‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 115 sur 302 · M\2 LU'OMES · texte numérisé non relu

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fLans le tissu musculaire. M. de Castelnau nous a communiqué une observation dans laquelle on trouva une boule graisseuse de la forme et du volume d'un œuf de pigeon un peu allongé , déposée dans le vaste interne, mais c'est là une production, et nullement une transformation graisseuse; c'est un vrai lipome, comme ceux que je vais décrire.

La transformation graisseuse n'envahit jamais la totalité des éléments d'un organe; il en résulte que les fonctions peuvent en grande partie continuer, malgré son existence, et comme d'une autre part elle ne produit pas des phénomènes qui lui soient propres, son diagnostic est à peu près toujours impossible. D'ailleurs les indications qu'elle présente n'ont rien de spécial, et, en supposant que le diagnostic fût facile, il n'y aurait rien à ajouter ici à ce que j'ai dit dans les généralités. On comprend que la gravité de la transformation graisseuse est très différente, suivant le siège qu'elle occupe. Je me dispenserai donc d'en parler d'une manière générale.

laipomes.

On doit comprendre sous ce nom un développement anormal et circonscrit en forme de tumeur du tissu cellulo-adipeux ; c'est une espèce d'obésité partielle.

iliiatoiuie iiatlioIo$;-i«isie. — L'inspection directe permet de reconnaître facilement dans ces productions deux éléments distincts : 1" l'un celluleux, qui enveloppe la tumeur tout entière, et envoie dans son intérieur une foule de prolongements qui s'entrecroisent en divers sens et forment des cellules, ordinairement assez lâches, incomplètes, plus ou moins grandes, renfermant dans leur intérieur -2" l'autre élément, la graisse. La quantité relative de ces deux éléments fait varier, dans des limites assez restreintes, l'aspect et la consistance du lipome. L'inspection microscopique confirme pleinement le résultat de l'examen à l'œil nu, en montrant, dans le lipome, des cloisons celluleuses renfermant des vésicules adipeuses. Les vaisseaux qui alimentent le lipome y arrivent de deux manières : ou bien ils se réunissent en un faisceau et pénètrent par un seul point là où l'enveloppe fibreuse manque, et forment une espèce de pédicule; ou bien ces vaisseaux, disséminés sur l'enveloppe, la pénètrent ou la parcourent isolément. Dans ce dernier cas, le lipome est complètement isolé, du reste, du système adipeux , tandis que, dans le premier, il conserve des rapports avec les autres graisses, par le point où l'enveloppe libreuse est absente.

La forme du lipome, lorsqu'il peut se développer librement, est hémisphérique ; mais, sous l'uitluence de pressions, de tractions diverses, la

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: tumeur peut prendre des formes qui s'éloignent plus ou moins de celle qui lui est habituelle. Son volume est extrêmement Yarial)le ; le plus habituellement il est limité entre celui d'une noisette et celui d'un œuf de poule, mais on en a vu qui pesaient jusqu'à 22 kilogrammes : et même plus, au dire de Rliodius. Le lipome est ordinairement unique; I ce n'est que dans des circonstances rares qu'on en a observé plusieurs sur le même individu. Pendant que je faisais le service chirurgical de lia Pitié pour Sanson, j'ai observé un vieillard dont le corps était cou- I vert de lipomes de toute grosseur ; ils avaient depuis le volume d'un bouton de variole jusqu'à celui de la tête d'un enfant à terme. Là où les tiunem's étaient petites, il semblait que le tissu graisseux avait fait hernie à travers les vacuoles du derme ; car, par une pression modérée, on pouvait opérer une espèce de réduction de ces tumeurs. Ce vieillard était d'ailleurs très maigre ; chez lui , le tissu adipeux , au lieu d'être également disséminé dans le tissu cellulaire, s'était aggloméré sur une foule de points pour constituer une espèce d'éruption graisseuse ou lipomateuse. La tumeur la plus volumineuse était à la fesse droite. Pour le dire en passant, ce fait, qui n'est certainement pas le seul dans la science , n'est pas favorable à l'opinion cpii veut que même le lipome soit dû à une contusion ou à une pression longtemps continuée. Cette grande quantité de tmiieurs sur le même individu implique l'existence d'une cause générale ou intérieure. Marjolin et Alibert ont signalé de seml)lables exemples.

