‹ Traité de pathologie interneChapitre 264 sur 277 · Miasmes. — Les exhalaisons des · texte numérisé non relu

Miasmes. — Les exhalaisons des

marais, vulgairement ”2'asmes, imitent en quelque sorte la violence de la foudre ; ils repversent, en effet, parfois les hommes les plus sains et les plus robustes, si bien que pendant un certain temps on les dirait à l’agonie; pendant un certain temps, dis-je, car la maladie revient ordinairement par accès. C’est pourquoi on lui donne le nom de fièvre intermillente, pernicieuse ; ! syncopale (8). Cette maladie conserve d'ordinaire le type d’une fièvre tierce ou double tierce ; souvent le malade, sans éprouver de douleur, se sent gravement frappé, voit ses forces languir, s'épuiser sans cause manifeste, et il éprouve des défaillances, soit qu’il veuille se retourner d’un côté sur l’autre ou remuer seulement sa main. Îl prend alors un faciès cadavérique, une couleur plombée ; ses yeux sont à moitié fermés et l’on n’en voit que le blanc ; la respiration est élevée et le décubitus en supination, immobile (9). À près avoir éloigné les complications, s’il y a lieu, on dovnera l'écorce de quinquina comme dans les autres fièvres pernicieuses (10), si l’on ne veut pas voir le malade enlevé au second ou au troisième accès.

(6) Humbold, Versuche uber die gereitzte Nervenfaser. Berlin, 1797.

(7) P. n,t.1v, c. xur, (68, n. 2.

(8) Synonymes. Amphimerina syncopalis, tritheophia syncopalis, syncope fiévreuse, fièvre syncopale.

(9) Torti, Therapeutica specialis ad febres periodicas perniciosas. Venet., 47352, 1. 1v, c. 1, p. 210. |

2. Contagion. — Les fièvres continues causées par la contagion (11) surviennent quelquefois aussi avec des lipothymies, et dans certains cas sont guéries par elles (12).

3. Narcotiques. — Nous avons exposé dans un autre endroit de cet ouyrage (13) ce qui a trait aux défaillances causées par les narcotiques, nous aurions dù aussi faire mention des semences de colchique (14) et des tiges de douceamère (15).

$ VI. Defaillances nerveuses occasionnées par la vapeur du charbon.

1. Notion préliminaire. — Les mines de charbon de terre et les charbons allumés font tomber en lipothymie ceux qui s’exposent à leur action pendant la veille, et produisent l’asphyxie pendant le sommeil,

(11) Senac, De corde, 1. rv, c. x11, p.

548. Annales de la Société de médecine de Montpellier, &. xxv, p. 367. |

(12) J.-P. Frank, 1. c., p. 45. (IL raconte l’histoire d’une maladie qu'ila eue.

L'asphyxie dura quatre heures.)

(13) P.n, t, 1, C. xxY.

(14) Un chirurgien distingué de Vienne, tourmenté de douleurs arthritiques, fit venir d'Angleterre de la teinture de çolchique préparée au yin de Madère, La bouteille qui la contenait fut mise à la caye et oubliée dans un déménagement.

Un domestique l'ayant trouvée par hasard en 1823, au mois d’octobre, fa prit pour de bon vin, et la but avec sa famille; deux personnes en moururent.

(15) Au mois de mai 1819, une dame de haut rang, affectée d’un engorgement glandulaire à la mamelle, prit chaque

jour, sur mon ordonnance , une infusion”

de deux gros de tiges de douce-amère dans une livre d’eau. Mais après la sixième dose, la malade éprouya à plusieurs reprises des lipothymies. Pensant que la douce-amère produisait cet effet, je la supprimai. Les lipothymies ne reparurent plus depuis. Plusieurs jours après je renouvelai ma prescription pour l’expérimenter; elle eut les mêmes résultats. Sur un cas de lipothymies occasion.

nées par des pilules de eynoglosse, lisez les Ephem. nat. cur., dec. ni, an. 6, obs.

