I. — Principautés de Boisbelle et Henrichemont
La terre de Boisbelle formait un franc-aleu qui fit longtemps partie des domaines de la maison d'Albret. Elle passa ensuite par mariage à la maison de Clèves et aux Gonzague, mais en 1597 Charles de Gonzague la vendit à Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, le grand ministre de Henri IV. Ce fut lui qui, en souvenir de son roi, y fit bâtir la ville d'Henrichemont.
Maximilien de Béthune (1597-1641) créa dans sa capitale un atelier monétaire où il frappa en grande quantité des doubles tournois de cuivre. La première émission est de 1636 : ces pièces sont des imitations des doubles analogues frappés par les rois de France : MAXI D-BET-P S D’ENRIC-ET BB. Buste fraisé à droite, i^. DOVBLE- TOVRNOIS. Trois lis; au centre, l'écusson aux armes de la maison de Béthune: d'argent à la fasce de gueules. Sully semble n'avoir jamais
émis d’espèces d’argent. On possède cependant un piedfort du même module et du même type que les deîni-francs de Louis XIII, mais il est probable que le prince de Boisbelle se sera borné à faire frapper de cette pièce quelques exemplaires d’essai (fig. 59).
Après Maximilien, les terres de Boisbelle et Henrichemont passèrent à Maximilien Françoisde Béthune (1641-1661) son petit-fils.
On a de lui quelques doubles tournois de cuivre analogues à ceux de Fig- 59 son grand-père et portant le millé-
sime 1642. Le monnayage semble s’être arrêté vers cette époque; néanmoins les princes conservèrent la juridiction sur le fait des monnaies dans toute l’étendue de leurs domaines, car il existe une ordonnance du duc de Sully contre les faux monnayeurs datée de 1719. Les principautés de Boisbelle et Henrichemont furent réunies à la couronne en 1766.
§ IL — Principauté de Domhes^.
Un arrêt du Parlement avait confisqué en 1527 la principauté de Bombes sur le connétable de Bourbon et l’avait réunie à la couronne; en 1560, elle fut rendue à la famille de Bourbon-Montpensier, qui en jouit jusqu’en 169;.
* Louis II de Bourbon, 1560-1582.
* François II, 1 582-92.
* Henri I, 1592-1608.
* Marie, 1608-1626.
A la mort d’Anne-Marie-Louise d’Orléans, les Bombes furent réunies à la France et Louis XIV en avantagea le duc du Maine, un de ses bâtards légitimés.
Lorsque la principauté eut été rendue à Louis II de Bourbon, celui-ci restaura l’ancien atelier seigneurial de Trévoux et recommença le monnayage. La première émission eut lieu, suivant Mantellier,
* Marie et Gaston d’Orléans, 1626-27.
* Gaston d’Orléans, usufruitier, 1627-50.
* Anne-Marie-Louise, 1650-93.
I. Ph. ManlelVicr, Notice sur la monnaie de Trévoux et de Domhes. Orléans, 1844, in-8. — Le même, Scquins frappes à Trévoux, dans la Rev. numisni., 1857, p. 264. — P. -Ch. Robert, Monnaies de Louis de Montpensier, prince de Domhes, dans le même recueil, 1850, p. 139.
TERRES SOUVERAINES EN FRANCE
en 1575. La série monétaire de Louis II se compose de deux pièces d’or, la pistole et la demi-pistole, trois pièces d’argent, le franc, le demi-franc et le lésion, deux de billon, le dou^ain et le liard, enfin deux monnaies de cuivre, le double tournois et le denier tournois. Le type de ces pièces reproduit en général celui des monnaies royales. L’or porte l’écu de Bourbon : d’azur aux trois lis d’or, au bâtoyi péri en bande de gueules ; l’argent et le cuivre montrent l’effigie du prince; enfin sur le billon nous trouvons son écu ou son chiffre.
François II (i 382-92) n’émit pas de monnaie d’argent. La monnaie de Trévoux se consacra à la production de l’or, du billon et du cuivre: sequins et pistoles, pièces de six et de trois blancs, dou^ains et liards, doubles Qi deniers tournois. La pièce la plus intéressante est sans contredit lesequin, copie fidèle des pièces d’or de Venise; le coin du droit représente le prince, FRANC PR! NC, agenouillé, recevant l’étendard des mains de saint Marc; sous la banderolle est placé le mot DVX ; enfin, à gauche et circulairement de bas en haut: S. M. TREVO. Saint Marc était le patron de Trévoux et cette circonstance explique le choix du prototype. Au revers, le Christ bénissant et entouré de seize étoiles, occupe le centre d’une auréole ovale; la circulaire est SIT T X ADIVTO REG iSTE DOMBA, sit tibi Christe adjutor regis iste Dombarum.
