POLYPES
Forme. — Primitivement, les polypes sont toujours piriformes ou s'en rapprochent beaucoup; mais, dans leur développement consécutif, cette forme éprouve de nombreuses modifications , résultant de la pression que les parois des diverses cavités muqueuses exercent sur le corps des polypes; c'est alors qu'ils peuvent prendre une forme allongée, comprimée , irrégulière, ramiforme, comme on l'a vu dans certains polypes du sinus maxillaire qui se prolongeaient dans la fosse ptéry go-maxillaire, de là dans l'orbite par la fente sphéno-maxillaire, et enfin de ce dernier point dans le crâne par la fente orbitaire supérieure. Cependant, malgré ces modifications, il y a un caractère que les polypes conservent presque toujours , c'est le pédicule ; celui qui sert de point d'insertion est toujours unique, dans l'origine au moins; plus tard le polype peut contracter des adhérences, soit avec les parois de la cavité qui le renferme, soit avec des polypes voisins, et dans ce cas on peut rencontrer deux pédicules ou même davantage.
La surface des polypes est ordinairement lisse et polie; plus rarement elle est rugueuse, lobulée, mamelonnée, fongueuse, déchiquetée, divisée par des fissures profondes.
Volume. — Le volume des polypes est très variable : on en trouve qui ne dépassent pas le volume d'mi grain de mil, tandis que l'utérus en présente quelquefois qui dépassent le volume d'une tête de fœtus à terme. Le volume est ordinairement limité par les parois de l'organe contenant. Lorsque ces parois sont inextensibles, les polypes restent à un état de développement peu considérable ; dans le cas contraire, le volume s'accroît d'une manière presque illimitée.
]VoiHbre. — Il est en général peu considérable, et le plus souvent il ne s'en développe qu'un seul à la fois chez la même personne ; quand il en existe simultanément plusieurs , c'est le plus souvent dans la même cavité, et beaucoup plus rarement dans des cavités différentes. Celles dans lesquelles on les trouve le plus souvent multiples sont les fosses nasales, l'oreille et l'utérus.
Striieture. — C'est sur la structure qu'est fondée la division la plus importante des polypes. Celle de M. Gerdy me paraît, dans l'état actuel de la science, satisfaire à toutes les exigences. M. Gerdy les divise : 1° en polypes mous, muqueux, cellulo-membraneux, ou lardacés, ou fongueux, ou granuleux ; 2° en polypes durs, ou charnus, ou fibreux ; 3" en polypes cartilagineux, osseux, pierreux ; W en polypes composés. Comme la structure imprime à chacune de ces espèces une marche particulière, il est nécessaire d'en faire successivement une description spéciale. Je vais en faire sept groupes.
1° Polypes mous, muqueux ou vésiculaires. — Ils ont pour caractères essentiels d'être grisâtres ou jaunâtres, demi-transparents, ({uelquefois gélaliniformeset extrêmement friables. Ils sont composés d'une
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membrane exU'irioiirc (l'iiiu; niiiiniui- variable, suivant les différenls polypes (il suivant les points d'un même polype ; celle membrane est diflicile à détacher de la substance (jui l'orme la masse de l'excroissance; celle-ci est formée par des aréoles assez analogues à celles du tissu cellulaire, mais dont les lames sont plus larges, plus iine§ et plus friables; ces aréoles sont remplies par un liquide albuminiforme, quelquefois par une matière molle, caséiforme ; on y distingue parfois des vésicules très distinctes , remplies d'un liquide transparent, ou plus rarement d'une humeur lactescente. Des fdaments vasculaires très ténus traversent quelquefois ces divers éléments.
2' Lardacés. — Ils ne paraissent être le plus souvent qu'une dégénérescence des précédents, desquels ils se distinguent par une consistance plus grande, par leur opacité, due à une matière épaisse, blanchâtre ou grisâtre, qu'on dirait être de l'albumine coagulée. Nous ferons remarquer que la comparaison entre ces polypes et le lardn'est nullement juste; car, sous le rapport de la consistance, le lard est bien supérieur à ces polypes, et nous ne pensons pas qu'on ait jamais rencontré un vrai polype pédicnié ayant l'aspect franchement lardacé.
3» Fongueux. — Ils sont les mêmes que ceux qui précèdent , avec cette différence qu'ils offrent une vascularisation beaucoup plus prononcée qui explique la facilité avec laquelle ils saignent sous l'influence des moindres frottements. Les polypes granuleux se distinguent des précédents, surtout par leur surface, qui offre des granulations, des mamelons analogues à ceux des végétations syphilitiques auxquelles on les a comparés, et avec lesquelles aussi on les a quelquefois confondus.
li" Polijpes durs fibreux. — Dans les polypes muqueux , le pédicule semble faire exclusivement suite à la membrane muqueuse ; dans ceux-ci, il sen)ble se continuer avec la fibreuse sous-jacente. Les polypes fibreux sont durs, pesants, opaques ; leur surface est souvent lisse, quelquefois mamelonnée ou tomenteuse ; la membrane qui les revêt est plus épaisse que celle qui revêt les précédents, mais ««.pendant d'une épaisseur peu considérable, et souvent très mince en certains points. Leur coloration [est ordinairement rougCcàtre à l'extérieur, grisâtre ou jaunâtre à l'intérieur où l'élément vasculaire est moins abondant ; ce qui domine dans leur structure, c'est l'élément (ibrcux, qui afi^ecte différentes dispositions sur lesquelles d serait mutile d'insister, vu qu'elles peuvent offrir toutes les variétés miagnia-
bles. , ,
5" Sarcomateux. — Lorsqu'on ne confond pas sous le nom de polypes des produits qui leur sont étrangers, les sarcomateux ne dili.> renl des précédents que par une coloration rouge qui a remplace la colonition grisâtre ; celle coloration est due, soit à une vascularisa-
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lion plus grande de la masse polypeuse, soit à quelque épanchement sanguin qui s'est opéré dans son épaisseur.
