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Denier tournois

Sous Henri IV, trois provinces, le Dauphiné, la Navarre et le Béarn,

tout en suivant le système monétaire national, eurent des espèces d'argent, de billon et de cuivre à types régionaux. La série dauphinoise se distingue par la présence, sur toutes les monnaies ornées, d'un écusson aux armes écartelées de France et de Dauphiné, au lieu des armes fleurdelisées simples. Sur les autres pièces, des dauphins sont substitués aux lis français dans certains détails d'ornementation.

Les monnaies frappées pour la Navarre ont les armes parties, ou rarement écartelées, des lis de France et de l'escarboucle. En Béarn, l'écu est parti au i«r de France, au 2« coupé de Navarre et de Béarn. Sur les liards, dits vaquettes, le champ est écartelé de deux vaches béarnaises et de deux H couronnés. Sur toutes les monnaies de ces provinces, la lé-

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gende GRATIA DEI SVM ID Q(uod) SVM remplace le SIT NOMEN DOMINi BENEDICTVM des pièces françaises.

Les monnaies d'Henri IV sont forgées au marteau, à l'exception des doubles et deniers tournois, émis par l'atelier des Étuves transféré vers 1600 au rez-de-chaussée de la grande galerie du Louvre. Ce même atelier produisit un certain nombre de pièces de plaisir, d'essais et de piéforts qui portent sur la tranche PERENNITATI PRINCIPIS GALLIAE RESTI- TVTORIS. Parmi les essais, les plus curieux sont peut-être les pièces en argent de six sous et de quatre sous parisis : leur type se compose au droit du buste lauré, au revers du chiffre de valeur VI ou IIII accompagné de la date 1602 et entouré de la légende CI VIT AS PARIS.

Les poinçons originaux des monnaies d'Henri IV furent gravés successivement par Philippe Danfrie l'ancien et Nicolas Briot, d'après les modèles des contrôleurs généraux des effigies, Philippe Danfrie le jeune (1 J96-1604), Jean Pillon et Guillaume Dupré (1604-1608) qui, à partir de 1608, reste seul en possession de l'office. Malgré les prescriptions formelles de la Cour des Monnaies, les graveurs particuliers de certains ateliers de province ne se conformèrent pas toujours strictement aux poinçons envoyés de Paris : parfois, dans le détail des types, dans la forme des croix, par exemple, ils introduisirent des modifications assez importantes.

Les marques monétaires restent sous ce règne ce qu'elles étaient sous les Valois, mais, par suite de l'annexion de la Navarre et du Béarn, deux ateliers nouveaux, Pau et Morlaas, viennent s'ajouter à ceux du royaume. Pendant les troubles, Rouen et Riom se trouvant aux mains des Ligueurs, des ateliers provisoires furent ouverts à Dieppe et à Clermont. D'autres ateliers temporaires furent créés dans certaines provinces, par l'autorité des gouverneurs; c'est ainsi qu'en 1 572 une forge monétaire fut établie à Nyons '. A la faveur des guerres de religion, les faux-monnayeurs inondèrent le royaume de pièces grossièremeut imitées. Les maîtres de quelques monnaies n'hésitèrent même pas, sur divers points de la France, à profiter des désordres pour jeter clandestinement dans la circulation des espèces de billon n'ayant ni le titre, ni le poids prévus par les ordonnances. Des faits analogues eurent lieu dans l'atelier de Nyons.

1. Cf. Roger Vallentin, Un atelier monétaire à Nyons (iS92)y dans le BuU. d*archéol. et de statistique de la Drômey 1891.

§ IX. — Louis XIII (1610-1643).

Louis XIII avait neuf ans, lorsque la mort d'Henri IV l'appela au trône de France. Jusqu'à sa majorité, il resta sous la tutelle de sa mère Marie de Médicis.

L'histoire monétaire de son règne se divise en deux périodes. Pendant la première, qui va de son avènement jusqu'à l'année 1640, on continua à fabriquer les monnaies d'après le système en vigueur sous Henri IV. Il y eut des écus d'or, des quarts d*écu d'argent, des demi-francs et leurs subdivisions ; le poids et Taloi des pièces restent les mêmes, et le type ne subit d'autres modifications que celles nécessitées parla modification del'efiigie.