202; et au sujet d'un autre dû à l’opium, et guéri par l'application de la glace sur l’abdomen et les lavements froids, Mich. Portal, dans le Journal de médecine, chirurgie et pharmacie, 1815, juin, p.456. ;

MALADIES DU DIAPHRAGME

2. Symptômes. — Les lipothymies, après un violent malde tête, des bourdonnements d'oreilles, de la tendance au sommeil, surviennent avec prostration des forces et vomissements; les asphyxies s’'annoncent par un sentiment d'anxiété pendant le sommeil, le malade étant dans l'impuissance d’exercer des mouvements volontaires (16). Avant que l'asphyxie devienne complète, les malades tombent comme les apoplectiques, sans présenter cependant des signes de paralysie. — La face est rouge et livide; la respiration stertoreuse; les sphincters ne fonctionnent plus; le pouls est tantôt fort et lent, tantôt fréquent et misérable ; plusieurs éprouvent des vomissements.

3. Autopsie cadaverique. — Les cadavres présentent (17) une lividité presque générale ; les yeux rouges, quelquefois la bouche écumeuse; la membrane de Schneider ; les muscles de la tête et de la face, l’enveloppe du crâne, tou :

jours d’une couleur de pourpre ; les méninges et le cerveau dans leur état normal; les vaisseaux sanguins de l’encéphale quelquelois dilatés, gorgés de sang ; la membrane muqueuse de la trachée et des bronches irès- rouge, les poumons sains, l'aorte vide, la veinecave pleine de sang, le sang artériel ef veineux également noir et fluide (18):

4. Causes occasionnelles.—Quarantetrois cas d’asphyxies par la vapeur de charbon que j'ai recueillis pendant dix-

(16) C’est ce que m'ont raconté quelques personnes que j'ai guéries d’asphyxie. :

(17) J'ai moi-même ouvert plusieurs cadavres; Lobenwein en a ouvert d’autres. Les observations de ce dernier sont contenues dans : Pamietnikow Toarzystwa lekarskiego Wilenskiego, vol. r, Wilna, 1818, p. 145, — Adelmann, Medicinisch-gerichiliche Untersuchung be- M treffend einige durch Kohlendampf vers ungluckte Menschen (Rheinische Jahrbucher, 5 B., 2 st., p. 155). (Le tube intes:

tinal fut trouvé enflammé et gangrené).M — Schenk, Obducitionsbericht eines“ durch Kohlendunst ums Leben gekommenen Ehepaars, in Archiv. fur med.

Erfahrung von Horn, eic., 1823, jan. !

febr., p. 93. (Tube intestinal à l’états normal. Téguments de la tête gorgés de’ sang rouge. Face pâle, non tuméfiée.

Température des cadavres semblable à celle des autres. Membres rigides.) |

(18) Bern, L. ç,, p.415. k.

neuf ans de pratique à Vilna avaient été produits par des fourneaux dits dé Sveccius (19), parce que le tuyau qui donne issue à là vapeur du charbon avait été fermé trop tôt, soit par hasard, soit avec ‘réflexion (20). En France et en Italie le même accident a été déterminé par des charbons allumés que l’on avait transportés dans de petites chambres, des dortoirs ou d’autres endroits fermés, et on l’a décrit comme rare (21).

5. Diagnostic, — La vapeur du charbon est nuisible au corps humain par deux raisons, soit à cause du dégagement de gaz acide carbonique qui lèse la res-

piration, soit à cause d’un principe nar-

cotique pernicieux au système nerveux et surtout au cerveau. — Les effets vé-

néneux de la vapeur du charbon $ont produits plutôt par le principe narcoti-

que du gaz que par le gaz lui-même.

Nous avons observé, en effet, que quand plusieurs personnes se trouvent couchées sur différents lits placés dans un même lieu dont l'air est alléré par la vapeur du charbon, celles qui occupent

les lits les plus élevés souffrent plus que

les autres : or, le contraire devrait avoir lieu s’il était vrai que le gaz acide carbonique füt la cause principale de l’asphyxie. Nous avons également vu des

EEE]

(19) Sous le nom de fourneau de Sveccius, on entend un fourneau à l’aide duquel on peut brûler du bois dans une chambre. Il a dès lors le double avantage de remplacer la cheminée, et de renouveler admirablement l’air de l’appartement. Maïs l’occlusion du conduit destiné à donner issue à la vapeur du charbon peut occasionner des maux infinis, quand elle a lieu avant que le combustible soit entièrement brûlé.

