VACCINE
recherches et des travaux de Jeûner que la vaccine a été méthodiquement étudiée et généralisée. L'éruption varioleuse des vaches siège principalement sur les trayons ; les tilles qui tirent le lait doivent à ce travail une préservation naturelle, lorsqu'elles ont quelque excoriation épidermique dans les mains ; c'est sur une fille d'étable, Sarah Nelmess, ainsi inoculée, que Jeûner recueillit en 1796 le vaccin qui lui servit pour sa première vaccination efficace, laquelle fut faite sur le bras d'un garçon de huit ans nommé James Phips. Ces premières expériences ne furent publiées qu'en 1798. {Historique emprunté à Hebra.)
En raison de ses applications pratiques, la vaccine doit être rapprochée de la variole ; mais, dans une classification étiologique absolument rigoureuse, elle devrait prendre place parmi les zoonoses, c'est-à-dire parmi les maladies créées chez l'homme par les poisons morbides animaux. La variole de la vache naît chez elle spontanément, et l'opinion qui en attribuait le développement à la transmission des eaux aux jambes (grease) du cheval a perdu beaucoup de terrain. Les rétro -vaccinations, c'est-à-dire les inoculations en retour du vaccin de l'homme à la vache, ont établi l'identité du cowpox et de la variole humaine.
L'inoculation île la vaccine peut être faite directement de la vache à l'homme, mais la rareté du cowpox limiterait singulièrement la pratique de la vaccination, si elle était réduite à ce procédé ; en passant par l'organisme humain, le virus vaccinal ne perd point sa propriété préservatrice ; d'un autre côté, il peut être conservé quasi indéfiniment à l'état liquide dans des tubes capillaires fermés à la lampe, ou à l'état sec, entre deux plaques de verre hermétiquement adhérentes; de là les trois procédés usuels, savoir par ordre de puissance décroissante : la vaccination de bras à bras, — la vaccination au moyen des tubes, -- la vaccination avec les plaques. Qu'il s'agisse de l'inoculer immédiatement ou de le conserver, le liquide ne doit être recueilli dans les boutons du vaccinifère que lorsqu'ils sont en pleine activité, c'est-à-dire au septième et au huitième jour. — Dans ces dernières aimées une autre méthode de vaccination a été proposée, qui a malheureusement trouvé dans la crédulité et l'engouement parisiens un terrain de facile exploitation , c'est la vaccination animale; du vaccin pris sur l'homme est reporté sur la génisse, et artificiellement cultivé et transplanté de génisse en génisse; et c'est avec ce cowpox artificiel que les vaccinations sont pratiquées. Or, avec cette méthode, le nombre des insuccès est beaucoup plus grand surtout pour les revaccinations; de là peut naître une fausse sécurité qui expose toute une population aux atteintes de la variole, si par hasard une épidémie vient à se déclarer. Il importe de bien saisir la cause du danger. Des individus en nombre quelconque se font revacciner avec le cowpox artificiel, pas de résultat; ils infèrent de là que l'immunité de leur première vaccine n'est pas éteinte, et qu'ils sont à l'abri de la variole ; or il jaccoud. n. — hk
n'en est rien, car si l'on répète l'épreuve sur ces mêmes individus avec du vaccin humain, bon nombre d'entre eux auront une vaccine effective; donc ils n'étaient plus en immunité. Une autre objection plus grave encore doit être formulée : l'immunité conférée par la vaccination animale qui réussit, est préjugée, mais elle n'est point démontrée, elle manque jusqu'ici de la sanction du temps, et ce seul fait assure à la vaccination de bras à bras [vçtcriaation jennérienne) une indéniable supériorité. Ajoutons d'ailleurs que la vaccination animale détermine des accidents fébriles plus intenses que l'autre, et qu'elle expose plus qu'elle aux complications inflammatoires, telles que lymphangites, adénites, érysipèles, abcès de voisinage.
Pour justifier cette prétendue réforme, on a dit que la vaccination animale met à l'abri des dangers qui résultent de la transmission de la syphilis, laquelle a été plusieurs fois inoculée en même temps que la vaccine humaine (syphilis vaccinale), et qui présente alors une gravité vraiment exceptionnelle. On peut se mettre à l'abri de ce redoutable danger, sans qu'il soit besoin pour cela de renoncer à une méthode qui a fait ses preuves; les médecins qui vaccinent de bras à bras, ceux qui recueillent le vaccin pour la conservation doivent soumettre les vaccinifères et leurs parents à un sérieux examen, et. rejeter tous les sujets qui présentent la moindre affection suspecte. Si, en outre, on a soin de suivre à la lettre le conseil donné par mon excellent confrère Viennois, c'est-à-dire si l'on évite de mêler du sang au liquide vaccinal, on sera parfaitement à l'abri de tout transport suspect. Voilà pour la syphilis ; quant aux dermatoses chroniques, à la tuberculose et à la scrofule dont l'éclosion a été mise parfois à la charge de la vaccine, il n'y a là qu'une application erronée du dangereux axiome : post hoc, ergo propter hoc.
