GLANDES LACRYMALES
Rappelons, en passant, que Ton décrit deux glandes lacrymales : l'une, du volume d'une amande, est la glande lacrymale orbitaire; cachée sous le bord orbitaire de Tangle supéro-cxterne, elle n'est pas accessible et perceptible au toucher dans les conditions normales et sa présence ou son absence ne se traduit par aucun signe spécial ; — l'autre est la glande lacrymale palpébrale ou un groupement des glandes palpébrales. Elle forme un petit pancréas qui est en rapport avec le cul-de-sac supéroexterne et elle est couchée sur le globe oculaire qu'elle coiffe en croissant dans son segment supéro-externc. Dans les conditions normales, lorsqu'on relève la paupière et qu'on engage le patient à regarder fortement en bas et en dedans, on ne voit la glande palpébrale que sous forme d'une légère voussure.
MODIFiaiIONS MORPHOLOGIQUES DE LA RÉGION DES GLANDES LACRYMALES
Les diflërentes affections des glandes lacrymales ne se traduisent, en réalité, que par un seul symptôme, qui consiste dans une saillie anormale au niveau de la partie supcro-extei*ne de la paupière supérieure. C'est pour cette raison que Ton pourrait, à la rigueur, discuter la sémiologie (les glandes lacrymales à propos des tumeurs de Forbite. Les troubles fonctionnels des glandes lacrymales sont encore peu étudiés, et le seul qui ait donné lieu à quelques recherches, Thypersécrétion lacrymale, sera traité avec le larmoiement causé par Tobstruction des voies lacrymales.
L'augmentation de volume des glandes lacrymales qui s'observe dans les inflammations aiguës ou chroniques de la glande, ou dans les lésions néoplasiqucs, donne à la paupière supérieure une apparence particulière. La paupière est abaissée dans sa partie temporale seulement et le bord libre de la paupière supérieure semble décrire un S allongé. L'ouverture de la fente palpébrale est diminuée. Le mouvement d'élévation de la paupière supérieure est un peu limité, et cette limitation peut, dans certains cas, s'étendre au globe oculaire. A la palpa tion on sent une masse du volume d'une amande ou d'une noisette, plus ou moins consistante et mobile. Lorsque l'hypertrophie porte sur la glande lacrymale palpébrale seule, on sent une tuméfaction unie, nettement circonscrite et plus allongée dans le sens transversal.
L'hypertrophie des glandes lacrymales peut s'accompagner de symptômes réactionnels plus ou moins aigus : la paupière est alors œdématiée et la peau est injectée. La région est un peu sensible à la pression : il s'agit, dans ce cas, d'une inflammation aiguë de la glande lacrymale, d'une iacryadénite aiguë qui peut être due à une infection ourlienne, ou à d'autres infections générales.
Entre la (Iacryadénite chronique réalisée par l'infection tuberculeuse ou syphilitique et les tumeurs de la glande lacrymale, il semble y avoir une confusion que Thistologic pathologique n a fait qu'accentuer. On a décrit sous l'épithète de tumeur et sous le nom d'endothéliomes, de qlindromes, une série de faits (|ui rentrent, pour une part au moins, dans les lésions syphilitiques (cas de Dianoux). Néanmoins, il semble y avoir quelques faits indiscutables de tumeum des glandes lacrymales formées par des sarcomes (Wedl-Bock, Sgrosso, GrifTith, Lawford, Treacher Collins, Alexandre, etc.) ou des adéno-carcinomes (Alt, de Vincentiis, Goidzieher). Le seul moyen de les diflërcncier consiste, jusqu'à présent, dans l'ablation de la glande et dans son examen microscopique.
Dans la leucémie (Lcber, Osterwald, Gallasch, Delens) et la pseudoleucémie (Axenfeld, Trcîicher Collins, Brcma, Adler), on observe parfois des localisations lyinphomateuses dans les glandes lacrymales. Elles sont habituellement symétriques. Mikulicz a décrit un type clinique spécial caractérisé j>ar une tuméfaction des glandes salivaires ou lacrymales,
[F BRVN et y. MORAXl
frappant les deux systèmes glandulaires simultanément ou limité à Tun d'eux, mais toujours symétrique. Kùmmcl propose de grouper ces faits sous le nom d'achroocytose des glandes salivaires et lacrymales en attendant que Ton puisse préciser la nature du processus qui, quoique très lent dans son évolution, est considéré comme infectieux par Mikulicz. Dans les faits envisagés par Mikulicz et Kùmmel, il n'y avait pas hypertrophie des ganglions lymphatiques cervicaux ou autres, mais ces deux auteurs les rapprochent des cas où cette hj-pertrophie existe et où Taspect clinique de la tuméfaction glandulaire est la même. Dans les cas étudiés par Kûmmel, il n'existait pas d'altérations sanguines, de leucocytémie.
Il nous reste à signaler les cas où il y a déplacement spontané de la glande lacrymale orbUaire. On sent, au niveau de la paupière supérieure, une tumeur dure lohulée, présentant une certaine mobilité cl réductible, dans le plus grand nombre des cas, dans l'orbite. Ce déplacement spontané était bilatéral dans certains cas (Golovine). L'étiologie en est tout à fait obscure.
On le voit, en dehors des dacryadénites aiguës se différenciant par les phénomènes inflammatoires qui accompagnent leur évolution, la différenciation des dacryadénites des tumeurs véritables n'est pas facile. 11 n'en est pas de même des lésions kxjstiques des glandes lacrymales. Les kystes de la glande orbitaire se comportent comme des tumeurs de l'orbite. En dehors des signes propres à l'hypertrophie de la glande lacrymale s'ajoute une sensation de tumeur fluctuante dont la perception est rendue parfois difficile par le liiit de la fluctuation transmise du globe oculaire. Le moyen le plus simple de s'assurer qu'il s'agit d'une collection liquide consiste à faire une ponction exploratrice avec la seringue de Pravaz. Faite avec une seringue stérilisée et dans les conditions d'asepsie exigées pour toute intervention, la ponction est sans dangers et les renseignements qu'elle peut fournir sont suffisamment utiles pour la justifier.
Les kystes de la glande palpébrale sont décrits sous le nom de dacrtjops. Ce sont des kystes des voies d'excrétion. Ils forment toujours une petite tumeur faisant saillie au niveau de l'angle externe de la paupière supérieure et du cul-de-sac conjonctival externe. Le kyste se reconnaît facilement lorsqu'on a renversé la paupière supérieure : il est immédiatement sous-jacent à la conjonctive et apparaît comme une vésicule transparente blanc bleuâtre, rappelant un grain de raisin. Les troubles fonctionnels (jui accompagnent ces lésions kystiques scmt des plus inconstants.