La densité , ou pesanteur spécifique du lipome, est inférieure à celle de presque toutes les autres tumeurs , ce que l'on explique facilement en songeant à sa composition anatomique.

Toutes les parties , mais très rarement la paume des mains et la plante des pieds, peuvent devenir le siège de lipomes ; les régions qui en fournissent le plus sont celles dans lesquelles prédomine le tissu cellulo-adipeux : telles sont les parties latérales du cou , les parois de l'abdomen, les fesses, et là c'est sous la peau que poussent les tumeurs ; ce sont les lipomes superficiels les plus fréquents. Il en est de profonds; mais ils sont beaucoup plus rares : ainsi on en a observé dans l'épaisseur des muscles, dans le tissu cellulaire qui sépare ou unit ces organes, dans le tissu cellulaire qui double le péritoine, dans les grandes lèvres , dans le scrotum et dans l'épiploon , où ils consti- ; tuent souvent des liernies graisseuses.

Kyiii|>toiiies — Ce n'est que par son volume, par la gêne qu'il cause, que le lipome attire l'attention des persomies qui le portent, c'est-à-dire que c'est une maladie indolente. La sensation qu'il offre au toucher esl tout à fait semblable , dans la plupart des cas , à celle que fait éprouver le sein , et, pour des raisons que l'on comprend facilement, il est souple, sans offrir ni de la résistance ni de l'empâte-

LIPOMES.

ment. Son poids, comparé à son volume, est peu considérable, et pour peu que son volume soit marqué, ce caractère ne manque pas de lixcr l'allention du chirurgien. La peauqulle recouvre n'a pas éprouvé d'altération , et alors môme que le lipome a acquis un grand développement , le tégument ne paraît ni distendu ni altéré dans son épaisseur ou sa structure. Si l'on en croit la presque totalité des auteurs , parmi lesquels se trouve Boyer, le lipome, en se développant,* pourrait changer de structure pour revêtir celle que l'on a attribuée au stéatome; les travaux modernes ont fait rejeter presque complètement celte opinion. L'accroissement du lipome se fait le plus souvent d'une manière lente et graduelle ; cependant on l'a vu dans quelques circonstances suspendre presque complètement sa marche, puis la reprendre tout k coup avec activité. Assez fréquemment encore il parvient, dans quelques mois ou dans quelques années, à un volume médiocre, et devient ensuite stationnaire pendant le reste de la vie.

Le lipome peut-il dégénérer en cancer? Question dont la solution affirmative paraît probable, mais qu'aucun fait bien observé ne peut résoudre d'une manière positive , et qui intéresse beaucoup moins qu'on ne le croit généralement la pratique chirurgicale. Si l'on prenait pour une dégénérescence l'ulcération et autres phénomènes plus ou moins en rapport avec l'inflammation , certainement on pourrait admettre que le lipome dégénère , c'est-à-dire devient une tumeur de mauvaise nature. Mais ce n'est pas là une vraie dégénérescence. Les lipomes qui, selon quelques chirurgiens, auraient dégénéré en cancer, sont tout simplement des tumeurs encéphaloïdes qu'on avait prises d'abord pour des tumeurs graisseuses. La confusion vient donc d'une erreur de diagnostic.

Clauses. — Le lipome appartient presque exclusivement à l'càge adulte et à la vieillesse; à part cette condition étiologique, toutes les autres sont entourées de la plus grande ohscurité , et celles qu'on a invoquées ne méritent pas même qu'on les mentionne.

Pronostic. — 11 est peu grave , et, à un certain degré de développement , on peut môme dire que le lipome constitue plutôt une légère incommodité qu'une véritable maladie. Lorsqu'il prend un grand accroissement, il devient non seulement incommode par son poids, mais il peut tirailler douloureusement les parties auxquelles il s'attache, et déterminer à son point de jonction avec la peau naturelle une irritation qui peut être suivie d'une ulcération rebelle.

'ri-altcnieiit. — Le lipome n'est pas susceptible de résolution ; il ne faut donc pas s'évertuer à atteindre ce but par l'emploi dos topiques variés ou de médicaments internes. Faut-il l'extirper? Voici ma réponse à cette question. Lorsque la tumeur sera petite, du volume (l'une noix ou d'un œuf de noulc au plus , et nue sa marche paraîtra

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