Les nouveau-nés doivent être vaccinés dès la première semaine, et en temps d'épidémie dès les premiers jours ; pour les adultes déjà vaccinés dans l'enfance, on suivra les règles que j'ai indiquées dans le traitement de la variole. Quand on vaccine de bras à bras, on introduit à plat cl horizontalement une lancette neuve dans une des pustules du vacciuifère, et l'on s'assure après avoir retiré l'instrument que la pointe est humectée de liquide vaccinal incolore; puis, saisissant de la main gauche la partie postérieure du bras du sujet de manière à tendre les tissus, on introduit la lancette sous l'épiderme de la région externe du bras, vers l'insertion du deltoïde. En retirant la lancette, on la retourne légèrement pour que tout le liquide reste dans les tissus, et l'on pratique ainsi deux ou trois inoculations a chaque bras, à la distance d'un centimètre au moins. L'absorption du virus est extrêmement rapide, etl'écpulemcnt de quelques gouttes de srtng n'en empêche pas toujours les effets; cependant il faut éviter [autant que possible de faire saigner les piqûres. Si l'on vaccine avec un tube, on le tient verticalement, ou en brise les doux extrémités, et tandis que l'infé-
VACCINE. 687 ricure est appliquée sur le plat de la lancette, on souffle, s'il est nécessaire, par la supérieure afin de faciliter la descente du liquide; enfin, si l'on emploie- du vaccin desséché, il faut le délayer dans une très-petite quantité d'eau ou mieux l'exposer à la vapeur d'eau très-chaude.
Durant les trois premiers jours, rien n'apparaît aux lieux de l'inoculation, si ce n'est la trace de la piqûre faite par l'instrument. Dès la fin du troisième ou le commencement du quatrième jour, on sent ù ce niveau un point dur et saillant (papule), qui se transforme en vésicule, aplatie le cinquième jour et ombiliquée le sixième; le volume et le contenu augmentent le septième et le huitième jour, c'est à ce moment que les efflorescences sont à leur acmé. Au septième jour, chaque bouton s'entoure d'une auréole inflammatoire qui annonce le début du travail de suppuration ; il n'est réellement effectué que le neuvième jour, et se révèle jusqu'au douzième parla couleur jaunâtre delà pustule; à partir de ce moment, le pus se dessèche du centre à la périphérie, la surface du bouton se transforme en une croûte qui tombe du vingt-et unième au vingt-cinquième jour, et laisse une cicatrice d'un blanc mat, rayonnée et yaufrée. — L'identité de cette évolution avec celle du bouton variolique est évidente ; elle n'est pas seulement extérieure, elle se retrouve dans la constitution intérieure de la vésiculo-pustule, qui est cloisonnée en plusieurs petites loges dans l'une et l'autre éruption.
Du septième au neuvième jour, il y a parfois du malaise, de la fièvre ■ ces phénomènes réactionnels sont très-rares chez les enfants; mais chez les adultes ils sont à la fois plus communs et plus marqués; la fièvre peut être forte, l'induration phlegmoneuse profonde et étendue, et les ganglions axillaires sont assez souvent tuméfiés et douloureux.
Tout bouton qui achève son évolution en sept à huit jours, qui n'offre ni dépression centrale, ni bourrelet périphérique, qui, percé à son sommet, se vide d'un seul coup et s'affaisse aussitôt, n'est pas une vaccine légitime el préservatrice, c'est une fausse vaccine. Le bouton qui, présentant une évolution convenablement longue, ne laisse pas de cicatrice, confère une immunité imparfaite; au point de vue de la dermatite, il est à la vaccine ce que la varioloïde est à la variole (vaccinelle) . — Quant au fait que la préservation de la vaccine légitime est temporaire, il ne peut surprendre, puisque la variole même ne donne pas une immunité absolue et illimitée.
Les anomalies de la vaccine sont assez nombreuses; je viens de signaler la fausse vaccine et la vaccinelle (variola vaccina atrophica, variola vaccina bullôsa seu pemphigoides d'IIebra) ; il convient de mentionner en outre la toséote vaccinale, hyperémie cutanée diffuse qui occupe les bras, débute entre le troisième et le quinzième jour, et se dissipe sans autre suite après h dessiccation des pustules; l'eczéma vaccinal principalement observé chez les eutants serofuleux et rachitiques; enfin lai furondes, l'cri/sipèl-, les ctâé-
nites, Y ulcération des boutons et la (janrjrénc. Ces accidents présentent la plus grande analogie avec les complications locales de l'éruption varioliquc.
Dans quelques cas rares, l'éruption vaccinale est accompagnée d'un exanthème semblable, discrètement répandu sur toute la surface du corps; ces faits sont regardés par plusieurs observateurs comme des exemples de vaccine généralisée; mais d'autres, notamment Hebra, n'y voient que la coïncidence d'une varicelle avec la vaccine. — La syphilis vaccinale débute par un chancre induré qui se développe sur l'une des pustules, après une incubation variable de quinze à vingt-cinq ou trente jours.