‹ Traité de pathologie interneChapitre 44 sur 152 · DE LA CONGESTION DU FOIE · texte numérisé non relu

DE LA CONGESTION DU FOIE

opinion. M. Monneret insiste surtout sur le caractère des accès fébriles qu'on observerait. D'après lui, ces accès seraient remarquables parce qu'ils surviendraient dans la soirée et pendant la nuit, qu'ils n'auraient ni une grande acuité, ni une longue durée, qu'ils seraient souvent incomplets par l'absence d'un ou de deux des stades, de telle sorte que si l'attention n'était pas éveillée, ils seraient aisément méconnus.

L'hypérhémie du foie a une durée très-inégale, suivant les cas. Elle peut en effet se terminer en quelques instants, ou se prolonger d'une manière indéfinie. Si elle est aiguë, si elle est primitive, elle peut se dissiper en quelques heures ; souvent il suffit d'une large saignée pour amener une diminution considérable dans le volume de l'organe, ainsi qu'on peut s'en convaincre par la palpation et par la percussion. Cette diminution rapide peut aussi avoir lieu spontanément à la suite d'un flux hémorrhoîdal. Dans les maladies du cœur, le foie congestionné passivement peut aussi revenir à son état à peu près normal, lorsque, par le repos et par l'emploi des agents dont la thérapeutique dispose contre elles, on est parvenu à diminuer la gène de la circulation. Ces variations de volume sont d'autant moins marquées que la maladie est plus ancienne.

L'hypérhémie hépatique est une affection qui récidive facilement, et peut, dii-on, entraîner à sa suite des lésions plus ou moins graves du côté du foie ; on a cité les abcéSy l'hypertrophie, et divers produits accidentels, mais rien ne prouve qu'il en soit ainsi. Il est, au contraire, commun de voir des congestions répétées du foie amener l'atrophie de l'organe. On a cité quelques cas d'hémorrhagie dans la sub* stance hépatique consécutivement à une forte h7pérhémie,mai8 on comprend, vu la structure de l'organe, que cet accident doive être fort rare. Une hémorrhagie interstitielle d'ailleurs ne présente de gravité que lorsque les noyaux ou les foyers sont volumineux ou nombreux, et surtout lorsque le foie déchiré jusqu'à sa surface permet au sang de s'épancher dans le péritoine, les malades peuvent alors périr d'hémorrhagie, d'autres par l'inflammation de la séreuse abdominale.

Bia^ostic. — Il serait impossible de diagnostiquer une simple congestion du foie, de la distinguer, par exemple, d'une hypertrophie, si 1 on ne pouvait se convaincre que l'augmentation du volume de l'organe a été brusque ou du moins trèsrapide. La saignée générale, qui amène parfois une diminution du viscère par suite de la déplétion qu'elle produit dans le système circulatoire, sera aussi une circonstance qui démontrera d'une manière certaine que l'augmentation de volume du foie dépend d'une hypérhémie, et nullement d'une lésion de nutrition. Dans la forme chronique, et surtout lorsqu'il y a dépérissement, il faut (bien que la congestion puisse à la rigueur expliquer ces phénomènes) redouter quelque lésion plus proCuide, surtout des abcès qui se forment souvent d'une manière obscure : c'est ce qu'on remarque surtout dans les pays chauds. «

Pronostic. — Les congestions hépatiques, quoique entraînant après elles beaucoup de malaise et un grand nombre de troubles fonctionnels, offrent cependant très-rarement un danger, du moins dans ce climat ; il n'en est pas de même sous 4es latitudes plus chaudes. Cependant des congestions souvent répétées ou bien ane congestion habituelle peuvent devenir dans notre pays la cause d'un vice de nntrition irrémédiable : l'atrophie avec cirrhose.

Traitement. — Les saignées générales et les applications de sangsues à l'anus sont deux moyens efficaces pour dégorger le foie. Les révulsifs sur la peau et les purgatifs surtout, en excitant la sécrétion biliaire, peuvent agir de la même manière ; nyds leur action est moins certaine, et peut-être même si on les employait

T. I. — (N iDlT. 14

trop fréquemment, ou si Ton prenait les plus énergiques, produirait-on un effet contraire à celui qu'on se propose. On insistera sur un régime doux, sur rempkâ de quelques bains alcalins et de l'eau de Vichy à l'intérieur.

Dans la forme chronique de la maladie, aucun moyen de traitement ne pourrait être comparé, pour l'efficacité et la promptitude, à l'action des douches froides ; c'est ce qui résulte des faits intéressants publiés par M. Fleury, dans son liFre et dans le Moniteur des hâpiiaux (année 4855). Ces douches, qu'on graduera suivant leurs effets, seront données sur l'hypochondre droit, et même généralisées pour obtenir une révulsion plus puissante. On emploiera avec non moins d'avantage les eaux alcalines et fondantes, comme Vichy, Hombourg, Kissingen, Carlsbad.

Page 1