — Royaume de Naples'.

Alphonse I d’Aragon, dit le Magnanime, qui avait réuni en 1435 le royaume de Naples à celui de Sicile, laissa par son testament le premier

I. C.-A. Vergara, Monde del Regno di Napoli. Rome, 1715, in-4. — G.-V. Fusco, Iiitonio aile :(ecche ed aile monde hattiUe nel Reame di Napoli da re Carlo VIII di Francia.

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de ces états à son fils naturel Ferdinand I (1458-94)5 et le second à Jean, son frère.

Ferdinand I mourut en 1494. Son fils aîné, Alphonse II, lui succéda, mais il abdiqua presque aussitôt en faveur de son frère Ferdinand II, saisi d’épouvante à la nouvelle de l’expédition que Charles VIII, roi de France, préparait contre le royaume de Naples, auquel il prétendait comme héritier des droits de la maison d’Anjou.

Ferdinand II ne put résister à l’envahisseur. En février 1495, Charles VIII entra dans la capitale; mais l’occupation française fut de courte durée. Soutenu par la ligue de Venise, Ferdinand II rentra dès le mois de mai en possession de ses états, dont il jouit jusqu’à sa mort, survenue en 1496. Son oncle Frédéric III recueillit sa succession, mais en 1 50J, il fut dépouillé à son tour par Louis XII, roi de France.

En 1 50;, Ferdinand III le Catholique, roi d’Aragon et de Sicile, envahit le royaume de Naples, d’où il expulsa les Français, pour le réunir de nouveau à celui de Sicile.

Le règne de Ferdinand I d’Aragon marque la transition du monnayage médiéval au monnayage moderne. Les caractères gothiques des légendes font place aux caractères latins; l’effigie royale cesse d’être conventionnelle, pour devenir un portrait sur les ducats d’or frappés pour la première fois en 1465. La même année, on entreprit la fabrication du ta7'in ou double cardin d’argent du poids de 7 gr. 20. Ferdinand I y fait graver également son buste, d’une exécution parfois charmante, précédant ainsi tous les princes italiens dans l’émission de pièces d’argent à portrait. Le type des carlins fut modifié; l’avers porta le buste royal; au revers, les armoiries firent place à l’image de saint Michel terrassant le dragon, qui avec la légende IVSTA TVENDA fait allusion aux victoires remportées sur les Turcs. Sous le même règne, nous voyons aussi apparaître les pièces de cuivre pur ‘ , les cavalli, ainsi nommés de leur type : un cheval en liberté entouré des mots: EQVITAS REGNl. Ces cavalli furent frappés à

Naples, i486, in-4. — A. Heis, Descripcion general de las monedas hispano-cristîanas. Paris, 1867, t. II, p. 329 et suiv. — H. Hoffmann, Les monnaies royales de France depuis Hugues Capet jusqii’à Louis XVI. Paris, 1878, in-fol. — J. -A. Sambon, Monnaies de Charles VIII frappées en Italie, donsV Annuaire de la Société française de nuniisni. de 1896, p. 49 et suiv. — Le même, Incisori dei conii délia moneta napoletana, dans la Rivista italiana di nuniisniatica de 1893, p. 69 et suiv. — Le même, I cavalli di Ferdinando I d’Aragone, et I carlini di Ferdinando I d’ Aragone, dans le même recueil, 1891. — M. J. -Arthur Sambon prépare en ce moment une monographie de la numismatique napolitaine, très impatiemment attendue. Nous lui devons certains renseignements dont nous tenons à le remercier ici tout particulièrement.

I. A l’exception d’une tentative faite à Venise en 1462, puis abandonnée, Ferdinand I fut le premier souverain italien qui fit frapper des monnaies divisionnaires de cuivre.

Aquila, à Amatrice et à Brindisi, villes des Abruzzes qui jouissaient d’une certaine autonomie monétaire. Les cavalli d’Amatrice ont comme légende : FIDELIS AMATRIX, en souvenir de la fidélité de la ville lors de la conjuration ourdie, en 1485, par le pape Innocent VIII contre la maison d’Aragon. Ferdinand I créa un nouvel atelier à Lecce.

Le court règne d’Alphonse II a laissé de rares ducats d’or et des monnaies d’argent, les coronati del angelo, dont le type rappelle la scène du couronnement royal. Sous Ferdinand II, le monnayage ne fut pas non plus très actif, interrompu qu’il fut par l’arrivée des Français.

Charles VIII a laissé de nombreux souvenirs métalliques de son occupation. A Naples, il frappa des écus d’or analogues à ceux de France, des carlins d’argent et des cavalli de cuivre ; à Aquila, des écus d’or et des cavalli ; à Sulmona, des carlins et des cavalli ; à Chieti (TEATINA CIVITASjî à Ortona et à Sora, des cavalli. Le type principal de ces monnaies franco-italiennes se compose des armes de France. Sur les pièces de Sulmona figure toujours comme détail de l’empreinte un petit cartouche ovale renfermant les lettres S-M-P-E, initiales de Suhno mihi patria est, demi-hexamètre d’Ovide, qui était né à Sulmona.

Quand Ferdinand II eut été rétabli, le monnayage fut repris à son nom à Naples, à Lecce, dans la terre d’Otrante, et à Brindisi. En 1496, l’atelier de Brindisi fut définitivement fermé.

Frédéric III ne modifia pas le système monétaire en vigueur sous son neveu. Ses espèces furent frappées à Naples, à Sulmona et à Lecce. Ces deux dernières officines prirent fin avec lui.

Le monnayage du roi de France Louis XII comprend de curieux ducats d’or (fig. 279), au revers desquels est écrite une menace au pape:

PERDAM BABILLONIS NOMEN.

