‹ Traité de pathologie interneChapitre 91 sur 134 · IT · texte numérisé non relu

IT

Berquin … (Potnie-a-Pnire }OCas mortels à marche rapide.

Homme de 20 ans. Homme de 25 ans. Homme de 19 ans. Homme de 31 ans. Homme de 21 ans.

HR

(1,2) Rémission.

Cas de $ravité moyenne Guérison.

Homme de 28 ans.

Berquin. ( Pomte-a-Pitre.)

Cas grave à forme prolongée Guérison. Homme de 24 ans. D Le,

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EMPNRR TE F £ se A dd = Re Se ME, Anh te rare ttc a lon 75 Cie A a le rar et SG CR ET " Le

Nægeli le maximum de l'invasion est de 40°8, et l'acmé de la période sui- . vante ne dépasse pas 388 ; dans un autre cas le chiffre du premier maximum est de 40%5, celui du second est de 38°5; dans une des courbes de Berquin,

avec un maximum initial de 42°9, je vois l’acmé secondaire borné à 40°9 ;

une autre me montre au troisième jour un maximum de 41°5, mais l’ascen-

sion secondaire ne ramène que 40°. — C'est là une premièreraison qui ne permet pas d'attribuer au mouvement fébrile un cycle défini, et d’en exprimer les carggières par un petit nombre de propositions générales. — Une seconde irrégularité plus notable peut-être, c’est que la fièvre dans cette seconde période peut présenter le {ype inverse, c'est-à-dire une température plus élevée le matin que le soir. —En troisième lieu le maximum thermique de la deuxième période peut, par exception il est vrai, dépasser celui de la première. —Ce n’est pas tout ; la rémission initiale est sujette à manquer, bien que l'amélioration subjective du malade soit constante ; — enfin la date et le mode de terminaison de la fièvre n’ont aucune régularité.

Peut-être sera-t-il possible de dégager quelques règles au milieu de ces nombreuses dissemblances, lorsque le nombre des observations complètes sera pour la fièvre jaune aussi considérable que pour les autres pyrexies; mais pour le moment il est impossible de formuler des règles même approximatives. Trois faits seulement peuvent être affirmés ; ils sont assez réguliers, ceux-là, pour que les cas divergents soient taxés d’exceptions : 1° maximum thermique très-élevé, et très-précoce, de quelques heures à un Jour ; — 2° au troisième ou au quatrième jour, et parfois le soir, rémission plus ou moins profonde ; cependant elle n’a jamais ramené le chiffre normal, dans aucune des vingt-trois courbes que j'ai sous les yeux; — 3° reprise et persistance de la fièvre dans tout le cours de la maladie. De ces trois faits, le second est celui qui présente les exceptions les plus nombreuses; on peut s’en convaincre par l'examen des tracés ci-joints, dont l'étude complétera utilement la description précédente, car les nombreuses divergences du mouvement fébrile y sont clairement saisissables. (Voy. les planches 1-1v.)

Il est à peine besoin de faire remarquer que sur les trois caractères réguliers de la fièvre, deux sont d’une réelle importance pour le diagnostic ; savoir la modalité de l’ascension initiale plus considérable et plus rapide que dans aucune autre maladie, la fièvre intermittente exceptée; et la rémission du troisième ou quatrième jour.

L'irrégularité, ou pour mieux dire la variabilité des allures de la fièvre d'un malade à l’autre, est d'autant plus accusée qu’on est plus éloigné du début. C’est alors, c’est aux approches de la terminaison, quelle qu’elle soit d’ailleurs, qu'on constate les différences les plus tranchées ; c’esttantôt une hyperthermie qui ne le cède que peu ou pointä celle de l'invasion ; c’est ailleurs une fièvre à peine indiquée où même nulle par instants; c’est chez d’autres un mouvement fébrile modéré et régulier; c’est enfin une