Sous Henri I (1392-1608), le monnayage de l’or est suspendu, mais nous trouvons quatre pièces d’argent diverses, toutes copiées de celles de France: teston, demi-ieston, demi Qi quart de franc. En billon, on poursuit la frappe du dou^ain et des liards.
La série de Marie (1608-26) comprend Vécu et le demi-écu d’or, le teston et le quart d’écu d’argent, le dou^ain de billon, et les monnaies de cuivre déjà connues pour les précédents règnes. Marie était tout à fait en bas âge lorsqu’elle succéda à son père Henri.
En 1611, elle fut fiancée à Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, et cette alliance fut consommée en 1626. On possède des écus d’or, des demi-francs et des testons, puis des dou^ains et des liards aux noms des deux époux; sur les pièces d’argent leurs bustes sont placés en regard ffig. 60). Pour le cuivre, on continua après le mariage de Marie et même après sa mort à se servir des anciens coins, en changeant seulement le millésime (fîg. 61).
Gaston d’Orléans devint veuf le 29 mai 1627, n’ayant eu de Marie
qu’une fille, Anne-Marie-Louise. Il obtint du roi la garde et la tutelle de son enfant avec l’administration de ses biens et leur usufruit jusqu’à
sa majorité. Gaston commença à monnayer en son nom seul en 1629. Il prend sur ses pièces les titres de frère unique du roi, usufruitier de la principauté de Bombes. Ses espèces sont assez variées; on a de lui, en or, un quadruple louis et un ecw, en argent, un écu blanc et ses subdivisions, la moitié et le quart, un lésion^ un quart d’écu à l’ancien type; trois billons et les deux pièces de cuivre habituelles complètent la série. Toutes ces monnaies sont copiées servilement sur celles du roi. « Dès que celles-ci changent, les monnayeurs de Trévoux, dit Poey d’Avant, s’empressent de changer également leurs coins. Ainsi, par exemple, quand le célèbre graveur Warin transforme la monnaie royale, en substituant le costume romain au vêtement français, dans le pays de Bombes on opère la même transformation et d’une manière parfaite, ce qui du reste était facile, puisque les coins sont aussi l’œuvre de Warin. Ce qu’il y a déplus saillant encore, c’est que, lorsque Louis XIV enfant succède à Louis XIII déjà vieux, on voit, sur les espèces de Bombes, une tête jeune remplacer la tête vieillie que l'on y avait représentée jusque-là, et qui était en rapport avec l’âge de Gaston. »
A l’avènement d’Anne-Marie-Louise, la Grande Mademoiselle (1650-9;), on ne changea pas immédiatement les coins monétaires de l’atelier de Trévoux. Pendant quelques années encore on continua à frapper au nom de Gaston; les pièces les plus anciennes au nom d’Anne- Marie-Louise ne sont pas antérieures à 1657. On n’a pas encore retrouvé de monnaies d’or de ce règne, bien que Boucher d’Argis dise dans un mémoire sur le pays de Bombes « que Mademoiselle fit fabriquer ..... des sequins d’or au coin de saint Marc » au grand déplaisir de la république de Venise. Le cuivre, si commun pour Gaston à l’époque où il était usufruitier, manque complètement pour sa fille. La série d’argent comprend Vécu blanc et ses divisions, la moitié, le quart et le douzième; enfin il y eut des liards de billon. La belle fabrication des douzièmes d’écu de Mademoiselle leur acquit une grande faveur dans les Échelles du Levant; l’atelier de Trévoux en frappa en grande abondance et l’exportation de ces pièces en Asie Mineure et en Syrie devint l’objet d’un commerce très étendu. Des vaisseaux entiers furent chargés de cette monnaie à destination de l’Orient. « La spéculation avait une trop grande réussite, dit Poey d’Avant, pour que la contrefaçon ne s’en mêlât pas. » En Italie, les seigneurs de Tassarolo, de Fos di Novo, de Campi,
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de Torreglia, la république de Gênes, copièrent les pièces de Bombes en en altérant le métal. Nous reproduisons ici (fig. 62 à 65) quelques imitations italiennes anonymes de ces curieuses petites monnaies dont des exemplaires très nombreux ont été récemment trouvés dans les épaves d'un vaisseau sombré en vue de File d'Andros ' ; le côté du buste porte le plus souvent une légende banale, telle que PVLCRA VIRTVTIS IMAGO;
Fig. 62 t'ig- 63
au revers la légende est une invocation religieuse, une indication de Taloi du métal monnayé, une orgueilleuse constatation du cours étendu
Fig. 64 Fig. 65
des pièces. Les dou^ième^ d’écu, acceptés à l’origine en Orient pour dix sols, tombèrent à sept sols et demi; enfin l’excès de la falsification les fit descendre à quatre sols, ce qui équivalait à un décri.
