‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 68 sur 266 · IT. — BANDAGES SIMPLES · texte numérisé non relu

IT. — BANDAGES SIMPLES

Ils sont en général exécutés avec des bandes. On les dénomme selon la disposition de ces bandes. Je ferai connaître les variétés importantes quand je parlerai des maladies des régions qui les réclament plus particulièrement, Je ne décrirai en détail que deux formes de bandages simples, c’est-à-dire deux manières principales d'appliquer les bandages qui peuvent conduire l'élève réfléchi à une foule d’autres applications.

Il y à des Handages simples circulaires, c'est-à-dire qui entourent complétement une partie, et dont les tours peuvent être directement superposés. Mais la bande qui doit entièrement recouvrir une partie un peu étendue, et être appliquée toujours perpendiculairement à la surface de cette partie, ne peut toujours le faire circulairement. Si c’est, par exemple, un membre dont la forme est toujours plus ou moins conique, il faut nécessairement, pour obéir à la règle qui veut que tous les points de la face extérieure de la bande portent perpendiculairement sur le membre ; il faut, dis-je, que la direction de la bande, de circulaire, devienne oblique, et qu’on fasse ce qu’on appelle un bandage qui entre dans la classe des bandages spiraux du professeur Gerdy, bandages roulés des autres auteurs. Ce sont les deux espèces de bandages simples, appelés circulaires, et le roulé, que je vais décrire.

A. BANDAGE CIRCULAIRE. — Le jet de bande fait le tour d’une partie du corps, le cou, le tronc, le plus souvent un membre, Une bande roulée à un seul globe est suffisante : on place sur les deux extrémités du cylindre qu'elle présente le pouce et l'index ou le médius de la main droite; le chef initial est appliqué par sa face externe sur un point de la circonférence de la partie et est retenu là avec les doigts de la main gauche, La main droite, s’éloignant alors de ce point, tire sur le globe, le déroule et circonscrit toute la partie pour revenir au point de départ; alors on passe la bande sur le chef initial afin de le fixer. Ici le globe change de main : il est saisi par la main gauche, qui le conduit vers le côté opposé ; repris de nouveau par la main droite, il est ramené au point de départ, et ainsi de suite, jusqu’à ce que toute la bande soit épuisée. On fixe le chef terminal avec une ou deux épingles dont la tête sera tournée du côté de l'extrémité de la bande, et dont la pointe, traversant plusieurs jets de bande, sera cachée dans l'épaisseur du bandage pour qu’elle | ne blesse pas le malade dans l'intervalle des pansements. On n’arrêtera pas l'extrémité finale de la bande au niveau du point malade. Si le jet arrivait sur ce point, on raccourcirait la bande en la repliant sur elle-même. Une partie des préceptes de cette manœuvre s'applique non-seulement au bandage circulaire, mais encore à beaucoup d’autres.

B. BANDAGE ROULÉ-SPIRAL. — Pour utiliser les préceptes que je vais exposer et mieux les faire comprendre, je supposerai qu’il s’agit du membre inférieur, On aura une bande roulée à un globe, large de trois travers de doigt,

