‹ Traite de pathologie interne (volume 3)Chapitre 125 sur 132 · LYMPHATIQUE OU GANGLIONNAIRE · texte numérisé non relu

LYMPHATIQUE OU GANGLIONNAIRE

Cette distinction de premier ordre n'est pas suffisante, elle n'épuise pas le sujet ; l'appareil lymphoïde de l'intestin peut être intéressé lui aussi, et

Isambert et Robin, Gaz. mêd. Paris, 1856. — Friedreich, Virchow's Archiv, 1857. — Leudet, Etude des lésions viscérales de la leucémie [Gaz. méd. Paris, 1858). — Kokitansky, Lelirb. der path. Anat. 3 Aufl. Wicn, 1859. — Monneret, Étude sur une maladie complexe de la rate (Arch. gén. de méd., 1859. — Gubler, De l'augmentation subite des globules blancs dans la période ultime des cachexies (Union méd., 1859). — J. Simon, De la leucocythémie, thèse de Paris, 1861. — J. Klob, Ueber die sogenannten leukœmischen Tumoren (Wiener mcd. Wothen., 1862). — Wilks, Anœmia lymphatica, wilh spcçimens of enlarged lymphatic glands and portions of viscera coniaining a pecidiar deposit (The Lancel, 1862). — Sartlr, De leucœmia. Rcrolini, 1862. — Peters, Leucœmiœ exemplum. Bcrolini, 1862. — Mosler und Orner, Zur Blut und Earnanalyse bei Leukdmie (Virchow's Archiv, XXV, 1862). — Jaccocd, De l'humorisme, etc. Paris, 1863. — Barclay, Leucocythemia , enlargement of the téver, spleen, kidneys and suprarenal capsules; slight bronzing of the skin ; fatal resuit (The Lancet, 1863). — Sgiiwarz, De leucœmia. Berolini, 1863. — Keustein, De leucœmia. Bcrolini, 1863. — Von Recklingiiausen, Fall von Leukamie (Virchow's Archiv, 1864). — Hémey, Gaz. hôp., 1864. — Mosler, Klinische Sludien ùber Leukdmie (Berliner klhi. Wochen.s., 1864). — Galoy, Thèse de Paris, 1864. — Mer-

bach, Fall von lienader Lcukiimie (Zeits. f. Med. Chir. und Geburish., 1864).

Trousseau, Clinique méd. Paris, 1865. — Hayden, Leucocythemia with cirrhosis of the liver (Dublin quart. Journ., 1865). — Feltz, Mémoire sur la leucémie (Gaz. méd. Strasbourg, 1835). — Eddowes, A case of leucocythœmia (British med. Journ., 1866). — Seitz, Beitrdge zur Casuistik der Addison'schen Kranhheit und der Leukœmie (Deutsche Klinik, 1866). — Hafner, Eodem loco, 1866. — Mosler. Zur Diayuose der liencalen Leukamie ans der chemischen Beschaffenheit der Transsudate

LEUCOCYTHEMlt:.

prendre une part prépondérante, sinon exclusive, à la genèse excessive des leucocytes. Ce fait est prouvé par de nombreuses observations, entre autres par celles de Craigic, Virchow, Wunderlieh, Sehreiber, Isambcrt et liobin, Kriedreieh, Rokitansky, Lambl, Forster, Mosleret Béliier. Cette variété est beaucoup plus rare ; il est bon néanmoins de l'individualiser, ne fût-ce qu'en raison des difficultés plus grandes que présente alors le diagnostic; je la désigne sous le nom de leucocythémie intestinale.