Anne-Marie-Louise est la dernière souveraine de Bombes qui ait fait usage du droit de battre monnaie. Le duc du Maine y renonça, obéissant, suivant toute apparence, à un ordre exprès du roi.
§ III. — Principauté d' Orange.
La principauté d’Orange passa à la maison de Nassau en 1 5 30, après la mort de Philibert de Chalon, qui légua par testament tous ses biens à René de Nassau. Ce prince, ayant embrassé le parti de Charles Quint, fut dépouillé de sa principauté par le roi de France : un arrêt du parlement d’Aix, rendu le 30 juin 1545, réunit Orange au domaine de Provence. René de Nassau mourut en 1544 après avoir institué son
I. E. Gnecchi, Il Tesoro di Andros dans Rivista italiana di numismatica, t. IV, 1891, p. 129 et suiv. Cet article est suivi d’une bibliographie très complète des monnaies frappées en Italie au type de la Grande Mademoiselle.
héritier Guillaume de Nassau-Dillenbourg, son cousin. En 15 59, après le traité de Cateau-Cambrésis, Henri II reconnut les droits de Guillaume, qui put prendre possession de la principauté d’Orange.
Guillaume de Nassau rétablit, peu de temps après son avènement effectif, Tancien atelier monétaire d'Orange. Son monnayage ne paraît pas toutefois avoir eu d'autre but que d'affirmer ses droits souverains, car il semble n'y avoir eu qu'une seule émission très peu nombreuse. Les rares pièces qu'on possède de ce règne portent le millésime 1560; ce sont des écus d'argent et des oboles de billon. Ces dernières pièces reproduisent l'ancien emblème des princes d'Orange, le cornet. Sur les écus, nous trouvons le buste de Guillaume avec sa devise: MANVTE- NEBO NASSAV; au revers, la légende MO; NOVA; GVIL; 3; D; G; PRIN; AVRAI; A; NASS entoure l'écu du prince ' .
Après l'assassinat de Guillaume, en 1584, la principauté d'Orange passa à son fils Philippe-Guillaume (i 584-1618). L'atelier d'Orange reçut sous ce règne une activité beaucoup plus grande ; les monnaies elles-mêmes et le petit nombre de documents d'archives arrivés jusqu'à nous permettent de reconnaître trois émissions successives. En 1591 et 1592, on frappa des billons imités des monnaies avignonaises des papes. En 1607, l'émission comprit des quadruples et doubles pistoles d'or, des testons, denii-testons et doupèmes d'écu d'argent et des dou^ains de billon; l'or et l'argent portent à l’avers le buste du prince, qui s'intitule PHILIP- G- 1- D- G- PRl- AVR- CO-NA ; le revers est occupé par l’écusson couronné et la devise SOU DEO HONOR ET GLORIA, à laquelle les monnayeurs de la principauté d'Orange auront désormais presque exclusivement recours.