température sous-normale. Faut-il se contenter d'enregistrer empiriquement toutes ces variétés, en ajoutan” qu'elles sont le fait de la gravité variable du mal? Telle n’est point mon apinion. Je rattache les divergences de la fièvre à la diversité des prédominances morbides, et dans une maladie qui évolue tantôt avec l’ensemble de ses déterminations également accusées, tantôt avec prépondérance d'accidents cholémiques, urémiques ou hémorrhagiques, je ne puis m’étonner de voir le mouvement fébrile prendre des allures disparates en rapport avec ces modalités pathologiques, qui exercent sur la calorification des influences toutes différentes. Que l'on observe dorénavant la fièvre jaune à la lueur des principes pathogéniques sur lesquels j'ai basé cette étude, et l’on verra disparaitre la confusion et l’incertitude, en même temps qu’on saisira la vérité du rapprochement que j'ai établi entre les phénomènes cliniques et les localisaions morbides. À

Durée. Terminaisons. -— La forme commune et régulière de la fièvre jaune à une durée de six à dix jours. Dans les cas légers, la GUÉRISON peut avoir lieu dès le sixième et même dès le cinquième jour; après les symptômes et la rémission si caractéristiques de la première période, le malade est repris de fièvre, il présente une suffusion ictérique légère ou simpleplement la suffusion hémaphéique, la fièvre baisse de nouveau et prend fin le plus ordinairement avec une diarrhée ou une sueur critique. — Dans d’autres cas, la terminaison favorable est différée jusqu’au neuvième ou dixième jour; les symptômes ont alors été plus accusés et surtout plus complets, l’ictère assez marqué pour produire le ralentissement du pouls a été dûment observé; avec les caractères spéciaux de l'urine albumineuse, une anurie momentanée a pu exister; un début de diathèse hémorrhagique s’est manifesté par des hémorrhagies pharyngo-buccales ou même par des vomissements sanglants, mais l’hématémèse a été rouge ou marc de café, elle n’a pas pris les caractères du goudron ou du cambouis; la température est restée fébrile sans s'élever aux chiffres excessifs de l'invasion; les symptômes cérébraux n’ont pas été au delà d’un délire tranquille, il n’y a pas eu trace de collapsus, et après une défervescence qui n’est jamais crilique, qui a toujours lieu par lysis, et qui est souvent, mais non toujours, accompagnée d'une diarrhée ou d’une diaphorèse abondante, le malade arrive à la convalescence. Les nuances symptomatiques peuvent être plus ou moins accusées, mais celles que je viens d'indiquer constituent l’extrême degré compatible avec la guérison ; lorsque les phénomènes sont incomplets, c’est l’anurie qui manque le plus souvent, la gastrorrhagie vient ensuite; l'ictère et l'albuminurie sont constants; on ne peut rien dire de précis touchant les exanthèmes, ils sont présents ou absents, cela importe peu; mais quant aux manifestations cutanées de nature hémorrhagique, j'incline à croire qu’elles font toujours défaut dans les cas qui guérissent. Lorsque les cas à terminaison favorable présentent des

é FIÈVRE JAUNE. 685 symptômes complets, ceux-ci sont à peu près également prononcés, on n’observe guère alors ces prédominances accentuées qui dévoilent si clairement dans les cas plus graves les localisations prépondérantes de la maladie. C’est chez les individus ainsi guéris qu’on observe parfois la persistance de l’ictère durant plusieurs semaines après le début de la convalescence ; bien plus, la teinte de l’ictère devient plus foncée au moment de la défervescence ; N peut alors rester aucun doute sur la genèse de l'ictère, c’est une obstruction catarrhale du canal cholédoque qui est en cause. La guérison est très-fréquemment suivie de la chute des cheveux; d'après Nægeli ce phénomène est constant. |

La rémission spéciale du troisième au quatrième jour est constante dans les cas qui guérissent, elle ne manque dans aucun de mes tracés. Il est donc tout à fait set de donner à cette accalmie le nom de mieux de la mort, puisque la sensation subjective d'amélioration est justifiée chez bon nombre d'individus, sinon immédiatement, du moins par l'issue définitive de la maladie. s