La genèse de l'altération du sang est simple et de conception facile ; partiellement ou en totalité les organes hématopoïétiques sont affectés d'irritation nutritive et fonctionnelle; la première amène l'augmentation de volume de l'organe lui-même ; la seconde, l'augmentation des produits cellulaires dont la formation exprime l'activité normale de la glande ; de là une allération bistologique du sang, ou dyscrasie, proportionnelle quanta son degré à la vivacité de l'hyperplasie. D'après quelques auteurs il y aurait lieu de tenir compte d'un autre élément pathogénique : comme, dans l'état normal, des globules rouges proviennent des corpuscules lympbatiques et des cellules incolores de la rate, ils admettent que dans la leucocythémie cette provenance est réduite au minimum, et que les nombreuses cellules blanches formées ne peuvent plus être converties en hématies parfaites ; ce

und Secrète (Virchow's Archiv , 1866). — Mosler, Transfusion bei Leukûmie {Berlin, klin. Wochen., 1866). — Nelmasn, Krystalie im Blute Leukamischer (Schultze's Archiv, 1866). — Ollivier et Ranvier, Obs. pour servir à l'histoire de la leucocythémie et à la pathoyèaic des hèmorrhagies et des thromboses qui surviennent danscette affection (Gaz. méd. Paris, 1867). — Scuïîtzenberger, Gaz. méd. Strasbourg,

1867) . — Mushet, Med. Times and Gaz., 1867. — Bourdon, Gaz. hebdorn., 1867. Mosler, Intermittens vend Leukûmie (Berlin, med. Wochen., 1867). — Ueber Transfusion, etc. Berlin, 1867. — Slawjansky, Ueber die Leidcœmie (Med. Westnik, 1867).

— Steinberg, Ueber Leukœmie. Berlin, 1868.— Cuurch, British med. Journ., 1868).

— Desnos, Sur un cas de leucocythémie splc nique chez un vieillard (Union méd.

1868) . — Obet, Thèse de Montpellier, 1868. — Mursick, Case of leucœmia occurring in connection icith osteomyelilis following amputation of the thigh (New-York med. Becord, 1868). — Bouchut, De la leucocythémie aiguë dans la ?*ésorption diphihérique (Gaz. méd. Paris, 1868). — Mosler, Ueber Pharyngitis und Siomatitis leukœmica (Virchow's Archiv, 1868). — Simon, Zur Lchre von der Leukœmie (Centralblait f. die med. Wissens., 1868). — Jacubascii, Beitrûge zur Hamanalyse bei lienaler Leukûmie (Virchow's Archiv, XLUI). — Berrell, Même sujet (Med. Times and Gaz.,

1868. Pettenkofer und Voit, Ueber den Stoffverlrauch bei einem leukiimischen

Manne (Zeits. f. Biologie, 1869). — Treadwell, Boston med. and surg. Journal, !869. — Mosler, Berlin, klin. Wochen., 1869. — Béiiier, Union méd., 1869. — Llyod, Roberts, Brit.med. Journ., 1869. — 3oms, Ncw-Orleans Journ. ofMed.,

1869. — Neumann, Ein Fall von Leukûmie mit Erkrankung des Knochcnmarks .(Virchow's und Hirsch's Jahresb. f. 1869). — Jaderuolm, Upsala Lûkûrefôrcn Fbrh. Bd. IV, 1869.

S;;s DYSTROPHIES CONSTITUTIONNELLES .

àéfaut de transformation n'est pas certain, mais il est fort probable en présence de la diminution absolue des globules rouges.

L'étiologie proprement dite est fort obscure ; pourtant deux: points importants sont acquis : la leucocythémie est sans rapport avec la scrofulose, sans rapport également avec la malaria; les observations qui tendraient à établir cette dernière relation sont si rares, qu'on doit admettre une simple coïncidence.

La maladie est un peu plus fréquente chez l'homme que chez la femme ; elle est surtout observée pendant la période moyenne de la vie, mais elle a été vue plus tôt, et même chez l'enfant; le cas de Church concerne un enfant de huit ans. 11 est bien rare que la leucocythémie prenne naissance chez des individus vigoureux: et de santé parfaite; elle survient presque constamment chez des sujets naturellement chétifs, ou débilités par les privations, les excès ou la maladie. — Mursick, en 1868, l'a vue se développer rapidement chez un amputé atteint d'ostéomyélite ; ce fait acquiert une certaine valeur lorsqu'on le rapproche de celui qu'a observé un an plus tard Neumann dans la clinique de Leyden : sur un homme de trente ans tué par une leucocythémie splénique, il trouva la moelle des principaux os malade au point qu'elle ressemblait à de la moelle suppurée, et le microscope a montré que cette apparence était due uniquement à la présence d'innombrables cellules lymphoïdes, semblables de forme, de volume et d'aspect à celles du sang. Neumann a attribué à cette altération de la moelle osseuse, une part importante dans la genèse de la leucocythémie; du reslc les remarquables recherches de Bizzozero (1) démontrent jusqu'à l'évidence que la moelle des os appartient aux organes hématopoïéliques, puisqu'on y trouve non-seulement des cellules semblables aux leucocytes du sang, mais tous les intermédiaires qui, de ces cellules incolores à noyau, conduisent aux globules rouges parfaits.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