Un document publié par M. de Voogt' fournit sur la troisième émission de Philippe-Guillaume des renseignements détaillés : « La monnoye de Son Excellence a commencé à travailler le i6^ du mois
I. Voici les armes de la maison d’Orange-Nassau ; Ecartelé, au i^r d’a^iir semé de billet tes d’or, au lion du même, armé et lampassé de gueules, brochant sur le tout (Nassau); au 2c d’or, au léopard lionne de gueules, armé, lampassé et couronné d’apir (Katzenelnbogen); au 3e de gueules à la fasce d’argent (Vianden); au 4e de gueules à deux léopards d’or, armés et lampassés d’azur, l’un sur l’autre (Dietz). Sur le tout, écartelé aux et 4c de gueules à la bande d’or (Chalon) ; aux 2^ et 3'^ d’or à un cornet de chasse d’a:{ur, lié de gueules, virolé et enguiché d’argent (Orange), Sur le tout du tout cinq points d’or équipollés à quatre d’argent (Genève). Au point d’honneur du giand écu, un écusson de sable à la fasce d’argent (Veere), et en pointe un écusson de gueules à la fasce bretessée et contrebretessée d’argent (Buren). — Sur les monnaies, les armes de la maison sont fréquemment simplifiées ou autrement disposées; ainsi Vécu d’argent de Guillaume n’a dans les armes du revers ni l’écusson de Veere, ni celui de Buren. Guillaume d’Orange n’acheta le marquisat de Veere qu’en 1581.
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d'avril 1616, estant maistre le sieur Jean Filiard >^; on frappa quadruples pistoles et pistoles d'or au titre de 21 3/4 carats à raison de 57 pistoles au marc, demi-francs d'argent à 35 au marc, dou\ains à 105
au marc. A la demande du maître, on permit aussi la fabrication de ducatons ou écus d'argent.
L'atelier resta en activité après l'avènement de Maurice (1618-1625), frère et successeur de Philippe-Guillaume. Les monnaies connues de ce prince sont au nombre de six: quadruple pistole d’or, ducaton (fig. 66), demi-ducaton, feston, demi-franc d'argent, liard de billon.
Frédéric-Henri (1625-1647), frère de Maurice, recueillit son héritage. De son temps la série monétaire, constituée pour l'or et l'argent comme sous les précédents règnes, comprend des pièces de cuivre et des
Fig. 68
billons unifaces et concaves, vraisemblablement destinés à l'exportation sur les bords du Rhin. L'émission du cuivre commença vers 1657. Voici l'énumération des espèces retrouvées pour le règne de Frédéric-Henri : quadruples pistoles d'or, testons et demi-francs à! diVgenl, liards, deniers et oboles concaves, genre schusselheller, de billon, doubles tournois de cuivre. Les liards sont copiés soit de ceux d'Henri III, soit des pièces
I. Lettre à M. Chaton, dans la Rev. belge de numism., 1873, p. 383.
papales aux deux clefs en sautoir; les doubles tournois reproduisent servilement le type français sans qu’on prenne toujours la peine de modifier la forme des trois fleurs de lis du revers. Nous donnons sous notre fîg. 67 l’avers du demi-franc de Frédéric-Henri.
Guillaume ( 1 647- 1 6 $ 0) succéda à son père et continua les émissions, mais négligeant la menue monnaie, ce prince s’attacha surtout à produire une belle série d’or et d’argent. En or, il émit une quadruple pistole et une double pistole; en argent, un écu, sa moitié (fig.68) et son quart. Les types sont calqués sur ceux de la monnaie française. L’avers porte toujours le buste du souverain; le revers a un écusson couronné chargé de trois lis déformés avec un petit cornet d’Orange au point d’honneur de l’écusson, hd, double pistole a un revers différent; pour la rendre plus conforme aux doubles louis de Lrance, les monnayeurs de Guillaume de Nassau composent une croix formée de quatre N couronnés, avec un G au centre et des lis dans les cantons.
Guillaume mourut en 1650, laissant sa femme Marie-Henriette d’Angleterre, enceinte de son successeur Guillaume-Henri (1650-1673). La série monétaire de ce prince comprend des sequins d’or sans date, copiés des pièces de Venise, des écus, demi-écus, doufèmes d’écus d’argent, des doubles et deniers tournois de cuivre. Ces pièces portent des millésimes allant de 1650 à 1666. Notre fîg. 69 reproduit l’avers de Vécu d’argent.
