CHAPITRE VI
I\TO\IO EI»\ ALCOOLIQUE. — ALCOOLISME (1)
GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.
Après de nombreuses oscillations entre deux théories extrêmes, celle de Liebig' qui affirme la combustion rapide et complète de l’alcool, et celle de Lallemand, Perrin etDuroy, qui en soutiennent l’élimination, et font ainsi
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de l’évolution de l'alcool une simple promenade à travers l’organisme, la science est fixée sur les points fondamentaux de cet intéressant problème. Les conclusions d’aujourd’hui diffèrent peu ou point de celles fjue j’ai exposées il y a quelque dix ans dans mes leçons cliniques de la Charité. En fait, on peut dire que l’évolution de l’alcool, ingéré cn doses non toxiques d’emblée, est la même que celle de tous les agents dont nous avons précédemment étudié les effets. Une portion, la plus petite, est éliminée rapidement par les organes sécréteurs, notamment par les reins; le reste est brûlé comme aliment hydrocarboné, et la dépense d’oxygène nécessitée par cette combustion a pour conséquence une diminution proportionnelle
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INTOXICATION ALCOOLIQUE. — ALCOOLISME
dans la combustion des matériaux protéiques, de là le rôle et la qualification d’agent d’épargne justement attribués à l’alcool comme au thé et au café par exemple. Mais celte combustion de l’alcool n’est point instantanée, et, jusqu’à destruction totale, il est en circulation dans le sang, où il a été retrouvé même plusieurs jours après que l’ingestion avait pris fin. Pendant qu’il fait ainsi partie intégrante de l’organisme, l’alcool exerce sur le cerveau une action dont l’intensité etla durée sont proportionnelles à la quantité absorbée et à l’impressionnabilité de l’individu, action d’excitation d’abord, puis de dépression et de collapsus, analogue à celle de tous les poisons anesthésiques. Celte perturbation passagère constitue P alcoolisme aigu, l’ivresse
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dans ses divers degrés; si cet empoisonnement n’est pas renouvelé, ou s’il n’est répété qu’à de très-rares reprises, tout rentre dans l’ordre une fois l’alcool éliminé ou détruit; l’organisme ne présente dans l’intervalle de ces orages ébrieux aucune modification pathologique notable. Si au contraire ces phases d’intoxication aiguë sont fréquentes, ou bien, si, sans atteindre le degré nécessaire pour produire les accidents de l’alcoolisme aigu, l’absorption de l’alcool est habituellement supérieure à la quantité qui peut être détruite ou éliminée en un temps donné par l’évolution organique, alors survient une imprégnation, qui se traduit non plus seulement par des désordres circulatoires et fonctionnels, mais par des altérations dans l’ensemble des organes; bien portant peut-être en apparence, l’individu vit suivant une modalité anormale qui constitue l’état d’alcoolisme; cette situation persistant, des symptômes adéquats aux désordres matériels apparaissent tôt ou tard, qui mettent cliniquement en évidence la triple action du poison sur nos tissus; ces phénomènes en effet peuvent être rapportés aux trois chefs principaux que voici : altération des organes glandulaires ; — action irritative sur les éléments conjonctifs; — action stéatogène sur les éléments parenchymateux. Ainsi est créé un état morbide, à évolution plus ou moins lente, dont la chronicité peut être incidemment rompue par des épisodes aig'US, C eSt l'alcoolisme elironûjiie.
Causes. — L’étiologie de l’alcoolisme aigu ne présente rien de spécial; mais la rapidité et l’intensité de l’ivresse sont en rapport proportionnel avec diverses circonstances dont les principales sont la richesse de la boisson en alcool, la vacuité de l’estomac et l’impressionnabilité individuelle. — L’alcoolisme chronique reconnaît pour cause d’abord l’ingestion quasi journalière et répétée des liquides alcooliques, pris en quantité exagérée, ensuite la présence dans ces liquides d’une forte proportion d’alcool; aussi la bière produit rarement l’alcoolisme chronique, il en est de même du vin, quoiqu’il renferme de 8 à 14 p. 100 d’alcool. L'eau-de-vie et les boissons dont la richesse en alcool varie de 40 à GO p. 100, voilà les générateurs les plus efficaces de l’alcoolisme. Les liqueurs, dont Yabsinthe et la chartreuse sont les types, produisent une variété spéciale d’intoxication, dans laquelle l’action des essences surajoutées vient se combiner, sans les obscurcir pourtant, avec les phénomènes directement issus de l’alcool. En revanche, les accidents produits par les essences sont retardés, affaiblis, et dominés par l’intoxication alcoolique. — La prédisposition individuelle a une influence positive, bien démontrée par ce fait qu’à consommation égale tous les buveurs ne deviennent pas alcooliques. — Enfin l’explosion des accidents peut être favorisée par des circonstances occasionnelles, telles que: émotions morales, débauche, alimentation insuffisante. Les individus qui travaillent en plein air, ou qui exercent une profession exigeant un grand déploiement de force, résistent plus facilement à l’action nocive des alcooliques.
INTOXICATION ALCOOLIQUE. — ALCOOLISME