La proportion 1 : 335, déduite par Moleschott d'une longue série d'expériences, est la moyenne du rapport normal des globules blancs aux globules rouges. Cette relation varie dans des limites assez étendues à l'état de santé, mais ces oscillations physiologiques ne sont rien auprès des rapports tout nouveaux créés par la leucocythémie ; dans les cas légers, la proportion est déjà de 1 globule blanc pour 12 à 19 globules rouges, et

(1) P-izzozero, Rendiconti deW Istituto Lombardo, 1865. — Sul Midollo ddle Osso. Napoli, 1869.

LEUCOCYTHÉMIE. 839

quand l'altération est plus profonde, elle donne le rapport de 1 à 6, 1 à h; on a même vu 1 à 2, et 2 à 3.

Les ÉXÉMHsrrs blancs contenus dans le sang présentent de nombreuses variétés morphologiques, mais ils peuvent être cependant ramenés à deux types fondamentaux : l'un est constitué par des cellules parfaites à un ou plusieurs petits noyaux, de la grosseur moyenne de 0,01 de millimètre, semblables en un mot aux leucocytes du sang normal; — l'autre type est formé par des noyaux libres en grand nombre, et par des cellules beaucoup plus petites que les précédentes, ces éléments nucléo- cellulaires étant semblables d'ailleurs à ceux qui occupent les glandes lymphatiques. Le premier type appartient surtout à la leucocythémie splénique, le second à la leucocythémie ganglionnaire ou intestinale ; mais encore, bien que ce rapport soit fréquent, il ne peut être dit constant.

Le sang extrùt de la veine, celui qu'on recueille sur le cadavre présente à sa surface une couche jaune grisâtre formée parles éléments blancs; si le sang de la saignée est déhbriné, il s'y forme une couche supérieure laiteuse presque entièrement composée de globules blancs ; le sérum reste clair et limpide. Dans le cœur droit et les gros vaisseaux, les caillots sont parsemés de points blanchâtres, plus rarement ils sont complètement décolorés de manière à ressembler à du pus concret ; cette décoloration totale est plus commune dans les petits rameaux de l'artère pulmonaire, dans les veines du cœur, dans les sinus cérébraux, dans les petites veines mésaraï- (jtu's où l'on trouve parfois un sang véritablement puriforme.

L'abondance des éléments blancs n'est pas la même dans toutes les régions de l'appareil circulatoire ; elle est au maximum dans le cœur droit, les veines caves et l'artère pulmonaire ; du reste elle n'est pas non plus la même dans tous les points du système veineux ; ainsi dans un cas de Pury on a constaté dins la veine splénique une proportion double de celle que présentait le sang des jugulaires.

On s'est peu occupé jusqu'ici de l'altération qualitative des globules, ainsi augmentés de nombre ; dans trois cas, Jàdcrholm a observé une dégénérescence graisseuse. Dans le premier de ces cas, le rapport numérique des leucocytes gras aux leucocytes sains n'est pas donné; dans le second cas, la dégénérescence occupait environ 5 pour 100 des globules blancs; dans le troisième, elle en atteignait 15 pour 100.