En 1673, Guillaume-Henri ayant confisqué le marquisat de Berg-op-Zoom et d’autres domaines appartenant à Lr édéric-Mauri ce de la Tour, comte d’Auvergne, le roi de France, par représailles, confisqua la principauté d’Orange et la donna à ce comte, après en avoir fait raser le château et les autres fortifications. Frédéric-Maurice conserva Orange jusqu’en 1679. On possède de son règne deux monnaies, un écu d’argent reproduisant le type des leeuivendaelders hollandais et un denier tournois au type français. Le denier porte la date 1673; ^’^^u a, par suite d’une évidente erreur de poinçonnage, le millésime 1634 au lieu de 1674 '•
Quand Gui 11 au me- Henri de Nassau fut rentré en possession d’Orange, la fabrication monétaire recommença en son nom, mais l’atelier ne paraît plus avoir émis que des deniers de cuivre,
I. R. Chalon, Curiosités numismatiques, 6^ article, dans la Rev. belge de numism. 1864, p. 206 et suiv.
TERRES SOUVERAINES EN FRANCE
DENIER DORANGE, au millésime 1680. En 1702, le prince d'Orange mourut sans laisser d’héritiers directs ; Louis XIV prétendit que la principauté était par le fait dévolue à la couronne. Un arrêt du parlement de Paris en adjugea le domaine utile au prince de Conti et le haut domaine au roi de France. Le 1 3 décembre 1714 un arrêt du conseil réunit Orange au Dauphiné.
§ IV. — Avignon et Comtat Venaissin^.
Le commencement de l’époque moderne correspond à peu près, à Avignon, avec un changement dans l’interprétation du droit régalien. Pendant presque tout le moyen âge le nom du pape figurait seul sur les espèces; à partir du milieu du règne de Jules II, le légat qui administre le Comtat pour le Saint-Siège associe son nom à celui du souverain pontife. Parfois le vice-légat intervient également dans l’émission des espèces sur lesquelles il met ses armes, de sorte qu’on voit trois personnages différents indiqués sur une même monnaie.
L’intérêt d’une série aussi exceptionnelle est facile à saisir, et cependant Avignon attend encore une monographie numismatique sérieuse. De toutes les parties de son ouvrage, celle que Poey d’Avant a consacrée au monnayage du Comtat est peut-être la plus négligée. L’inaccessibilité proverbiale du musée d’Avignon, qui possède une collection numismatique d’une grande richesse, doit être considérée comme la cause première du délaissement dont la série locale a été l’objet.
Notre intention ne pourrait être de suppléer à l’absence d’un travail spécial dont les éléments nous font complètement défaut. Nous nous bornerons à donner — pour la première fois dans un ouvrage numismatique — une liste aussi exacte que possible des légats et vicelégats, puis à fournir sur les types quelques indications sommaires. Nous faisons précéder d’un astérisque les noms des papes dont il existe des monnaies avignonaises et ceux des légats et vice-légats cités dans les légendes ou simplement indiqués par leurs armoiries :
*Jules II de la Rovère (1503-13). Légats: * Georges d’Amboise (1503-10), georgivs . DE AMBASIA, et Robert de Guibé (i 5 1 o-i 3). — Vice-légats: Galéas Franchiotti du Roure (1502-4), Louis de Rochechouart (1504-5), François d’Estaing (1505-10) et Jean de Montaigu (1511-13).
*Léon X de Médicis (i 5 1 3-21). François de Clermont (i 5 1 3-). — Vice-légat:
Pierre de Valletariis (15 13-17).
I. Cinagli, Le monete de’ Papi. Fermo, 1848, in-fol. — Vallier, Petit supplément à la numismatique papale d’Avignon. Tours, 1883, in-8. — R. Vallentin, L’atelier monétaire d’ Avignon en ijSÇy Avignon, 1889, in-8.
Adrien VI Doyens (1522-23). Légat: François de Clermont.
* Clément VII de Médicis (1523-34). Légat : François de Clermont. — Vice-légat: Jean
Nicolaï (1524-27).
*Paul III Farnèse (1434-49). Légats: François de Clermont (-1541) et * Alexandre Farnèse (1541-) alex. far. — Vice-légats: Jean Ferrier (1534-36), Philibert Ferrier (1541), Alexandre Campegge (1541-45), Antoine Trivulce (1545-47) et Camille Mentuato (i 547-).
* Jules III Giocchi (1550-5 5). * Alexandre Farnèse, alex. far. — Vice-légats:
Camille Mentuato (-1553), Théodore-Jean de Clermont-Tallard (1553-54) et Jacques- Marie Sala (i 554-).
