‹ Traite de pathologie interne (volume 3)Chapitre 50 sur 132 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

Toujours intermittente, et quelquefois périodique quand elle dépend de la malaria (Scliramm), la gastralgie débute subitement ou après quelques prodromes, parmi lesquels l'hypersécrétion salivaire, les éructations gazeuses, la py rosis, les nausées, sont les plus fréquents; la eardialgie du matin, qui survient peu d'instants après le lever, est sans prodromes, ou bien elle est précédée ef accompagnée de vomissements pituite ux. Puis la douleur éclate, douleur brûlante ou rongeante, ou contusive et angoissante, ou bien constrictive ou en ceinture ; elle se répand dans le dos, souvent dans toute l'étendue de l'abdomen (entéralgie) ; elle a son maximum dans le creux épigastrique même, tout pies de la terminaison de l'appendice xiphoïde ; elle est exagérée par une pression légère et par une pression forte pratiquée avec un corps étroit, comme l'extrémité du doigt, par exemple; elle est diminuée par une pression forte et large comme ceUe qu'on exerce avec la

main posée à plat. La région épigasliïque est soulevée on saillie hémisphérique par la pneumatose stomacale, mais plus souvent elle est rétractée, et •les contractions réllexes tendent les muscles abdominaux et font remonter les testicules sous l'action des créniasters ; dans ce cas on distingue parfois à Iravers la paroi les mouvements tumultueux des muscles propres de l'estomac et de l' intestin, et à chacune de ces contractions ou crampes la douleur est exaspérée.

Ces mouvements réflexes sont subordonnés à l'intensité de la douleur ; ils manquent quand elle est légère, ils sont constants quand elle est trèsviolente, et ils coïncident alors avec le refroidissement des mains et du visage, la pâleur de la face, la petitesse du pouls, un sentiment profond d'angoisse et de défaillance, parfois menu; une syncope véritable; alors aussi il y a des sensations associées sous forme d'irradiations douloureuses dans les hypochondres, les reins, et chez l'homme jusque dans les cordons spermatiques. 11 semble que, dans ce cas, le plexus solaire est intéressé en totalité, tandis que dans les formes légères, les rameaux gastriques du nerf vague sont seuls en hyperesthésie : c'est ce qui a porté Romberg à admettre ici deux variétés de névralgie, la castropynie par hyperesthésie du nerf vague, et la névralgie cŒi.iAorE par hyper esthésie du plexus solaire. Ce qui est certain, c'est que ces deux variétés syniptomatiques ne diffèrent pas seulement par l'intensité et la diffusion des phénomènes, elles diffèrent en outre par ce fait que dans les formes bien localisées à l'estomac, on observe trèsfréquenmient certains symptômes particuliers qui sont physiologiquemenl imputables aux nerfs pneumogastriques, savoir : la constriction réflexe pharyngo-cesophagienne, la sensation de brûlure dans l'œsophage avec ou sans pyrosis, l'exagération de la sensation de faim (boulimie), et l'augmentation de la soif (polyêipsie). Ces divers phénomènes, les derniers surtout, peuvent persister dans l'intervalle des accès. — Dans la boulimie, la quantité d'aliments ingérés est augmentée, la sensation de satiété est différée ; mais on observe souvent un autre désordre caractérisé par l'exagération di: la sensation de faim avec satiété très- rapide / le malade croit qu'il va tout dévorer, à peine a-t-il commencé son repas, qu'il est rassasié. G'ôSt là tlttë fdilsie boulimie qui ne doit pas être confondue avec l'autre. L'expérimentation ayant établi que la section des nerfs vagues produit, entre autres effets, la disparition du sentiment, de satiété, on est autorisé à voir dans la satiété trop rapide et hors de proportion avec la quantité d'aliments, une des conséquences de l'hyper esthésie des pneumogastriques. — Avec la boulimie, vraie ou fausse, coïncident d'ordinaire des perversions du goût; les malades se nourrissent d'aliments insolites, sel, poivre, cornichons, etc. {malaria) ; ou bien ils avalent des substances qui ne figurent à aucun titre dans la liste des aliments, du plâtre, par exemple, du charbon, de l'encre, des matières fécales {pica).

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L'excitation centripète des nerfs vagues peut troubler l'innervation encéphalique, et celte perturbation se traduit par un \thtk;f, subit, qui apparaît surtout le matin, quand le malade passe du décubitus dorsal à la station verticale. Ce vertige (1) {vertige stomacal, vertigo a stomaco lœso) est accompagné d'une sensation indéfinissable de vide et de désordre dans la tète, d'obscurcissement momentané de la vue, le malade se sent menacé d'une chute imminente, et il tombe s'il ne s'assied aussitôt. Ces accidents, qui inspirent au patient ou même au médecin la crainte d'une maladie cérébrale, se reproduisent plus ou moins fréquemment; ils peuvent alterner ou coïncider avec des paroxysmes de névralgie gastrique, mais dans bon nombre de cas ils en sont indépendants ; ils existent seuls, ou bien ils coïncident avec des troubles digestifs, notamment la dyspepsie acide et la pyrosis.

