CHAPITRE IV
La tuberculose (1) de la plèvre n’est jamais l'unique expression de la diathèse; elle coïncide soit avec les granulations généralisées de la tuber-
(1) ROKITANSKY, LEBERT, WiNTRICH, loc. cit.
VirCHOW, Verhandl. der phys. med. Gesells. in Würzburg, 1850. — Jaccoun, Bullet. Soc. anat., 1858. — Emris, Des inflammations tuberculeuses de la plevre et du poumon (Gaz. hôp., 1866). — VAN DEN CoRPUT, Tuberculisation de la plèvre (Presse méd. belge, 1868). — Lépine, Soc. de biologie et Gaz. hôp., 1870.
eulose mihaire aiguë, soit avec les altérations de la tuberculose pulmonaire commune; dans le premier cas, la lésion consiste dans la présence de granulations qui occupent le tissu même de la plèvre, notamment dans la région diaphragmatique ; dans le second cas, la lésion a une double modalité : le plus ordinairement elle est constituée par la granulose de fausses membranes résultant de pleurésies antérieures, c’est là la règle ; mais, dans quelques cas sur lesquels Lépine a récemment appelé l’attention, le processus granuleux de la plèvre parait être le résultat d’une propagation directe; les lésions tuberculeuses du poumon s'étendent jusqu'à la plèvre viscérale, et bien qu'il n’y ait pas d’adhérences et que le reste de la séreuse soit sain, la plèvre pariétale présente des granulations dans le point correspondant à la lésion du feuillet viscéral. Dans deux des faits rapportés par cet observateur, l’altération pulmonaire génératrice de la granulose pleurale n’était pas tuberculeuse, elle consistait en noyaux souspleuraux de pneumonie caséeuse; ces faits sont en faveur de la doctrine de l'infection secondaire par foyers caséeux. — Dans certains cas enfin, les tubercules réunis en amas ou conglomérés siégent dans le tissu sousséreux du feuillet costal de la plèvre; ils ne restent point alors à l’état de tubercules crus, ils subissent leur évolution ordinaire et déterminent des caries Costales avec abcès symptomatiques qui s'ouvrent soit au dehors, soit dans la plèvre, soit dans les deux directions à la fois, donnant ainsi naissance à un pyopneumothorax.
Le eancer (1) de la plèvre est de l’encéphaloïde; il n est jamais primitif, et coïncide ordinairement avec un cancer du médiastin ou du poumon; dans ce dernier cas, le cancer pleural se continue directement avec les masses pulmonaires, ou bien il en est indépendant et se présente, sous forme de noyaux diffus, soit dans la plèvre diaphragmatique et viscérale, soit dans les couches profondes du feuillet costal. Dans d’autres circonstances, le cancer de la plèvre est l'effet d’une reproduction ou d’une propagation dont le point de départ est une tumeur cancéreuse du sein, opérée ou encore présente. J'ai rapporté dans ma clinique deux faits qui se
(1) Voyez la bibliographie du Cancer du poumon. En outre :
FRANTZEL, Berlin. klin. Wochens., 1867. — Jaccoun, Clinique méd. Paris, 1867. — KAULICH, Prager Vierteljahr., 1868. — MurcCuisoN, British med. Journal, 1868. — JT. R. BENNET, Transact. of the path. Soc., XNVHE, 1868. — Lépine, loc. cit., 1870.
FONTAN, Dégénérescence cancéreuse du médiastin, de la plèvre, du poumon, du foie, pleurésie droite (Lyon méd., 1870). — Jepnson, Cancer of the mediastinum with effus. into pleural cavity (Med. Times and Gax., 1870). — Jaccoup, Loc. cit., 1872.
BENNETT, Cancerous and other intrathoracic growths; their natural history and diagnosis. London, 1872. — GorDoN, Case of hœmorrhagic Sarcoma of the pleura combined with extensive pleuritic Effusion (Dublin Journ. of med. Sc., 1874). — LASÈGUE,
Pleurésie droite développée sous l'influence d’un lymphosarcome en voie de généralisation (Arch. de méd., 1874).
rattachent à la première de ces deux éventualités, et c’est précisément la notion de l’opération antérieure qui m'a permis de faire un diagnostic justifié plus tard par lautopsie. Les cas plus récents de Lépine concernent des cancers mammaires non encare opérés. Dans cette forme, laltération cancéreuse secondaire peut envahir à la fois la plèvre et le poumon, mais elle est ordinairement unilatérale, elle occupe le côté correspondant au foyer cancéreux extérieur.
Les lésions précédentes n’ont pas de symptômes qui leur soient propres; le diagnostie est fondé principalement sur les antécédents, sur lPétat général (cachexie) des malades, sur les signes physiques fournis par les poumons, parfois aussi, dans le cas de cancer surtout, sur les phénomènes de compression qui caractérisent les tumeurs intrathoraciques. En ce qui concerne l’'ÉPANCHEMENT LIQUIDE, il y à lieu d'établir trois groupes de cas : 1 y a un épanchement séreux ou séro-fibrineux ; — il y a un épanchement sanguinolent ; — il n'y a pas ou presque pas d’épanchement. Cette dernière éventualité est la plus favorable pour le diagnostic; la persislance indéfinie de gros bruits de frottement chez un individu qui présente d’ailleurs les signes d’une tuberculose avancée ou d’une cachexie cancéreuse, où qui à subi une opération suspecte, révèle presque à coup sûr une néoplasie pleurale. L’épanchement non sanglant n'indique rien, il appartient au tubercule et au cancer de la plèvre aussi bien qu'à la pleurésie simple; l’épanchement sanguinolent est une présomption en faveur du tubercule ou du cancer, mais on ne possède cet élément d’appréciation qu'après la thoracentèse. Cette opération est indiquée toutes les fois que la dyspnée devient une cause de péril.