DE LA VACCINE, OU DE LA PROPHYLAXIE DE LA VARIOLE
était en temps d'épidémie varioleuse^ ou si les individus vivaient dans un milieu infecté ; c'est ce que j'ai fait maintes fois à l'hôpital sans aucune espèce d'înconvément. La pratique généralement usitée est mauvaise et ne se justifie point.
n n'y a aucune prépatation à faire subir aux sujets qu'on doit vacciner. L'opération de la vaccine est fort simple. Vaccine-t-on de bras à bras, on déchire d'abord l'épidenne qui emprisonne le pus, on en prend une goutte sur la pointe d'une lancette, puis l'opérateur saisissant avec la main gauche la partie postérieure du bras du sujet, de manière à tendre la peau, de l'autre main, armée de l'instrument, il introduit celui-ci horizontalement sous l'épidenne, dans une longueur de quelques millimètres. On retire bientôt la lancette, en retournant un peu la lame de manière à l'essuyer. Si le vaccin dont on se sert est solide, on ne l'inocule qu'après l'avoir délayé dans une très-petite quantité d'eau. Il convient de faire deux ou trois piqûres à chaque bras; elles seront distantes les unes des autres d'un centimètre environ, on devra les pratiquer préférablement vers l'insertion du deltoïde, et Jamais sur l'épaule, afin d'éviter, chez les petites filles surtout, des cicatrices désag;réables. On est dans l'habitude de faire quatre à six piqûres, parce qu'il est rare que toutes réussissent. Mieux vaut chez les enfants d'un âge très-tendre se borner à deux piqûres distantes l'une de l'autre. Quelques-uns croient avec Eicbhom, que plusieurs boutons préservent mieux et plus longtemps qu'un seul ; à l'exemple de cet auteur on a prescrit de faire seize ou vingt piqûres dans l'intention de provoquer une réaction fébrile regardée comme indispensable, et d'un effet d'autant plus certain qu'elle serait plus vive. Personne, en France, que je sache, n'a adopté cette pratique ni ces idées; car rien n'établit que la vertu préservatrice de la vaccine soit d'autant plus certaine que les effets locaux et généraux sont plus intenses.
L'absorption du vaccin se fait avec une rapidité extraordinaire ; non-seulement le petit écoulement de sang qui a lieu par les piqûres n'entraîne pas le virus au dehors, mais Itard a même cherché vainement à prévenir l'infection en lavant les piqûres aussitôt faites et en activant l'écoulement du sang à l'aide d'une ventouse.
Effets de VmoculaHon vaccinale. — Au moment de l'inoculation, il se forme presque toujours autour de la piqûre une aréole rouge qui disparaît après quelques minutes, et qui ne présage pas, comme on l'a dit, le succès de la vaccine. Pendant les trois premiers jours, la partie vaccinée ne présente aucun changement ; mais dès la fin du troisième ou bien au quatrième jour, on commence à sentir au niveau des piqûres un point dur et saillant, qui grossit le cinquième jour, et devient le âége d'un prurit; bu sianéme, il s'élargit, s'aplatit, s'ombilique à son centre, et prend une tehite d'un blanc bleuâtre. Au septième et au huitième jour , la pustule augmente ; une aréole l'entoure ; l'inflammation gagne le tissu cellulaire. Au neur vième et au dixième jour, l'aréole s'étend et l'engorgement augmente ; il y a parfois un peu de fièvre, d'agitation ou de malaise. Ces phénomènes de réaction sont généralement à peine marqués et môme ils manquent tout à fait chez les enfants, quelque jeunes qu'ils soient; il n'en est plus de môme des adultes. Chez eux, en effet, la fièvre est plus forte, la rougeur et l'induration phlegmoneuses sont parfois trèsétendues, les ganglions axillaires, enfin, sont toujours beaucoup plus tuméfiés et plus douloureux que chez les premiers. Au onzième jour, la pustule se flétrit, elle brunit ; l'aréole pftlit et jaunit. Du douzième au treizième jour, la dessiccation s'opère ; enfin, la croûte tombe du vingtième au vingt-cinquième jour, et laisse à découvert une cicatrice gaufrée et rayonnée.
