ÉPANCHEMENTS SEREUX DANS LE CRANE NON OSSIFIÉ
lerslices membraneux ou même par la formation d'os interstitiels surnuméraires. La voûte crânienne, très-amincie avant l'ossification, devient souvent fort épaisse par la suite, et, dans beaucoup de cas, ces crânes conservent une forme asymétrique ou remarquablement sphéroïdale.
Beaucoup d'enfants, venus au monde avec une hydrocéphale, meurent en naissant ou immédiatement après. Chez d'autres, il n'est pas possible de trouver des phénomènes morbides pendant les premières semaines de l'existence, à moins que le crâne ne soit déjà augmenté de volume à cette période. Cela s'explique soit par la difficulté d'apprécier à cet âge les fonctions cérébrales, soit par la souplesse et la distension lente du crâne. Si une transsudation aussi abondante se faisait dans le crâne ossifié, les symptômes les plus graves ne se feraient pas attendre.
Pendant toute la première année de l'existence l'agrandissement continu du crâne et la difficulté toujours croissante pour l'enfant de soutenir la tête, constituent ordinairement le symptôme le plus saillant et le seul symptôme caractéristique. Si l'agrandissement delà tête fait défaut ou s'il est tellement insignifiant qu'il passe inaperçu, la maladie est méconnue pendant tout le cours de cette première année. La mère s'étonne que l'enfant après avoir atteint l'âge de neuf mois ou plus, continue de se gâter, qu'il n'essaye pas de marcher ni de parler; elle espère encore qu'il ne s'agit là que d'un retard du développement; c'est à peine si elle songe à consulter le médecin, qui, lui-même, la tranquillise souvent par des paroles rassurantes. Mais l'étrangeté dans la manière d'être de l'enfant devient de plus en plus frappante. Avant tout, on remarque un air grimaçant par lequel le petit malade manifeste sa joie ou ses craintes. Sous l'influence de ces émotions, l'enfant pousse des cris aigus, se livre à d'affreuses contorsions de la face et agite les extrémités. La première année de la vie se passe et toujours l'enfant continue de mettre dans la bouche tous les jouets qu'on lui présente, parce qu'il ne sait pas en faire un autre usage, tandis que d'autres enfants de son âge savent déjà s'en servir avec intelligence. L'œil ne fixe aucun objet qu'on lui présente, mais il erre vaguement dans l'espace. Sur sa physionomie l'enfant ne laisse apercevoir aucun intérêt pour les objets qui l'entourent et il se distingue par un ait' hébété et slupide; souvent la bouche entr'ouverte laisse écouler continuellement de la salive. Beaucoup de ces enfants n'apprennent pas à marcher. Si on essaye de les y pousser, ils croisent les jambes au lieu de les mettre l'une devant l'autre. D'autres, qui apprennent à marcher conservent une démarche si mal assurée et si lourde qu'ils tombent avec la plus grande facilité et n'osent pas même franchir le
seuil le plus bas d'une porte. Dans les organes des sens, on ne remarque souvent aucune anomalie. Une dureté apparente de l'ouïe se reconnaît aisément à une observation plus attentive pour un simple manque d'attention. Il est difficile d'apprécier l'odorat et le goût de ces enfants presque toujours assez voraces; la vue reste ordinairement intacte, mais souvent on observe du strabisme et une dilatation des pupilles.
Dans les cas où la tête augmente rapidement et considérablement de volume, on reconnaît la maladie plus facilement et plus tôt, bien que précisément dans ces cas les symptômes que nous venons d'en uni érer soient ordinairement moins développés qu'en cas d'agrandissement modéré ou nul de la tète. Cette petite face de vieillard qui n'est pas en harmonie avec le vaste développement du crâne et qui forme avec lui un triangle s'effilant vers le menton, les veines dilatées qui rampent dans la peau, surtout dans es régions frontale et pariétale, les cheveux minces qui couvrent le large vertex, les jambes souvent rachitiquement déviées ou une taille rabougrie, enfin les efforts faits continuellement par les enfants pour maintenir droite la tête qui obéit à la pesanteur et retombe de chaque côté, tel est le tableau aussi triste que caractéristique, offert par la maladie.
La marche de la maladie, abstraction faite des accès de convulsions intercurrentes que l'on observe fréquemment, est tantôt uniformément progressive, de telle sorte que les symptômes deviennent de plus en plus intenses jusqu'à ce que la mort finisse par arriver au milieu d'une paralysie générale lentement développée, tantôt inégale, de telle sorte que les symptômes s'aggravent à de certains moments et restent stationnaires ou semblent môme s'améliorer à d'autres. Enfin il n'est pas rare que la maladie, après s'être élevée jusqu'à un certain niveau, reste à ce niveau ou que même une partie des troubles existants viennent à disparaître. Jamais les symptômes ne s'amendent au point qu'il y ait un retour complet à l'état normal, et l'enfant conserve surtout toujours une certaine faiblesse intellectuelle, quelquefois, il est vrai, assez peu prononcée.
L'issue la plus ordinaire de la maladie est la mort. Souvent cette dernière arrive déjà dans la première année, amenée soit par la maladie elle-même, soit par les convulsions suivies de coma, soit enfin par les complications. La diminution croissante de l'espace intracrànien se fait remarquer plus tôt quand le crâne est ossifié que dans le cas opposé (voy. plus haut) et l'enfant court de plus grands dangers quand la tète a son volume normal que dans les cas où elle est fortement distendue. Il est très-rare que la mort soit déterminée par la rupture des ventricules dilatés et des parties molles qui les couvrent, rupture soit spontanée, soit consécutive à une chute ou à une contusion. — Bien peu de malades dépassent l'âge de la puberté et trèsrarement on les voit arriver à l'âge moyen de la vie.