L'histoire numismatique de cette période serait des plus monotones, si l'on n'avait à y donner place aux tentatives faites par Nicolas Briot pour perfectionner la fabrication des espèces. Cet artiste, qui occupa de 1605 à 1625 l'office de tailleur général des monnaies de France, conçut le projet de faire lever l'interdit qui, depuis 1 $85, s'opposait à la fabrication. Dans un intéressant travail, M. Dauban « a retracé les luttes que Briot eut à soutenir contre la Cour des Monnaies, les épreuves solennelles qui eurent lieu dans l'atelier du graveur, rue Quincampoix, en présence des ouvriers de la Monnaie et de MM. de Boissise et de Marillac, commissaires du roi, enfin la ruine de Briot, qui passa en Angleterre pour se soustraire aux poursuites de ses créanciers.

Les machines proposées par Briot semblent avoir présenté certaines défectuosités qui légitimaient jusqu'à un certain point l'insuccès des démarches de leur auteur. Il n'en est pas moins vrai que les essais laissés par fartiste sont fort beaux (fig. 17). On possède des épreuves du quart d'eau, du franc, du teston, du demi-franc de Briot. Quelques-unes de ces pièces sont signées, et sur trois d'entre elles les légendes monétaires habituelles sont remplacées par celle-ci : ESPREVVE FAICTE PAR LEXPRESCOMMANDEMENT DV ROY LOVISXIM. Les piéforts portent généralement sur la tranche: PERENNITATI IVSTISSIMI REGIS.

Pendant la période dont nous nous occupons, deux ateliers nouveaux, Arras et Stenay, viennent s'ajouter à ceux de la couronne. En 1635, Louis XIII avait déclaré la guerre à l'Espagne, et, le 6 août 1640, la capitale de l'Artois avait dû se rendre aux armées françaises. L'atelier monétaire espagnol qui y était établi ne fut pas supprimé et ouvra dorénavant pour Louis XIII. Les monnaies frappées à Arras portent un double

I. Nicolas Briot et la Cour des Monnaies, dans la Rev. numismatique, 1857, p. 14 et soiv.

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différent : le rat, qui était la marque de l'atelier sous la domination espagnole, et les initiales AR liées.

L'atelier de Stenay ' fut ouvert en 1 6 j j pendant l'occupation de quelques parties de la Lorraine à la suite du traité de Liverdun. On y frappa au moulin une monnaie de cuivre, le double lorrain; l'émission ne paratt pas s'être prolongée au delà de 1642.

Le }i mars 1640 marque, dans I'histoiremétalliquedeLouisXllI,le début d'une seconde période. Une déclaration royale fut expédiée pour la fabrication des louis d'or que l'atelier au moulin du château du Louvre avait commencé à émettre dès le 34 février. Le louis d'or de la valeur de 10 livres était à 21 î/4 carats de fin'; on en frappait î6 et quart au marc. Le demi-louis valait en proportion cinq livres et le double louis

FiR. tS Fig. 19

vingt livres. Il y eut aussi des pièces de 4, 6, 8 et lo louis, mais elles n'eurent point cours et ne furent considérées que comme pièces de fantaisie, ou, ainsi qu'on disait alors, comme « pièces de plaisir»'.

Le 2î décembre 1641, Louis XllI ordonna la fabrication d'une nouvelle monnaie d'argent, le louis d'argent ou écu blanc de 60 sols, avec ses fractions de jo, i j et j sols. Toutes ces pièces furent frappées au moulin du Louvre,

Les coins de l'or de 1640 et de l'argent de 1641 furent gravés par le Liégeois Jean Warim, qui depuis 1618 était maître garde et conducteur du balancier. Cet artiste porta l'art monétaire à une perfection à laquelle on n'avait point atteint en France depuis Henri II. Les louis d'or, leurs divisions et leurs multiples portent à l'avers la tète laurée du roi (fig. 1 8); au revers, une crois formée de huit L^t de quatre couronnes, cantonnée de quatre fleurs de Us. L'argent porte le buste royal et au revers les armes

I . Colio, L'atelitr mûnétaire ii Stenay cl Us doubles lorriùns, dans l'Annuaire de la Sae. franf. de numism., t. IX, i88s, p. 62 et suiv.

1. L'ordonnance de Louis XllI donne le nom dédouble louis à la pièce qui, à partir de Louis XIV, fut designée sous le nom de huis. Nous avons fait usage ici de cette appellation universellement admise.

