‹ Traité de numismatique moderne et contemporaine (volume 2)Chapitre 42 sur 193 · C. — Philippe IV · texte numérisé non relu

C. — Philippe IV

Sources : Catalogues divers et placards originaux.— P. Cuypers, Notice sur la monnaie frappée en 1626 pour la ville de Bréda, dans la Revue belge de numism. de 1851. — A. Dewismes, Catalogue raisonné des monnaies du comté d’Artois. Saint-Omer, 1866, in-8. — Mailliet, Catalogue descriptif des monnaies obsidionales et de nécessité. Bruxelles, 1870, in-8 et atlas in-40 oblong.

A la mort de l’archiduc Albert, l’infante Isabelle resta à la tête des affaires des Pays-Bas espagnols en qualité de gouvernante, mais la souveraineté passa à Philippe IV, roi d’Espagne, petit-fils de Philippe IL Le nouveau prince continua l’émission des espèces selon le système mis en vigueur dans la seconde période du règne des archiducs. Il y eut des ateliers en activité à Anvers, Bruxelles, Maestricht et Bois-le-Duc pour le duché de Brabant; à Bruges pour le comté de Flandre, à Luxembourg et à Tournai pour le duché et la seigneurie de ce nom; En 1622 un atelier fut créé à Arras pour le comté d’Artois.

Les types des grandes monnaies d’or et d’argent de Philippe IV se composèrent toujours de l’effigie du prince. Sur le double souverain d’or Philippe IV est représenté en buste cuirassé et coiffé d’une couronne. Sur les autres pièces à effigie, cette couronne est absente. En fait de coins d’invention nouvelle, nous signalerons ceux du souverain d’or et de Vescalin d’argent représentant un lion debout à gauche, armé d’un glaive et posant la griffe sur un globe ou sur un écusson ovale miparti d’Autriche et de Bourgogne. En Artois, quelques pièces de cuivre portent les armes du comté.

La trêve de douze ans conclue en 1609 entre l’archiduc Albert était expirée juste au moment de la mort du prince. Philippe IV eut donc à reprendre les hostilités contre les Hollandais. Ses armes furent d’abord victorieuses; en 1625 Spinola prit la ville de Bréda ; mais bientôt s’entassèrent revers sur revers et les Hollandais se rendirent maîtres des places importantes de Bois-le-Duc, Venloo, Ruremonde et Maestricht.

Immédiatement après la prise de Bréda, le magistrat de cette ville demanda à l’infante Isabelle, gouvernante des Pays-Bas espagnols, l’autorisation de faire battre de menues espèces pour parer à la disette de monnaie d’appoint qui incommodait au plus haut degré les habitants. A la suite de cette requête, la ville fut autorisée à faire forger dans l’atelier monétaire d’Anvers, pour la valeur de deux mille écus, des liards et des gigots de cuivre. Ces pièces sont au type habituel de Philippe IV, à cette différence près que l’un des écussons de l’avers du liard porte les armes de Bréda. Toutes ces pièces sont au millésime 1626.

La guerre que le roi d’Espagne eut à soutenir contre Louis XIII, guerre qui lui valut la perte de la ville d’Arras et de la partie méridionale de l’Artois, donna lieu à la fabrication de monnaies obsidionales à Saint-Omer et à Aire. Les pièces frappées à Saint-Omer pendant le siège de 1658 ont tout le caractère des espèces de nécessité. Ce sont de simples rondelles de cuivre portant en contremarque le poinçon suivant : AVDO- OBSE- Croix patriarcale, armes de la ville, 1638. Suivant le registre des délibérations des magistrats de Saint-Omer, on dut frapper également des monnaies d’argent ; mais ces pièces n’ont point encore été retrouvées. Le siège de Saint-Omer ne se termina point par la prise de la ville; le 16 juillet 1638, après deux mois d’investissement, l’armée française se retira. Louis XIII fut plus heureux en 1641 dans son entreprise contre Aire : après un siège de trois mois cette place se rendit.

Pendant le blocus d’Aire, les autorités civiles et militaires décidèrent l’émission d’un numéraire spécial pour pourvoir à l’absence d’espèces dans la ville. Ces monnaies sont en argent et valaient deux livres ou une livre. Frappées sur flan carré et d’un seul côté, elles portent en six lignes l’inscription suivante: PHIL-Iili — REX — PATER — PATRIAE “ ARIA OBS — 1641 II (ou 1). Outre ces deux pièces assez répandues dans les collections, un récit contemporain du siège d’Aire signale l’existence d’une pièce d’or de quatre florins portant d’un côté l’inscription ci-dessus, et de l’autre l’aigle qui figure dans les armoiries municipales. Cette monnaie n’existe pas en nature aujourd’hui.

Aire se rendit aux Français le 29 juillet ; le 10 août, elle fut investie de nouveau par les Espagnols. Nous avons signalé, en parlant de l’histoire monétaire de Louis XIll, les monnaies battues pendant le second

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siège de 1641 ; mais nous pensons devoir insister sur ce fait curieux delà fabrication dans la même ville et pendant la même année de numéraires de nécessité émanant tour à tour de chacune des puissances en lutte.

D. — Charles II (1665-1700).

Sources : R. Serrure, La réouverture de V atelier de Namur sous Charles II, dans le Bull.

mens, de nuniism., t. II. — P. Cuypers, Notice sur l’introduction de la presse dans la fabrication des monnaies aux Pays-Bas espagnols, dans la Revue belge de numism. de 1849.

