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CHAPITRE VIII

Si, se laissant conduire uniquement par la similitude du nom, on ne tient compte que des faits qui ont été décrits sous la qualification de méningite cérébro-spinale, on méconnait un grand nombre d’épidémies qui, malgré la diversité des dénominations appartiennent pourtant à l’histoire médicale de cette maladie (1); on tombe alors dans l'erreur commune, et

(1) SYNONYMIE : Fievre avec inflammation sourde du cerveau (MARTEAU-GRANVILLIERS) Fievre cérébrale ataxique (ViEuSSEux). — Typhus syncopalis, Sinking typhus (Mixer). — Spotted fever (les auteurs américains). — Black death, black typhus, malignant purpurie fever (HAVERTY, MAPOTHER). — Méningile cérébro-spinale épidém. (les auteurs français). — Tifo apoplettico tetanico (DE RENZI, SANTORELLI, SEMMOLA, SPADA, SPADA- FORA). — Typhus télanique (DE MouLoN). — Purpura acuta epidemica (EISENMANN). — Cerebro-spinal Typhus (la plupart des auteurs allemands depuis 1840).

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l’on fixe la date de la première apparition et de la première description complète de cette affection vers 1837 el 1838, époque à laquelle un grand nombre d’observateurs français ont appelé sur elle l'attention du corps

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JACCOUD. — Path. int., 00 édit. H. — 07

des choses. Que, pour obéir aux serupules d’une réserve peut-être exagé— rée, on fasse abstraction des maladies indiquées par Pasquier et Saalman, qu’on élimine encore la description de Marteau-Granvilliers touchant des

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tation possible à cette même maladie que décrivaient en France, trentetrois ans plus tard, Lamothe et Lespès.

Dans les temps de Vieusseux, les médecins de a Nouvelle-Angleterre signalaient sous le nom de SPOTTED FEVER UNC maladie épidémique que l'observation ultérieure a unanimement rapportée au typhus cérébro-spinal. Les épidémies de Rhode-[sland en 1749, qu'a décrites Bard, celles que Williamson a étudiées dans la Caroline du Nord en 1792, laissent dans l’esprit une légitime incertitude au sujet de l'attribution nosologique exacte; mais il n’en va plus de même de la maladie observée à Vermont en 1806 par Gallup; celle-là, et l'épidémie de Medfield (Massachusets), qui eut lieu la même année, et qui fut étudiée par une commission composée de Welsh, Jackson et Warren, sont bien réellement les premières traces positives du typhus méningitique sur le continent américain, où il devait dès lors faire tant et de si meurtrières apparitions,

De 1806 à 1809 la fièvre tachetée visite Norfolk en Virginie, Washington, Annapolis, le Connecticut, se montre en 1810 à Worcester dans le Massachusets, puis révélant dès 1812, pour l'élément militaire, cette affinité spéciale qui devait s'affirmer sibruyamment dans notre pays vingt-cinq années plus tard, elle frappe dans l'automne les troupes cantonnées à Greenbush, et dans d’autres stations de même ordre. En décembre de cette même année, elle apparaît à Camden où elle cause une effroyable mortalité ; en février 1813, elle visite successivement Philadelphie, Frankford, Abington, Byberry, Bucks-County et New-Jersey, pour se montrer de nouveau à Vermont, dans diverses localités du Massachusets, et à Boston, ainsi que nous l'apprennent les intéressants ouvrages de Gerhard et de Wales. Il y a alors un temps d'arrêt, où du moins de silence, qui dure trois ans, puis en 1816 la maladie sévit à New-York, dans le Canada, la Pensylvanie; en 1823 nous la retrouvons à Middletown dans le Connecticut; en 1828 à Trumbull, Ohio, et au rapport de Stillé, elle s’est montrée ilérativement sur divers points du territoire de l'Union depuis cette époque jusqu'à nos jours.

Pendant cette longue période qui commence à 1806 pour finir à 1837, date de l'épidémie des Landes, le typhus méningitique est-il vraiment resté absent du continent européen? Je ne le pense pas, car j'y rattache Ja maladie qui, d'après Hufeland, a régné dans l'armée prussienne de 1806 à 1807, celle qui, au rapport de Petot, a sévi à Mayence dans l'hiver 1813- 1814, enfin l’épidémie qui a frappé la garnison de Grenoble en 1814 (Comte), et celle qui a atteint en 1822 la population civile de Vesoul (Pratbernon).

