CHAPITRE IV
GASTRITE HONIQUE.
Les ACIDES MINÉRAUX, les ALCALIS CAUSTIQUES produisent bien moins une inflammation qu'une destruction du tissu avec lequel ils sont en contact; cette destruction est la suite d’une combinaison chimique qui unit le poison aux éléments organiques et abolit la vitalité de ces derniers. — Dans d’autres circonstances, la substance toxique ingérée détermine par irritation directe une gastrite suraiguë, mais elle ne détruit pas le tissu; si celui-ci est ultérieurement nécrosé, c'est par suite de l'intensité du processus phlegmasique, et non par suite d’une combinaison chimique immédiate. L’acide arsénieux, le phosphore, les sels d'argent, de mercure, de cuivre, les poisons végétaux appartiennent à cette seconde caté-
(1) SNELLEN, Sklerosis ventriculi (Nederl. Lancet, 1855). SMITH, Cirrhosis of the stomach (Edinb. med. Journ., 1872).
corie; l'acide sulfurique, nitrique, chlorhydrique, oxalique, la potasse caustique, lammoniaque, appartiennent à la première. En raison même de leur action destructive immédiate, ces agents laissent ordinairement des traces de leur passage dans la bouche, le pharynæ, l'œsophage; parfois même leur affinité chimique n’est pas épuisée dans l'estomac, et l’altération se prolonge plus ou moins bas dans l'intestin.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
A la suite de l’ingestion des acides caustiques proprement dits, la couche épithéliale de la bouche, de l’œsophage, de l’estomae, est détruite par places, et des taches blanches ou noires, jaunes s’il s’agit d'acide nitrique, indiquent les points touchés par le poison. Après l’ablation de ces eschares, la muqueuse apparaît vivement injectée, et elle est le siége d’hémorrhagies plus ou moins abondantes; si l'acide était dilué ou en très-petite quantité, tout est borné à ces lésions superficielles. Mais dans les conditions opposées, les désordres sont beaucoup plus étendus, soit en surface, soit en profondeur. La muqueuse dans toute son épaisseur est transformée en une eschare noirâtre ou jaunâtre ; la tunique musculaire est elle-même nécrosée, ou bien elle est infiltrée de sérosité, et elle a l'aspect d’un magma grisàtre sans texture fibrillaire appréciable. Souvent enfin la paroi de l’estomac est détruite en totalité, et le contenu du ventricule est épanché dans l'abdomen, où l’on trouve les lésions initiales d’une péritonite suraiguë (péritonite par perforation). Au niveau des points touchés, le sang est carbonisé, et cette allération peut être étendue jusqu'aux vaisseaux du duodénum et aux grosses branches du tronc aortique. Si c’est un alcali qui est en cause, le sang n’est pas coagulé, il est dissous, et dans l’empoisonnement par l'acide oxalique il présente quelquefois une coloration vermeille. Dans le voisinage des eschares, et à une distance qui varie selon la concentration et la quantité du poison, la muqueuse présente les signes d’une vive inflammation; elle est injectée jusqu'à l’hémorrhagie, ou bien elle est ecchymosée et ulcérée, ou bien enfin elle est recouverte de fausses membranes superficielles ou interstitielles (gastrile croupale et diphthérique). — Avec les ALCALIS CAUSTIQUES, les eschares sont moins nettement limitées, moins sèches, elles ont une apparence pulpeuse, et, vu la diffusibilité plus grande de ces substances, la perforation est plus fréquente que dans le cas précédent. — Le SUBLIMÉ, le PHOSPHORE, les SELS DE CUIVRE, etc., produisent des eschares brunes ou noires autour desquelles la muqueuse hyperémiée est infiltrée de sérosité. — La gastrite de l’ACIDE ARSÉNIEUX est encore différente : les lésions occupent principalement le relief des plis de la muqueuse; elle est tuméfiée, rouge et pulpeuse, ou bien présente une eschare d’un brun