MUXABILITÉ DES TYPES CLINIQUES
Lai difficulté de se faire une situation, l'augmentation du luxe et des dépenses font qu'on se marie de plus en plus tard; il en résulte nécessairement que les parents sont trop âgés. Les cellules de la génération subissent la même involution que les autres ; leur nutrition s'affaiblit arec les années et, par conséquent, les êtres qui en proviennent sont débiles, peu résistants, ils ont une décrépitude précoce; les enfants de vieux se reconnaissent facilement à leur peu de développement physique, à leur peu de jeunesse cérébrale.
Les unions sont surtout basées sur l'état social des futurs, sur leur situation, sur leur fortune. Jeunes gens et jeunes filles ont passé leur vie dans des appartements clos, surchauffés, végétant comme les plantes dans les serres chaudes; leur existence a été partagée entre les travaux excessifs, les plaisirs énervants, les exercices physiques exagérés et mal compris. Comme le dit si bien M. Bouchard, on ne remédie pas à une btigue intellectuelle par une fatigue physique, on ne fait qu'ajouter le surmenage corporel au surmenage mental. Un accouple ces êtres débiles, faibles ou névropathes, qui ont les mêmes défauts, les mêmes qualités, la même consanguinité de mœurs. On fait ainsi de la reproduction, contrairement aux lois qui devraient la régir, et l'on condamne les enfants fohin à la dégénérescence.
On s'explique de cette façon l'existence de ces familles névropathiques, parfaitement étudiées par M. Féré (*), où l'on rencontre les névroses, les dégénérescences physiques et mentales, les vices, la folie, le crime. Si quelques hommes peuvent encore émerger et se faire remarquer par leurs aptitudes artistiques, l'asthénie de leur système nerveux mal équilibré se traduit par des troubles qui rappellent leur origine; on retrouve les contradictions de caractère, le découragement facile et surtout Tennui, le spleen qui, de l'Angleterre, semble avoir envahi la France.
11 serait cependant exagéré de conclure que les troubles mentaux ont considérablement augmenté dans notre siècle ; leur fréquence peut paraître plus grande, parce qu'on sait mieux en reconnaître les formes atténuées. Mais, ce qui est incontestable, c'est qu'ils se sont modifiés dans leurs manifestations. Les idées délirantes traduisent les préoccupations ou les tendances d'une époque : au moyen âge elles revêtaient une forme religieuse et mystique, aujourd'hui elles affectent surtout un caractère ambitieux.
Enfin, de tout temps, on a vu certaines variétés de folie présenter une extension insolite, véritablement épidémique, et cela surtout à l'occasion des grandes perturbations physiques ou sociales.
Au moment de la peste d'Athènes, il y eut un redoublement d'impiété et de débauches; avant de mourir, dit Thucydide, on trouvait tout naturel de jouir de la vie; rien ne retenait les hommes, ni les lois divines, ni les lois humaines. Boccace nous apprend qu'il en fut de même pendant la peste de Florence. Mais, en même temps, l'aberintion se traduit par des
{^) ¥h»i. La famille névropathique. Paris, 1804.
actes de sauvagerie : au xiv^ siècle, lors de la peste noire, on martyrisa les Israélites, on en brûla 2000 à Hambourg, on en tua 12000 à Mayence. De même, quand le choléra éclata en Europe, on s'en prit aux commerçants, aux marchands de denrées, aux porteurs d'eau, et la fureur populaire frappa un grand nombre d'innocentes victimes. Tout récemment, en Russie, à la dernière épidémie de choléra, ce fut contre les médecins que le peuple tourna sa rage, les accusant de causer la maladie.
La folie qu'engendrent les grandes épidémies peut revêtir un côté mystique ; telle fut l'origine de la secte des flagellants : au moment de la peste noire, des bandes d'hommes presque nus parcouraient l'Allemagne, les Pays-Bas, le nord de la France, se frappant à coups de discipline, chantant des cantiques, disant que leur sang se mêlait à celui du Christ pour le salut de la chrétienté.
Il existe d'autres épidémies de folie qui résultent de la tendance de certains esprits à lutter contre ce qui est établi, à vouloir renverser la société et arrêter le progrès. Nous n'insisterons pas sur cette forme si curieuse de vésanie qui, trop souvent, confine à la criminalité.
Ainsi, quelle que soit la branche de la médecine que l'on envisage, on reconnaît facilement que les types morbides ne sont pas fixes, que des maladies anciennes disparaissent, que des maladies nouvelles prennent naissance, que les formes cliniques se modifient constamment. Ces notions sont également vraies, qu'on étudie les infections, les intoxications, les traumatismes, les troubles nutritifs ou les vices héréditaires. Chaque époque a donc ses inconvénients et ses avantages et, si la nôtre a vu naître de nouvelles causes morbifiques, elle a su leur opposer de nouveaux moyens curatifs ou prophylactiques. II en résulte que les accidents sont conjurés, mais il en résulte aussi une complication croissante de l'existence, puisqu'il y a augmentation simultanée ou successive des causes pathogènes et des moyens de défense.
Notre civilisation semble avoir substitué à la sélection naturelle, qui a pour conséquence la survie des forts et des robustes, la sélection sociale qui a pour effet la survie des faibles et des dégénérés. Les enfants des pauvres naissent mieux constitués que les enfants des riches, mais ils succombent en plus grand nombre, et il suffit de voir ce qui se passe dans une crèche d'hôpital, pour être frappé de la mortalité excessive des nouveau-nés dans la classe laborieuse. Parvenus à l'âge adulte, les ouvriers présentent généralement un développement physique plus parfait que les hommes des classes supérieures; mais ils sont plus exposés aux causes de destruction, mécaniques, toxiques ou infectieuses.
Cependant il ne faudrait pas exagérer les différences et opposer complètement la sélection naturelle et la sélection sociale.
Si la civilisation permet parfois le développement d'hommes chétifs, inférieurs au point de vue physique, elle sauve bien des hommes supérieurs au point de vue intellectuel ; si elle favorise la survie des dégénérés, ce n'est que d'une façon passagère, les êtres inférieurs finissant