La monnaie d’argent reste le carlin représentant Louis XII assis de face. En cuivre nous retrouvons \es> cavalli aux armes de Erance, frappés à Naples et Aquila.

b). — Royaume de Sicile.

Jean II d’Aragon, qui depuis 1425 était roi de Navarre, succéda en 1458 à son frère Alphonse I le Magnanime, dans les royaumes d’Aragon et de Sicile « au delà du Phare ». Il mourut en 1479, laissant ses états à son fils unique Ferdinand le Catholique. En 1503, celui-ci conquit le royaume de Naples.

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Les monnaies frappées vers la fin du règne de J ean 1 1 substituent aux caractères gothiques en usage jusqu'alors des caractères latins. Le real d’or, frappé dès 1466, dont nous reproduisons l’empreinte (fig. 280), marque ainsi, en Sicile, le commencement de la numismatique moderne. Jean II s’intitule: Del gratia rex Sicilie et Aragonum, ac Atenarum et Neopatrie dux ; ces deux derniers titres, que lui avaient légués ses prédécesseurs, et qui après lui disparurent des espèces, ne répondaient plus à une possession effective. Sous Ferdinand le Catholique, l’or sicilien conserve l’image conventionnelle du roi assis; l’argent continue, comme dans la période précédente, à porter l’aigle et les armes d’Aragon-Sicile.

Après la constitution du royaume des Deux-Siciles, la Sicile insulaire conserva une monnaie particulière’. L’atelier de fabrication, qui était situé à Messine, fut transféré à Palerme en 1676.

c). — Royaume des Deux-Sicües'^.

Le royaume de la « Sicile en deçà et au delà du Phare », ou des Deux- Siciles, dénomination qui prévalut définitivement en 1734, fut constitué en 1^03 par Ferdinand le Catholique qui, héritier de la Sicile, conquit Naples sur Louis XII, joi de France. Ferdinand le Catholique mourut en 1516. Il eut pour successeurs :

* Jeanne la Folle et Charles I, 1315-16. * Philippe II (III en Espagne), 1598-1621.

* Charles I (Charles-Q.uint), 1516-56. * Philippe III (IV en Espagne), 1621-65.

*PhilippeI (II en Espagne), 1556-98. *CharlesII, 1665-1700.

A l’extinction de la maison espagnole, Naples prit parti pour Philippe V d’Anjou, qui régna jusqu’en 1707. En cette année, les Impériaux s’emparèrent du royaume, dont Philippe V fut dépouillé par le traité d’Utrecht, en vertu duquel Naples resta à Charles d’Autriche et la Sicile

1. Un officier de la Monnaie de Naples, Leonardo Zocchis, fut chargé en 1555 d’établir le rapport entre les monnaies siciliennes et celles de Naples ; il calcula que pour un écu de 12 tarins siciliens on donnait au minimum 10 carlins, au maximum 10 carlins et i ou 2 grains napolitains.

2. Sources citées au paragraphe consacré au royaume de Naples. — J--A. Sambon, Les monnaies de Charles V dans V Italie méridionale, dans V Annuaire de la Société fraîiçaise de niimism. de 1892, p. 297 et suiv.

fut donnée à Victor-Amédée, duc de Savoie. En 1718, sans qu’il y eût eu déclaration de guerre, Philippe V envoya une flotte à Palerme et la Sicile retomba sous la domination de l’Espagne. En 1720, Philippe V fut contraint de l’abandonner de nouveau à l’Autriche, qui dédommagea le duc de Savoie en lui donnant l’île de Sardaigne.

Charles d’Autriche ne jouit pas longtemps des Deux-Siciles. En 1754, l’infant Charles, duc de Parme, fils de Philippe V, cessionnaire des droits de son père sur ce royaume, s’en rendit maître et expulsa les Impériaux.

En 1759, Charles monta sur le trône d’Espagne, et, comme parles derniers traités les couronnes d’Espagne et des Deux-Siciles ne pouvaient être réunies sur une même tête, il céda ce dernier royaume à son troisième fils Eerdinand.

Eerdinand IV (1759-99) fut dépouillé de ses états en 1799 par les Français, qui créèrent la République Parthénopéenne. La restauration de Ferdinand IV appartient à l’histoire contemporaine.

C’est vers 1525 que Charles-Quint introduisit à Naples l’émission des fortes monnaies d’argent : les écus pesant ^4 grammes, les demi-écus et les quarts d’écus. Leur type se compose, à l’avers, de l’écu aux multiples quartiers, au revers, d’une croix feuillue terminée par des couronnes impériales. Ces pièces furent frappées en très petit nombre, car Vécu n’est connu aujourd’hui que par la mention d’anciens placards. En 1 528, la ville de Naples fut assiégée par les Français ; pendant l’investissement on frappa des écus et demi-écus de nécessité, portant d’un côté un champ armorié, de l’autre les mots SCV-TO-R ou U(e^^o)- SCV-TO-R en plusieurs lignes. Comme l’a établi M. A. Sambon, auquel on doit la restitution de ces monnaies à leur véritable origine, la lettre R, qui suit le nom des pièces, est l’initiale de Louis Ram, comte de Sant-Agata, directeur de la Monnaie de Naples pendant le siège.

En 1552 on reprit la fabrication des demi-ducats d’argent, qui cette fois portent à l’avers le buste de Charles-Quint, et celle des tarins d’argent

qui reproduisirent les traits de l’empereur. Nous donnons ici la figure du ducat, dont le type est une réduction de celui des fortes espèces d’argent (fig. 281;.

délaissés depuis le règne de Ferdinand 1 . La gravure de ces pièces est extrêmement remarquable, et M. Sambon a pu écrire sans exagération que les coins employés à Naples au milieu du xvi^^ siècle sont les plus beaux de tous ceux

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Sous Philippe I, la gravure reste fort belle. Les monnaies portent à Pavers Peffigie du roi, au revers une inscription en plusieurs lignes, dans une couronne, soit HILARI-TAS-VNIVER-SA, soit PVBLLCAE COM- MODITA-TI. soit encore FbDEl-DEFEN-SOR, titre que se donna le roi en 1571 après la victoire de Lépante. Parmi les monnaies de Philippe, nous signalerons encore celles qui furent frappées à Poccasion du mariage du roi avec Marie, reine d’Angleterre, et qui portent l’inscription POSVI M VS DEVM IN ADIVTOREM NOSTRVM, empruntée aux espèces anglaises.