J'arrête ici cette histoire qui, à dater de la maladie des Landes (1837), est universellement connue, au moins en ce qui concerne les épidémies de France ; la période antérieure en revanche est assez ignorée pour que j'aie cru devoir déroger à son sujet au plan général de ce livre, où l’his-

torique est limité à celui qni résulte naturellement de la lecture des indications bibliographiques.

J'aborde maintenant un autre point dont l'examen précédera utilement la description pathologique de la maladie.

La synonymie indiquée plus haut suffit pour montrer que la nature de la maladie a été l’objet de deux interprétations différentes : elle a été considérée comme une MALADIE LOCALISÉE, COMME Une INFLAMMATION de la pie-mère cérébro-spinale, ne différant de la méningite commune que par l'extension épidémique et la rapidité de la marche; elle a été envisagée comme une maladie généralisée, comme une FIÈVRE INFECTIEUSE du genre typhus, fièvre que distingue, dans le genre, le petit nombre des déterminations organiques. La dénomination que j'ai inseriteen tête de ce chapitre implique mon opinion personnelle ; quant aux preuves qui la justifient, les voici : je les tire des eauses, des LÉSIONS, des FORMES et des sYM- PTOMES.

I. Indépendant de toute influence climatérique saisissable, le typhus cérébro-spinal ne parait dominé dans son développement que par l'encombrement, la mauvaise ventilation, et un ensemble de conditions hygiéniques fàcheuses qui rendent la dépense organique supérieure à l'assimilation. Les inflammations locales, qui peuvent prendre, à un moment donné, la diffusion épidémique, doivent cette propriété exceptionnelle à des modifications climatériques nettement appréciables; elles peuvent être influencées dans leur marche par les conditions spéciales qui font le typhus cérébro-spinal, elles ne sont jamais engendrées par elles.

Il. L'influence qui crée et répand le typhus est une influence spéciale qui esten dehors des causes vulgaires de l'inflammation commune ; la preuve, c’est que l’explosion de la méningite dans une région déterminée, a été plusieurs fois précédée et accompagnée d’autres maladies à tendance également purulente, et étrangères à la pathologie ordinaire de la localité (1).

IT. L'ÉPIDÉMIE a coïincidé avec une épizootie sur les cochons et sur les chiens; cette épizootie était semblable à la maladie de l’homme, et par les symptômes et par les lésions (2).

IV. Dans une même localité le TYPHUS CÉRÉPRO-SPINAL a coïncidé avec le {yphus exanthimatique et avec la fièvre typhoïde (3).

V. Les lésions qui ont fait considérer la maladie comme une simple méningite ne sont pas constantes; elles manquent dans les cas foudroyants, ou elles y sont si peu prononcées, que l’on n’est point autorisé

(1) KÜTINER (Pétersbourg). — SanpreczKkY (Jérusalem). — KOTSONOPULOS (Nauplie). (2) FERGUSON, COLIN (Irlande).

(3) Plusieurs épidémies de Suède; entre autres celle qui a été décrite par Egerstrüm.

à y voir la cause de la mort (1). Autant vaudrait, dans un autre ordre de faits, invoquer une mort par pneumonie, bien que l’autopsie ne montre pas trace de cette phlegmasie; le raisonnement serait tout aussi logique : la mort à été si rapide que la méningite ou la pneumonie n’a pas eu le temps de se développer, mais c’est elle pourtant qui a tué le malade. |

VI. Les lésions des méninges ont une incontestable analogie avec celles qui caractérisent l’érysipèle; cette analogie résulte et de la tendance extensive du processus et de la nature même de l’exsudat, qui présente les trois variétés propres à l’érysipèle, savoir : exsudat aqueux, — exsudat avec formation cellulaire, — exsudat purulent pur (2).

VII. Les LÉsions du typhus cérébro-spinal ne sont pas bornées aux enveloppes du système nerveux; des altérations plus ou moins graves ont été constatées dans le foie, dans la rate, dans les glandes mésentériques et dans les reins (3). Si donc la détermination morbide est prépondérante sur l'appareil d’innervation, elle n’y est pourtant pas limitée, el en fait, le poison du typhus cérébro-spinal se comporte, relativement aux méninges, comme le poison du typhus abdominal relativement à l'appareil folliculaire de l'intestin.

VIII. Le sanG est loin de présenter dans tous les cas les caractères de la dyscrasie inflammatoire; souvent il a les caractères du sang dissous des anciens, destruction des globules rouges, dissolution de l’hématine dans le sérum, et pseudo-hémorrhagies (4).

