RÉUNION
La réunion s'opère i)ar (juatre moyens principaux , (pii sont : la position, le bandage, les agglutinatil's , la suture, et les serres-iines.
(I) L'Union médicale, septembre i8^\).
OPÉRATIONS ÉLlîMENTAlUliS.
Position.
Dans tous les cas , on cherche à placer les parties à l'état de i-elàchement, à l'état de repos. Il est ainsi plus facile d'agir sur les lèvres de la solution de continuité. Tout le monde est d'accord sur ce pohit, quand il s'agit d'une plaie transversale d'un muscle et de la peau ; mais si la plaie est longitudinale , on veut tendre les tissus par une position qui agirait sur les angles de la plaie , comme on agit sur les extrémités d'une boutonnière, quand on veut la fermer, Boyer renchérit sur ce principe , et veut , dans les cas de plaie oblique d'un muscle , qu'on place la partie dans une position intermédiaire entre la flexion et l'extension. Si cette position est la plus favorable au repos de la partie , il faut toujours la préférer, môme à la flexion complète , qui tend toujours quelques muscles et fatigue davantage ; mais ce n'est pas pour la raison donnée par Boyer , laquelle d'ailleurs est difficile à comprendre , surtout quand on songe que dans des blessures qui divisent des muscles il y a d'autres divisions , même des divisions de muscles qui ont des directions différentes , ce qui fait que la position qui convient à un de ces muscles pourra être défavorable à un autre. Quand on ne se propose pas d'obtenir une réunion prompte «t tout à fait immédiate , la position à elle seule peut suffire. Au cou , à l'abdomen , la position seule peut rapprocher Ijes lèvres de la plaie, surtout quand elle est transversale; elle peut être très utile, après les ruptures du périnée.
Bandage unissant.
Pour faire comprendre ce bandage , on suppose une plaie sur la face antérieure de la cuisse; elle est longitudinale et a quatre travers de doigt d'étendue. On donne la même largeur h une bande qui est fendue à une des extrémités en quatre lanières ; on la laisse intacte dans l'étendue nécessaire pour embrasser les trois quarts de la cuisse ; là , on pratique quatre boutonnières. Des compresses graduées sont déjà placées sur les bords de la plaie et maintenues par un aide; vous appliquez sur la face postérieure de la cuisse la partie de la bande qui est entre les lanières et les boutonnières; les unes et les autres sont ramenées en avant. Les boutonnières reçoivent les quatre divisions de la bande, on tire sur celles-ci, tandis qu'on tend en sens opposé le globe (le la bande, que l'on épuise en doloircs entourant tout le membre.
S'il .s'agit d'une plaie en travers, ayant aussi quatre travers de
doigt, au ]ieu d'une bande, il faut deux compresses larges de quatre travers de doigt et de la longueur de la cuisse. Une d'elles est fendue en quatre lanières; sur l'autre, on pratique autant de boutonnières de plusieurs pouces de longueur; cette dernière compresse est couchée dans le sens de la longueur du membre et fixée au-dessous de la plaie par une bande roulée qui est appliquée d'abord sur le milieu de la compresse dont l'extrémité qui correspond au genou est renversée en haut. D'autres tours de bande maintiennent ce reph, qui peut être répété en sens opposé , s'il reste encore assez de longueur à l'extrémité inférieure de la compresse; le globe de cette première bande n'étant pas épuisé, il est confié à un aide. Le chirurgien saisit une autre bande pour fixer la compresse supérieure, c'est-à-dire celle qui porte les lanières; il le fait comme pour l'infériem'e; les compresses graduées étant appliquées, le globe de la seconde bande est remis à l'aide. Le chirurgien , passant alors les lanières dans les boutonnières , tire les deux compresses en sens opposé (la figure 76 représente ce "moment de l'opération) ; et quand il juge que la plaie est exactement réunie, il fixe les extrémités des compresses avec les bandes que l'aide lui présente; il épuise ces bandes en doloires régulièrement appliquées, et qui comprimeront convenablement toute la cuisse.
Fig. 76.
Le bandage unissant est inutile si la peau et le tissu cellulaire sousr jacent sont seuls divisés. Si au contraire les muscles le sont, il est insuffisant; car, quelque soin qu'on mette à le construire et h appliquer les compresses graduées, quel le qUo soit l'habileté du chirurgien, celles-ci ne pourront jamais agir suffisamment sur les muscles pour
(1) IVichcrand ,' Nosofirapliie chirurgicale , l. I, p. 272.
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les empêcher de se rétracter. D'ailleurs cette action ne serait que momentanée, car le bandage se relâchera nécessairement. Si, pour éviter ivl inconvénient, on le serre trop, la circulation est entravée et des accidents peuvent en être la suite : aussi, comme je l'ai dit, ce bandage n'est-il plus usité. Cependant il est bon que l'élève le connaisse, l)arce que d'autres bandages plus importants sont construits sur le [)rincipe de celui-ci.
Agglutinatifs .
§ 1. — Bandelettes agglutinatives.
