‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 91 sur 302 · II. — Inoculation des venins · texte numérisé non relu

II. — Inoculation des venins

Je traiterai seulement du venin de l'abeille, de la vipère et du crotale.

A. Abeilles. — Ces insectes traversent la peau avec leur dard, qu'ils laissent dans la plaie si on les chasse brusquement. La piqûre est caractérisée par une douleur vive et brûlante, une tumeur, ou pour mieux dire une élevure de la peau qui est ronde, dure et circonscrite, une auréole érysipélateuse ou une rougeur difl'use. La piqûre du frelon présente ces caractères au plus haut degré. Cependant ces symptômes disparaissent bientôt, et reste seulement l'élevure, qui pâlit et disparaît plus tard. Aucun mouvement fébrile n'accompagne ces petites plaies, quand elles sont uniques et qu'elles n'atteignent pas des tissus très sensibles. Mais si des essaims de ces insectes fondent sur un enfant et attaquent les yeux, la bouche, il peut être exposé à de graves dangers. Un jardinier de Nancy porta à la bouche une pomme dans laquelle une guêpe s'était cachée; elle piqua le palais; de là gonflement considérable, interruption de la respiration, mort dans l'espace de quelques heures. C'est probablement dans un de ses trop rares moments de gaieté que Dupuytren a laissé répéter, dans un livre sur les plaies par armes de guerre, la mésaventure des Croisés qui assiégeaient Massa. Les assiégés auraient fait assaillir les assiégeants par des bataillons d'abeilles; ils précipitèrent du haut des brèches des ruches qui en temps de paix faisaient leur richesse. Les soldats, dit Dupuytren, furent gravement incommodés par ce nouveau genre d'ennemis !

Presque toujours les lotions froides, les embrocations huileuses guérisisent ces piqûres. Si elles ont été très nombreuses sur un jtîune sujet, on peut faire une petite saignée et administrer à l'intérieur

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quelques gouttes d'ammoniaque étendues dans une infusion diapliorétique.

B. Serpents venimeux. Les serpents venimeux ont une glande particulière sur chaque côté de la tête, qui verse au dehors le venin par un conduit aboutissant à l'une des dents maxillaires de la mâchoire supérieure, dont la conformation est particulière. La glande est placée sous chaque crotaphite, de manière à être comprimée parla contraction musculaire. Les deux dents qui doivent porter le venin et l'inoculer sont plus grandes que les autres (voyez la (ig. 105); tantôt elles sont percées d'un caual,et tantôt seulement creusées d'un sillon; mais, dans l'un et dans l'autre cas, le conduit qu'elles pi'ésentent est en communication avec le canal excréteur de la glande venimeuse. Le venin est un poison plus ou moins violent, selon l'espèce de serpent. Il n'est ni acre ni brûlant, ne produit sur la langue qu'une sensation analogue à celle d'une matière grasse ; il peut être avalé impunément : mais, introduit en quantité dans une plaie, il donne lieu à des effets que je vais indiquer. Les serpents venimeux ont ces dents ou crochets immobiles ou mobiles. Ceux qui ont les crochets mobiles sont les plus redoutables ; je vais donc esquisser l'histoire des espèces qu'il importe le plus de connaître.

C. Serpents a crochets venimeux mobiles. — Ces crochets, situés sur le devant de la bouche, sont isolés, très aigus et percés d un petit canal qui aboutit près de leur extrémité (Dans la figure de la téte du serpent à sonnettes (fig. 105), on verra un de ces crochets). Ils sont fixés sur des os maxillaires très petits, et ces os, portés sur un long pédicule, sont très mobiles; de sorte que, lorsque l'animal ne veut pas se servir de ses crochets, il les reploie en arrière pour les cacher dans un repli de sa gencive. Quand il veut mordre, il les redresse. Il y a une de ces longues dents de chaque côté, et derrière chacune d'elles sont déposés plusieurs germes en disponibilité ; ils doivent remplacer la dent qui se cassera dans une lutte. Les maxillaires ne portent pas d'autres dents, et par conséquent on ne voit dans le haut de la bouche que les deux rangées de dents palatines, au lieu de quatre

rangées comme dans les couleuvres.