). A. Blanchet, Jean Warin, noies Hogra^iques, dans X'Annuain de la Soc. franf. de numism., t. XII, 1888, p. 84 et suiv.

couronnées de France. Quelques essais de /ouïs d'argent (Bg. 19) de jo, 1 j et7 1/2 sols reproduisent au revers la croix des piècesd'or,et, surun essai de l'écu, nous trouvons au revers la Monnaie assise, tenant ses balances et la corne d'abondance, avec ces légendes : ARTE MEA BIS IVSTVS- MONETA LVDIVST. 1641. Les piéforts de Warin portent sur la tranche + LVDOVlCOXIIIMONETyERESTlTVTOmou + EXEMPLVM PRO- BATI NVMISMATiS. La frappe des monnaies de Warin n'arrêu pas, tant à Paris qu'en province, celle d'un certain nombre de pièces existantes. On continua à les frapper, comme précédemment, au marteau.

En juin 1660, un éditdu roi, daté de Varennes, porta que lesdouzains auraient cours à l'avenir pour 1 denier chacun, les pièces de t ; deniers pour 18, et celles de 2 sols 6 deniers pour trois sols, à charge de les porter dans les deux mois aux hôtels des monnaies pour les faire contremarquer d'une petite fleur de lis.

En 1640, la Catalogne, dont les privilèges venaient d'être supprimés par le roi Philippe IV, se souleva contre l'Espagne et se livra spontanément aux Français pour faire partie intégrante du royaume. Nous parlerons, au chapitre consacré à l'Espagne, des curieuses monnaies qu'émirent au nom et à j l'effigie du roi de France un grand nombre de villes j catalanes, Barcelone. Belpuig, Camprodon, Cerverade Urgel, Girone, Oliana, Puigcerda, Sanahuja, Solsona, Tarreja, Valls. Vich, Vîllafranca del Panades ' ; mais '*' "

nous avons à mentionner ici une série d'essais de Warin, frappés au moulin du Louvre comme projet d'une monnaie royale catalane. II en existe deux variétés ; dans Tune, dont on ne possède que l'écu d'argent et la pièce de cinq sols, les pièces ont à Pavers le buste de Louis XIll, et au revers les armes coupées de France et Navarre et de Catalogne, avec cette légende, CATALONIVE PRINCEPS (fig. 20). Sur l'autre variété, cet écusson est remplacé par l'écu simple de France. On fit aussi un essai du louis d'or, mais il n'est connu que par l'ouvrage de Le Blanc. Tous ces essais portent le millésime iâ42.

Au règne de Louis Xlll se rattachent encore les monnaies obsîdionales frappées pendant la lutte entre la France et l'Espagne à Aire-sur-

1. A. Gilson, Noliasurda monnaits fr. dans la prindpauU deCataU^e, U Roussilhm et la Cerdagiu pendant la rivolulion de 1640 et Txcupalian française jusqu'en iSfy, daas la Rev. numism., 1855, p. 117 et suiv.

la-Lys en 1641, par ordre du gouverneur Aiguebert. Ces pièces, de deux modules différents, sont carrées et unifaces. Elles portent, disposée en sept lignes, la légende : LVD. XIII. — REX PIVS — IVSTVS — IN- VICTVS — ARIA VNO A^— BISOBSES— 1641 (fig. 21). U ville capitula le 24 décembre.

S X. — Louis XIV (1643-1715).

Louis XIV succéda à son père le 14 mai 1643, sous la tutelle de sa mère Anne d'Autriche et la direction politique de Mazarin.

On continua à fabriquer les monnaies au même poids, titre et cours que pendant le règne de Louis XIII, conformément aux édits de 1640 et 1641 '. On trouve donc simultanément, en or, des écus et des demi-écus au soleil frappés au marteau, et des louis, des double louis et des demilouis, frappés au moulin ; des quarts d'écu et des huitièmes d*écu d'argent de l'ancien système, en même temps que des écus blancs de 60 sols et leurs subdivisions.

Le monnayage des pièces de l'ancien système fut supprimé par un édit de 1648, puis repris et continué jusqu'en 1652, époque à laquelle il disparut définitivement.

En 165;, une monnaie nouvelle, le lis, parut à titre d'essai, mais la fabrication n'en commença sérieusement qu'en décembre 1655, et fut arrêtée le 2 février lôjy. Ce monnayage interrompt la fabrication des louis et des écus blancs. Il se compose des pièces suivantes, dont nous fixerons le type pour n'avoir plus à y revenir.

1. Lis d'or. LVDGVIC-XIJII, etc. Croix formée de quatre lis couronnés. «. DOMINE ELEGISTI LILIVM TIBI. Deux anges soutenant l'écu de France. Le lis d'or valait sept livres.

2. Lis d'argent, émis pour 20 sols. Buste juvénile du roi, lauré et cuirassé. iV* Croix de huit L adossés et couronnés, cantonnée de quatre lis.

j. Demi-lis. Même type.

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