La durée de l'accès gastralgique varie de quelques minutes à une demiheure ou une heure au plus : tantôt la terminaison est tout à fait brusque, et il ne reste qu'un sentiment de fatigue, proportionnel à la durée et à l'intensité de La douleur; tantôt la fin de l'accès est annoncée par des bâillements, des pandiculations, des éructations inodores ou nidoreuses, ou bien par le rejet de quelques mucosités glaireuses, l'apparition d'une sueur légère, et l'excrétion d'une mine peu abondante et haute en couleur.

L'état des fonctions digestives varie. 11 est des malades qui conservent l'appétit, une langue nette, des digestions parfaites; tout est borné chez eux à l'hyperesthésic des nerfs gastriques s c'est ce qui a lieu d'ordinaire dans les gastralgies réflexes et dans celles qui dépendent d'une cause extrinsèque directe. Dans les autres conditions étiologiques, notamment dans les gastralgies constitutionnelles, les accès douloureux sont compliqués le plus souvent d'un état dyspeptique : tantôt c'est la dyspepsie flatulente simple ayant pour symptôme dominant une accumulation souvent énorme de gaz inodores; tantôt c'est la dysprpsie acide avec pyrosis, et vomituritions acides et brûlantes; tantôt c'est la êyêpepiiÇ que j'appelle putride, faute d'un meilleur mot. Elle est caractérisée par la décomposition vicieuse des substances azotées résultant de l'insuffisance ou de l'altération du suc gastrique; des gaz fétides sont produits, et les matières mal élaborées qui arrivent dans l'intestin déterminent souvent de la diarrhée ; dans ce cas, la langue est sale, la bouche amère, l'anorexie à peu près complète; il n'y a d'appétence que pour les acides. Cette variété doit être, selon moi, éliminée du groupe des gastralgies, il ne s'agit là que d'un catarrhe chronique compliqué cVaccés de névralgie. Jusqu'en ces derniers temps on a méconnu en France l'impor-

(1) Trousseau, loc. cit.

Blondeau, Du vertige stomacal (Arcli. gin. de méd., 1858). — Guipon, Des dyspepsies boulimique et syncopale (Bullet. de thémp., i864). — Gali.icieu, Du vertige stomacal, thèse de Paris, 4860.

tance du catarrhe chronique de l'estomac, et l'histoire complexe de la gastralgie, celle plus confuse encore de la dyspepsie, en ont été surchargées d'autant.

L'entéralgie saturnine (colique de plomb) est caractérisée par la notion étiologique, par la violence et la continuité des douleurs paroxystiques, par la constipation, par la rétraction fréquente du ventre, par les nausées et les vomissements hilieux, souvent par la dysmïe ou la rétention d'urine, lorsque l'excitation s'étend jusqu'à la sphère du plexus hypogastrique. La colique coïncide ou alterne avec des arthralgies ou d'autres manifestations de l'intoxication plombique.

La marche delà gastralgie est chronique; la durée, indéterminée, est subordonnée à la cause ; il en est de même du pronostic, envisagé au point de vue de la curabilitë : ainsi la gastralgie temporaire de la convalescence, celle qui suit les pertes de sang, ne sont point comparables, sous ce rapport, à la cardialgie de l'hystérie, de l'hypochondrie ou de la goutte. Au point de vue de la gravité, le pronostic est favorable, la maladie ne tue pas; le fait de Heistcr que rapporte Canstatt, et dans lequel elle avait amené la mort par convulsions générales et tétanos (?), me laisse parfaitement incrédule. D'un autre côté, la gastralgie peut se prolonger durant des années avec des intermissions diverses, sans altérer notablement la nutrition générale ; si l'affaiblissement et l'amaigrissement sont précoces, il faut songer à une erreur de diagnostic (ulcère-cancer), ou à une gastralgie symptomatique de tuberculose initiale.

DIAGNOSTIC

L'ulcère simple, plus rarement le cancer, provoquent des douleurs irradiées paroxystiques qui ont plus d'une analogie avec la gastralgie pure. Le diagnostic, toujours difficile, doit être basé sur les éléments que voici : en première ligne, les antécédents, l'âge, la constitution et le tempérament des malades; parmi les maladies concomitantes, il en est une qui n'a aucune valeur différentielle, c'est la tuberculose, dans le cours de laquelle on observe également cl la névralgie et l'ulcère. — La douleur de la névralgie est calmée d'ordinaire par la pression extérieure et par l'ingestion des aliments (pression intérieure de Romberg) ; dans ces circonstances, la douleur des maladies organiques est exagérée. — Les sensations associées dans les nerfs intercostaux et les nerfs œsophago-pharyngiens sont propres à la gastralgie ; il en est de même du vertige, de la boulimie vraie ou fausse; il en est de même de la conservation de l'appétit, de l'intégrité des digestions. — Dans la névralgie, la nutrition générale reste longtemps intacte, elle est compromise de bonne heure dans les douleurs symptomaliques des maladies

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ulcéreuses. — Enfin, dans la névralgie, les accès ont lien le plus souvent à jeun ; dans l'ulcère et le cancer, ils éclatent presque toujours après le repas.

