MALADIES APPARENTES
Seules les maladies apparentes, au moins dans une partie de leur durée, présentent une évolution à étudier. Et cette évolution de la maladie n'est rien autre que la synthèse de son histoire clinique, c'est la loi d'apparition des symptômes, de leur groupement, de leur succession, de leur subordination les uns par rapport aux autres, de leurs exacerbations, de leurs rémissions et de leur disparition : en somme, la suc- (îession des modifications ou des réactions apparentes de l'organisme en proie à la maladie, ou autrement, non ce qu'est la maladie, mais comment elle se présente aux différentes pliases de sa durée, c Au point de départ se trouve une impression morbifique, qui détermine un premier groupe de symptômes et de lésions ; celles-ci entraînent à leur tour des lésions secondaires, qui s'expriment par un nouvel ordre de symptômes; un troisième groupe suit de même celui qui précède et Tcm arrive ainsi, par »n enchaînement successif de causes et d'effets, jusqu'à un degré de perlurbation fonctionnelle qui n'est pas compatible avec la vie (*). »
Incubation et état latent. — Quand la cause morbifique agit sur l'organisme, la maladie peut être immédiatement constituée, et il ne s'écoule aucun intervalle de temps entre la cause et son effet : la section vasculaire produit immédiatement l'hémorragie, le traumatisme de l'appareil osseux produit immédiatement la luxation ou la fracture. Mais dans le^ maladies d'ordre médical proprement dit, il s'écoule, très souvent, un intervalle de temps plus ou moins long, entre le moment où la cause agit elle moment où son action devient apparente.
La chose est très nette pour les infections : les premières manifestalions de la syphilis, de la tuberculose, du choléra, de la scarlatine, etc., ne succèdent pas immédiatement a la pénétration de l'agent pathogène dans l'organisme.
n en est de même des intoxications chroniques, l'alcool, ingéré à doses faibles mais continues, ne détermine que longtemps après sa pénétration les phénomènes de l'artério-sclérose, de la cirrhose hépatique ou de la cirrhose rénale; et un temps assez long s'écoule entre la pénétration du plomb dans l'économie et l'apparition de la colique ou de la (xara-
(*) Bouchut, Pathologie générale, iS57.
1') X. Hetkacd, Art. Maladu du Dict. de méd. et de chir. pratique»^
lysic. Les intoxications aiguës même, à moins qu'elles n'aient une action directe sur la voie de leur pénétration comme les caustiques, ou que leur absorption ne soit suraiguë comme pour Tacide cyanhydri(jue, ne produisent leurs premiers accidents qu'après un intervalle quelquefois court, mais toujours appréciable.
Les diathëses, les maladies de la nutrition dont le mécanisme réside, ainsi que l'a bien établi le professeur Bouchard, dans des troubles de la luitrition cellulaire, ne se manifestent cliniquement que lorsque ces troubles cellulaires ont acquis une certaine intensité et une certaine durée.
Pendant cette période de la maladie, où le sujet est soumis à Faction de la cause morbide, il ne se produit pas de symptôme. La maladie existe, mais elle n'est pas apparente. Dans les infections cet état porte le nom d'incubation, nom qui donne une idée très exacte de la chose, car il indique que le virus, élément vivant, se développe pendant ce temps. Le même terme ne saurait convenir pour les intoxications et pour les maladies de la nutrition, qui sont plutôt des maladies ou d'ordre chimique ou dont la cause ne peut pas être couvée comme un œuf ou un embryon; la maladie ne se manifeste pas encore, elle est latente pendant cette période, et l'on dit alors qu'elle est à l'état latent. En somme, incubation et état latent sont des termes qui correspondent à des stades pareils dans des maladies absolument différentes; ils indiquent Tabsence de manifestations apparentes dans un organisme déjà pénétré par la cause de la maladie.
Incubation. — L'incubation est, pour les maladies infectieuses, le temps qui s'écoule entre la pénétration de l'organisme par Tagent pathogène et l'invasion de la maladie. Cette période d'incubation a une durée plus ou moins longue suivant les agents microbiens et suivant aussi l'état de l'organisme. Des microbes différents ensemencés sur des milieux identiques et placés dans les mêmes conditions, deviendront apparents dans des temps variables. Un même microbe ensemencé sur des milieux différents et placés dans des conditions différentes se manifeste plus ou moins vite. C'est dire que la durée de la période d'incubation peut varier avec la résistance du sujet, tenant à son âge, à son état antérieur de santé; cependant les différents virus ont des périodes d'incubation à peu près fixes, bien que toutefois la virulence atténuée ou exaltée d'un microbe puisse exercer une action sur la durée de la période d'incubation.
La fixité relative de la durée de la périodcî d'incubation pour un même microbe est bien établie de[)uis les travaux de MM. Arloing, Cornevin et Thomas, qui ont montré la différence d'incubation du charbon bactérien et du charbon bactéridien, incubation plus longue avec le premier microbe qu'avec le second.
Mais si cette fixité relative existe, si elle peut être modifiée par l'organisme qui fait la maladie, ou par l'état du virus (qualité ou quantité), une autre modifir^tioa peut être apportée à la durée de la période d'incuba-