Tout en prenant une issue heureuse, la maladie peut se prolonger au delà du terme que je lui ai assigné, et durer jusqu’à 20, 25, et même 32 jours (dans un cas de Nægeli). Il est à peine besoin de dire que ce n'est pas l’évolution propre de la fièvre jaune qui occupe tout ce laps de temps; la défervescence, au lieu d'avoir lieu du septième au douzième jour, peut être différée jusqu’au quinzième et au seizième, mais c’est une complicalion qui prolonge l’état de maladie jusqu'aux limites que je viens d’indiquer ; la dysentérie, les parotidites, les abcès, ganglionnaires ou non, sont des causes fréquentes de cette anomalie; mais dans d’autres cas elle est due à un complexus pathologique tout différent, savoir à un état typhoïde secondaire, de tous points semblable à celui qui caractérise la forme dite typhoïde de la réaction du choléra; dans la fièvre jaune, comme dans le mal indien, la genèse de cet état est complexe, l'insuffisance urinaire et les désordres organiques résultant de l’altération du sang en sont les causes les plus importantes (1). La durée de cette complication est de huit à quatorze jours; ainsi que je l’ai dit, elle n’est pas incompatible avec la guérison, mais cette heureuse terminaison est fort rare.

La morrT peut survenir à un moment quelconque de l'intervalle qui mesure la durée de la forme commune, c’est-à-dire du quatrième au dixième jour; dans la moilié des cas environ, la mort a lieu le quatrième ou le cinquième jour; puis viennent le sixième et le seplième; la terminaison est plus rarement différée jusqu'au neuvième ou dixième jour. Quand la mort est prompte, il est de règle que la rémission fébrile de la première période fasse défaut ; mais la sensation d'amélioration et de bien-être relatif peut néanmoins être produite, sensation trompeuse pour le coup, qui

(1) Pour plus de détails voyez le chapitre précédent.

As, Es +.

mérite alors la qualification expressive de mieux de la mort. Malgré la rapidité de la terminaison, les symptômes graves sont d'ordinaire au complet; ictère, hémairha GO multiples, ecchymoses, anurie, tous les phénomènes se sont accumulés à coups pressés, et le malade Saceorfibe dans le collapsus ; parfois la mort réelle est plus retardée, mais le patient, plongé dans l’état d’algidité que j'ai précédemment décrit, n’est guère plus qu'un cadavre. Lorsque l’évolution est moins rapide, la rémission spéciale est accusée et par le thermomètre, et par le sentiment du malade; c’est alors aussi qu’on voit surgir dans les symptômes ultimes les variétés que j'ai tant de fois signalées, et que je rattache à la diversité des prédominances morbides; en fait, le malade meurt avec de l’hyperthermie, du délire et

des convulsions partielles, tué par ACHOLE; — il meurt avec une température peu ou point élevée, du coma et des accès éclamptiques, tué par URÉMIE ; — il meurt avec une température sous-normale, des pertes de

sang éisidérailess tué par HÉMORRHAGIE.

En résumé, collapsus précoce résultant de l’ensemble des manifestations morbides rapidement développées sans localisation prépondérante, — suppression de la fonction dépuratoire du foie, — suppression de la fonction dépuratoire des reins, — spoliation sanguine, telles sont les modalités révélées par l'analyse pathogénique dans la fièvre jaune qui tue. — Lorsque la mort est différée au delà du dixième ou onzième jour elle est le fait d’une complication, et elle reconnait le plus souvent pour cause l'état typhoïde.

Rechutes. Récidives. — La fréquence des rechutes varie beaucoup dans les diverses épidémies, peut-être aussi dans les diverses contrées; ce qui est certain, c’est qu'elles sont données comme rares par la plupart des observateurs, tandis qu’à Rio de Janeiro elles sont relativement com munes. Ces rechutes sont de véritables RÉVERSIONS, car elles sont séparées de la première atteinte par un intervalle de pleine convalescence d’une durée de huit à quatorze jours. Il y a là plus d’un point commun avec le typhus abdominal et avec la fièvre à rechutes (relapsing fever). La réversion est souvent imputable à un écart de régime, ailleurs elle se développe sans cause saisissable ; tantôt elle est beaucoup plus grave que la première attaque, elle ramène lictère, les hémorrhagies, tous les symptômes les plus sérieux de la maladie, et se termine par la mort; tantôt au contraire elle est légère, et la température ne dépasse guère 38,2 le matin, 380,5 ou 38°,6 le soir, presque jamais elle n’atteint 39° (Nægeh). Au Brésil les réversions ne sont guère observées que lorsque la première attaque a été faible; le rapport contraire est exceptionnel, et c’est alors aussi que la rechute est Le plus redoutable. Nægeli a perdu de la sorte deux de ses malades qui, quatre semaines auparavant, avaient heureusement subi une première atteinte grave. Le même observateur a noté que les rechutes sont presque constamment accompagnées de névralgies sus-