6" Cartilagineux , osseux et pierreux. — Ces polypes, dont la dénomination indique suffisamment la structure, ne sont que le résultat des transformations successives subies par les polypes des espèces précédentes; certains auteurs , et M. Cerdy lui-même, semblent cependant admettre qu'ils peuvent se développer primitivement avec leurs caractères propres ; mais il faudrait des faits bien précis pour faire admettre un mode de développement aussi contraire au développement organique général, et ces faits ont manqué jusqu'à ce jour à la science.
7° Polypes mixtes ou composés. — On a donné ce nom à des polypes qui renfermaient dans leur intérieur des matières étrangères à la composition ordinaire de ces productions : c'est ainsi qu'on a signalé dans les polypes un liquide laiteux (Spordeler),un liquide sanguin (Saviard), une matière gélatineuse.
Symptômes, marclie. — Bien que les différentes espèces de polypes n'aient pas toutes la même gravité, qu'ils ne produisent pas tous exactement les mêmes phénomènes, il est néanmoins utile d'embrasser sous un point de vue général leurs diverses phases pathologiques, sauf à faire quelques remarques sur ce qui sera spécial à cliacune de ces espèces.
Les polypes sont souvent insensibles par eux-mêmes : ceux des deux premières catégories sont les seuls qui accusent quelquefois un peu de sensibilité quand on les presse ou qu'on les pique. C'est surtout, par leur action sur les parties voisines, qu'ils deviennent difficiles à supporter : à mesure qu'ils se développent, ils distendent les cavités dans lesquelles ils sont renfermés, provoquent des hémorrhagies, des douleurs plus on moins vives , quelquefois intolérables , des inflammations qui se terminent souvent par suppuration, par ulcération, et quelquefois par gangrène, soit du polype, ce qui est le cas le plus heureux, soit d'une portion de la cavité contenante, soit de l'un et de l'autre à la fois. Ces accidents s'observent, même dans les cavités osseuses, où ils sont souvent suivis des résultats les plus graves, tels que le ramollissement des os, la disjonction des 'sutures qui les unissent, etc. Outre ces accidents, qu'on pourrait appeler en quelque sorte directs, d'autres accidents indirects sont produits par les polypes; ils sont constitués par la suspension des fonctions de l'organe affecté • l'olfaction est émoussée ou abolie dans les polypes du iiez, la voix altérée dans ceux du larynx, la fécondation et la gestation sont en général troublées, dans ceux de l'utérus, etc.
Lorsque les accidents locaux dont il vient d'être question sont portés à un certain degn-, ils peuvent retentir sur tout l'organisme et
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produire les accidents les plus violents : cependant c'est d'ordinaire par un épuisement successif que les polypes ruinent la constitution et la conduisent à un terme fatal.
Dans une première phase de leur existence, la marche des polypes est fort difficile à apprécier , car ils ne se révèlent alors par aucun symptôme bien évident. Tous les jours, en pratiquant des autopsies, on renconti-e des polypes qui, pendant la vie des malades, étaient passés complètement inaperçus : c'est cette période que M. Gerdy a appelée période d'innocence , dénomination à laquelle on pourrait substituer celle de période d'innocuité. La seconde phase, ou celle dans laquelle les polypes produisent des accidents plus ou moins graves, phase qui a reçu de M. Gerdy le nom de période de méchanceté., et qu'il serait peut-être plus convenable de nommer période de nocuité; la seconde phase a une marche extrêmement différente, suivant les cas, quoique cette marche soit toujours chronique.
19iagiio«tic. — Le diagnostic des polypes cxtéro-intérieurs est ordinairement des plus faciles, puisque dans ce cas on peut presque toujours ou voir ou toucher la maladie. Lorsque les polypes sont tout à fait intérieurs, il est beaucoup plus difficile et fondé sur des caractères très différents, suivant les organes affectés. Il en sera question dans les volumes suivants.
Teriitinaison et pronostic. — La terminaison des polypes est souvent fatale, soit qu'ils épuisent peu à peu la constitution par des hémorrhagies, par la suppuration, par une fièvre hectique, ou qu'ils l'ébranlent fortement par des accidents aigus ; la mort est souvent le résultat final de ces troubles divers ; dans quelques cas cependant, le polype, comprimé par les parois qui le renferment, se détruit par suppuration ou se gangrène, et alors tout peut rentrer dans l'ordre. Le pronostic ressort presque en totalité de ces faits. Pour en compléter les éléments, j'ajouterai que dans les cas où le polype a été expulsé spontanément, ou qu'il a été enlevé par une opération, la partie a de la tendance à en être affectée de nouveau.
Causes. — Les polypes se développent-ils sous l'influence d'une cause locale ou d'une diathèse analogue à celle qui produit les tubercules, le cancer, etc. ? On trouve des faits assez nombreux qui prouvent qu'un polype s'est manifesté à la suite d'inflammations, de violences extérieures ; mais comment décider s'il y avait là rapport de causalité ou simple coïncidence ? Si l'on considère que toutes les productions morbides qui ont une tendance à récidiver ou qui se montrent dans plusieurs points à la fois, comme le cancer, le tubercule, les diverses productions sypliililiqm^s, se développent sous l'influence d'une altération généraUî, on sera l)ien disposé à admettre ((u'il en doit être de même pour les polypes ; il faut reconnaître toutefois (lue ce n'est là qu'une