La densité du sang est abaissée de 1055, moyenne normale, à 1049 et 1036; celle du sérum est moins diminuée. La proportion de l'eau s'élève jusqu'à 820, 850 pour 1000; elle n'a jamais jusqu'ici atteint 900. — L'albumine, les sels, la fibrine, ne présentent aucune modification essentielle, aucun changement constant. — Les globules rouges sont tellement diminués, que, malgré l'énorme proportion des blancs, l'élément cellulaire du sang est au-dessous de la moyenne physiologique. Par suite de l'abaisse-

ShO DYSTR0PHIE5 COIN ST1TUT10NN ELLES.

nient du chiffre des globules rouges, la quantité de fer contenue dans le sang est notablement diminuée (Streckcr et Drummond); enfin l'on y trouve certaines substances semblables à celles qui caractérisent le liquide splénique: hypoxanthinc, acide lactique, acide formique, acide acétique, leucine et tyrosinc (Steinberg, Schultzen). — La réaction du sang est ordinairement acide. — 11 résulte de ces faits que la leucocythémie marche toujours de pair avec une anémie globulaire ; or le défaut d'hémoglobine produit comme toujours un état habituel à' anoxémie, d'où le trouble et l'insuffisance de toutes les combustions.

La rate est augmentée de volume dans les h/5es des cas environ ; le poids de l'organe peut atteindre de six à neuf livres et au delà; la consistance en est ferme sans dureté notable. La plus grande part de cette hypermégalie incombe à l'accroissement de la pulpe, dont les éléments normaux sont prodigieusement multipliés ; en outre, il y a un développement et une induration marqués des trabécules, et la capsule est souvent épaissie. — •Comme lésion accessoire, on rencontre assez fréquemment des infarctus hémorrhagiques.

Les ganglions lymphatiques sont intéressés dans les deux tiers des cas à peu près; la lésion porte sur un nombre plus ou moins considérable; elle occupe de préférence les ganglions du cou, de Vaisselle et de Vaine , ceux du mésentère, ceux des bronches, et elle a toujours les mêmes caractères ; avec ou sans épaississement de la capsule, le ganglion est augmenté de volume par suite de la multiplication des cellules, des noyaux et des granulations qui en forment le contenu normal.

Dans deux cas de leucémie spléno-lymphatique, dans lesquels le rapport <les globules blancs aux rouges était de 1 à 6 et de 1 à 10, Slawjansky a constaté que les ganglions augmentés de volume présentaient, sur beaucoup <le points, une métamorphose caséeuse évidente. Ce fait est d'autant plus intéressant que l'observation clinique ne montre aucun rapport entre la leucocythémie et la scrofulose.

La tuméfaction du foie est presque aussi fréquente que celle des ganglions ; plus rarement les glandes intestinales, isolées et agminées, sont le siège d'un gonflement hyperplasique (leucocythémie intestinale).

Dans quelques cas des dépôts de substance lymphatique ont lieu en dehors du système spléno-lymphatique, savoir dans le foie, les reins, les capsules surrénales, la plèvre et la muqueuse gastro-intestinale (Virchow, Bottcher, Friedreich, Wagner, Wunderlich). Ces dépôts, de nouvelle formalion (leucémie néopiasique), sont composés de noyaux libres, fortement tassés, et de quelques petites cellules plus ou moins remplies de noyaux : ils sont circonscrits par une membrane mince et ils sont facilement détachés du tissu environnant; dans le foie, ces néoplasmes ont paru provenir <les parois des vaisseaux et de celles des canaux biliaires ; pour la plèvre et

LEl'COCYTHÉMIE. 861

IHïifcstin, Friedreicb a établi que les formations leucémiques ont pour point de départ les corpuscules conjonctifs normaux. La présence des éléments lymphatiques au dehors de l'appareil qui en est le générateur ordinaire, indique quelque chose de plus qu'une simple dyscrasie secondaire, elle tend à démontrer une véritable diathêse leucocytogêne ; cependant les notions récemment acquises touchant la véritable cellule élémentaire des tissus, et les mouvements dont elle est douée (1), la constatation de ces mouvements dans les globules blancs du sang, permettraient d'attribuer les dépôts lymphatiques déplacés (hotcrotopiqiws) aune émigration cellulaire. Il y a lieu, tout au moins, de poser ta question. — Les progrès de l'observation ('tendent du reste de plus en plus le domaine de la leucémie néoplasique ; Simon, dans une de ses autopsies, l'a constatée sur la choroïde; pendant la vie, l'examen ophthalmoscopique avait révélé des épanchements sanguins rétiniens d'une couleur violet pale tout à fait insolite. Le même observateur a rencontré un dépôt leucémique dans l'encéphale, autour d'un foyer hémorrhagique.