IX. Les formes cliniques de la méningite cérébro-spinale en démontrent l’affinité avec les maladies infectieuses, car, comme les grandes pyrexies, elle présente à côté de la forme commune, une forme foudroyante et une forme abortive, modalités étrangères aux phlegmasies 1ocalisées.

X. Si après cet examen des causes, des lésions et des formes, nous envisageons les symptômes, nous (rouverons encore dans l'expression clinique de la maladie un certain nombre de traits, qui suffiraient pour en fixer la place nosologique, en dehors des inflammations locales, dans le groupe des typhus. Les principaux de ces phénomènes caractéristiques

(1) FAURE-VILLARS (Versailles). — TOURDES, FORGET (Strasbourg). — ALIX (Algérie). — GERHARD, LAMB (Philadelphie). — ACHARIUS (Suède). — LEvick (États-Unis). — LEYDEN (Künigsberg). — MARSTON (Dublin). — MARTIN. — REICH (Wernheim). — WERBER

(Freiburg i. B.). — KÜTINER (Petersbourg, Obuchow Hosp.). (2) VIRCHOW.

(3) FRericus (Berlin). — HUTCHINSON (Philadelphie). — KRATSCHMER (Vienne). — MESCHEDE (Suisse). — MURCHISON (London path. Soc.). — RuDNEW (Petersbourg). — SANDERSON (Allemagne septentrionale). — SILOMON (Bonn). — SINGER (Frumos, Jassy). — WUNDERLICH (Leipzig).

(4) GORDON, MARSTON (Irlande). — MURCHISON (Londres). — SANDERSON (Allemagne

sept.),

sont les allures de la fièvre; — l'opposition entre le pouls et la température; — les ecanthèmes : — l'albuminurie; —- les manifestations arliculaires (1).

En résumé, la maladie généralement décrite en France sous le nom de méningite cérébro-spinale épidémique est UNE FIÈVRE INFECTIEUSE DU GENRE TYPHUS, principalement caractérisée par la diffusion épidémique, par une énflammalion précoce de la pie-mère cérébro-spinale et des centres nerveux, par la fréquence (pour ne pas dire la constance) des manifestations cutanées, et par la rapidité de la marche.

. GENÈSE ET ÉTIOLOGIE.

Non-seulement la nature du poison qui engendre le typhus cérébrospinal est inconnue, ce en quoi, du reste, cette maladie ne diffère point des autres pyrexies infectieuses, mais son origine est aussi pour nous lettre close, et les conditions mêmes qui peuvent avoir de l'influence sur le développement, l’activité et l'extension de l'agent morbigène, sont, à peu d’exceptions près, totalement ignorées; bref nos connaissances touchant la genèse et l’étiologie sont bien plus remarquables par leur pauvreté que par leur richesse, des faits négatifs, voilà ce que nous possédons de plus certain.

L'étude de l’ensemble des épidémies démontre que les CONDITIONS COSMI- QUES n’ont aucune espèce d'influence sur le développement de la maladie : longitude, latitude, altitude, constitution géologique du sol, terrain maremmatique, tout cela est indifférent, la preuve ressort, évidente et palpable, de l'infinie diversité des régions qui ont été visitées par la maladie (2). Les saisons sont également sans effet; lorsqu'on ne considère que les épidémies

(1) Voyez au paragraphe SYMPTOMES ET MARCHE l'indication des faits confirmatifs.

(2) AMÉRIQUE DU NoRD : Gerhard, Gifford, Horner, Hutchinson, Knapp, Lamb, Levick, Morris, Packard, Pitts, Robinson, Rodenstein, Smith, Sewall, Stillé, Upham, Wales, Weller, Williams, Osgood.

ANGLETERRE, IRLANDE : Colin, Day, Gordon, Haverty, Lowe, Marston, Murchison, Woolley.

ALLEMAGNE, AUTRICHE : Bauer, Eulenberg, Frentzel, Frerichs, Hanuschka, Hess, Hirsch, Leyden, Müller, Niemeyer, Reich, Rummel, Sanderson, Schuchardt, Siegfried, Silomon, Stadthagen, Wunderlich, Ziemssen, Werber.

ASIE MINEURE, GRÈCE, PRINCIPAUTÉS DANUBIENNES : Diamantopulos, Kotsonopulos, Sin ger.

BELGIQUE et HOLLANDE. — Voyez la bibliographie générale.