Elles sont beaucoup plus usitées que les bandages. Leur largeur et leur nombre seront relatifs à l'étendue de la plaie ; il faut leur donner beaucoup de longueur, parce que leur force est en raison directe de l'étendue de la peau sur laquelle elles adhèrent. Quand on veut opérer Luie réunion immédiate, elles devront s'imbriquer. On doit non seulement savoir les appliquer, mais encore les enlever avec méthode. Application : le chirurgien colle une bandelette dans une moitié de sa longueur sur un des côtés de la plaie; l'aide rapproche les lèvres de I elles-ci ; l'autre moitié de la bandelette est appliquée sur le côté opposé de la division. On commence toujours par appliquer la première bandelette sur le centre de la plaie, sur le point le plus difficile à l'approcher; les autres sont successivement placées d'après les mêmes principes. Pour les enlever, on procède de la manière suivante : on décolle une extrémité jusqu'au voisinage de la plaie; on en fait de même pour l'autre extrémité ; reste le plein de la bandelette, qui est e ncore adhérent : on le détache dans le sens de la longueur de la plaie. Si, au lieu de procéder ainsi , on tirait l'emplâtre d'un bout à l'autre suivant la même direction , on pourrait déchirer la cicatrice. Les bandelettes n'agissent que superficiellement et ne peuvent réellement l éunir que les plaies cutanées, et comme elles portent sur une grande •Uendue elles ne sauraient concentrer leur action sur les lèvres de la létale pour les affronter exactement. De plus l'emplâtre dont les bandelettes sont composées peut irriter les peaux délicates , donner lieu a des érysipèles : ajoutez qu'elles se décollent souvent en totalité ou sur un point, et, si c'est au voisinage de la plaie on peut obtenir par les bandelettes un résultat contraire à celui qu'on attendait.
5? 2. — CoUodion.
L'n agglutinatif par excellence, c'est le collodion. On l'obtient par line solution dans l'éther du coton poudre pré])arc avec 600 granunes • l'acide sulfuriciuc et /lOO granunes de potasse pour 20 granunes de ':ot()n. il y a possibilité d'en dissoudre jusciu'a 8 grammes dans
15() ■ raOLÉUOMÈNES.
125 grammes dotlier suU'urique rectifié. On doit ojouter 8 grammes ij d'alcool, et on agitera pendant quelques minutes. La propriété i|j adliésive du collodion est on ne peut plus prononcée; il est sec en ; quelques secondes par l'évaporation de l'éther. 11 pourrait être employé seul sur de petites solutions de continuité en tenant les lèvres ii rapprochées jusqu'à ce que la couche de collodion soit desséchée, ou .. bien on tremperait dans le liquide une ou plusieurs bandelettes de d linge qu'on appliquerait sur les téguments comme des bandelettes de diachylon : mais il faudrait se hâter, car la dessiccation pourrait s'opérer avant l'application, ce qui est un inconvénient qui nuira beaucoup au collodion. M. ftjalgaigne s'en est servi pour confectionner des appareils propres à fixer les doigts , la main , le pied , dans une position stable. Il suffit de coller des bandelettes unbibées de collodion, soutenues au besoin d'une pièce de carton , sur une des laces du membre, en laissant l'autre face entièrement à nu. Ces appareils peuvent résister ainsi de quinze à vingt jours et plus; ils sont imperméables au pus et à tous les liquides hors l'éther; et conséquemment on peut appliquer des cataplasmes, et môme donner des bains au malade sans ramollir et décoller les pièces.
Sutures en général.
Elles étaient employées par les anciens dans une infinité de cas, et on peut dire qu'ils en abusaient. L'Académie de chirurgie, voulant réprimer cet abus , a fait comme on fait trop souvent, elle est tombée \ dans un abus contraire. Aujourd'hui on en appelle du jugement trop | sévère de Pibrac et de Louis ; il est même des praticiens qui tendraient » à donner tout à fait raison aux anciens (1). Mais la majorité considère ce moyen comme excellent , 1° quand il faut de toute nécessité aflron- : ter les lèvres de la plaie de manière à obtenir le plus tôt possible une réunion immédiate ; presque tous les procédés d'autoplastie l'exigent ; 2 " quand il est indiqué de réunir une plaie d'une cavité qui contient des liquides et dans les divisions de certains conduits; 3" la suture est surtout nécessaire quand on veut alfronter les lèvres d'une plaie qui sont minces et obtenir un allronteraent très exact, sans diirornhté ou : avec le moins de dillbrmité possible: ainsi, (juand le voile du palais est divisé, quand une paupière est blessée ou qu'on veut la refaire, rien ne remplace la suture. Pour la 1 eau té des résultats il faut que • les points soient petits et nombreux. Dans le Mémoire de Pibrac (2) ' est un exemple, rapporté par Louis, d'une suture des parois ab- ;
(1) Con.suUcz le livre de M. Serres : Traité de la réunion immédialc. Paris, 1830, iii 8. j (•2) Mém. de l'Àcad. de chirurfi., I. HL i). M.
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lominales pouv une plaie de l'abdomen faite par la corne d'un tau- .\'du qui avait ouvert presque tout le ventre transversalement. Dixst^pt points de suture furent pratiqués avec succès. C'était réellement un cas où la suture était nécessaire. Pibrac, qui a écrit ce Mémoire l'our perdre la suture, se contente de dire qu'on aurait pu se dispenser d'en multiplier les points! D'ailleurs la lecture du Mémoire de Pibrac m'a prouvé qu'il avait une grande prévention contre la suture : voilà tout. Certainement beaucoup de plaies réunies par la suture auraient guéri sans ce moyen ; mais il faut considérer la cicatrice : or, olle peut être plus ou moins large, plus ou moins difforme. Par '^xeraple, après les plaies de l'abdomen, si l'on ne pratique pas la suture, la cicatrice se laisse distendre par les viscères qui font hernie; donc plus la cicatrice sera étendue, plus tôt la hernie aura lieu : or, la suture, en affrontant parfaitement les lèvres d'une plaie, peut <1onner une réunion complètement immédiate; on peut dire alors qu'il n'y a pas de cicatrice, ou bien elle est si étroite qu'elle ne se laisse pas distendre.