‹ Traité de pathologie interneChapitre 37 sur 152 · DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

DE LA CONGESTION CÉRÉBRALE

congestions cérébrales sera un caractère distinctif de la plus grande valeur ; mais

il y a souvent à se demander si ces (roubles et surtout les convulsions ne sont pas

l'indice d^uue épilepsie? Il est inutile de dire que, lorsque l'hypérémie cérébrale

tuepromplementy il est impossible de la différencier de l'apoplexie et de la plupart

des autres causes de mort subite.

Combien il est fréquent de voir des médecins attribuera une congestion et traiter en conséquence des troubles cérébraux, qui ne sont que sympathiques d'une souffrance de l'estomac ; ce sont des céphalalgies plus ou moins périodiques, des vertiges, de la sonmolence, accidents très-communs en effet dans la dyspepsie. 11 ne faut donc jamais négliger d'interroger les malades sur l'état de leurs fonctions^ digestives toutes lesfois qu'on observera vers le cerveau des troublesqu'on pourrait à la rigueur rattacher à une congestion (voy. Dyspepsie). Il faut aussi explorer le cœur, car j'ai vu souvent des vertiges subits dépendre d'un trouble de la circulation. Si les malades savent analyser leurs sensations, ils diront que le trouble cérébral a été précédé de palpitations ou d'un arrôt des pulsations cardiaques. Il y a ici lipothymie, syncope même parfois, mais non congestion ; aussi les malades, au lieu d'avoir la figure rouge, animée, pûlissent subitement (voy. Syncope). Nous verrons enfin en traitant des névroses^ qu'il existe un vertige purement nerveux, indépendant de tout trouble circulatoire appréciable vers le cerveau ; nous renvoyons à Tarticle spécial que nous avons consacré à cet état morbide dans le tome H.

Je serais porté à rattachera une forme de congestion cérébrale l'affection connue sous le nom de calerUurey observée, dit on, fréquemment à bord des navires qui naviguent sous les tropiques. Cette maladie serait caractérisée par un délire violent, survenant brusquement au milieu de la nuit, avec cris, vociférations, agitation extrême et hallucinations. Ces accidents disparaîtraient rapidement sous l'influence de saignées copieuses. Avouons pourtant que nous manquons encore d'autopsies qui puissent nous permettre d'établir quelle est la véritable nature de la calenture. Ajoutons que, dans ces derniers temps, quelques-uns des médecins les plus distingués de la marine, juges très-compétents, et en tête M. Leroy de Mérjcourt, ont nif l'existence de la calenture et ont soutenu qu'on avait, à tort, imposé ce nom à quelques formes de délire dont on n'avait point recherché la cause (1) : c'est donc là un sujet d'études à poursuivre.

Pronostic. — La congestion cérébrale est toujours un accident sérieux, môme lorsqu'elle est légère ; car, bien qu'elle ne compromette pas alors l'existence, elle est suyette à récidive, et elle finit par amener de graves désordres dans la texture et dans les fonctions de l'encéphale. Celle qui est assez forte pour produire le coma, la paralysie ou des convulsions, est doublement fâcheuse, puisqu'elle compromet immédiatement l'existence. Toutes choses égales d'ailleurs, la congestion est plus à, craindre chez les vieillards que chez l'adulte, parce que, chez les premiers, elle produit plus souvent que chez les autres des hémorrhagies ou des ramollissements consécutifs, maladies auxquelles la vieillesse prédispose ; elle a aussi une gravité spéciale chez les aliénés, parce qu'elle les conduit à la démence paralytique. Enfin, chez tous les sujets qui ont quelque lésion cérébrale, la congestion est un acddent qui vient toujours augmenter les dangers de l'affection principale.

Capaaa, — Beaucoup sont prédisposés aux congestions cérébrales par voie d'hérédité. Toutes les conditions qui augmentent la quantité du sang, ou qui font affluer ce liquide en plus grande abondance vers le cerveau, ainsi que celles qui

(I) Ardavfs générales de médecine, a-^ûi 1857.

gênent son retour vers le cœur, sont autant de causes prédisposantes ou efQcientes des congestions cérébrales. Il faut ranger dans les deux premières catégories la pléthore, la suppression d'une hémorrhagie constitutionnelle, l'anévrysme duyentriculc gauche du coeur, le mouvement fébrile, les émotions morales, les travaux intellectuels opiniâtres, Tabus des liqueurs alcooliques, une alimentation trop sncculente, une diminution dans la pesanteur atmosphérique, une chaleur ou une insolation trop intense et un froid trop vif. Ainsi, les individus qui meurent après avoir été exposés à une température élevée, ou à un froid de 8 à 15 degifés présentent surtout comme lésion cadavérique une vive injection de la pulpe cérébrale. Je dis surtout, car il est commun alors de voir simultanément une forte congestion des poumons. Cette lésion serait même prédominante d'après le témoignage de Russel (i). Le froid exerce peut-être une action plus marquée 9ur la drcalatioa cérébrale que la température contraire. C'est ainsi que de nombreux relevés statistiques, faits successivement à Paris, à Turin et en Hollande, ont prouvé que les congestions cérébrales avaient leur maximum de fréquence en hiver.