DANEMARK. — Heiberg.

FRANCE ct ALGÉRIE. — Voyez bibliogr. générale.

ITALIE, — Amoroso, de Renzi, Santorelli, Semmola, Spada, Spadafora, Marinosci, Pa=

de France, on peut être conduit à attribuer une certaine action à l'hiver et au printemps, mais si l’on substitue à ce point de vue restreint un tableau plus complet, une autre conclusion s’impose, car les épidémies ont été observées en toute saison.

Au surplus, s’il y avait réellement à compter avec une influence saisonnière, elle ne pourrait prendre que le dernier rang dans cette étiologie obscure, puisque cette cause fait toujours sentir ses effets au même moment sur une grande étendue de territoire, tandis que le domaine de la maladie est constamment limité. |

A côté de ces données négatives, l’étude des épidémies révèle pourtant un certain nombre de circonstances dont l'influence ne peut être contestée, surtout lorsqu'elles sont toutes réunies : ce sont l'ENCOMBRE- MENT, la MADVAISE VENTILATION des localités encombrées, la CANALISA- TION VICIEUSE des maisons, d’où résulte l’altération du milieu par des émanations malsaines (1), et l'INSUFFISANCE DE L'ALIMENTATION COÏNCIdant avec de grandes faliques corporelles, ce qui amène une diminution notable dans la résistance de l'organisme, dont le bilan normal est détruit par l’excès de la dépense sur la recette. Ces conditions mauvaises, dont l'influence, je le répète, ne peut être mise en doute, ne sont cependant pas des causes suffisantes ; elles peuvent favoriser l’explosion du mal; mais elles ne semblent pas pouvoir le créer par elles-mêmes, puisque dans un grand nombre de localités ces conditions nocives sont permanentes, tandis que la maladie n’est que momentanée ; ici encore nous sommes arrêtés par une inconnue. L’encombrement et la mauvaise hygiène, qui ont été signalés par un certain nombre d’observateurs comme les plus puissantes de ces influences étiologiques, doivent perdre un peu de cette prépon-

gano, Razzono, Elefanti, Falese, Flamina, Agostinacchio, Angeluzzi, Araneo, Jelapi, Brandonisio, Coppola, Del Zio, Verardini, Tempini.

ISTRIE, DALMATIE. — De Moulon, Baxa, Bonsaing, Pimser.

PALESTINE : Sandreczky.

PORTUGAL : Gaskoin.

RUSSIE : Archangelsky pour le Caucase; Hürschelmann pour la Crimée; Kritschewskÿ pour le gouv. de Kaluga; Kudrinsky pour Moscou; Küttner, Rudnew pour Petersbourg.

SUÈDE, NORWÉGE : Acharius, Altin, Arents, Egerstrôm, Kamph, Mürck, Rusack, Rydberg, Samberg, Wistrand, Von den Busch, Soedenham.

SUISSE : Amez Droz, Bernouilli, Meschede, Vieusseux.

(1) L'importance étiologique de la mauvaise canalisation des maisons a été surtout mise en lumière par Werber (Freiburg i. B.), Horner (Philadelphie), Morris, Sewall, Smith (New-York). Au rapport de Sewall, les six enfants d’une famille habitant une maison encombrée et mal canalisée ont été frappés par la maladie, cinq ont succombé. Morris, dans sa relation de l'épidémie de New-York en 1872, nous apprend que sur les 300 maisons visitées par la maladie, la plupart présentaient, à un haut degré, cette double condition de l'encombrement et du mauvais drainage.

dérance, car dans l'épidémie de Nauplie en 1871, il n’y a pas eu un seul cas dans les prisons, bien que ces établissements fassent loin de répondre à toutes les exigences d’une bonne hygiène (Kotsonopulos), et dans bon nombre d’épidémies de France, une enquête rigoureuse sur les conditions sanitaires des stations militaires a démontré l'absence de ces causes présumées. — Il est bon de noter, quoique le fait soit unique jusqu'ici, que dans Fépidémie d'Albany, Gifford a attribué la maladie à l'usage d’une eau souillée par le déversement de canaux provenant d’un cimetière. En raison de nos connaissances sur l'importance de l’eau potable dans l'étiologie du choléra et du typhus abdominal, ce fait doit être retenu comme un point de départ d'observations usés,