Le système et les types monétaires des Pays-Bas espagnols ne subirent pas de modifications sous le règne de Charles II, mais le nombre des ateliers monétaires fut diminué : on ne monnaya plus qu’à Bruges, à Bruxelles et à Anvers. Cette dernière forge fournit, outre la plupart des espèces brabançonnes, les menues monnaies de cuivre spéciales au duché de Luxembourg et marquées, sur l’une de leurs faces, de l’écu de cette province. En 1692, une Monnaie fut temporairement ouverte à Namur, pour la frappe de lidrds.

En somme, le règne de Charles II présente un intérêt très secondaire. L’événement le plus considérable est l’introduction des engins mécaniques pour la fabrication des espèces et la substitution définitive, vers 1684, de la frappe au moulin à la frappe au marteau.

E. — Philippe V (1700-1711), Maximilien Emmanuel de Bavière (1711-1713), Charles III puis VI (1709-1740).

Sources : Catalogues divers. — R. Chalon, Recherches sur les monnaies des comtes de Namur.

Bruxelles, 1860, in-4. — R. Serrure, La Monnaie en Belgique. Verviers, 1881, in-8.

A la mort de Charles II, l’électeur de Bavière, Maximilien Emmanuel, qui gouvernait les Pays-Bas espagnols depuis 1692, reconnut la validité du testament par lequel le dernier descendant mâle de Charles-Quint instituait le duc d’Anjou héritier de ses états. Philippe V fut proclamé souverain des Pays-Bas. A Bruges et à Anvers, c’est-à-dire en Flandre et en Brabant, on s’empressa de monnayer au nom et à l’effigie du nouveau prince. Le système et le type des monnaies restèrent sans modification dans les grandes lignes, mais quelques pièces frappées sous Philippe IV et Charles II cessèrent d’être émises.

Peu après la proclamation de Philippe d’Anjou, l’Angleterre, la Hollande et l’Empire d’Allemagne s’étaient déclarés hostiles à ses droits et s’étaient faits les champions de Charles d’Autriche. La guerre éclata entre les puissances alliées et Louis XIV, soutien naturel de son petitfils; mais la bataille de Ramillies (1706) livra bientôt à Charles d’Au-

triche le Brabant et la Flandre. En 1709 le gouverneur des Pays-Bas, Maximilien Emmanuel, dut se retirer à Namur. Il y établit un atelier monétaire qui produisit au nom de Philippe V des escalins d'argent, des doubles liards et des liards de cuivre.

En 1711, Philippe V désespéré céda ses droits à Maximilien qui fut inauguré à Namur le 17 mai 1712. Le duc de Bavière s’empressa de faire frapper une grande quantité de monnaies d’or, d’argent et de cuivre, sur lesquelles il s’intitule maître in partihus des Pays-Bas entiers: MAX- EMANVEL-D G-V B-S-P-B - L-L & G-DVX COM-P-R S-R-I AR- ET-ELE-L-L-COM -F-H - &-NA- MA-S-R-I - D-lVl- c’est-à-dire Maximilianus Emanuel, Dei gratia utriusque Bavariae, Superioris Palatinatus, Brabantiae, Lùnburgi, Luxemburgi et Geldt'iae dux, cornes palatinus Rheni Sacri Romani imperii archidapifer et elector, landgravius Leuchtenbergensis , cornes Flandriae, Hanoniae et Namurci, marchio Sacri Roînani imperii, dominus Mechliniae. Cette multiplicité de titres et d’abréviations, dont on trouve d’innombrables exemples sur les monnaies allemandes, est exceptionnelle sur les pièces belges.

Ainsi que nous l’avons dit, le monnayage de Maximilien Emmanuel fut actif. On a de lui des doubles souverains, des souverains, des lions d or, des écus, des demi-écus, des quarts d’écus, des escalins, des demiescalins ou plaquettes d’argent ; des liards de cuivre. Ce monnayage se termina en 1713 avec la prise de Namur par les alliés.

La paix d’Utrecht rendit Charles d’Autriche seul maître des Pays-Bas espagnols; déjà le Brabant et la Flandre étaient en son pouvoir. Alors qu’il n’était qu’archiduc, il frappa monnaie sous le nom de Charles III, roi d’Espagne. Lorsqu’il fut parvenu à l’empire après la mort de son frère Joseph I, il prit le nom de Charles VI. Charles battit monnaie à Anvers, Bruxelles et Bruges.

F. — Marie-Thérèse {ij40-iy8o), Joseph II (ijSo-iygo).

En 1740, Charles VI mourut, laissant ses états à sa fille Marie-Thérèse, à peine âgée de 23 ans. Elle avait épousé, le 12 février 1736, Erançois-Étienne, duc de Lorraine; dès la première année de son règne, elle l’associa au gouvernement: on a quelques rares monnaies brabançonnes sur lesquelles paraissent les noms et les bustes des deux époux.

Marie-Thérèse monnaya à Anvers, Bruges et Bruxelles. Dans ce dernier atelier furent émises quelques monnaies spéciales au duché de Luxembourg. En 1753, les forges de Bruges et d’Anvers furent supprimées et Bruxelles resta la seule officine des Pays-Bas autrichiens.

Les monnaies sur lesquelles l’effigie de Marie-Thérèse n’est pas associée à celle de son époux se divisent en trois groupes sous le rapport du

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buste : dans sa jeunesse, sa tête seule est représentée. Plus tard, le col est vêtu; enfin, sur les pièces de la dernière période, Marie-Thérèse porte des vêtements appropriés à son veuvage. Les titres pris par elle sont: Maria Theresia Dei gratia Romanorum imperatrix, Galiciae, Hungariae, Bohemiae regina, archiducissa Austriae, ducissa Burgundiae, Brabantiae, comitissa Flandriae.

Son système monétaire se compose des pièces suivantes^ :

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