PREMIER GENRE
Maladies par excès de sang.
DE LA pléthore, OU POLTÉMIE.
Dans le langage des anciens médecins, le mot pléthore (de •nW^^a, réplétion) servait à désigner la surabondance réelle ou présumée de certains liquides, comme le sang, la lymphe, la bile, le sperme, le lait, etc. ; mais aujourd'hui ce mot est réservé exclusivement pour exprimer : suivant les uns, que la quantité de sang contenue dans le système circulatoire est beaucoup plus considérable que ne le comportent les besoins de l'économie; suivant d'autres, qu'il y a seulement surabondance des globules.
D'après cette définition, la pléthore constituerait toujours un état morbide assez bien défini : cependant on admet généralement, avec Chomel, qu'il existe une pléthore permanente et constitutionnelle qui est, pour certains individus, un état physiologique ; car elle est compatible avec l'exercice régulier de toutes les fonctions. Dans le cas contraire, la pléthore est dite morbide. Quelques personnes admettent aasfii une pléthore aqueuse ou cachectique, caractérisée par l'augmentation considérable du sérum. Mais comme c'est là une affection essentiellement distincte de la pléthore, nous en parlerons ailleurs (voyez plus bas l'article Anémie).
Anatomie pathologique. » Toute ranatomie pathologique de la maladie se borne à l'élude des altérations du sang. L'opinion la plus générale, la plus anciennement admise, est que, dans la pléthore, il y a augmentation dans la masse da fluide sanguin. Cela est en effet infiniment probable, l'obserration clinique semble le prouver, mais il est impossible d'arriver à la démonstration rigoureuse du fait
Si nous étudions quelles sont les qualités physiques du sang des pléthoriques, nous trouvons que ce liquide extrait de la veine fournit un caillot volumineux, d'une fermeté médiocre, ne présentant jamais de couenne, mais parfois seulement une pellicule transparente ou des irisations éparses. MM. Andral et Gavarrel ont prouvé, contrairement à une opinion généralement reçue, que dans la pléthore la fibrine restait dans les limites de son état physiologique, puisque sur 3i saignées, ils ont trouvé pour moyenne de ce principe *2,7 (le maximum normal est de 3 et demi). Ils ont en outre établi que le sang des pléthoriques était remarquable par la quantité moindre d'eau qu'il contenait, et surtout par l'augmentation du nombre des globules, qui de 127, moyenne normale, peuvent s'élever jusqu'à 154, et oat pour moyenne, dans la pléthore, le chiffre Ul. 11 y a quelques années, MM. les doc^ teurs Becquerel et Rodier ont contesté l'exactitude de ces résultats dans la Ga:^ médicale de 1844; ils ont soutenu, en effet, que dans la pléthore le nomibre des globules n'était pas augmenté, et ils ont considéré les chiffres que MM. Andral et Gavarret ont donnés, touchant la proportion des globules du sang, comme étant l'expression de l'état normal (1). Plus récemment encore, dans leur TnjâU de ckùme pathologique, les mêmes auteurs contestent que la pléthore soit due à l'augmentation de l'élément globulaire du sang, attendu que des accidents de pléthore peuvent avoir lieu aussi bien lorsque les globules sont en excès que lorsqu'ils font défaut. Revenant à l'idée ancienne et que nous partageons, ils ne voient dans la pléthore qu'une augmentation dans la masse du sang. Cependant l'augmentation de l'élément globulaire ne joue-t-elle pas aussi un rôle important? C'est là une question qui mérite d'être étudiée de nouveau et sur une plus grande échelle qu'on n'a fait jusqu'à présent.
Symptômes. — Les signes de pléthore peuvent se développer peu à peu ou brusr quement à l'occasion de quelques-unes des causes occasionnelles que nous mentionnerons plus tard. Dans la pléthore, on observe une sorte de rougeur et de tuméfaction de toute l'enveloppe cutanée, due à la réplétion du système capillaire. Cet état est surtout appréciable à la face, aux mains, dont les mouvements de flexion sont difficiles, et aux pieds, qui sont comme engourdis et comprimés par les chaussures. Le pouls est large et dur; les battements du cœur «ont énergiques; mais il est rare qu'ils s'accompagnent d'un bruit morbide, ainsi qu'on l'avait cru longtemps. Toutes les veines sont en outre distendues, et la circulation se fait lentement dans ces vaisseaux. Souvent aussi on peut se convaincre par la percusaon, ainsi que M. Piorry l'a noté le premier, que les principaux réservoirs du sang, et surtout que le cœur et le foie, occupent un plus grand espace ; les poumons euxmêmes sont parfois un peu engoués à leur partie postérieure, comme le prouve la diminution de sonorité et de l'expansion vésiculaire dans ce point. Toutes ces cii^ constances révèlent que la masse totale du sang est augmentée.
(I) MM. Becquerel et Rodier reproclient à MM. Andral et Gavarret de o^avoir pas doooé me moyeune pour chacun des lexes. Procédant autrement, ils ont avancé que la proportion des globules était moindre chez la femme. D'après ces auteurs, le chiffre moyen serait diei elle de 127, lemaiimum de 137, le minimum de 113, taudis que pour Thomme ils auraient trouvé 14 1 pour mej^enne, 161 pour maximum, et lli pour miniiniim.