Le règne de Philippe III fut marqué par la fameuse insurrection qui éclata le 7 juillet 1647, à Naples, sous la conduite de Tomas Aniello, le célèbre pécheur d’Amalfi. En octobre, la ville se déclara indépendante de l’Espagne, et se constitua en république. Le gouvernement fut offert à Henri de Lorraine, duc de Guise, qui, en qualité de descendant de René d’Anjou, élevait des prétentions au royaume napolitain. En 1648, les Espagnols reprirent Naples et le duc de Guise fut fait prisonnier. Pendant son règne éphémère, Henri de Lorraine émit des monnaies d’argent généralement très mal frappées, portant à l’avers un écu chargé des lettres S-P-Q-N, et au revers le buste de saint Janvier au milieu de nuages (fig. 282).

La série monétaire des- Deux-Siciles se poursuivit sans lacune sous tous les souverains de ce pays, jusqu’à la fin de la période moderne.

d). — Comté de Manopello.

Charles VIII, roi de Erance, accorda le droit monétaire à son partisan Pardo Orsini, comte de Manopello (149^-97). Après l’expulsion des Erançais, celui-ci perdit tous ses biens et le monnayage prit fin.

Les pièces frappées par Pardo Orsini sont des cavalli de cuivre au nom de Charles VIII ; le nom du comte de Manopello n’y est indiqué qu’au revers.

e). — Marquisat de Vasto.

Le marquisat de Vasto, situé aux environs de Chieti, près de l’Adriatique, devint vers la fin du moyen âge une possession de la maison

espagnole d’Avalos. Dans les premières années du xyiii^ siècle, César d’Avalos, fils de Diego, fut élevé au rang de prince de l’Empire. C’est à ce titre qu’il fit frapper en 1706 à Augsbourg des ducats d'oï et des scudi d’argent à son buste et à ses armes; les légendes sont, d’un côté son nom et ses titres : CÆS - DAVALOS DE AQVINO DE ARAG ■ MAR ■ PIS • ET VASTI • D ■ G • S ■ R ■ I • PR, de l’autre sa devise : DOMINVS REGIT ME. suivie du millésime.

f). — Marquisat de San-Giorgio.

Cette terre était située en Calabre. Jean -Dominique Milano Franco d’Aragona, fils de Georges et de Béatrice de Ventimiglia, marquis de San Giorgio et de Polestina en Sicile, obtint de l’empereur Charles VI, le 7 mai 1731, pour lui et ses successeurs, le titre de prince de l’Empire et le droit de battre monnaie. A la suite de cette concession, il fit frapper en 1732 à Vienne quelques monnaies d’or et d’argent. A sa mort, survenue en 1740, son fils Jacques-François lui succéda; celui-ci fit également émettre à Vienne des espèces d’argent en 17)3.

g). — Principauté de Belmonte.

L’empereur Charles VI, étant souverain du royaume de Naples, accorda en 1731 le titre de prince et le droit de battre monnaie à Antoine Pignatelli, marquis de Belmonte en Calabre citérieure.

En 1733, ce prince fit frapper en Allemagne, probablement à Vienne, quelques ducats d’or à son buste et à ses armes : d’or à trois pignates de sable, les deux du chef affrontées, celle qui est en pointe ayant l’anse à dextre. Les légendes sont: ANTONIVS PIGNATELLI S R-I-PRINC & BELMONTIS &.

h). — Priucipaulé de Ventimifia.

La terre de Ventimiglia, située en Sicile, non loin de Palerme, était une possession de l’illustre famille des ducs de Sessa, originaire d’Espagne. Un de leurs descendants, Jean V I Requesens, fut créé, en 1686, prince du Saint-Empire. Il fit battre en cette qualité, probablement à Vienne, en 1725, des monnaies d’or et d’argent, sur lesquelles il s’intitule comte de Ventimiglia, marquis de Gerace et prince du Saint-Empire Romain. Les armes des Requesens étaient : de gueules à trois rocs d’échiquier d’or.

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§ IV. — Italie insulaire et coloniale.

a). — L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte ^ .

Après la prise de Rhodes par les Turcs en 1525, les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean se retirèrent d’abord en Italie, à Civita-Vecchia. En I ^ 30, Charles-Quint leur céda à titre de fief les îles de Malte, de Comino et de Gozzo, avec la forteresse de Tripoli en Barbarie; le 26 octobre de cette même année, le grand-maître Philippe Villiers de l’Isle-Adam débarqua à Malte, dont il prit solennellement possession. Voici la liste de ses successeurs jusqu’à la prise de l’île par Napoléon I.

* Pierre del Ponte, 1534-35.

Didier de Saint-Jaille, 1535-36.

*Jean d’Homèdes, 1536-53.

* Claude de la Sengle, 1553-57.

*Jean de la Valette-Parisot, 1557-68.

* Pierre del Monte, 1568-72.

*Jean de la Cassière, 1572-81.

*H. de Loubenx de Verdale, 1582-95.

* Martin Garzès, 1596-1601.

* Alof de Wignacourt, 1601-22.

* Louis Mendez de Vasconcellos, 1622-23.

* Antoine de Paule, 1623-36.