Tous ceux dont on coimaît bien la reproduction sont ovo -vivipares , c'est-à-dire font dos petits vivants^ parce que leurs œufs éclosent avant d'avoir été pondus. De là le nom de vipères , contraction de vivipares doinié à la plupart d'entre eux.

■Te place ici le profil de la tète d'un serpent à sonnettes comme lypo de l'espèce à crochets mobiles (fig. 105). La lettre a indique la glande

AVbt. 1WUL,UL,A11UK . 295

qui sécrète le venin; dent à crochet cannelé dans lequel est versé le venin ; e, élévateur de la mâchoire; d cl, glandes salivaires qui bordent les mâchoires.

Vipères. — Les vipères diffèrent des autres serpents venimeux par l'absence de fossettes derrière les narines. La plupart ont été souvent confondues avec les couleuvres, à cause de leurs plaques subcaudales doubles, et quelques unes ont la tête garnie de grandes plaques comme ces dernières; mais chez presque toutes les vipères, la tête est recouverte d'écaillés imbriquées ou granulées.

La vipère commune est celle que je dois faire connaître ici. On la trouve dans toutes les parties chaudes et tempérées de l'Europe. Elle présente le dernier caractère que je viens d!indiquer ; sa taille dépasse rarement deux pieds, et elle est en général brune, avec une double rangée de taches transversales noires sur le dos et une rangée sur chaque flanc. Mais souvent ces taches s'unissent pour former des bandes ployées en zigzag, et l'on retrouve des individus presque entièrement noirs : c'est une de ces vipères que l'on nomme quelquefois dans nos environs l'aspic; mais il ne faut pas la confondre avec le véritable aspic des anciens , qui n'est autre que le crotale naja. La vipère commune habite les cantons boisés , montueux et pierreux. On la retrouve principalement sur la lisière des taillis secs, et elle était devenue très commune dans la forêt de Fontainebleau. La vipère fait des plaies moins graves qu'on ne l'a cru dans un temps; Foritana l'a prouvé par ses expériences. 11 a vu d'ailleurs douze de ces blessures; puis on lui a parlé de plus de cinquante cas, et deux seulement se sont termine' s par la mort. Cette circonstance a été très favorable aux succès obtenus par la foule innombrable des moyens préconisés comme spécifiques. Ce n'est pas seulement ici que la nature fait tous les frais des guérisons dont les thérapeutistes s'attribuent l'honneur. Cependant il est prouvé que dans quelques cas rares cette morsure peut avoir une issue promptement funeste si l'on n'administre aucun remède: ainsi on lit dans les Annales du cercle médical qu'une femme mordue à la cuisse par une vipère resta une heure sans secours, et expira au bout de trente-six heures, malgré les médications les plus convenables.il faut donc traiter ces plaies dans la crainte de les voir devenir funestes, ou bien pour abréger les souffrances du malade, dans les cas où l'on ne suppose pas la plaie mortelle. Pour cela , il faut connaître les phénomènes auxquels elles donnent lieu.

^i>iii|»tùiues. — C'est d'abord une douleur vive, avec engourdissement, (jui se propage au loin avec une grande promptitude; l)uis apparaît une auréole mflammatoire autour de la piqûre; quel- ([uefois ce sont de petites phlyctènes; un gonllement consid(irablo se manifestesur la partie ; il s'emparede tout un membre el même de tout

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le corps. Plus tard l'aspect change; les douleurs se calment, le gonflement aigu se change en une tuméfaction œdémateuse ; des taches livides se montrent sur le membre , et elles dégénèrent parfois en escarres gangréneuses. Dans le plus grand nombre des cas, tous ces accidents tombent d'eux-mêmes , les escarres sont détachées , puis éliminées ; la couleur livide fuit, et tout rentre dans l'état normal. Voilà pour les symptômes locaux.