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ù # À + & F4 * FIÈVRE JAUNE. 687

‘ Ca orbitaires de la plus grande violence. La durée des réversions à issue

favorable est de six à huit jours.

En traitant de limmunité, je me suis expliqué sur les RÉCIDIVES ; il importe d'ajouter que la gréserra Gil conférée par une première SA ni ES n'est pas aussi absolue que les chiffres précédemment cités pourraient le faire supposer. Ici encore 1l y a des différences issues de la région, et de l'intensité de l'atteinte antérieure, il y a même des différences. nées de la prédisposition individuelle ; il est des individus ( qui, sans changer de ré sidence, sont pris de fie ris jaune légère à che de fois u’une nouvelle épidémie survient (Nægeli). Ce sont des exce tions. soit, m as il faut en tenir compte pe viter l'erreur des propositions plus. r reconnais trois formes à la fièvre Us savoir là forme

commune ci-dessus décrite, qui est lé gère où grave, et qui, d’après les

prédominances symptomatiques, présente quatre variétés, réqulière, cholé-

mique, urémique, hémorrhagique: — la forme abortive: — la forme foudroyante. VAE, 35

La forme abortive (POLKAFIEBER du Brésil) est bornée à la période de

réaction générale; qu'on arrête l’évolution de la fièvre jaune à la rémis-

sion du troisième jour, et l’on aura le type parfait de cette forme ; non-

seulement elle a les mêmes symptômes que la période initiale d’une fièvre

Jaune complète, mais la violence de ces symptômes est exactement la

même; bien plus, c’est dans ces cas-là qu’on observe le plus rapidement

les chiffres thermiques les plus élevés. Soudaineté brutale du début,

frisson et fièvre intenses, douleur lombaire, angoisse épigastrique, injec-

tion des yeux et de la face, agitation pénible, nausées, catarrhe gastro-

+ intestinal, tout y est, je puis m'en porter garant; mais la rémission qui

est rarement différée au delà du matin du troisième jour, est accompagnée

d’une diaphorèse surprenante par son abondance, moins fréquemment

.. d’une diarrhée bilieuse ; avec ces phénomènes véritablement critiques, tout

… est fini, le malade ne conserve que de la fatigue, et deux ou trois jours plus tard 1l est rendu à la plénitude de la santé. Les caractères vraiment pathognomoniques de ces symptômes à évolution rapide, et l'observation thermométrique ne permettent pas le moindre doute dans l'interprétation de ces faits; ce sont sans contestation possible des FIÈVRES JAUNES ARRÊ- TÉES À LA PÉRIODE DE RÉACTION GÉNÉRALE, TOUTE LOCALISATION FAIT DÉ-

rAuT. Cette forme ne confère pas une immunité aussi durable quela maladie à évolution complète; cependant la préservation ainsi obtenue s'étend d'ordinaire à toute la durée de l’épidémie régnante.

La forme foudroyante est définie par son nom même; Fhyperthermie est excessive, à peine ya-t-1l un indice de rémission matinale, déjà au bout de 36 heures il y a de l’ictère, des vomissements noirs, souvent de larges plaques ecchymotiques au cou et dans les aisselles, et le malade succombe, soit avec une température maximum, soit avec un refroidissement

Formes, —

subit; la mort a lieu du troisième au cinquième jour; lorsqu'elle est différée jusqu’à ce dernier terme, on n’observe-pas la rémission caractéristique qui marque la fin de la première période, même dans les cas mortels de la forme commune.