*Jean-Paul Lascaris-Castellar, 1636-57.

* Martin de Redin, 1657-60. '

*Annet de Clermont-Gessan, 1660.

* Raphaël Cotoner, 1660-63.

* Nicolas Cotoner, 1663-80.

* Grégoire Caraffa, 1680-90.

* Adrien de Wignacourt, 1690-97.

*Raymond Perellos y Roccafull, 1697-

* Marc- Antoine Zondadari, 1720-22.

* Antoine-Manoel de Vilhena, 1727-36.

* Raymond Despuig, 1736-41.

* Emmanuel Pinto, 1741-73.

* François Ximenez de Texada, 1773-75- *Emmanuelde Rohan, 1775-97.

* Ferdinand de Hompesch, 1797-99.

Lorsque l’ordre s’installa à Malte, Charles-Quint n’avait pas compris dans sa concession le droit de battre monnaie, que les grands maîtres avaient toujours exercé pendant leur séjour à Rhodes. De pressantes démarches furent faites auprès de l’empereur pour qu’il permît de nouveau l’exercice de ce droit régalien, et l’ordre finit par obtenir gain de cause. Il est difficile de dire si Philippe Villiers de l’Isle-Adam monnaya dans ses nouvelles possessions. M. Furse opine pour la négative, laisse à Rhodes les espèces forgées par ce grand maître, et ne commence la série mialtaise qu’avec le sequin d’or frappé, sur le modèle des sequins de Venise, par Pierre del Monte.

Quand le système monétaire de l’ordre eut été complètement constitué sous les successeurs de J ean d’Homèdes, il comprit, sauf interruption dans l’émission de l’une ou l’autre espèce, les pièces suivantes :

I. E.-H. Furse, Mémoires nuniismatiqiies de l’ordre souverain de Saint-Jean de Jérii^ Salem. Rome, 1885, in-4.

Or. Sequin valant 4 écus et 3 taris, ou 51 taris d’argent.

Argent. Pièce de 6 taris ou demi-écu.

Pièce de 4 taris.

Pièce de 4 taris.

Pièce de 2 taris.

Tari ou double carlin.

Carlin ou double cinquin.

Cinqnin ou pièce de 5 grains.

Cuivre. Grain ou pièce de 6 piccioli.

Pièce de 3 piccioli, ou demi-grain.

Picciolo.

Jusqu'au magistère d'Adrien de Wignacourt^le type des seqiiins d’or resta une copie servile de ceux de Venise : l'avers porta la représentation de saint Jean donnant un étendard au grand maître agenouillé devant lui; le revers porta d'abord le Christ dans un nimbe, puis les armes couronnées du grand maître. Les types des monnaies d'argent furent, par ordre d'apparition, l'agneau pascal et les armes dans le champ, saint Jean debout avec l'agneau, la croix de Malte, la tête de saint Jean posée sur un plat. Raymond Perellos, le premier depuis Philippe Villiers de l'Isle Adam, mit son effigie sur les espèces de l'ordre. La titulature habituelle des grands maîtres se compose des prénoms et nom de famille, précédés de l'initiale F (frater) et suivie de M-H-H (magisier Jiospitalis hierosolimitani), M (magnus) M-H-H. Les principales légendes des revers des pièces d'argent sont : ecce agniis Dei qui tollit peccaia mundi^ autour de l'agneau, propter veritatem et jiistitiam^ autour du chef décollé de saint Jean, sub hoc signo militamus, autour de la croix.

En 1363, Malte eut à repousser une terrible attaque des Turcs. A la suite de ce siège, pour rendre la défense de l'île plus aisée, Jean de la Valette résolut de construire une nouvelle capitale, qui fut nommée La Valette; mais comme l’argent du trésor public ne suffisait pas à tant de dépenses, on frappa des monnaies de cuivre qui représentaient la valeur des pièces d'argent de 4, 2, i tari, d'un carlin et d'un cinquin. Elles portaient au revers deux mains jointes et la devise NON AES SED FIDES. A mesure que la générosité des princes et des chevaliers remplissait le trésor, on retirait ces monnaies fiduciaires, qui furent longtemps émises par intermittences, concurremment avec les monnaies d’argent. Un grand nombre de ces pièces de cuivre nous parviennent garnies de contremarques qui témoignent des fluctuations de leurs cours.

Le système monétaire de Malte fut totalement changé sous le gouvernementde Manoël de Vilhena. Les nouvelles pièces émises formèrent l’échelle suivante, et le rapport de l'or à l’argent fut légèrement modifié :

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Sequin d’or et ses multiples jusqu’à iisequins.

Écu d’argent de 12 tari.

Double écu d’argent de 24 tari.

Pièce de 6 taris d’argent.

Pièce de 4 taris d’argent.

Pièce de 2 trais d’argent.

Tari d’argent.

A partir d’Emmanuel Pinto, on frappa, à côté des sequins, des pièces de vingt, dix et cin'q écus d’or, et des monnaies d’argent de i 5 ou de 30 taris. Ce sont ces deux dernières espèces qui terminent la série monétaire des grands maîtres en 1798, sous Ferdinand de Hompesch. Les monnaies de l’ordre eurent cours à Malte jusqu’en 1827.

b). — L’ Ile de Sardaigne'.

En 1297, le pape Boniface Vlll investit solennellement Jacques II, roi d’Aragon, de la souveraineté de l’île de Sardaigne. Depuis cette époque, ce roi et ses successeurs s’intitulèrent A et Sardiniae rex. Un atelier ouvert à Cagliari, civitas calaritana, fabriqua pour la Sardaigne des monnaies spéciales d’or, d’argent et de bronze. Ce monnayage eut lieu, pendant les temps modernes, sous les règnes suivants:

*Charles-Quint, 1516-56. * Philippe IV, 1621-65.