Chez les individus qui succombent à la leucocythémie, il n'est pas trèsrare de rencontrer des hémorrhagies viscérales ; celle du cerveau est une des plus fréquentes. Ces hémorrhagies sont, le plus souvent, le résultat d'une fluxion compensatrice; un certain nombre de petits vaisseaux sont obstrués par l'accumulation des leucocytes, et, dans les rameaux perméables du même territoire vnsculaire, la pression augmente jusqu'à la rupture.

SYMPTOMES ET MARCHE

Le début est latent et forcément méconnu; la maladie n'a qu'un seuï signe certain qui est l'état du sang, et ce signe ne peut être saisi que par un examen délibéré, dont l'opportunité s'impose toujours tardivement à l'esprit du médecin. Si l'on obéit à la règle suivante, on pourra, dans une certaine mesure, se mettre à l'abri de l'erreur : toutes les fois qu'un individu, qui n'est pas sous le coup de la cachexie paludéenne, présente une tuméfaction persistante de la rate; toutes les fois qu'un sujet, qui n'est pas atteint de scrofulose ou de syphilis, présente des tumeurs ganglionnaires disséminées ; toutes les fois, enfin, que, sans maladie antécédente grave, un individu présente les traits d'une anémie profonde, que les conditions d'âge et de sexe ne permettent guère de rapporter à la chlorose, il y a lieu d'examiner le sang. Si la maladie indéterminée est de date récente, le résultat négatif

(1) Corpuscule automoteur de Rccklinghausen. — Sphère de segmentation de

Kolliker. Cellule embryonnaire de Scbultze. — Cellula semovente de Bizzozero et

Visconti.

8/,2 DYSTROPHIES CONSTITUTIONNELLES.

de ce premier examen ne doit pas d'emblée faire rejeter la leucocythémie, car quelques observations complètes ont appris que les modifications du système spléno-lympbalique peuvent précéder de plusieurs mois la dyscrasie sanguine. On aura donc soin de répéter l'examen à diverses reprises; et d'un autre côté on ne prendra pas pour une leucocythémie cette augmentation légère des éléments blancs, qui appartient aux diverses leucocytoses symptomatiques; le diagnostic n'est autorisé que parles proportions considérables dont les chiffres ont été précédemment indiqués.

Indépendamment de la tuméfaction de la rate, du foie, des tumeurs ganglionnaires, la leucocythémie présente un certain nombre de symptômes dont l'ensemble est caractéristique, sans que pourtant il puisse jamais dispenser de l'examen du sang. Il y a une fatigue générale et une apathie qui contrastent souvent avec la vigueur et l'entrain antérieurs de l'individu; il se plaint d'un malaise qu'il ne peut définir ni préciser; il perd l'appétit, il digère mal; il est tourmenté par une constipation opiniâtre qui persiste jusqu'à l'apparition du marasme, à moins qu'il n'y ait de la leucémie intestinale, auquel cas la diarrhée est précoce; souvent la bouche ou le pharynx sont affectés d'une inflammation ulcéreuse à tendance hémorrhagique ( stomatite et pharyngite leucémiques de Mosler) ; enfin, il y a une oppression ou même une dyspnée habituelle, qui résulte un peu de la tuméfaction du ventre'et delà gène du diaphragme, beaucoup de l'état d'ANOxÉMiE créé par l'insuffisance de l'hémoglobine. Outre cette dyspnée continue, on observe parfois une dyspnée paroxystique dontles accès sont d'une telle violence, que l'un d'eux peut tuer le malade; ce phénomène est dû à la tuméfaction leucémique des ganglions bronchiques; les symptômes de dyspnée, de dysphagie, d'aphonie ou de dysphonic, sont alors semblables à ceux des htmeurs intra-thoraoiques. Deux fois déjà j'ai vu cette forme, et dans les deux « as la leucocythémie était purement lymphatique, la rate était hors de cause. Les tumeurs viscérales et ganglionnaires peuvent provoquer des hydropisies mécaniques, mais l'hydropisie dyscrasique est très-rare, parce ([n'en définitive la véritable dyscrasie hydropigène n'est pas présente; l'albumine du sérum n'est pas diminuée.

