‹ Traité de pathologie interne et de thérapeutiqueChapitre 228 sur 247 · SYPHILIS CONGÉNITALE OU HÉRÉDITAIRE · texte numérisé non relu

SYPHILIS CONGÉNITALE OU HÉRÉDITAIRE

abondante sécrétion produisent un ronflement particulier presque pathognomique pour la syphilis congénitale, ce qui fait que l'on ne risque guère de se tromper si l'on se base sur ce symptôme et sur l'état particulier de la peau pour poser le diagnostic d'une syphilis congénitale, en supposant même que les autres symptômes fassent encore défaut. Dans la plupart des cas, il se joint au coryza bientôt un exanthème qui, partant le plus souvent du pourtour de l'anus, s'étend aux parties génitales, aux cuisses, aux fesses et au sacrum, mais qui peut aussi envahir d'autres régions, par exemple, la face. Cet exanthème montre des transitions insensibles de la forme maculée à la forme populeuse et squameuse. Les différentes taches, dont la grandeur varie entre celle d'une lentille et celle d'une fève, sont arrondies, d'une teinte cuivrée ou rouge tirant sur le jaune, elles deviennent tout à fait jaunes sous la pression du doigt, et sont disséminées ou confluentes. Au commencement elles ne dépassent pas le niveau de la peau environnante, plus tard, elles le dépassent un peu, mais ne sont ordinairement pas bombées dans ce dernier cas, mais aplaties et comme pourvues d'une facette supérieure. Au fur et à mesure que la maladie fait des progrès, on les trouve souvent couvertes, soit de squames épidermiques, soit d'une petite plaque cohérente qui se détache comme une pelure mince ; enfin, aux endroits exposés au contact des matières fécales et de l'urine, elles sont transformées en excoriations. Un symptôme presque constant de la syphilis congénitale, c'est, en outre, la production de rhogades aux points de transition entre la peau extérieure et les muqueuses, surtout à la bouche et à Yanus. Souvent on s'aperçoit très-bien que les enfants craignent de se servir de leurs lèvres gercées et saignant au moindre effort pour teter, et qu'ils ne peuvent les contracter ni pour rire ni pour pleurer. Les profondes fissures qui entourent l'anus rendent aussi la défécation très-douloureuse, et les enfants pleurent et se lamentent à chaque évacuation. Aux rhagades à l'anus s'ajoutent assez souvent des condylomes, et dans les cas négligés il se produit entre les fesses et quelquefois même dans le pli de l'aine et à d'autres endroits du corps, où l'intertrigo se manifeste chez les enfants sains, de vastes ulcères plats d'une forme particulièrement irrégulière et anguleuse ; les ulcères ne sécrètent qu'un produit rare qui se dessèche en une croûte mince, colorée en brun rouge par un mélange de sang. — Comme nous l'avons dit plus haut, il est rare, que la syphilis congénitale se jette sur les os ; cependant on cite quelques cas où les ulcères généralement superficiels de la muqueuse nasale oui envahi tes tissus profonds et ont amené déjà dans la première année la destruction des os du nez et l'affaissement de cet organe. Dans d'autres cas, également rares, la syphilis passe inaperçue dans le cours de la première année ou devient latente à la suite du traitement employé et seulement vers l'époque de la puberté elle éclate sons la forme maligne du lupus syphilitique ou des maladies osseuses syphilitiques. — A l'autopsie d'enfants qui oui succombé ^

la syphilis congénitale ou qui, nés de mères syphilitiques sont venus morts au monde, on trouve quelquefois des troubles caractéristiques de la nutrition dans les organes internes, surtout dans le foie et le poumon, rarement dans le cerveau; les troubles se bornent, dans le foie, ordinairement à une induration diffuse et uniforme, formant la terminaison d'une hépatite simple, non gommeuse. Dans le poumon, on observe des nodosités dont la grosseur varie entre celle d'un pois et celle d'une noix, à centre caséeux, aussi bien qu'un épaississement diffus décrit pour la première fois par "Virchow sous le nomd'hépatisation blanche, et qui dépend d'une accumulation, dans les alvéoles, de cellules épithéliales très-abondantes, ayant en partie subi la dégénérescence graisseuse. Dans le cerveau, Schott a trouvé, dans un cas de syphilis congénitale, des tumeurs gélatiniformes, ayant les dimensions d'une noisette, et dont le siège était à la face inférieure des deux lobes antérieurs du cerveau. Enfin, on a vu, dans un certain nombre de cas, des abcès dans le thymus considérablement augmenté de volume.

§ 3. Traitement.

Tous les remèdes ont échoué jusqu'à présent contre la syphilide bulleuse des enfants nouveau-nés. — Dans la seconde forme de la syphilis congénitale, que nous avons décrite, on obtient, au contraire, sous l'influence d'un traitement rationnel, des résultats très -favorables. Les moyens les plus recommandables et le plus souvent mis en usage, consistent dans l'administration de petites doses de calomel (un demi-centigramme soir et matin), et en frictions avec de l'onguent mercuriel (journellement ou tous les deux jours 30 à 50 centigrammes). Il n'est pas permis d'attendre le commencement de la salivation, il faut au contraire suspendre le traitement aussitôt que Fou remarque une amélioration notable des phénomènes morbides, et recommencer le traitement dès que cette amélioration semble subir un temps •d'arrêt. Un fait très-important, c'est de chercher à soutenir les forces de l'enfant par une nourriture aussi fortifiante que possible; mais on ne peut guère songera mettre l'enfant au sein d'une nourrice, parce que. l'on expose cette dernière au danger de la contagion. — Le fait si souvent observé qu'un enfant atteint de syphilis congénitale infecte rarement sa mère, mais souvent sa nourrice, trouve une explication toute simple dans cette circonstance, qu'ordinairement la mère est déjà atteinte de syphilis, ce qui la met h l'abri d'une infection nouvelle.

APPENDICE

Page 1