Marcel II Cervino (1555). Légat : Alexandre Farnèse. — Vice-légat: Jacques-Marie Sala. *Paul IV CarafFa (1555-59). Légat: ^Alexandre Farnèse, alex. far. — Vice-légat: Jacques-Marie Sala (-1559).
*Pie IV Medichino (1559-65). Légats: * Alexandre Farnèse (-1565), alex. far., et * Charles de Bourbon (1565-) caro. g. de borbon. — Vice-légats: Alexandre Guidiccione (1560-62) et Laurent de Lenzi (1562-65).
*Pie V Ghislieri (1566-72). Légat : ^Charles de Bourbon. — Co-légat: Georges d’ Armagnac (1566-) CARO. CAR. LEGA. GEOR. CAR. COLLE.
* Grégoire XIII Buoncompagno (1572-85). Légat et co-légat: *Les mêmes.
*Sixte V Peretti (1585-90). Légat: ^Charles de Bourbon (-1 589), ka-de-bourbon. — Vice-légats: Guillaume Le Blanc (1585), Dominique de Grimaldi (1585-89), et Dominique de’ Pétrucci (1589-).
Urbain VII Castagna (1590). Vacance de la légation. — Vice-légat: Dominique de’ Pétrucci.
*GrégoireXIV Sfondrati (1590-91). Vacance de la légation. — Vice-légat: Dom. de Pétrucci.
Innocent IX Fachinetti (1591-92). Vacance de la légation. — Vice-légat: Dom.de’ Pétrucci.
*Clément VIII Aldobrandini (1592-1605). Vacance de la légation jusqu’en 1594. — Légats: *Octave d’Aquaviva (1594-1600), oct-car-de aq.v aviva, Cynthio Aldobrandini (1600-). — Piv-légat : * CharÏQS de’ Conti (1600-04), carol-de comitibvs’ EPS-ANCON-PROL-AVEN OU CAROL-ANCONLPROLE-AVEN. — Vlce-légats : Dominique Grimaldi (1592), Jean-François Bordini (1592), *Silvio Savelli (1592-94), sil- SABELLVS VICE LEG-AVEN", Antoine Gianotti (1594-96), Jean-Franç. Bordini (1596-99), Charles de’ Conti (1599-1604) et Pierre-Fr. Montorio (1604).
Léon XI de Médicis (1605). ; Cynthio Aldobrandini. — Vice-légat: Pierre-Fr.
Montorio.
*Paul V Borghèse (1605-21). Légats : Cynthio Aldobrandini (1607), *Scipion Borghèse (1607-21), sciPio-CARD-BVRGHESivs. — Pro-légat : Philippe Philonardi (1610-14),
PHi-s-R-E-CARD-piiiLONARDVS-p.LEG.AVEN. — Vicc-léguts : Pierre-Fr. Montorio (1607), Joseph Ferrier (1607-09), Franç.-Et Dulci (1609-10), Jean-Franç. Bagni (1614-21).
* Grégoire XV Ludovisi (1621-23). Légat: * Louis Ludovisi (1621-23), lvd-card-
LVDOVisivs CAMER-LEG-AVEN. — Vicc-légats : Guill. duBi'oc (1621-22), Octavien Corsini (1622-23).
^Urbain VIII Barbcrini (1623-44). Légats: *François Barberini (1623-33), fRANCIscvs CARD-BARBERiNVS, * Antoine Barberini (1633), antonivs card-barberinvs. — ; *Cosme Bardi (1623-29), c-bardvs cüm-eps-carp-vleg-aven-, Mario Philonardi (1629-33), *Julcs Mazarin (1634-37), Philippe de la Bourdaisièrc (1^637) et Frédéric Sforza.
TERRES SOUVERAINES EN FRANCE
*Innocent X Pamfili (1644-55). Légats: ^Antoine Barberini (1644), antonivs card- BARBERiNVS, ^Camille Pamfili (1644-50), camillvs card-pamphilivs, Camille Astalli (1650-54). — Pro- A- * Laurent Corsi (1647), lavrentivs cvrsivs prole- GAT-AVEN. — Vice-légats: Bernard Pinelli (1645), Dominique de Marinis (1653), Augustin Franciotti (1654) et Jean-N. Conti (1655).
