DIAGNOSTIC DES INFECTIONS A PROTEUS VULGAR1S
La plupart des auteurs considèrent le protéus vulgaris comme faisant partie de la flore de Tintestin normal ; cependant d'après Felz, ce serait là une opinion erronée et la présence du protéus dans les selles devrait être considérée comme pathologique.
(*) Fournier, Art. Psittacose. Manuel de méd. do Delwvc et Achard. — Gilbert et Foob- MER, Acad. de méd., 20 oct. 1896. — Widal et SiciWD, Soc. de hioL, 28 iiov. 1896. — Sicard, Soc. de bioL, 31 juillet 1897. — Nicolle, Arch. prov. de méd., I, 1889, p. 62. — Bensaude, Thèse de Paris, 1897.
(*) Lasxelongue et Achard, Comptes rendus de VAcad, des se. y 5 oct. 1896. — Gaillard, Thèse de Paris, 1898. — Bodin, Thèse de Paris, 1898. — Feltz, Arch. de med. exp., 1899.
DIAGNOSTIC DES INFECTIONS A PROTELS YULGAHIS. 559
Quoi qu'il en soit de celte dernière opinion, on admet, depuis le travail de Béco, que le proteus vulgaris pullule dans l'intestin des cadavres, et tend, quelques jours après la mort, à remplacer le bacterium coli. Ce microbe est susceptible comme le colibacille d'envahir les viscères pendant la période agonique et cadavérique.
Ces faits rendent singulièrement difficile l'appréciation do la part qu'on doit attribuer au microbe dans la maladie, lorsqu'on le constate dans les selles pendant la vie; dans la circulation générale ou dans les viscères après la mort. Le rôle pathogène du microbe ne peut être démontré que par la constatation du microbe par l'examen direct, et par l'existence de propriétés agglutinantes développées dans le sérum, vis-à-vis du microbe (Lannelongue et Achard)(*).
L'aspect du microbe n'a rien de bien caractéristique ; c'est une bactérie polymorphe, quelquefois filamenteuse. Elle se distingue facilement cependant du colibacille par ses dimensions, en général plus considérables, et surtout, phénomène capital, par la réaction de Gram. Le proteus en effet, contrairement au colibacille, reste coloré par la méthode de Gram. Cette proposition n'est vraie que si l'on ajoute : à condition de ne pas pousser trop loin la décoloration par l'alcool et, dit Felz, d'examiner des bacilles provenant de cultures jeunes. Le bacille se distinguera d'ailleurs tonjours du colibacille; si, au lieu de faire la réaction de Gram, on emploie la méthode de Claudius, il ne se décolorera pas.
Pour l'isoler des matières fécales, on peut faire des ensemencements d'une trace de matière fécale diluée, sur gélose ou mieux, comme le conseille Feltz, sur le milieu suivant :
Gélose 1 gramme.
Peptone 3 grammes.
Lactose ô —
Eau distillée 100 —
auquel on ajoute une solution concentrée de tournesol, jusqu'à ce que le milieu soit bleu.
Comme le proteus ne fait pas fermenter le lactose, il donnera des colonies, de couleur bleue, tandis que partout oii le coli se trouvera, par suite de l'action fermentative qu'il possède, le milieu virera au rouge.
Le microbe isolé, il faut vérifier ses autres caractères dont les principaux sont les suivants : il liquéfie la gélatine et donne lieu à la production d'indol.
Ensemencé sur gélatine, le proteus liquéfie rapidement celle-ci, les cultures sur plaques surtout sont caractéristiques ; il se présente sous l'aspect de colonies liquéfiantes, dont la périphérie est terminée par un bord saillant, en escalier; autour de ce bord on voit des prolongements en languettes qui envahissent la gélatine.
Le proteus comme le colibacille donne des cultures chromogènes sur
(*) Larxeloxgde et AcuARD, Acad. des tcieiices, 5 oct. 1806.
[F. WIDAL 9t F. BEXANÇOM^
560 DrAGNOSTIC DES MALADIES INFECTIEUSES.
pomme de terre. Dans les vieilles cultures et surtout dans les cultures en eau peptonée, il donne lieu à la formation d'indol qui se traduit par une belle réaction rouge, à la suite de l'adjonction d'acide suifurique, sans addition de nitrite. Il se distinguera d'ailleurs facilement du colibacille en ce qu'il ne fait pas fermenter le lactose et ne coagule pas le lait. D'après Bodin cette coagulation se ferait cependant, mais le caillot se redissoudrait rapidement.
Il est relativement peu pathogène pour le cobaye et le lapin, chez lesquels, inoculé sous la peau à faible dose, il détermine des abcès putrides, et à dose massive la mort par intoxication.
A la suite de la découverte par PfeifTer d'un coccobacille particulier dans les crachats des individus atteints de grippe, il avait semblé qu'on était bien en possession du microbe de l'influenza et que le diagnostic bactériologique de la maladie pouvait être établi scientifiquement sur la constatation de ce coccobacille.
La découverte d'un bacille très voisin du bacille de Pfeifler dans des cas où il ne s'agit pas de grippe, dans les bronchopneumonies infantiles (Meunier), dans les sécrétions de malades atteints de bronchite emphysémateuse ou de tuberculose (Dujardin-Beaumetz), dans la coqueluche (Elmassian), dans certaines bronchopneumonies de l'adulte (Rosenthal): enfin, le fait que le bacille peut manquer comme l'a vu Pfeifler lui-même dans les sécrétions des grippés, remettent en discussion le rôle pathogénique du coccobacille de Pfeiffer. Quoi qu'il en soit ce microbe a une importance capitale en pathologie respiratoire et nerveuse et serait même susceptible enfin de déterminer une infection générale.
Le diagnostic bactériologique du coccobacille de Pfeiffer repose sur sa morphologie dans les crachats et sur les caractères de culture, car il est peu pathogène pour les animaux. Le bacille inoculé à haute dose au singe et au lapin peut déterminer la mort par hypothermie, en déterminant surtout des phénomènes d'intoxication (Pfeiffer), ou la septicémie (Meunier). L'inoculation dans la substance cérébrale (Cantani), dans le liquide céphalorachidien (L. Martin), détermine la mort. C'est un coccobacille non capsulé, extrêmement fin, deux fois plus long que large, groupé quelquefois par paire, quelquefois filamenteux qui se décolore par la méthode de Gram.
Le caractère essentiel du microbe, c'est (|u'il est hémophile (') et qu'il
(*) H. Meunier» Comptes rendus de la Soc. de bioL. li juin 1898 et 6 janvier 1900. — Elmassiax, Ann. de Vlnsl. Pasteur^ i899. — Rosesthal, Thèse de Paris, 1899.
(«) Ce caractère ne serait pas aussi rigoureux que l'a admis Pfeiffer. Meunier, Dujardin- Beaumetz, Elmassian, ont pu cultiver le coccobacille de l'influenza sur le milieu de Werlheiin (gélose ascile).