L'urine a des caractères différents de ceux que l'on aurait pu prévoir a priori; la proportion de l'urée est considérablement abaissée. Ce premier fait est bien en rapport avec le mauvais état de la nutrition ; mais Yari<], uripw et les urates subissent une augmentation notable; ce phénomène que l'on peut attribuer à l'oxydation de l'hypoxanthine anormalement contenue dans le sang, est d'une constance presque absolue; il a manqué chez les deux malades à leucocythémie splénique dont Jacubasch a rapporté l'histoire, et chez ces deux individus la diminution de l'urée était colossale • l? quantité quotidienne était chez l'un de 9gr,28; chez l'autre, de 5Br 72 — Les modères dites extractives sont diminuées ou même absentes (un malade

LEUCOCYTHÉMIE. S/i3

de Steinberg); il y a de l'hypoxanthine et do l'acide hippurique ; dans un des cas de Steinberg et Sehultzen, ce dernier produit était remplacé par de l'acide bcnzoïque.

Une fois constituée, la leucocythémie peut présenter de petits accès fébriles passagers ; quand la maladie approche de son terme, la fièvre peut devenir permanente; dans un cas de Unie, la température pendant les dernières semaines s'est constamment maintenue à un degré, un de.iiré et demi plus haut que la normale. Sehwarz a donné le tableau thermique d'un malade durant cinq mois: la température est rarement normale, elle fait des oscillations énormes sans type saisissable, et elle atteint parfois le chiffre de M°,6.

La durée de la leucocythémie est longue, elle est comprise entre quelques mois et plusieurs années ; la terminaison est toujours mortelle ; dans les cas même où l'on réussit à obtenir une amélioration notable, le bénéfice est temporaire, et les phénomènes repi'ennent bientôt leur gravité première. — La mort n'est pas toujours amenée par les mêmes accidents ; assez souvent elle résulte d'hémorrhagies multiples que quelques auteurs attrihuent à une diathèse hémorrhagique, et qui résultent bien plutôt des troubles mécaniques de la circulation dans les petits vaisseaux cl dans les capillaires; dans d'autres cas, la terminaison est brusque et précoce, elle est causée par une hémorrhagie céréhrale ou par l'asphyxie résultant de la tuméfaction des ganglions bronchiques ; le plus souvent la mort est lentement préparée par l'épuisement et le marasme, auxquels contribue dans bon nombre de cas une diarrhée catarrhale incoercible.

DIAGNOSTIC

Un peut admettre au nombre des éléments de diagnostic l'intumescence de la rate et des ganglions ; mais ces phénomènes qui suffisent pour différencier la leucocythémie de la chlorose et des anémies simples, sont sans valeur pour le diagnostic de la cachexie palustre, et des autres états morbides à tumeur splénique ou ganglionnaire. L'examen microscopique du sang est le seul critérium positif, le seul qui permette d'affirmer ou de rejeter l'existence de la leucocythémie ; cet examen n'entraîne d'ailleurs aucun préjudice pour le malade ; deux ou trois gouttes de sang obtenues par la piqûre de l'extrémité d'un doigt préalablement entouré d'un fil constricteur, voilà tout ce qui est nécessaire.