* Philippe II, 1556-9S. *CharlesII, 1665-1700.

* Philippe III, 1598-1621. * Philippe V, 1700-14.

En 1714, à la suite de la guerre de succession d’Espagne, l’île de Sardaigne fut cédée à l’empereur Charles VI par le traité de Rastadt; en 1720, l’Autriche la donna en échange de la Sicile à Victor-Amédée, duc de Savoie, qui prit le titre de roi de Sardaigne.

Les monnaies frappées à Cagliari portent le buste du roi ou les armes d’Aragon; au revers figure une croix ornée, entourée du nom de l’atelier ou de la légende : inimicos ejiis induam confusione, plus ou moins abrégée. Au xvii^ siècle, ce numéraire est d’une gravure très rudimentaire; les coins étaient évidemment les œuvres d’artistes indigènes, dé-

I. A. Heiss, Descripcioii general de las nionedas hispano-cristianas desde la invasion de los Arabes, t. Il, p. 417 et suiv. — Giov. Spano, Monetaiione in Sardepia di Carlo VI imperatore, dans le Periodico di nuniisniaiica e sjragistica, t. VI.

pourvus de tout sentiment artistique: on pourra en juger par la monnaie d’argent de Charles II que nous reproduisons (fîg. 283).

L’empereur Charles VI poursuivit les émissions à Cagliari; mais après la constitution du royaume de Sardaigne en faveur du duc de Savoie, les monnaies destinées à la circulation particulière de Tîle furent frappées à Turin; toutefois, en 1793, après l’attaque des Français, l’atelier de Cagliari fut réouvert et émit des monnaies divisionnaires.

c). — Possessions de la république de Venise'.

Les possessions de la république de Venise pour lesquelles il fut frappé des monnaies à l’époque moderne forment cinq groupes géographiques : Dalmatie et Albanie, îles ioniennes, Morée, Crète, Chypre. Ces quatre derniers pays étaient compris sous la dénomination générique de Levant Vénitien, Levante Veneto.

Dalmatie et Albanie. — La république fit frapper à diverses reprises des monnaies d’argent et de bronze pour la Dalmatie et l’Albanie. Les plus anciennes de ces pièces, frappées à la fin du xvii® siècle, portent d’un côté le lion de saint Marc, de l’autre les mots : DALMA-ET-ALBAN en trois lignes. On possède à ce type des soldi et des gapette de 2 sols, en cuivre, des pièces de quatre sols, de huit sols, et des lirette de 20 sols, en argent.

De nouvelles pièces d’argent pour les deux provinces furent émises sous le doge Alvise Mocenigo en 1706, puis sous Alvise Pisani, en 1736. Ces dernières, appelées galeap^e, représentent au revers la rade de

Corfou avec la citadelle et des galères; la légende est: PROVINCIIS MARITIMIS DATVM ; à l’exergue les chiffres III, VI et XI, indiquent la valeur en lire (lig. 284).

I. V. Lazari, Le uionele de possedimenti Veîie:^icwi di oltrainare e di terra ferma. Venise, 1851, in-8.

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Outre les monnaies frappées pour la circulation générale de la Dalmatie et de TAlbanie, on émit des espèces locales pour les villes de Sebenico, de Zara, de Trau, de Spalato, de Lésina, de Cattaro et d’Antivari. En 1797^ le traité de Campo Formio fit passer la Dalmatie et ce qui restait de l’Albanie Vénitienne sous la domination de l’Autriche.

Sebenico. — La ville de Sebenico en Dalmatie était gouvernée par Venise, par l’entremise d’un de ses patriciens, qui jusqu’en 1526 porta le titre de comte, puis celui de capitaine. Elle jouissait ainsi d’une certaine autonomie. En 1485, sous le doge Giovanni Mocenigo, la ville obtint de faire frapper dans l’atelier de Venise des oboles ou bagattini portant d’nn côté le lion de saint Marc, de l’autre l’image de saint Michel, patron de Sebenico. Des autorisations analogues furent accordées en 1491 et 1499.

Zara. — Le 2 février 1491 ' un décret du Conssil des Dix autorisa cette ville à faire battre dans la :{ecca de Venise des bagattini de cuivre analogues à ceux de Sebenico, mais portant l'image du patron de Zara, saint Siniéon : s. simeon ivstvs profeta.

Trau. — Cette ville, en latin Tragnrium, au nord-ouest de Spalato, jouissait d’une certaine autonomie, comme plusieurs autres villes dalmates; Venise la faisait gouverner par un de ses patriciens, qui prenait le titre de comte.

Le 19 mars 1492, la communauté de Trau reçut la permission de faire frapper à Venise des bagattini de cuivre dans le genre de ceux de Sebenico. Les seules pièces connues portent les initiales N. M. du comte Nicolô Michiel, qui fut comte en 1516; le type comprend, d’un côté, l’image de saint Laurent : s. lavrentivs tragvr, de l’autre, le lion de saint Marc.

Spalato. — Cette ville avait le même gouvernement que Trau sa voisine. Le 26 février 1491, le Conseil des Dix 'lui permit de faire frapper à la :{ecca de la république des bagattini de cuivre. Le type de ces pièces comprend l’image du patron de Spalato : s. DOMXivs SPALETI, et le lion de saint Marc. Trois groupes d’initiales qui doivent désigner des comtes : zf-m, puis d-g, puis enfin i-p, figurent dans le champ de ces pièces. De ces initiales, seules celles de Jacopo Paffb, comte en 1500, ont pu être identifiées.

Lésina. — Capitale de file du même nom, située sur les côtes de la Dalmatie. Cette île passa en 1424 sous la domination de Venise, qui la fit gouverner par un patricien portant le titre de comte. Le 25 septembre 1493, le Conseil des Dix accorda aux habitants de Lésina la permission de faire battre à Venise des bagattini à l’image de saint Étienne.