(20) Les paysans lithuaniens aiment beaucoup la fumée dans leurs ‘cabanes, mais cette fumée est produite par du bois enflammé. Lorsqu’'en hiver ils vont habiter la ville, dans des chambres garnies de fourneaux de Sveccius, ils ferment à l'heure du sommeil (éternel) le tuyau qui donne issue à la vapeur du charbon, afin d'obtenir de la fumée.

(21) Histoire de l’Académie royale des sciences, an. 4701, p. 18.—Buquet, dans les Mémoires de la Société royale de médecine, an. 1776, p. 183. — fermant, Mémoires sur les effets funestes du char-

bon allumé.—Portal, Rapport sur les ef-

fets des vapeurs méphitiques dans le

hommes bien portants entrer dans des lieux remplis de vapeur de charbon et y rester tout le temps nécessaire pour en retirer des individus asphyxiés sans éprouver aucun mal; ce qui n’eût pu avoir lieu dans une atmosphère tout-àfait impropre à la respiration. Rién d’ailleurs ne démontre plus clairement que l'influence vénéneuse de la vapeur du charbon péut s'exercer sans nuire à là respiration , que les expériences. faites sur les animaux, lesquels n’ont pas moins péri, bien qu’on eût soin dé mettre leurs têtes hors de l'atmosphère méurtrière (22).

Les qualités vénéneuses de la vapeur du charbon ne sont nulle part plus évidentes que chez les enfants que nous avons vus Saisis d’inquiétudes, de fièvre avec coloration de la face, et de vomissements violents, dans une chambre où il existait à peine quelques traces de vapeur carbonique. Toutefois, atténdu que ces symptômes sont communs à la dentition Re cile et à l’encéphalite , on prendra garde d'attribuer à la vapeur du charbon les effets de ces maladies.

6. Pronostic. — Si l’on ne retire trèspromptement le malade de l'atmosphère souillée par la vapeur du charbon, la maladie jette des racines si profondes que la guérison devient très-problématique, alors même que l’asphyxie n’était pas complète. Nous avons pu cependant uné fois sauver sept militaires asphyxiés sur neuf (23). Ceux-là sont toujours moins gravement affectés qui vomissent soit spontanément, soit par les secours de l’art; et l’on doit dès lors regarder comme un {rès-mauvais signe quand l’émétique donné à haute dose reste sans effet. Au surplus, on tire le pronostic principalement de l’état de la sensibilité générale et de la respiration; parfois il arrive que la têle étant assez libre, une fièvre qui présente des signes typhoïdes et se complique avec une bronchite, menace les jours du malade. Cette action simultanée de la vapeur carbonique sur le système nerveux et sur la membrane muqueuse qui tapisse les voies aériennes offre de la ressemblance avec quelques fièvres contagieuses.

7. Traitement. — Une méthode de traitement que notre propre expérience

(22) Carminati, De animalium ex mephitibus et noxiis halitibus interitu, ejus-

corps de l’homme, p. 4, 2, 3. —1J,-P. que causis. Laude Pompeja, 1779.

Frank, L, (A P: 192,

(25) En 1806 à Vilna.

a souvent confirmée est la suivante. Le malade , transporté au grand air aussi promptement que possible, sera dépouillé de ses vêtements et placé sur une table la tête un peu élevée. S'il y a quelques traces de pouls, on pratiquera aussitôt une saignée de la jugulaire ou de la veine médiane ; en même temps de nombreuses sangsues seront appliquées aux tempes et derrière les-oreilles. La face et le reste du corps du malade seront aspergés d’eau fraiche et de vinaigre, et l’on essuiera les parties mouillées avec une étoffe de laine. — Les paumes des mains et les plantes des pieds seront seules frottées avec une brosse. On administrera un lavement composé d’eau froide, de vinaigre, de sel; les clystères de fumée de tabac seront proscrits à bon droit, attendu qu’ils distendent les intestins, compriment les poumons et sont d’ailleurs doués d’une vertu narcotique (24). Si le malade peut avaler et s’il vomit spontanément, mais peu, on lui fera prendre une solution de tartre émétique (25). Ils se trompent grossièrement ceux qui enseignent qu'on ne doit pas exciter CCR PRES, SRE TER

(24) Portal, I. c.

(25) Il faut en donner une forte solution, par exemple trois grains pour deux onces d’eau distillée. Le malade la prendra en deux fois dans l’espace d’un quart d'heure, et on répétera la dose s’il est besoin.

Page 1