Les symptômes généraux sont : un pouls dur et fréquent, une injection de la face , un regard fixe et hagard , avec sécheresse de la langue , soif intense et délire; ou bien des lipothymies, des syncopes, des sueurs froides, de l'ictère, des nausées, des vomissements, de la stupeur , quelquefois des déjections alvines très fétides ; certains auteurs ont noté une vive douleur à la région ombilicale.

Ces deux ordres de symptômes peuvent exister seuls ou se succéder. On dit avoir observé plusieurs fois de la dysurie et même de l'ischurie , mais ces symptômes sont très rares , si toutefois ils ne dépendent pas de la coïncidence d'une maladie de l'urètre avec la blessure.

IVIarclte. — La marche et l'intensité de ces symptômes varient beaucoup, selon l'âge de l'individu, son état normal. Fontana attribue à la terreur les syncopes et les autres accidents nerveux ; il n'est pas éloigné de lui attribuer aussi la mort qui survient rarement après ces blessures. L'effroi de l'individu qui voit en même temps une vipère et son sang couler est certainement pour quelque chose dans les phénomènes primitifs ; mais ce serait exagérer son influence que de l'accuser de tousles symptômes nerveux. D'ailleurs l'enfant, les animaux, qui ne connaissent ni la vipère ni le danger que peuvent occasionner ses blessures, n'en éprouvent pas moins les mêmes phénomènes. 11 faut donc reconnaître l'action délétère du venin , d'autant plus prononcée que l'animal aura été plus longtemps sans vider les vésicules qui le contiennent , qu'il aura été plus irrité, que ses morsures auront été plus souvent répétées.

Traitement. — Trois indications se présentent pour traiter ces plaies : 1° s'opposer à l'introduction du venin dans la masse du sang; 2" le neutraliser dans la plaie ; 3" enlîn combattre ses effets si on le suppose absorbé.

On propose , pour remplir la première indication , d'appliquer, si la forme et la situation de la partie le permettent, une ligatui'c entre la plaie et le cœur. Ainsi, on lit dans la Gazette des hôpitaux une observation, publiée par M. Franchi, (pii prouverait d'une part que la ligature n'empêche pas la transmission du venin dans la circulation , et (lu'elle peut même déterminer des accidents. Cependant tous les auteurs modernes recomma^Klent ce moyen , et connue c'est celui

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qu'on se procure le plus facilement , ils conseillent de commencer par la compression qui, dans ces derniers temps, a parfaitement réussi à M. Bouillaud. Pendant qu'on préparera les autres moyens, on devra presser sur les environs de la plaie , pour expulser autant que possible le venin. Pour l'attirer vers la plaie, on applique des ventouses; elles sont de beaucoup préférables à la succion , dont on faisait autrefois un si fréquent usage. La ventouse attire le venin en opérant le vide; elle empêche , en partie , sa propagation par la compression que les bords des verres exercent sur nos tissus. Des sangsues ont été encore employées dans le but de leur faire aspirer le veinn ; l'on a remarqué que les premières qui étaient appliquées sur la peau mouraient promptement. Ces moyens ne dispensent pas de la cautérisation , qu'on peut pratiquer avec toits les acides concentrés.

On s'est contenté, pour remplir la seconde indication, d'instiller dans la plaie quelques gouttes d'ammoniaque. Pour mettre le caustique en rapport avec le venin , il faut pratiquer un débridement qui, cependant, ne devra atteindre aucun organe important. Ici le danger n'étant pas imminent, on n'est pas en droit de faire de pareils sacrifices ; on y est quelquefois forcé quand il s'agit de la morsure d'un chien enragé. Pour compléter le traitement local , on fera des embrocations avec l'huile d'olive ; on frictionnera les environs de la plaie avec l'ammoniaque, et si le gonflement inflammatoire persiste, on appliquera des cataplasmes émollients : des fomentations de même nature pourront les remplacer.

La troisième indication consiste à neutraliser les effets de l'absorption du venin. Bernard de Jussieu a proposé l'ammoniaque liquide à l'intérieur, à la dose de 6 à 10 gouttes dans un verre d'eau. Le vin de quinquina , la thériaque et d'autres excitants peuvent aider l'action de l'ammoniaque, qui provoque ordinairement des sueurs abondantes.