De cet ensemble de faits on peut aisément déduire les rapports qui relient la maladie aux conditions professionnelles et à l’âge. Les MILITAIRES y sont particulièrement exposés, les jeunes recrues plus que les autres, les simples soldats plus que les officiers, par la raison qu’ils subissent plus fréquemment et plus complétement les influences nocives qui viennent d’être signalées. Mais c’est une erreur d’exagérer, comme on l’a fait, cette prédominance étiologique; dans bon nombre d'épidémies PÉLÉMENT cIviL a été frappé comme le militaire, et dans d’autres non moins nombreuses, les civils ont été seuls atteints (1). Dans la population eivile, c’est la classe ouvrière qui a été le plus éprouvée, le fait a été bien établi dès 1837-1859 par les épidémies de Suède. — La considération du sExE fournit une autre preuve contre le rapport trop exclusif qu'on a voulu établir entre le typhus cérébro-spinal ‘et l’état militaire; en Suède, dans le Mississipi S., les femmes ont été presque uniquement atteintes ; Heiberg, en Danemark, a eu sur 12 cas quatre hommes et huit femmes; Kotsonopulos, à Nauplie, sur 93 cas en a compté 60 seulement pour le sexe masculin ; Smith à New-York a eu sur 905 malades 484 hommes et 421 femmes. — L'influence de l’AGE, quand on a soin de l’étudier dans l’ensemble des faits et non pas dans un groupe arbitrairement limité, est vraiment digne d'intérêt : 1l ne suffit pas, pour être vrai, de dire que la maladie est plus fréquente chez les jeunes gens que chez les adultes, plus fréquente aussi chez ces derniers que chez les vieillards qui occupent le dernier rang de la série; 11 faut avant tout mettre en lumière l’étonnante prédominance du typhus méningitique chez les enfants. Seuls, les enfants âgés de moins de six mois ont été épargnés jusqu'ici, tous les autres âges ont été atteints en proportion notable, et cela dans des contrées trop diverses pour qu'on puisse invoquer l'effet des séries (2).

(1) Alabama, Asie Mineure, Berlin, Grèce, Jérusalem, Leipzig, Mississipi, New-York, Pola, Portugal, Suède, Trieste, Virginie.

(2) Crimée, Dalmatie, Hesse, Istrie, Suède.

Dans la première épidémie de Smyrne, sur 10 cas, 5 de 3 à 10 ans (Diamantopulos). —

Quoique le poison morbigène nous soit inconnu dans sa nature et dans son origine, nous pouvons cependant affirmer qu'il diffère totalement des poisons générateurs du typhus abdominal et du typhus exanthématique. La vérité de cette assertion est prouvée par la différence des effets produits par ces trois agents; — par la simultanéité possible des trois maladies dans les localités où sont réunies les conditions respectivement favorables pour chacune d'elles; — par ce fait enfin que le poison n’est point reproduit par l'organisme qu'il a affecté, de sorte que la transmission par le malade lui-même ou par les produits émanés de lui est absolument nulle. La coNTAGION dans ce sens restreint, ou TRANSMISSION PERSONNELLE, n'existe pas pour le typhus cérébro-spinal; quant à la TRANSMISSION MATÉRIELLE (par les objets provenant du malade ou du foyer épidémique), je suis enclin à la nier sans plus de réserves; car sur le nombre vraiment considérable d’épidémies et de faits qui m'ont servi de base pour cette étude, je n'ai pas trouvé un seul exemple complet et indiscutable de ce mode de transmission. Qu'on examine de près les quelques faits qui pourraient être invoqués (4), et l’on verra comme moi qu'ils doivent recevoir une tout autre interprétation : c’est le déplacement en bloc d’un foyer épidémique avec persistance de la maladie dans la nouvelle station, mais sans extension; c'est l’'empoisonnement par un milieu préalablement infecté, mais ce n’est Jamais la transmission matérielle, positivement et exclusivement établie.