Les seules pièces que l’on connaisse portent à l’avers ce saint: s. stephaxvs PONT. LESINENS, accosté des initiales v-o, qui désignent le comte Vincenzo Orio, administrateur de Lésina en 1549; le revers porte, comme d’habitude, le lion de saint Marc.

I. La date de 1470 (vieux style, c.-a.-d. 1471), donnée à ce décret dans des ouvrages récents, tels que la Bibliografia nuniismatica italiana, de MM. Gnecchi, est la conséquence d’une faute d’impression de Lazari (p. 33), faute que cet auteur corrige cependant dans ses errata (p. 166).

Cattaro. — Cette ville, située en Albanie, se trouvait depuis 1420 sous l’autorité de Venise; elle formait une commune libre, jouissant du droit de battre monnaie. Un privilège vénitien de 1423 dit expressément : Ouod in Catharo ciidatur moneta juxta suas consuetudines. Jusqu’en 1480, le chef du pouvoir à Cattaro prit le titre de comte ; à partir de cette date, sa dénomination officielle fut celle de recteur et provediteur.

Le monnayage de Cattaro s’arrêta vers 1638 ; il comprit des monnaies d’argent, de billon et de cuivre. Le patron était saint Tryphon : s. trifon catari ; son image figure à l’avers des espèces ; au revers nous trouvons saint Marc, le lion ailé ou l’écu de la République de Venise. Les noms des comtes, puis des recteurs, sont fréquemment désignés sur les espèces par leurs initiales ou leurs armes. Nous empruntons à V. Lazari la liste de ces personnages, avec l’indication des espèces frappées sous leur autorité ; la date indiquée est celle de l’élection :

Francesco Lippomano, 1447. Ouattriuo.

Francesco Lion, 1485. Obole ou follare.

Priamo Tron, 1488. Ouattriuo.

Girolamo Orio, 1492. Ouattriuo.

Sebastiano Contarini, 1301. Quattriiio.

Domenico Gritti, 1326. Ouattriuo.

Marco Barbo, 1327. Ouattriuo.

Benedetto Valier, 1330. Ouattrino.

Francesco Sanudo, 1533. Ouaitriiio.

Matteo Bembo, 1538. Ouattrino.

Battista Barbaro, 1546. Ouattrino.

Francesco Pisani, 1348. Me^^o grossetto.

Zuan Francesco Canal, 1351. Me^o grossetto.

Paolo Doua, 1332. Me:{go grossetto.

Francesco Priuli, 1562. Ouattrino.

Alvise Minotto, 1567. Me^o grossetto.

Zaccaria Salamon, 1569. Obole ou follare.

Vincenzo Canal, 1581. Obole ou follare.

Andrea Gabriel, 1386. Obole ou follare.

Zuanne Loredan, 1390, ou Zuanne Lippomano, 1392. Me^io grossetto.

Zuanne Magno, 1598. Meggo grossetto.

Zuan-Francesco Bragadin, 1604. Obole ou follare.

Tommaso Contarini, 1606. Obole ou follare.

Pietro Morosini, 1624. Grossetto.

Girolamo Molin, 1634. Obole ou follare.

Zorzi Morosini, 1638. Ouattrino.

Antivari. — Cette ville d’Albanie appartint aux Vénitiens de 1405 à 1571, année où elle tomba au pouvoir des Turcs.

On possède des bagattini de cuivre, frappés dans les dernières années du xv^ siècle ou les premières du xyi^, portant à l’avers l’image équestre de saint Georges : s. georg. ANTIVARI, et au revers le lion de Venise. Ces pièces, qui offrent une grande analogie avec celles des villes dalmates, furent probablement frappées dans la zecca de la République.

Levant Vénitien. — Les possessions levantines de Venise se trouvaient sous l’autorité supérieure d’un patricien élu par le Sénat et qui portait le titre de pr'oveditor general da mar. Ce personnage avait sous ses ordres tous les autres patriciens investis de charges dans la flotte, et jugeait en appel toutes les causes portées devant les tribunaux de sa vaste juridiction.

La république de Venise flt frapper des monnaies spéciales pour le Levante Veneto et pour le commerce avec l’Orient. La domination française établie en Grèce lors de la quatrième croisade y avait implanté l’usage du compte en denier tournois. Ce compte était encore en vigueur

l’italie

au commencement de l’époque moderne. Le monnayage des tornesi fut repris, en 1487, par le doge Agostino Barbarigo, et continué sous Leonardo Loredan en 1 50^. Le type de ces tornesi n’avait rien de commun avec celui des anciens tournois français ; ils portent le lion de saint Marc et, au revers, une croix pattée. Rien dans les légendes de ces monnaies n’indique leur destination coloniale.

Sous Agostino Barbarigo parut également, vers 1489, une nouvelle espèce d’argent qui obtint dans le Levant un grand succès : le grossetto per navigare. Cette pièce porte à l’avers le type du sequin vénitien, le doge agenouillé recevant la bannière des mains de saint Marc, au revers le Christ, de face, sur un trône. C’est une continuation de l’ancien matapan dont le commerce d’Orient persistait à se servir.

Sous le doge Antonio Priuli (1618-25) furent frappées des pièces de 30 et de 60 tornesi, d’abord avec inscriptions latines, puis avec inscriptions grecques. Leur type se compose du lion de saint Marc,

O Al IOI MAPKO^ ; au revers le nom du doge, ANTQNI02 O nPIOAO^ AOYS, entoure la mention de la valeur, écrite en deux lignes : T0PNE2IA TPIANTA ou ESHNTA (fig.

285). Cette émission fut reprise sous Giovanni Cornaro 1 (1625-29), et étendue à des pièces de 1 5 tornesi: TOPNEi: AEKAnE(vTs).