Les causes principales qui produisent l'hypérémie du cerveau mécaniquement, en empêchant le retour du sang vers le cœur, sont : lesefiotts violents, les ligatures et toutes les pressions exercées sur le cou. C'est le plus souvent à une eonstriction de cette partie, par le col utérin ou par le cordon ombilical, qu'il faut attribuer les accidents que Ton observe chez beaucoup d'enfants au moment de la naissance, et qu'on désigne communément sous le nom d*asphtjxiey bien que, dans la plupart des cas, ils ne dépendent que d'une congestion encéphalique. Les professions qui forcent à tenir la tété dans une position déclive ; les maladies du cœur, surtôot celles du ventricule droit; les anévrysmes de l'aorte, ceux du tronc bracMocéphalique et des carotides, lorsqu'ils exercent une compression sur les vctoes jugulaires et cave supérieure ; enfin le rétrécissement ou l'oblitération d'un ou de plusieurs sinus de la dure-mère, quelle qu'en soit la cause, amènent «ouveht une congestion cérébrale. C'est encore par suite d'uAe gêne de la circulation qu'il iàttt expliquer le développement des congestions cérébrales qui surviennent dans les asphyxies par l'acide carbonique et par l'oxyde de carbone. Les substances narcotiques, stupéfiantes, comme l'opium, la belladone, l'alcool, le tabac, etc., pn»^ en trop grande quantité, peuvent aussi déterminer une forte hypérémie cérébrale. On a dit que chacune de ces substances avait une action élective sur une partie spédale du cerveau : d'après M, Flourens, Topinm agirait sur les hémisphères, l'alcool sur le cervelet, la belladone sur les tubercules quadrijumeaux. liais aucun résultat recueilli sur l'homme n'a encore confirmé ces assertions, qui ne se tondent que sur quelques expériences, peu concluantes d'ailleurs, tentées sur les animtw» A différentes reprises, on a vu les congestions cérébrales sévir d'une manière presque épidémique. Il n'y a encore aucun relevé statistique qui démontre le degré de fréquence relative des congestions cérébrales dans les deux sexes et auxdHKrents ûges de la vie ; toutefois tout porte à croire que cette maladie est plus spéciale aux hommes qu'aux femmes, à Iftge adulte et surtout à la vieillesse, tandis qu'elle est rare à toutes les périodes de l'enfance.

La congestion cérébrale est souvent symptomatiquede lésions plus ou moins gwîcs du cerveau; on l'observe souvent, en effet, chez des individus atteints de tumeois intra-crfiniennes, de ramollissements, de foyers hémorrhagiquesen réparation ;cU* est commune aussi dans les maisonsd'allénés, surtout chez les déments paralytiques.

(1) Encyclographie des sciences médicales, 1836.

DE LA CONGESTION RAGHIOIENNE. - 20i

Traitement. «- Le traitement sera prophylactique oa curatif. Les individus prédisposés ou sujets déjà aux congesticraB cérébrales ne devront pas séjourner dans les lieux dont la température est trop élevée ou trop froide ; ils useront modérément des plaisirs vénériens ; ils éviteront les émotions morales, les contentions d'es^^t et les exercices violents^ Ils seront sobres et banniront de leur régime les boisscms et les aliments doués de propriétés stimulantes ; ils entretiendront la liberté do ventre à l'aide de laveioents, ou bien on leur administrera de temps en temps quelques piUiles d'aloès, qui auront le double avantage de provoquer des selles et de déterminer vers le rectum un mouvement fluxionnaire ou un flux héraoïrhoîdal. On évitera que le cou ne soit trop serré par des cravates ; on proscrira toutes les coiffures qui pourraient congestionner la tête ; les pieds seront, au contraire, tenus le plus chaud possible et à l'abri do l'humidifé. La construction du lit mérite aussi de âxet l'attention du médecin : il faudra bannir les. oreillers de plume, et les remplacer par des oreillers de crin ou de paille d'avoine; enfin, le lit formera un pkn fortement incliné de la tête au pied. Lorsque, malgré ces précautions, la congestion cérébrale se déclare, on emploiera la série de moyens dont j'ai parlé dans mes généralités : saignées générales, révulsifs sur les extrémités, puripftliis dra^qves. D'ailleurs, le traitement de celte maladie ne différant pas de celui de l'apoplexie, je renvoie, pour plus amples détails, à celle-ci. Je dois pourtant ^i^ un mot de l'emploi des émissions sanguines, sur lequel régnent quelques dissidences. Si tout le monde est d'accord pour conseiller la saignée générale, beaucoup blfim^ol l'emploi des saignées locales faites dans le voisinage de l'organe congestionné ; on craint que des sangsues mises derrière les apophyses mastoïdes, loin de.eoaiballre k congestion, ne la provoquent ou ne l'augmentent. Cette appréhension eeiftit loBâée si l'on n'appliquait qu'un petit nombre de sangsues, et si Ton n'obtenait qu'un faible suintement de sang; mais si, au contraire, on met d'emblée vingt à trente sangsues, et si Ton provoque un écoulement considérable de sang, on produira sûrei&entle dégorgement des vaisseaux cérébraux. On parviendra au même résultat eâ entretenant pendant douze, seize ou vingt-quatre heures, un écoulement cpntinu par l'application de deux, quatre ou six sangsues qu'on rem- , place par d'autres aussitôt que les premières sont tombées. Ce dernier moyen est peut-être celui qu'il faudra préférer dans le cas de congestion cérébrale mécanique^ comme lorsqu'une tumeur quelconque, comprimant les veines jugulaires, empêche le retour du sang vers le cœur.

Les eaux minérales ne conviennent guère aux individus dont nous parlons, cqtendant on pourrait mettre à profit les vertus purgatives de quelques-unes pour combattre des congestions habituelles ou répétées; les eaux de Niederbronn, prises en boisson, pourraient être utiles dans la forme chronique de la maladie.

Page 1