En résumé, ignoré dans sa nature et dans son origine, favorisé dans son développement par certaines conditions hygiéniques qui ont pu être appréciées, l'élément générateur du typhus cérébro-spinal n’est pas repro-

A Bonn, le plus grand nombre des malades étaient âgés de 1 à 9 ans (Silomon). — A Jérusalem, 6 cas de 10 à 15 ans (Sandreczky). — A Nauplie, la plupart des malades (sur 93) ont été compris dans la période de 10 à 20 ans (Kotsonopulos). — A Thisted dans le Jutland septentrional, sur 12 cas, 9 au-dessous de 15 ans (Heiberg). — A Crawford dans l'Illinois, les enfants de 4 à 5 ans ont fourni la plus grande proportion (Weller). — À New-York, sur 41 cas observés par Knapp, la plupart au-dessous de 10 ans, les autres de 10 à 16. — Dans l'épidémie de 1872 dans la même ville, les 40 cas de Rodenstein ont été compris entre 3 et 16 ans. — Pour la même épidémie le relevé de Morris, qui porte sur 412 cas, nous en montre 236 au-dessous de 10 ans. — Enfin Smith, dans un travail plus complet sur cette même épidémie de 1872 à New-York, donne les chiffres suivants qui se passent de commentaires. Sur 975 cas :

125 de quelques mois jusqu’à la

fin de la première année 106 de 10 à 15 336 de 1 à 5 ans 94 de 15 à 2 204 de 5 à 10 ans 19 de 20 à 30

71 au-dessus de 30 ans.

(1) Histoire du régiment de Bayonne en 1837; — début de l'épidémie dans le bourg de San-Vito en Istrie (1868) ; — fait de Snively à Germantown (Maryland) en 1871; — faits de Sandreczky à Jérusalem (1872).

ductible par l'organisme, partant il n’est pas contenu dans les produits qui en émanent, et par suite 1l manque de la transmissibilité personnelle et de la transmissibilité matérielle; par exclusion, nous devons lui attribuer la transmissibilité aérienne. Mais cette diffusibilité atmosphérique est limitée à courte distance, et le poison n’a pas à beaucoup près la puissance d’extension &es agents infectieux, que nous avons précédemment appris à connaitre.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE (1)

Dans les cas foudroyants qui tuent entre dix et vingt-quatre heures, les lésions peuvent être nulles, alors même que l’autopsie est complétée par l'examen microscopique (cas de Leyden et Recklinghausen). On dit souvent alors que l’altération caractéristique n’a pas eu le temps de se développer ; il est certain que le temps a été bien court, et cette banalité serait difficilement contestée; ne serait-il pas d’une logique plus instructive de conclure de là que cette altération n’est pas absolument nécessaire, puisque la maladie peut tuer sans elle ?

Dans les cas communs, on observe une INFLAMMATION SÉRO-PURULENTE OU PURULENTE des méninges et notamment de la PIE-MÈRE CÉRÉBRO-SPINALE. A l'ouverture du crâne et du rachis, on trouve fréquemment les méninges congestionnées et les sinus gorgés de sang; dans quelques autopsies, ces altérations sont uniques ou prédominantes (Tourdes), mais le plus souvent la lésion caractéristique est un exsudat purulent localisé dans l'espace sous-arachnoïdien, à la surface externe de la pie-mère. Ce liquide purulent sous-arachnoïdien est tantôt diffluent et peu épais, tantôt d’une consistance telle qu'il simule des pseudo-membranes, et atteint jusqu’à six millimètres d'épaisseur. La matière fibrino-purulente est déposée sous forme de plaques ou de stries dans les scissures cérébrales et le long des vaisseaux; quelquefois elle est épanchée en couches continues, qui constituent une véritable calotte au cerveau, et une gaîne à la moelle (Boudin).

La localisation de ces altérations présente quelque différence suivant les individus et suivant les épidémies. Dans le travail de Tourdes, nous voyons que 29 fois sur 39 cas, l’inflammation était généralisée aux méninges cérébro-spinales ; 7 fois, elle était localisée à la méninge cérébrale; on n’a pas constaté de localisation exclusive à la méninge spinale. Pour ce qui

(1) BôamER, Zur path. Anat. der M. cereb. spin. epid. (Aerztl. Intellig. BL., 1865). — HELLER, Zur anat. Begründung der Gehôrstôrungen bei M. cereb. spin. (Arch. f. klin. Med., 1867). — RUDNEW und BURZEW, Ueber die Epid. von M. cereb. spin. in Russland (Arch. f. path. Anat., 1867). — Rupnew, Path. anat. Untersuchungen des Auges bei Meningilis (Journ. f. normale und path. Histologie, 1870). — HUTCHINSON, Cases of cereb. spin. Men. (Philad. med. Times, 1873).

est de l’encéphale, c’est au niveau du chiasma des nerfs optiques et dans son voisinage que la lésion est le plus accusée et le plus constante ; pour ce qui est de la moeile, c’est vers son extrémité mférieure et à sa face postérieure. Cette prédominance des lésions coïncide du reste avec la prédominance des symptômes. L’exsudat purulent se forme avec une telle rapidité qu'il est généralisé en trois ou quatre jours, et qu'on l’a même constaté chez un militaire, dont la mort survint vingt heures après le début de la maladie. Ce sont ces lésions que Virchow a rapprochées de celles de l’érysipèle infectieux, en faisant remarquer qu’elles ont en commun la marche extensive sans foyers circonscrits, et la nature de lexsudat qui, dans les deux maladies, est ou bien séreux, ou séreux avec formation eellulaire, ou purulent parfait.