François Contarini (1625-24) frappa le premier de grands écus d’argent, et réaux, pour le Levant; mais la rareté de ces pièces

semble prouver qu’elles ne furent émises qu’à titre d’essai. En 1688, Francesco Morosini fit battre de nouvelles espèces fortes d’argent, dont deux et demi devaient équivaloir à un sequin d’or et une à 10 lire dalmates ou à 6 i 16 lire de Venise. Ces monnaies furent appelées leoni morosini : leur revers représente un lion de saint Marc debout, tenant une palme et une croix: Fl DES ET VICTORIA; l’avers reproduit le type des sequms.

Vers 1700, on émit, pour les besoins de la flotte et des îles, c’est-à-dire des Iles ioniennes et de l’Archipel, des gaq^qette et des soldi de cuivre pur, portant à l’avers le motif habituel du lion, et au revers les mots : ISOLE ET ARMATA, en trois lignes.

Au milieu du xviii^ siècle, le thaler de Marie-Thérèse obtint sur les marchés d’Orient un succès qui ne s’est pas encore démenti. En 1755, Venise résolut d’en frapper des adaptations à l’usage de ses possessions

levantines. La \ecca de la république avait continué à fabriquer ses produits au marteau ; il est intéressant de noter que ce fut pour rendre les thalers vénitiens plus conformes à leur modèle que Ton se décida à installer dans la ^ecca un outillage mécanique. Sur les copies de Venise, un buste conventionnel de la République, drapée d'hermine, remplace celui de l’impératrice Marie-Thérèse; le revers est laissé au lion de saint Marc, d’abord debout dans un cartouche, puis couché et tenant ouvert le

livre des Évangiles (fig. 286). Ces talleri furent frappés sous François Loredano, Marco Foscarini, Alvise IV Mocenigo, Paolo Renier et Lodovico Manin.

Il nous reste à parler des monnaies frappées pour des régions du Levant vénitien nominativement désignées par les légendes :

Iles Ioniennes. — Dans les dernières années du gouvernement d’Alvise III Mocenigo et pendant celui de Carlo Ruzzini, c’est-à-dire de 1730 à 1735, on frappa spécialement pour ces îles des galette et des soldi de cuivre pur. Leur type est le môme que celui des galette et des soldi pour les îles et la flotte, mais ils portent au revers les noms de Corfou, de Zante et de Céphalonie : corfv-cefalonia-zante.

En 1797, le traité de Campo-Formio fit passer les îles Ioniennes sous la domination de la France.

Morée. — Au commencement du xviiie siècle furent frappés des galette et des soldi de cuivre pur, analogues aux pièces dont nous venons de parler, mais portant au revers : armata-et-morea, et Morée.

Crète — Les premières monnaies frappées pour la Crète sont des pièces de cuivre, faites à Venise en 1632 ; leur type se compose de l’emblème du lion; leurs légendes indiquent leur valeur en soldini, compte en usage dans l’île, et en tornesi, compte en usage dans les autres parties du Levant. Il y eut ainsi une pièce de 2 1/2 soldini ou 10 tornesi et une pièce d’un soldino ou tornesi. D’autres monnaies furent frappées pour la Crète, en 1644, sous Francesco Erizzo, et en 1647 sous Francesco Molin.

En 1643, la Canée tomba au pouvoir des Turcs, avec lesquels Venise fut dès lors en lutte continuelle pour la possession de l’île. En 1648 et en 1650, la ville de Candie, assiégée, frappa des obsidionales de cuivre ; celles du second siège, émises pour cinq

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et dix lire, portent d’un côté l’image en pied de saint Marc, de l’autre les mots fides PVBLiCA en deux lignes.

En 1658, la république fit frapper pour la Crète des ga:nette et des soJdi de cuivre au type habituel, mais avec le mot candia dans le champ du revers. Ces pièces sont les dernières qui rappellent la domination vénitienne. En 1669, Candie fut forcée de se rendre et l’île entière tomba entre les mains des Ottomans.

Ile. de Chypre. — En 1489, Catherine Cornaro vendit Chypre aux Vénitiens. La république fit frapper dans la Tgcca de Venise, pour la circulation intérieure de l’île, de menues espèces de billon dites caille, sous Erancesco Venier en 1554 et sous Girolamo Priuli en 1559, puis des soldi de billon portant l’image en pied du doge Pietro Loredano (1)67-70).

La seule monnaie frappée dans l’île de Chypre est le hesant en cuivre de Famagouste, pièce obsidionale, dont voici le dessin (fig. 287). Après dix mois de siège par le sultan Selim et malgré une héroïque défense, la ville se rendit le 4 août 1571. Famagouste était la dernière forteresse chypriote aux mains des Vénitiens; sa chute consomma la victoire ottomane, qui pour plus de trois siècles devait ravir l’île à la civilisation.

d). — Possessions de la république de Gênes K

La seule possession génoise dont nous ayons des monnaies pour l’époque moderne est l’île de Chio, située sur la côte occidentale de l’Asie Mineurej au sud de Lesbos.

En 1346, une société d’armateurs génois dite la Mahone, s’empara de Chio et y installa un gouvernement sous la haute souveraineté de la république de Gênes. En 1362, une nouvelle société, sous le nom des Giustiniani, succéda à la première, et en 1528 l’île lui fut définitivement abandonnée, moyennant un tribut annuel de 2,500 lires à payer à la métropole.