Le traitement ne doit pas toujours être pris dans la classe des excitants, car si des symptômes inflammatoires locaux et généraux se manifestent au début, il convient d'avoir recours aux antiphlogistiques ; mais on ne devra pas trop y insister s'il survient la moindre faiblesse! Rarement la saignée est ici indiquée; elle sera toujours peu copieuse, et l'on se gardera de la répéter.

Crotales, ou serpents a sonnettes. — Ils doivent leur nom à un singulier appareil qui termine la queue, et qui les distinguo do tous les autres ophidiens. C'est une suite de cornets écaillcux, lâchement en)boîtés les uns dans les autres, qui se meuvent, vibrent et résonnent quand l'animal remue la queue. Le nombre de ces grelots augmente avec l'âge; il paraît qu'il en reste un do plus après chaque mue, et (|u'ils sont formés par l'épiderme du serpent, l'otourné sur lui-même

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comme un doigt de gant et retenu à l'extrémité postérieure de la queue. (La tête que j'ai déjà représentée (fig. 105) est celle d'un crotale.) Cet instrument vibre avec une rapidité extrême, etpi'oduit ainsi un bruit assez fort pour être entendu à une distance de plusieurs toises. Les serpents à sonnettes atteignent une longueur de 5 à 6 pieds ou même davantage; ils habitent l'Amérique, et sont célèbres pour la violence de leur venin. On a vu des chiens périr en quinze secondes de la morsure d'un de ces reptiles; on assure que les chevaux et les bœufs y succombent aussi presque instantanément, et l'on a eu malheureusement l'occasion de constater dans plus d'une circonstance l'action terrible de ce poison sur l'homme. En général cependant , ces serpents n'attaquent pas les animaux trop gros pour pouvoir leur servir de proie , et ils ne mordent l'homme que lorsqu'ils sont provoqués. Leurs mouvements sont lents, et ils ne grimpent pas aux arbres; néanmoins ils font leur principale nourriture des animaux que l'on croirait devoir leur échapper le plus facilement, tels que les oiseaux et les écureuils. La ligure 106 représente le crotale entier.

Fig. 106,

Pour compléter ce que j'ai à dire sur le serpent à soimettes et sa morsure, je rapporterai textuellement une observation qui a été publiée par M. Pihorel , e.l qui est relative à cet infortuné Dracke dont on a tant parlé à Paris.

Un Anglais, le sieur Dracke, âgé d'environ cinquante ans, demeurant Galerie de bois du Palais-Royal , à Paris , apportait de Londres trois serpents à sonnettes et plusieurs jeunes crocodiles. Malgré les précautions qu'il avait prises pour les garantir du froid pendant la route, il reconnut avec douleur, après son arrivée, que le plus beau des trois serpents était mort ; il le sortit de la cage avec des pinces. Les deux autres, qui paraissaient languissants, furent transportés avec leur cage dans la salle à manger, et déposés i)ar lui près du poêle. Là, le sieur Dracke, les excitant avec une baguette, crut remarquer que l'un d'eux ne donnait aucun signe de vie. Pour s'en assurer, i\ eut l'imprudence tl'ouvrir la cage, de prendre ce reptile par la queue