Le cerveau est aussi altéré ; déjà Chauffard avait signalé, en y insistant, le ramollissement des couches superficielles dans les points correspondant à l’altération la plus prononcée des méninges, et ce fait, qui a été souvent contesté, presque nié même par les auteurs du Compendium de médecine, est parfaitement exact; il a été noté par Frerichs, par Heller, et l’étude microscopique des lésions, faite à propos de l'épidémie de Pétersbourg par Rudnew et Burzew, a pleinement confirmé le fait, et en ont démontré non-seulement la fréquence, mais la constance (au moins dans cette épidémie) ; voici les caractères assignés par ces observateurs à laltération cérébrale : € Dans les points où la méningite élait notablement développée, la substance cérébrale n’a jamais été normale; elle a toujours présenté une prolifération cellulaire dans l’adventice des vaisseaux d'un certain calibre, et dans les éléments de la névroglie (encéphalite interstitielle); les cellules nerveuses en revanche n'étaient pas modifiées. Ge processus était diffus, il pénétrait plus ou moins profondément, mais 1} n’a jamais atteint la limite de la couche corticale et de la substance médullaire ; celle-ci ne présentait qu'une hyperémie forte, sans allération des parois des vaisseaux. Les ventricules étaient plus ou moins remplis d’un liquide trouble, jaunâtre, dans lequel le microscope a toujours démontré la présence de globules purulents. — Quant à la substance blanche de la moelle, elle n’a été altérée que 2 fois sur 10 autopsies, savoir à la surface postérieure du cône médallaire, là où il y avait une abondante accumulation de pus; les fibres nerveuses étaient détruites, sans trace de myéline, en un mot il y avait une dégénérescence graisseuse des fibres à moelle par suite d’un processus inflammatoire interstitiel, analogue à celui du cerveau. Dans un plus grand nombre de cas, on a trouvé du pus dans le canal central dans la région du conus médullaire. »

Du reste, l'examen microscopique est toujours nécessaire avant de conclure à l'absence de lésions, car les observations de Küttner ont démontré qu'en dehors de toute suppuration, de toute lésion saisissable à l'œil nu, les méninges peuvent être notablement altérées, et cela de la

manière suivante : « l'altération porte sur les vaisseaux nourriciers qui de la pie-mère vont au cerveau ct à la moelle; elle consiste en une production considérable de noyaux dans les espaces intervasculaires de la piemère ; par suite le vaisseau lui-même n’est plus visible, et au lieu d’un canal délié, à contours nets, on ne voit qu’un tissu grossièrement granuleux, qui ne se révèle comme vaisseau que par la division dichotomique. Sur la moelle, le processus présente sa plus grande netteté dans les vaisseaux qui pénètrent dans le sillon longitudinal postérieur, et dans ceux qui sont situés de chaque côté du canal central. »

Les lésions cérébro-spinales sont loin d'être uniques. Le CŒUR est mou, les stries transversales et longitudinales des fibres musculaires sont peu ou point marquées (Rudnew et Burzew). — L'INTESTIN GRÈLE présente dans sa partie inférieure les signes d’une inflammation catarrhale avec injection et tuméfaction plus ou moins fortes des glandes solitaires ; on à constaté dans quelques cas une intumescence notable des glandes de Peyer surtout vers la valvule iléo-cœcale, mais sans aucune ulcération, et les glandes mésentériques ont été souvent grosses et ramollies (1). — Le FOIE et la RATE sont altérés dans le plus grand nombre des cas; ils Font été constamment dans l'épidémie de Pétersbourg; c’est tantôt une simple augmentation de volume avec hyperémie, tantôt l’hypermégalie coïncide avec le ramollissement (2); le foie a présenté mainte fois une coloration grise avec état trouble des cellules (Rudnew et Burzew), et Kratschmer à constaté la stéatose de cet organe. — Les REINS ont présenté au même observateur une dégénérescence graisseuse, et les médecins de Pétersbourg les ont trouvés augmentés de volume, décolorés, avec tuméfaction trouble de l’épithélium dans les tubes sinueux. — Dans le cas de la clinique de Frerichs, dont Hæœpker a fait le sujet de sa dissertation inaugurale, les MUSCLES ont présenté une couleur rouge-pourpre tout à fait anormale, et dans une de leurs autopsies, Rudnew et Burzew ont observé une dégénéralion cireuse dans la partie inférieure de l'un des muscles droits de l'abdomen. — Les différentes SÉREUSES, la plèvre, le péricarde, la tunique vaginale, les séreuses articulaires sont souvent le siége d’épanchements séreux ou purulents. Sur 13 autopsies, à Orléans, Corbin a rencontré quatre fois du pus dans les cavilés articulaires.

