‹ Traité de pathologie interne (volume 2)Chapitre 40 sur 47 · APPEND · texte numérisé non relu

APPEND

INTOXICATION PAR LE PHOSPHORE

rouge ou amorphe ne produit aucune émanation, et il est insoluble dans les sucs gastriques.

SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC

La nécrose des maxillàires n’est observée que dans l’intoxication professionnelle ; elle est généralement considérée comme le résultat de Faction directe des vapeurs de phosphore, et non point comme l’effet d’une maladie constitutionnelle. Cette manière de voir a pour elle l’absence de cet accident dans l’intoxication thérapeutique, et l’absence des autres phénomènes issus de la dyscrasie chez les individus affectés de cette nécrose. Toutefois cet argument est moins absolu que le premier, puisque des observations positives ont établi pour quelques cas la coïncidence de la stéatose généralisée avec la lésion des maxillaires. Mais je n’ai pas à m’arrêter plus longtemps sur cette altération osseuse, dont l’étude ressortit à la pathologie chirurgicale.

L’intoxication chronique par le phosphore est caractérisée par un étal général dont les traits principaux sont les suivants. Des troubles digestifs sont les symptômes initiaux et prédominants; avec une anorexie absolue il y a une augmentation constante de la soif; la dyspepsie est habituelle, elle est constituée et par la difficulté de la digestion, et par des accès de gastralgie, dans l’intervalle desquels l’estomac reste le siège d’une ardeur pénible; les nausées sont fréquentes, il y a parfois des vomissements soit alimentaires, soit bilieux; dans ce dernier cas, les matières vomies changent de nature au bout d’un certain temps; la bile y devient de moins en moins abondante, puis elle cesse de s’y montrer; cette modification est de mauvais augure, en ce qu’elle dénote l’insuffisance de la fonction du foie, et partant la stéatose de cet organe. Le malade souffre de coliques qui augmentent après les tentatives d’alimentation, il a souvent de la diarrhée avec ou sans ténesme.

Ces phénomènes gastro-intestinaux sont liés à une inflammation chronique avec épaississement et induration des parois de l’estomac, plus rarement de l’intestin; entravant à la fois l’alimentation et l’absorption, ils restreignent l’assimilation dans une limite incompatible avec le maintien de l’équilibre organique, et bientôt le désordre de la nutrition proprement dite se révèle par un amaigrissement croissant, par la perte des forces, par l’altération de la peau qui devient sèche, terreuse, blafarde, plus tard par la chute des cheveux, Y albuminurie (stéatose rénale) et l’œdème des extrémités inférieures. Plus tôt ou plus tard surviennent des douleurs vagues dans la poitrine, et la dégénérescence du cœur et des poumons se traduit par une dyspnée habituelle, qui s’exaspère sous l’influence de la moindre cause, par des palpitations et par l’altération du pouls, qui devient petit.

INTOXICATIONS. — DYSCRASIES TOXIQUES.

dépressible, inégal et intermittent. — L’appareil (ITnnervatjon participe, cela va sans dire, à cette dégradation générale, et l’impuissance musculaire, l’apathie, l’indifférence, l’obtusion des facultés supérieures témoignent de son état de souffrance ; dans quelques cas, des déterminations plus localisées s’ajoutent à ces troubles d’ensemble, ce sont des fourmillements surtout dans les membres inférieurs, des douleurs dans les jointures (arthralgies), des parésies de siège variable, mais qui revêtent le plus ordinairement la forme paraplégique.

L’état de cachexie confirmée est presque toujours accompagné d’une fièvre quotidienne vespérale (hectique), qui précipite la consomption du patient. — La marche de cette maladie est très-lente; la mort est amenée par les progrès du marasme, ou par quelque complication pulmonaire.

Le diagnostic n’est possible que par l’anamnèse, car les phénomènes morbides que je viens d’exposer (la nécrose maxillaire réservée) ne présentent aucune nuance sémiologique qui puisse en déceler l’origine. — Le pronostic est subordonné à l’ancienneté de l’intoxication et à la persistance de la cause nocive.

En raison de l’emploi très-limité du phosphore en thérapeutique, en raison surtout des progrès de l’hygiène industrielle, cette intoxication est chaque année plus rare, et bientôt, on peut l’espérer, la description précédente ne sera plus qu’un vestige historique.

TRAITEMENT

La réserve thérapeutique, la stricte observance des règles de l’hygiène industrielle, la substitution du phosphore rouge au phosphore ordinaire, voilà les principes d’une prophylaxie qui, si elle est rigoureusement appliquée, peut être toute-puissante. Tour l’assainissement des ateliers, on peut utiliser l’essence de térébenthine, qui a la propriété de transformer l’oxygène en ozone; or l’air ozonisé brûle immédiatement le phosphore, et il constitue ainsi un moyen préservatif rationnel de l’action délétère de ses vapeurs. Ces propositions, sur lesquelles l’accord n’est pas encore établi, ont été présentées et développées avec un remarquable talent au Congrès médical international de Bruxelles (1875) par mon savant ami, le professeur Crocq.

Quant au traitement individuel, les indications et les moyens ne diffèrent pas de ceux que j’ai exposés en traitant de l’intoxication arsenicale.

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