et par la tète, et, l'approchant de la croisée, il voulait, en le maniant, s'assurer s'il était mort, lorsque l'animal l'ait subitement un quart de cercle avec sa tète et lui enfonce un de ses crochets à la partie postérieure et externe de la main gauche. Le sieur Dracite jette un cri, prononce quelques mots en anglais, et, voulant prévenir tout autre accident, il ne lâche point le serpent, qu'il remet dans sa cage ; mais, dans ce moment, il est de nouveau mordu à la face palmaire de la main. Dracke sort dans la cour, demande avec la plus vive instance un médecin, cherche de l'eau, et, n'en trouvant pas assez vite, porte sa main sur la glace qui se trouve à sa portée. Deux minutes après, il s'empare d'une corde et se ligature le hras au-dessus du poignet. Son agitation et son inquiétude allaient toujours croissant, lorsque le docteur Pihorel arriva. Il trouva le malade pâle, le visage couvert d'une sueur froide, les yeux hagards et en proie aux plus vives inquiétudes; il lui fit prendre un demi-verre d'huile d'olive, et se hâta de cautériser la plaie, ce qui se fit dix-huit à vingt minutes après l'accident. La tuméfaction et l'engourdissement de la main, qui était toute violette, obligèrent d'ôterla ligature. Bientôt survinrent des syncopes, des évacuations involontaires d'excréments et d'urhies ; la respiration était bruyante, le pouls à peine sensible, les yeux fermés, la pupille contractée, la périphérie du corps froide, les membres inférieurs insensibles ; du reste, pas de tuméfaction à la main blessée, non plus que d'engorgement au bras.

Au bout d'une heure, arrivent des vomissements qui apportent quelque soulagement ; on administre une potion éthérée et opiacée, une tisane sudorifique.

Après trois heures le mieux est sensible, le pouls s'est relevé, mais de nouveau la respiration s'embarrasse, la déglutition devient difficile ; le malade dit que le sang l'étouffé, et demande à être saigné. Dix sangsues sont appliquées au-devant du cou, mais en vain : tout annonce une mort prochaine. En effet, elle arriva un peu moins de neuf heures après la morsure, le malade ayant conservé jusqu'à la fin la connaissance et la raison.

Le cadavre ne futouvert que quatre jours et demi après la mort, à la suite d'une exhumation .• il n'avait éprouvé encore aucune putréfaction. L'extérieur était celui d'une personne qui serait morte en syncope; nul gonfiement ni changement de couleur à la main mordue, non plus qu'au bras ; un peu d'injection au cerveau et à la moelle épinière, dont le tissu, à la coupe, paraît sablé d'un peu de sang ; arachnoïde épaisse, plus opaque et adhérente à la pic-mère, dont les reseaux et les mailles sont distendus par une sérosité sanguinolente. La dissection des morsures ne fait rien découvrir de ])arliculier. A partir des veines axillaires, caillots de sang jusque dans les gros

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Ironcs veineux et les oreillettes du cœur, et semblable état de la veine cave inférieure, à partir de la veine hépatique. Membrane muqueuse de la trachée et des bronches injectée, enflammée même en un point ; la trachée et les bronches remphes d'une mucosité écumeuse, roussâtre. Tous les autres organes sains.

Traitement. — Le traitement de la morsure des crotales doit reposer sur les mêmes principes que celui des morsures de la vipère ; mais il doit être dirigé avec une grande promptitude et être essentiellement énergique. Ainsi, M. Pihorel, qui a rédigé l'observation qu'on vient de lire, et qui a fait des expériences sur les effets de ce funeste venin, a prouvé que son absorption a lieu avec une extrême rapidité. La cautérisation doit donc être faite dès l'instant de la blessure, s'il y a possibilité. Selon ce praticien, après quelques minutes, il est déjà trop tard. On comprend alors que le plus souvent ce venin doit donner la mort, car les secours se font toujours attendre plus de quelques minutes. On voit à quelle profondeur il faudrait porter le caustique, quand on pense à la profondeur qu'atteignent les crochets du serpent qui instillent le venin. Cette rapidité dans l'absorption du venin qui généralise si promptement ses effets, rendrait même l'amputation d'une partie tout à fait inutile. Cette extrême subtilité et la gravité extrême de ses effets me font considérer comme vaine la médication des Indiens, qui croyaient cautériser avec du tabac mâché et appliqué sur la blessure, et qui donnaient a l'intérieur de l'huile de sucs de plantes comme certaines laitues , et dans des cas désespérés le suc de l'écorce de la racine du tulipier. Je préfère la cautérisation avec la poudre à canon brûlée, après scarification de la blessure. Ce qui vaudrait encore mieux, ce serait le fer incandescent ou le caustique de Vienne.

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