Le diagnostic de la cause, ou diagnostic patiiogénique, n'a rien à attendre du caractère et des particularités de la douleur; il ne peut être fourni que par l'examen complet du malade. On n'oubliera pas que la gastralgie peut être le signal des lésions les plus graves du système nerveux central.

TRAITEMENT

L'indication causale doit être attentivement recherchée, et remplie par nue médication appropriée ; certaines do ces indications (anémie, chlorose, goutte, varicoeële , écarts de régime, etc.) permettent des succès rapides; d'autres (tuberculose , maladies du système nerveux) révèlent l'incurabilité du mal, et ne laissent place qu'à une médication symptomatique destinée à câliner la douleur. On a dit que la gastralgie liée à la chloro-anémie ne doit pas être d'emblée attaquée par les ferrugineux, c'est une opinion que je ne partage pas; l'irritabilité de l'estomac n'est point accrue par les préparations de fer, pourvu qu'on les donne à petites doses, unies aux opiacés , et qu'on commence par les préparations insolubles. Toutes les fois que la chose est possible, le traitement par les eaux naturelles mérite la préférence; les stations de Spa, Pyrmont, Schwalbach, St-Moritz, ont à cet égard une célébrité légitime. Il n'est pas besoin de dire que dans la gastralgie périodique (Cas. Medicus, Schramm), l'indication causale, toute spéciale, doit être remplie par le sulfate de quinine ou le quinquina. — Chez les femmes, il convient, avant d'instituer le traitement, de pratiquer un examen complet de l'appareil utérin.

L' indication morbide, qui est ici confondue avec I'indication symptomatique, est remplie par les opiacés, notamment par le chlorhydrate ou l'acétate de morphine, administrés soit en poudre avec de la magnésie ou du bismuth, soit en injections sous-cutanées ; ce. dernier procédé est celui qui m'a donné les meilleurs résultats. Chez certains malades, la douleur est calmée plus rapidement et plus longtemps par les préparations île belladone et dejusquiame ; mais cette idiosyncrasie est assez rare, et en somme les préparations opiacées constituent, dans la majorité des cas, le traitement le plus eflicace. — Lorsque la gastralgie coïncide avec des phénomènes nerveux hystériformes, il convient, tout en donnant les narcotiques pour combattre l'élément douleur, d'administrer, dans l'intervalle des accès, les préparations dites antispasmodiques; la valériane, le castoréum, le cyanure de zinc ou de potassium, l'acide cyanhydrique médicinal ont une efficacité consacrée par l'expérience; plusieurs fois déjà j'ai employé avec succès le bromure potassique à la dose de 1 à 2 grammes par jour. Dans quelques cas, on obtient avec le nitrate d'argent ou l'arsenic le résultat qu'on a vainement demandé aux

autres agents pharmaceutiques. C'est dans ces formes nervosiques et dans les anémiques que Y hydrothérapie rend d'importants services.

Lorsqu'il y a du vertige stomacal, la médication la plus efficace, pour les malades qui ne peuvent se déplacer, est celle qu'a préconisée Trousseau : emploi simultané et prolongé des amers (quassia amura) et des alcalins ; si le déplacement est possible, les eaux de Vichy (Hauterive), Vais, Pougues, Hoyat, seules ou combinées avec les amers, méritent la préférence.

L'indication est double dans l'entéralgie saturnine; il faut combattre la constipation et la douleur. Le meilleur traitement consiste dans l'emploi successif des drastiques ou des vomi-purgatifs, et des opiacés à hautes doses; le chloroforme intus et extra a été préconisé comme remplissant à lui seul la double indication : je ne lui ai reconnu jusqu'ici que des effets sédatifs. — Une fois la douleur et la constipation vaincues, il est bon de soumettre le malade aux bains sulfureux, aux toniques et à l'iodure de potassium à l'intérieur, dans le but de combattre l'intoxication.

Dans les cas rebelles, il ne faut pas hésiter à recourir aux révulsifs (huile de crolon, vésicatoires sur l'épigastre) ; ils sont surtout utiles lorsque les accès sont accompagnés de vomissements. — En toute condition, on doit veiller à la régularité des fonctions intestinales, et observer, pour l'hygiène générale et le régime, les mêmes règles que dans le catarrhe chronique.

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