Dès 1 347, la Mahone reçut de la république de Gênes le droit de battre monnaie. Les pièces frappées à partir de la fin du xv^ siècle sont généralement en cuivre; leur type se compose d’un château à trois tours surmonté d’une aigle naissante, éployée et couronnée ; la légende est + CIVITAS CHU. Au revers figure une croix, avec l’inscription traditionnelle des monnaies génoises : + CONRADVS REX ROMANOR^^^^n Des initiales placées dans le champ de l’avers indiquent le nom du

1. D. Promis, La 'S(ecca di Scio durante il dominio dei Genovesi. Turin, 1865, in-4. — P. Lambros, Mesaiônika nomisiuata ton Dunastôu tès Chiou. Athènes, 1886, in-8. — G. Schlumberger, 'Siuuisuialique de l’Orient latin. Paris, 1878, in-4.

podestat sous Tadministration duquel les pièces ont été fabriquées. On trouve ainsi :

B. I. Battista Giustiniani Catnpi (1487-88).

N. I. Nicolas di Andriolo Giustiniani Campi (1512 et 1538), ou Nicolas di Vicenzo Giustiniani Garibaldi (i 528), ou encore Nicolas di Silvestro Giustiniani Campi (1504).

D. L Dominique di Gio, Antonio Giustiniani Gampi (1529).

I. B. Giambattista di Brixio Giustiniani Forneto (1507 et 1521) ou Giambattista di Urbano Giustiniani Negri (1517).

F. I. Francesco di Lorenzo Giustiniani Banca (1520). Pour ce podestat on connaît une monnaie d’argent.

L. I. Sur une pièce de cuivre au millésime de 1548; ces initiales désignent un podestat dont le nom n’est pas connu.

V. I. Vincenzo di Tommaso Giustiniani, sur des monnaies d’argent au millésime de 1562. Ces pièces sont les derniers produits de l’atelier génois de Chio.

Les monnaies de Chio, surtout celles de cuivre, sont d’un travail grossier et dénotent la détresse financière où se débattaient les Giustiniani au xvF siècle. En 1 366, File tomba aux mains des Turcs.

Le grand commerce que les Génois entretenaient avec l’Orient donna lieu fréquemment à l’émission de monnaies d’exportation, telles que les luigini ou imitations des douzièmes d’écu de Bombes. En 1677, la république fit frapper des écus d’argent, dont le type lui-même indique la destination. L’avers porte l’écu à la croix de Gênes, posé sur un cartouche couronné, entre deux palmes; la légende est : DVX ET GVBER. REIP • GENV ■ 1677. Le revers représente un griffon debout à gauche, tenant un sceptre fleurdelisé et un cartouche chargé d’une inscription turque en quatre lignes'. Cette monnaie exceptionnelle mérite une mention particulière.

e). — Royaume et république de Corse

En 1729, les Corses se révoltèrent contre la domination génoise. La lutte durait depuis huit ans quand un aventurier allemand, le baron Théodore de Neuhoff, qui s’était fait en Afrique condottiere de bandes algériennes et tunisiennes, aborda en 1736 dans File. Les Corses le reçurent avec enthousiasme, et le proclamèrent roi, le 1 3 avril de cette année, sous le nom de Théodore I.

1. Giuseppe Ruggero, Aiinota:(ioni niimismatiche genovesi. Di una grossa moncta per il Levante, dans la Rivista italiaua di numismatica, 1895, p. 89 et suiv.

2. E. Cartier, Monnaies frappées en Corse par Théodore et Paoli, dans la Revue numismatique, 1842.

L ITALIE

Le nouveau souverain s’empressa d’ouvrir un atelier monétaire dans ses états, à Corte ou à Sartène, et y fit frapper des monnaies d’argent et de cuivre à son nom. Après huit mois de gouvernement, Théodore I dut abandonner la Corse pour chercher des secours à l’étranger: il retourna dans l’île en 1758, fut couronné une seconde fois, mais peu de temps après il dut abandonner définitivement le pouvoir.

Une nouvelle révolte éclata en Corse quelques années plus tard; les habitants appelèrent, pour le mettre à leur tête, leur compatriote Pasquale Paoli, qui vivait en exil à Naples. Il débarqua dans l’île le 29 avril 1755 et fut salué des titres de général et dictateur de la république. En 1764,

Paoli ouvrit d’abord à Murato, puis à Corte, un atelier qui frappa jusqu’en 1 768 des pièces de 10 et de 20 soldi d’argent, des pièces de 4 soldi, de 2 soldi, d’un soldo et de 8 denari de cuivre. Notre figure 288 donne le type de ces monnaies.

En 1768, la république de Gênes, désespérant de réduire les Corses à l’obéissance, vendit leur pays à la France. Louis XV en prit possession et Paoli se réfugia en Angleterre.

f). — La république de RaguseK

La ville de Raguse, Rliagusium, Rliausium, en Dalmatie, sur la mer Adriatique, s’érigea au moyen âge en république aristocratique sur le modèle de la république de Venise. Comme celle-ci, elle devint un centre important du commerce avec l’Orient; elle payait à la Turquie un tribut annuel. L’indépendance de Raguse subsista jusqu’à 1806, année où Napoléon I l’occupa. Depuis 1815, elle appartient à l’Autriche.

Le patron de Raguse était saint Biaise: S. B. PROTECTOR REIPV- BLICÆ RAGVSINÆ. Son image ou celle du Christ forment les types les plus fréquents des monnaies de la république.

Jusqu’au commencement du xvii^ siècle, Raguse ne frappa que des grossetti d’argent et de menues espèces de cuivre, mais à partir de 1627 nous voyons apparaître successivement les pièces d’argent suivantes :

I. Artiluk, valant trois grossetti, comme l’indique leur légende : gros. arge. trip. CIVI. RAGVSi. Cette pièce fut émise à partir de 1627.

I. Norbert Dechant, Die Münien der Repuhlik Ragiisa, dans la Nwnismatische Zeitschrift, de 1870, p. 87 et suiv.

2. Perpero valant 12 grossctti, frappé pour la première fois en 1692.

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