La tuméfaction de la PAROTIDE a élé signalée par Rudnew et Silomon. — Le sanG, je l'ai dit déjà, ne présente pas toujours les caractères de dyscrasie inflammatoire qu'ont démontrés les anciennes analyses de Tourdes et d'Andral; souvent, au contraire, il offre l'état dit de fluidificalion ; c’est-à-dire qu'il y a une destruction rapide des globules rouges avec in-

(1) FRERICHS, KRATSCHMER, NIEMEYER, RUDNEW et BURZEW. (2) FRERICHS, HUTCHINSON, KRATSCHMER, MESCHEDE, MURCHISON, RuDNEW ct BURZEW, SANDERSON, SILOMON, SINGER, WUNDERLICH.

filtration des vaisseaux et des tissus par de l’hématine devenue libre (1). Dans ce cas on peut observer, sans déchirure préalable des vaisseaux, l'effusion d’une sérosité colorée en rouge, processus qui n’a de l’hémorrhagie vraie que l'apparence, et que j'ai signalé le premier sous le nom de pseudo-hémorrhagie. |

Que l’on envisage dans son ensemble cet exposé anatomique, et l’on reconnaitra comme moi que des notions incomplètes sur ce sujet ont seules pu donner naissance à l'opinion, qui ne voit dans le typhus cérébro-spinal qu’une simple méningite épidémique. À côté de ces altérations diffuses qui rappellent, trait pour trait, l'expression anatomique des maladies infectieuses, je dois signaler en outre un groupe de lésions vraiment spéciales, qui sont le produit de la détermination fondamentale de la maladie sur l'appareil central de l’innervation, je veux parler des désordres de l'oreille et de l’œil.

Les lésions de l’ereille, qui d’ailleurs ne sont pas constantes, peuvent être rapportées à deux groupes que distingue leur gravité respective. Dans les cas LÉGERS c’est l’inflammation catarrhale de la caisse du tympan, suivie parfois de la perforation de la membrane. Dans les CAS GRAVES, ce sont l’inflammation purulente de la caisse, et surtout les lésions de loreille interne, à savoir l’hémorrhagie (Erhard), et plus souvent la suppuration et la destruction des ampoules et des membranes du labyrinthe. Dans un cas, Heller a constaté des ecchymoses punetiformes en succession régulière sur la partie périphérique des circonvolutions de la lame spirale ; les lamelles elles-mêmes étaient infiltrées de pus. Souvent les nerfs faciaux et auditifs sont entourés de pus dans le conduit auditif interne, et parfois le pus est infiltré entre les fibres des deux nerfs. D’après Trôltsch, le pus de l'oreille interne y arriverait par migration de celui des méninges, mais Heller, Lucæ, Turnbull et la plupart des observateurs le considèrent comme né sur place, à la suite d’une inflammation labyrinthique. li est à noter que dans les cas légers les lésions sont souvent unilatérales, tandis que dans les cas graves elles sont doubles, et laissent après elles, cela va de soi, une surdité définitive (2).

Les lésions des yeux ont même dualité, tantôt LÉGÈRES, et bornées à une conjonctivile plus ou moins intense, plus ou moins persistante; tantôt GRAVES, et constituées par une trilis, et surtout par une choroïdile purulente ; dans les eas les plus sévères, il y a en outre des extravasals punctiformes dans la rétine (Rudnew), épanchement d’un exsudat amorphe dans les milieux de l'œil, et infiltration purulente du tissu conjonctif périoculaire, dont l’aboutissant ultime est l’atrophie de l'œil. Le cristallin est le plus souvent intact dans les cas de gravité moyenne; cependant Knapp

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