C'est encore l'examen du sang qui seul permet de distinguer la leucocythémie de la maladie signalée par Hodgkin, et décrite par Wunderlich sous les noms de lympiiadén-omes multiples, maladie de IIo^in, sssddoleu-

MU DYSTROPIHES CONSTITUTIONNELLES.

gémi . et plus tard par Trousseau sous la désignation beaucoup trop vague d' a dénie (1). — Le tableau de cette maladie est exactement celui de la leucocythémie lymphatique; quand les individus ne sont pas tués dès la première période par les accès de suffocation, ou l'asphyxie lente que provoquent les ganglions bronchiques (ainsi que j'en ai déjà vu trois exemples), ils tombent dans un état de cachexie, caractérisé par la diarrhée, par l'amaigrissement, par des infiltrations œdémateuses d'origine mécanique, par l'apparition détaches ecchymotiques sur les membres, et d'éruptions érythémateuses ou papuleuses sur les mains; enfin surviennent des sueurs profuses, la fièvre hectique et la mort, après une durée qui varie de quelques mois à deux ans. La similitude est complète, mais la dyscrasie fait défaut, il n'y a pas de leucocythémie. On s'est demandé pourquoi l'altération du sang n'existe pas dans les cas de ce genre, et cette question est restée sans réponse. — L'étiologie de la pseudo-leucémie est ignorée.

(1) Hoogkin, On some morbid appearences of the absorbent glands and spleen (Med. chir. Transactions, XVII, 1832).

Wunderlicu, Progressive multiple Lymphdrùsenhypertrophie (Arch. f. physiol. Heilk., 1858).

Lambl, Lymphdrûsenhyperplasie, Knoten in Leber, MHz und Lunge {ans dem Franz- Joseph, Kinderspitale in Prag, 1860). — Cossy, Mém. pour servir à l'histoire de l'hypertrophie simple plus ou moins généralisée des ganglions lymphatiques sans leucémie (Écho méd. suisse). Neuchàtel, 1861. — Billroth, Virchow's Archiv, 1862.

— Lebert, Handbuch der praktischen Medicin. Tiibingen, 1863. — J. Wilks, Case» of enlargemeut of the hjmphatic gland, and spleen (Guy's Hosp. Reports, 1865). —

Cohnheim, Virchow's Archiv, 1865. — E. Wagner, Archiv der Heilkunde, 1865.

Dumontpallier Gaz. hebdom., 1864-1865. — Trousseau, De l'adénie. Clinique méd.r t. III. — Hérard, Union méd., 18"65. — Corml, De l'adénie ou hypertrophie ganglionnaire suivie de cachexie sans leucémie {Arch. gén. méd., 1865). — Bokfils, Truv. de la Soc. méd. d'obs., 1865.

Wunderlich, Pseudoleukâmie ; Hodgkin's Krankheit oder multiple Lymphadenome ohne Leukâmie (Arch. der Heilkunde, 1866). — Gretsel, Anœmia splenica bei einm Kinde [Berlin, klin. Wochen., 1866). — Muller, Ueber idiopatische Milztumorcn, Pseudoleukâmie, Anœmié et Cachexia splenica (Eodem loco, 1867). — Nieszkowski, Adénie, mort. Infarctus de la rate et hypertrophie du système ganglionnaire, etc. (Gaz. hôp., 1867). — Gomoy, De l'adénie, thèse de Paris, 1868.

— Ollivier et Ranvier, Obs. pour servir à l'hist. de l'adénie (Gaz. méd. Paris 1868). — Rosset, Essai sur l'adénie, thèse de Paris, 1868. — Black, Hodgkin'l di.wsc (American Journ. of med. Se, 1868). — Isambert, Note sur' un cas de leucocythémie adénoïde (Union méd. — Gaz. hebdom., 1869). — Eberth, Ein Fall von Adenie (Virchow's Archiv, 1869). — Payne, Transact. of the path. Society, XIX, 1869. — Bohn, Pseudoleukâmie (Deutsches Archiv f. klin. Med., 1869).

SCORBUT. — PUBPURA ll.EMORRHAGICA.

TRAITEMENT

Le fer, le quinquina, l'iode, les iodurcs de fer et de potassium, l'hydrothérapie, sont les moyens les plus rationnels, mais si logiques qu'ils soient, ils ne comptent aucune guérison ; ce que voyant, quelques médecins, Aiiemeycr entre autres, ont tenté une médication opposée basée sur l'emploi des mercuriaux (décoction de Zittmann), mais, après une amélioration momentanée, la maladie n'en a pas moins eu sa terminaison ordinaire.

Page 1