‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 200 sur 302 · EXTIRPATION · texte numérisé non relu

EXTIRPATION

La très grande majorité des engorgements ganglionnaires n'étant que réduits par les topiques , et beaucoup revenant avec promptitude à leur état primitif, on a dû songer à les extirper. C'est surtout pour ceux du cou qu'on a pratiqué ces opérations. Au moment où ceci est écrit (1839), M. Velpeau en est à son vingtième succès; j'en ai déjà obtenu six ; M. Sédillot en compte aussi un bon nombre, et cela sans qu'il soit survenu le moindre accident. Presque toutes les extirpations ont été pratiquées pour des cas d'affections tuberculeuses des ganglions du cou. Les succès durables et bien constatés qu'on a obtenus semblent contraires à la loi pathologique récemment découverte, laquelle établit que toutes les fois que des tubercules existent dans un tissu de l'économie, il doit y en avoir dans les poumons. Alors est-il rationnel de pratiquer une opération de cette nature quand existent des tubercules dans des parenchymes aussi importants? D'abord il est possible que la loi posée permette quelques exceptions. Ensuite il n'est pas dit qu'on doive nécessairement priver un individu d'une opération nécessaire, parce qu'on soupçonne des tubercules pulmonaires. Déplus remarquez que les tubercules affectent très diversement les poumons- Ils peuvent être en plus ou moins grand nombre, agglomérés ou dissemmes, et a divers états de maturité : dans tous les cas, il n'y a pas phlhisie dans la vraie acception du mot, il n'y a pas contre-indication pour 1 extirpation ; car on peut vivre très longtemps avec des tubercules dans les poumons. D'ailleurs, en général, cette opération ne devra être pratiquée qu'après une exploration attentive de la poitrine et quand arrive l'âge où il s'est opéré une réaction qui a rendu l'affection ganglionnaire tout à fait locale.

Les dangers des opérations pratiquées sur le cou doivent nous rendre prudents. Cependant si l'on considère que tous ces ganglions sont enveloppes par un kyste, et par conséquent séparés des organes importants qui composent le cou , on aura plus de hardiesse

ina,n.el o,.é,-a.«i,.e. - Une seule incision à la peau sera pral.quee quand les ganglions seront très rapprochés, autrement il vaut mieux pratiquer des incisions multiples. On entame le kyste sur le point le plus voisin de la peau ; on abandonne le bistouri et l'on procède P^vemcleat ion :um érigne accroche le ganglion, un aide opère sur Hle des tractions, et l'opérateur, avec deux pinces cà disséquer dé- ' '"r<- kyste , dés/mhille le ganglion. De cette manière , rien d'impor- ' m n est lèse; car la face postérieure du kyste reste intacte, et c'est

^1' m cèrt-^n'' 'n '''T"' P'-'^^iP'-^»^- Qu^'q^^s artères

de vhTII ' ' donnent quelquefois; on devra les lier : ce sont ^ aisseaux qu, so sont hypertrophies pour fournir à la nutrition des

aO-. MALADIES DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES. -

ganglions qui ont subi un grand développement. Après l'extirpation , reste une plaie à fond inégal , et contenant les débris des kystes , ce qui empêche le praticien de réunir immédiatement ; car ces débris devant s'exfolier, et la plaie étant anfractueuse , la réunion serait impossible , ou bien elle ne procéderait pas du fond vers la peau , ce qui exposerait à des clapiers de pus. Il vaut donc mieux remplir la plaie avec des boulettes de charpie fine, panser à plat et mollement. La guérison est retardée par ce mode de pansement , mais moins qu'on ne pense; car, dans les cas les plus ordinaires, elle est complète du quinzième au vingtième jour.

J'approuve la plupart de ces opérations , car il est des cas où l'extirpation seule peut débarrasser un malade de ces tumeurs. Mais il faudra cependant ne pas oublier qu'il s'agit ici d'une lésion qui , dans le plus grand nombre des cas, ne compromet pas la vie, et qui peut, après un long temps, rarement à la vérité, disparaître d'elle-même. Faut-il, pour une pareille maladie, pratiquer des opérations qui vous obligent à découvrir les vaisseaux carotidiens, à mettre à nu le nerf hypoglosse et la veine jugulaire? Faut-il aller chercher de petites tumeurs tuberculeuses dans la glande parotide? Si l'on considère tous les dangers , tous les écueils des opérations pratiquées au cou et à ces profondeurs, on hésitera, même en possédant les connaissances les plus exactes de ces régions et la plus grande habileté manuelle. Cependant il est des cas où ces opérations sont surtout exigées : c'est quand une ou plusieurs de ces tumeurs compriment le larynx au pomt d'empêcher son développement et la libre circulation de l'air. Alors deux organes importants sont compromis, celui de la voix et celui de la respiration : une extirpation faite pour obvier à de pareils inconvénients rentre dans la classe des opérations nécessaires et généralement approuvées. Ainsi, après avoir employé tous les moyens secondaires, j'ai extirpé un de ces ganglions, gros comme un:œuf de pigeon , qui pressait sur le larynx d'un sujet de quinze ans, au point d'empêcher le développement de cet organe et de gêner la respiration. On sait combien il est facile aux poumons de s'altérer, pour peu que l'air soit gêné dans le principal conduit qui doit le leur transmettre. Cette operation a eu un entier succès ; l'enfanta été guéri en deux semaines , et sa voix s'est parfaitement développée aujourd'hui (mai 1845) : c'est maintenant un homme des mieux constitués que je connaisse.

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