^Alexandre VII Chigi (1655-67). Vacance de la légation jusqu’en iGsj . Légat : *Flavio Chigi '(1657-67) FLAVIVS GARD CHisivs. — Vicc-légats: *J.-N. Conti (1655-59), * Gaspard de Lascaris (1659-64), Alexandre Colonna (1664) et Laurent Lomellini (1665). — En 1663, Louis XIV occupa Avignon et le Comtat: le comte de Mérinville gouverna au nom du roi. En 1665, les domaines pontificaux furent restitués au Saint-Siège par le traité de Pise.
Clément IX Rospigliosi (1667-70). Légat: Jacques Rospigliosi (1667-70). — Vice-légat: Laurent Lomellini (1670).
Clément X Altieri (1670-76). Légat: Palluccio Altieri (1670-76). — Vice-légats: Azzo Ariosto (1670), Horace Mattéi (1671), Pierre Bargellini, Azzo Ariosto (1672), Marcel Durazzo (1672), Hyacinthe Libelli (1673), Charles Anguisciola et Hyacinthe Libelli (1676).
Innocent XI Odescalchi (1676-89). Légat: Alderon Cibo (1677-89). — Vice-légats : Hyacinthe Libelli (1677), François Nicolini (1677-85) et Balthasar Conci (1685-88). — En 1688 le roi se remit de nouveau en possession du Comtat Venaissin et d’Avignon; l’année suivante, il les rendit encore au pape.
Alexandre VIII Ottoboni (1689-91). Légat: Pierre Ottoboni (1690). — Vice-légat: Laurent Eieschi (1691).
^Innocent XII Pignatelli (1691-1700). Légat : *Pierre Ottoboni (1692), petrvs card* OTTHOBONVS LEGAT. — Vicp-légats: Marc Delphini (1692-96), Pierre- Ant. Gualteri (1696-1700 '). Après l’expiration des pouvoirs de Pierre Ottoboni, la légation fut supprimée. Il n’y eut plus que des vice-légats subordonnés à la congrégation d’Avignon instituée à Rome.
Les monnaies de Jules II sur lesquelles le cardinal-légat Georges d’Amboise met pour la première fois son nom sont un écu d’or et un dougain de billon, visiblemént copiés des monnaies similaires frappées par le roi de France. L’imitation des types français restera du reste une tradition constante chez les monnayeurs du Comtat jusqu’à la fin des émissions pontificales.
Le premier teston ne remonte, suivant Cinagli et Poey d’Avant, qu’à la fin du pontificat de Pie IV (1559-65) et à la légation du cardinal de Bourbon. Sous Sixte V (1585-90), le même légat commence la frappe des grands écus ou ducatons d’argent, et sous Clément VIII (i 592-1605) les perfectionnements monétaires comportent l’émission delourdes mon-
I. La liste chronologique qui précède est plus complète que celles données jusqu’à ce jour. C’est celle de V Armorial hist. du diocèse et de l’Etat d’Avignon, par H. Reynard Lespinasse, 1874, in-40, p. 239 et suiv., augmentée des recherches de M. Roger Vallentin, publiées en 1890 dans les Mèm. de V Acad . de Vaucluse.
naies d’or, le double, le quadruple et Yoctuple écu. Ces pièces, à Texception delà dernière, reparaissent sous les successeurs de Clément VIII. Sous Urbain VIII (1623-44), la série d’argent se complète par le franc et le demi-franc, copies des espèces royales; enfin, nous avons à constater l’apparition des premières monnaies de cuivre pur, imitations des
doubles tournois au revers desquelles les trois abeilles des armes du cardinal-légat Antoine Barberini simulent adroitement les trois lis de France. Nous reproduisons sous nos fig. 70 et 71 un quadruple écu d’or et un demi-franc d’argent d’Urbain VIII.
Le monnayage d’Avignon prit fin lors de l’occupation du Comtat par Louis XIV. Lorsque le roi eut remis le pape en possession de ses domaines français, l’atelier ne fut pas rétabli : peut-être la cessation du monnayage fut-elle une des conditions de la restitution. Quoi qu’il en
soit, ce ne fut qu’à la fin du xvii^ siècle, c’est-à-dire à l’époque où l’autorité de la France était momentanément amoindrie, que le légat Pierre Ottoboni restaura l’atelier. La tentative demeura du reste sans succès : l’émission n’eut lieu que pendant l’année 1692 et se borna à de la menue monnaie d’argent.