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L'individu pléthorique éprouve des lassitude» et une sorte d'engourdissement général ; il est paresseux, son travail est pénible ; il s'assoupit dès qu'il est au repos^ son sommeil est lourd, agité par des rêves ; le réveil est difficile. La tôte est pesante; il y a des vertiges, des bourdonnements d'oreilles ; la face, plus ou moins ingectée, devient momentanément plus rouge; les malades se plaignent d'y éprouver un sentiment de chaleur incommode : c'est ce qu'on nomme des bouffées de Valeur. En môme temps l'appétit est diminué ou perdu ; les selles sont rares, les urines sont rouges, les sueurs plus abondantes; il y a quelquefois un peu d'oppression.
Marche. T^^aœée. Terminaison. — Ces symptômes peuvent persister un ou plusieurs jours, une ou plusieurs semaines, ou plusieurs mois, en présentant des alternatives ; puis ils diminuent et cessent spontanément. D'autres fois, c'est une hémorrbagie, une sueur abondante, un flux urinaire ou intestinal, une fièvre éphémère, qui jugent la maladie. Chomel ikit observer avec juste raison que dans celte affection les rechutes sont rares, tandis que les récidives sont très-fréquentes. La maladie se reproduit alors avec les mâmes symptômes, et elle se termine toujours de la même manière.
La pléthore est une cause prédisposante ou efficiente de plusieurs maladies r c'est ainsi que des congestions sanguines, des hémorrhagies actives, une fièvre synoque, ne reconnaissent parfois d'autre cause qu'un état pléthorique. On a dif aussi que la pléthore prédisposait aux inflammations ; mais cette opinion n'a été émise que par analogie, et par suite des idées qu'on s'était faites sur la composition du sang, qu'on croyait très-riche en fibrine. M. Ândral, d'ailleurs, s'est assuré par l'observation clinique que cette opinion n'avait aucun fondement. Mais si la pléthore n'engendre pas la phlegmasie, elle complique souvent celle-ci, aggrave alors les symptômes de réaction, et force à insister davantage sur le traitement anliphlogistique. 11 y a, par contre, antagonisme entre la pléthore et les affections chroniques.
Diagnostic. — Le diagnostic de la pléthore offre rarement de la difficulté. Il faut juger cet état par l'ensemble des troubles qu'il produit, et non pas seulement par le pouls, qui peut tromper. 11 est, en effet, des pléthoriques qui, ayant les radiales petites ou profondément placées, présentent un pouls grôle et qui frappe mollement le doigt ; d'autre part, il est beaucoup d'individus, un grand nombre de vieillards surtout, dont les artères sont roides ou ossifiées, et qui ont alors un pouls ample^ dur, vibrant, sans que pour cela ils soient pléthoriques. Nous rappelons seulement ici, et nous dirons plus tard avec quelques détails, que beaucoup de médecins confondent, surtout chez les femmes grosses, la pléthore et certaines formes de la chlorose ; mais à l'occasion de Tanémie, nous indiquerons la manière d'éviter une erreur toujours très-préjudiciable.
Pronostic — Le pronostic de la p éthore n'est presque jamais fâcheux : il le deviendrait pourtant, si la pléthore, récidivant fréquemment, s'accompagnait d'un état de congestion permanente du côté de quelque viscère important. ^
tUologie. — La pléthore, rare dans l'enfance et dans l'adolescence, est plus commune dans la période moyenne de la vie. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes, ce qui s'explique par leur vie sédentaire, parles troubles de la menstruation, et enfin parce qu'en raison de l'hémorrhagie mensuelle qu'elles ont, la sanguificalion est beaucoup plus active chez elles. La grossesse est généralement regardée comme une cause extrêmement fréquente de pléthore pour la fenune ; ce qu'on attribue à la suppression des règles, au défaut plus complet d'exercice, à une
alimentation plus abondante ; mais il ne faut pas oublier qu'on a exagéré cette fréquence et rattaché à la pléthore des accidents qui lui sont étrangers. La pléthore atteint rarement les honmies robustes qui se livrent à des travaux rudes. Elle affecte au contraire fréquemment les sujets sanguins, replets, obèses, au visage coloré, qui fatiguent peu, qui usent peu de leur intelligence, qui dorment beaucoup et qui se nourrissent trop substantiellement. Le printemps est la saison qui semble favoriser le plus la pléthore. Cet état se développe parfois à l'occasion de quelque cause qui excite la circulation,telle que l'exposition à une température élevée,riom)er9on dans un bain trop chaud, un excès de table, une émotion morale, la suppression d'une hémorrhagie, ou l'omission d'une saignée habituelle. 11 est enfin des individus qui héréditairement, ou en vertu d'une disposition innée ou acquise, fabriquent, quoi qu'on fasse, plus de sang qu'ils ne peuvent en dépenser, et sont atteints d'une sorte de diathèse pléthorique dont les effets sont très-variés.
Traitement. — La saignée générale est le moyen par excellence pour combattre la pléthore; on y joindra l'emploi de quelques laxatifs, des boisscms délayantes, des diurétiques, et un régime doux.
Si la pléthore récidive fréquemment, il faut astreindre les individus à on régime sévère. Leur alimentation sera surtout composée de végétaux herbacés et de viandes blanches; ils s'abstiendront de prendre des liqueurs spiritueuses et des •^ns généreux ; ils entretiendront la liberté du ventre par des lavements; ils feront tous les jours de l'exercice & pied, ils exciteront la transpiration ; enfin ils auront recours à la saignée le moins possible, car les saignées répétées, comme leshémorrhagies constitutionnelles, ont souvent l'inconvénient d'activer la sanguification, et par conséquent d'être une cause éloignée de pléthore.