OPÉRATIONS EN GÉNÉRAL. — BANDAGES. 139 Sèche où moüillée. Si le chirurgien peut se procurer des aides, l’un d'eux saisit le tlôn”avec une de ses mains, et l'extrémité digitale du pied avec l’autre. Un second aide, du côté de la racine du membre, soutient le jarret ou la partie inférieure de la cuisse. Il faut que toute la jambe soit assez élevée pour que Jes diflérents tours du bandage passent facilement autour d’elle. S'il n’y à pas d'aides, le chirurgien posera le talon du malade sur son genou ou sur le bord d'une chaise ; la jambe ainsi isolée, on jette le chef libre de la bande sur l'une des malléoles, la malléole externe s’il s’agit du membre droit, la malléole interne s’il s’agit du membre gauche. Sur ce premier jet, fixé par la ain gauche, la bande est entraînée par sa face libre sur le dos, sur le bord interne, sur la plante du pied, et ramenée vers la racine du petit orteil. On fait des circulaires en allant vers le cou-de-pied, où on les arrête. Alors la bande est reportée par le côté interne et ramenée par le côté externe autour du bas de la jambe, au niveau ou un peu au-dessus des malléoles, de manière que les tours qui correspondent au pied et ceux de la jambe figurent un huit de chiffre. Mais voici des difficultés qu'il faut apprendre à vaincre. Le talon forme trois saillies avec des anfractuosités correspondantes : si le bandage ne doit être que contentif, on peut passer outre sans inconvénients réels ; ais S'il doit avoir une puissance compressive, il faut nécessairement que la compression soit égale partout, Le meilleur moyen, selon M. Velpeau, est d'employer une bande collée. De cette façon, on déroule toujours la bande perpendiculairement aux surfaces, et les renversés qu'on est obligé de faire pour en changer la direction, n'ayant plus de tendance à glisser, permettent de ne laisser aucun vide, de recouvrir sans peine tous les points de la région. En supposant qu'on ne voulût pas recourir aux linges imbibés de colle, il faudrait fixer la bande, à mesure qu’on la déroule, aux tours qu’elle tend à recouvrir ; et cela en se servant d’épingles à chaque circulaire dont on veut changer la direction.

Du reste, il existe là un écueil dont les jeunes chirurgiens doivent être prévenus : c'est que le cou-de-pied représente, depuis le métatarse jusqu’à la racine des malléoles, une sorte de gorge qui reçoit nécessairement un grand . nombre de doloires, et qui, représentant le point de départ d’une foule de rayons compressifs, semble accumuler sur elle une dose plus considérable de compression qu'aucune autre partie de ses environs : aussi est-ce là que les malades ressentént principalement de la douleur ; que des phlyctènes, des eschares, la gangrène, s’établissent, si le bandage n’a pas été convenablement appliqué. Il faut donc s’y prendre de manière à comprimer le moins possible sur cet endroit, et à ne pas y concentrer les différents tours de bande qui doivent envelopper le talon. C’est un point de pratique, ajoute M. Velpeau, sur lequel je ne saurais trop insister, tant il m'est arrivé souvent de le voir négligé par les élèves, même les plus instruits.

C. BANDAGE AVEC DES RENVERSÉS. — On appelle renversé un pli qui fait que le bord supérieur de la bande devient inférieur, et que sa face externe

devient interne. Le renversé doit être brusque, afin que le bord oblique qui en résulte n'ait pas beaucoup plus de longueur que la bande n’est large ; autrement il représenterait une espèce de corde qui blesserait les parties en rendant la compression inégale. Pour faire le renversé, soit de haut en bas, soit de bas en haut, suivant le lieu où on l’applique, le chirurgien fixe le dernier point déroulé de la bande à la surface du membre avec l’index et le médius d’une main, pendant que de l’autre main, qui n’a étalé le globe de cette bande que dans une très petite étendue, il la tourne subitement sur ellemême, sans la tirer, comme pour en croiser les deux bords. Cela fait, il continue à la dérouler jusqu’à ce qu'elle soit revenue au même point, en suivant les règles indiquées plus haut, et de manière à renouveler la même manœuvre le nombre de fois voulu par la forme du membre,

Le renversé est indispensable partout où les parties se rapprochent de la forme d’un cône. En effet, que ce soit au pied, à la jambe ou à l’avant-bras, les parties, grossissant de l'extrémité inférieure vers la partie supérieure,

Fig. 50.

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font que, pour porter perpendiculairemént sur tous les points de leur surface, les tours de bande seraient obligés de s’allonger en spirale. Dans la figure qu'on a sous les yeux, c’est sur lavant-bras que le bandage avec renversés est exécuté (fig. 50). Pour obtenir un bandage roulé régulier, il faut donc, dans ces régions, ramener chaque fois, par un repli aussi bref que possible, le tour supérieur, qui sans cela s’échapperait en diagonale vers le tour inférieur, lequel reste à l’état circulaire si l’on veut quil il soit en partie recouvert par l’autre.

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