Le bouton vaccinal siège dans le derme. Constitué d'abord par un tubercule, il offre plus tard, quand on Tincise, une foule de petites cellules séparées, sans communication entre elles, contenant un fluide, le vaccin. Cette disposition existe, surtout du sixième au neuvième jour. Enfin, lorsque la suppuration est bien établie, toutes les cloisons se rompent, et Ton ne trouve plus qu'une cavité.
La vaccine n'offre pas toujours une marcbe aussi régulière que je viens de le dire : la période d'incubation peut être ou plus longue, ou plus courte ; ce dernier cas doit toujours inspirer des doutes sur la légitimité de l'éruption, tandis que le développement après le quatrième jour indique à coup sûr une vaccine de bon aloi. Si plusieurs boutons surviennent sur le môme sujet, ils ont presque toujours la même marche et le môme développement : cependant il n'est pas rare d'observer le contraire, de voir, par exemple, des pustules touchera leur fin, tandis que d'autres ne font que de commencer.
Dans la presque totalité des cas, les pustules ne se développent que sur les points mômes où l'inoculation a été pratiquée : cependant on a vu exceptionnellement une éruption vaccinale se montrer plus ou moins loin du lieu d'insertion sans qu'on puisse expliquer ce fait par une inoculation secondaire. Quelques personnes ont regardé ces boutons surnuméraires de vaccine comme appartenant à des varioles bénignes modifiées par la vaccination. Si cette opinion est vraie pour quelques faits, elle serait moins juste pour la plupart, puisqu'on aurait vu le pus de ces boutons surnuméraires reproduire par l'inoculation une vaccine aussi régulière que celle qu'on obtenait avec le fluide retiré des boutons développés sur le point d'insertion. Cette vaccine, en quelque sorte supplémentaire, rappelle exactement la marche quesuivait la variole inoculée, elle viendrait à l'appui de l'idée de ceux qui soutiennent l'identité des virus varioleux et vaccinal.
Fausse vaccine, — Indépendamment de l'éruption que nous avons précédemment décrite, l'inoculation vaccinale peut en produire une autre, différente de la première par sa marche, par sa forme et par sa durée. Elle se montre dès le premkr ou dès le deuxième jour, elle n'offre ni dépression centrale, ni bourrelet, ni éclat argenté ; le bouton est acuminé, et lorsqu'on le perce il laisse échapper un fluide qui, en se desséchant, ressemble à de la gomme ; la tumeur se vide tout d'iuin coup, parce que, contrairement à la pustule vaccinale, elle n'est formée que d'une cavité. Enfin, cette éruption parcourt toutes ses périodes en six ou sept jours, c'est-àniire qu'elle finit à l'époque où la bonne vaccine est sur le point d'arriver à son apogée. L'éruption dont je viens de parler s'appelle fausse vaccme, parce qu'elle n'a aucune vertu préservatrice. Les causes ordinaires de la fausse vaccine sont l'inoculation d'un vaccin vieux ou altéré, ou bien l'insertion du virus sur un individu qui a eu jadis la variole ou une vaccine régulière.
Les auteurs parlent encore d'une éruption vaccinale qu'ils nomment vacdnelUy qui serait à la vaccine ce que la varioloïde est à la variole. C'est en effet une vaccine véritable, puisqu'elle peut se reproduire, se transmettre par inoculation, mais elle est moins régulière que la vaccine franche. Les pustules ayant des bords aplatis, irréguliers contiennent peu de liquide ; il n'y a pas d'induration, l'inflammation marche avec rapidité, et dès le septième ou le huitième jour les croûtes sont déjà bien formées.
Lorsque la vaccination n'a rien produit, ou lorsque l'éruption qui en a été la conséquence n'a pas offert les caractères de la vaccine réguUère, il faut renouveler l'opération. Il est môme parfois nécessaire de recourir à celle-ci plusieurs fois