DIAGNOSTIC ‘ET PRONOSTIC

À une époque où l’on ignorait les caractères thermiques de la première période de la fièvre jaune, on à pu insister, avec raison, sur le diagnostic différentiel de cette maladie et du CATARRHE GASTRO-DUODÉNAL AIGU, léger ou grave (fièvre gastrique bilieuse) : cette obligation n’en est plus une au-

jourd’hui; l'élévation très-rapide et très-forte de la température, dès le premier jour de la fièvre amaril, est une caractéristique suffisante, dont la valeur est d’ailleurs corroborée par la brusquerie du début, par la rachialgie, par l’anxiété épigastrique, par l'injection de la face et des yeux, tous phénomènes étrangers aux états gastro-intestinaux, de quelque nom qu’on veuille les qualifier.

En revanche, les indications du thermomètre sont, au début, frappées de stérilité, s'il s’agit de distinguer l'invasion de la fièvre jaune, d’un accès de FIÈVRE INTERMITTENTE LÉGITIME; l'ascension thermique est rapide et élevée dans les deux cas, et le frisson peut être également vislent et prolongé; mais la courbature de la fièvre palustre franche n’a rien de commun avec les douleurs lombaires et épigastriques de la fièvre jaune; la première n’a pas le masque facial caractéristique, la persistance du maximum fébrile y est moins prolongée, car la sueur qui finit l'accès, ramène la température normale ; la tuméfaction de la rate est constante et précoce, elle est nulle ou tardive dans le typhusamaril, quia par contre l’érythème du scrotum ; enfin, l’on tiendra compte des conditions pathologiques et épidémiques inhérentes à la localité. On aura soin de ne pas considérer comme un signe distinctif suffisant des sueurs survenant dès le premier ou le second jour; car, si chez bon nombre de malades, la fièvre jaune ne présente de diaphorèse qu’au troisième jour, au moment de la rémission, il faut reconnaitre que dans d’autres cas, et ce ne sont pas les moins eraves, elle est accompagnée, dès son début, et à intervalles variables, de sueurs plus ou moins abondantes, qui pourraient facilement tromper si l’on n’était prévenu du fait. Ultérieurement, les symptômes sont assez divergents pour qu'il n'y ait plus de confusion possible; les caractères de l'urine occupent une large place dans cette appréciation diagnostique. — Dans les régions à impaludisme, l'évolution normale de la fièvre jaune peut être altérée par l'influence de la constitution médicale régnante, mais ces modifications ne portent que sur le symptôme fièvre, et sur l'état de la

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rate ; les phénomènes fondamentaux et vraiment caractéristiques de la ma-

ladie n’en sont point affectés.

La FIÈVRE BILIEUSE HÉMATURIQUE (mélanurique) est une manifestation tardive de l'impaludisme; observée au Sénégal et sur quelques autres points des régions tropicales elle ne frappe que des individus indigènes,

r . 0 Q ñ . . e ou des Européens acclimatés qui ont souffert à plusieurs reprises des for-

mes plus ordinaires de la malaria; elle est précédée d’accès intermittents plus ou moins nombreux qui manquent à la fièvre jaune, elle n’a donc pas le début violent et soudain de cette dernière, pas plus qu’elle n’en a la rachialgie, l’anxiété gastrique et le facies ; il y a, dès l'invasion, des vomissements très-copieux de matières bilieuses, l’ictère y est très-précoce

et constant, la rate est tuméfiée ainsi que le foie, l’'hémorrhagie a lieu exclusivement par les voies urinaires qui n’en sont presque jamais le :

siége dans la fièvre amaril; les récidives sont fréquentes et nombreuses, la transmissibilité est nulle, enfin la maladie est justiciable du sulfate de quinine qui n’a aucune prise sur la fièvre jaune.

La TYPHOÏDE BILIEUSE (Griesinger, Lange) présente d'étroites analogies avec la fièvre jaune; fièvre intense, céphalalgie frontale, injection oculaire, plus tard ictère, phénomènes typhoïdes et urémiques, souvent de la gastrorrhagie et d’autres hémorrhagies, voilà les symptômes principaux. Je n'y puis saisir comme signes différentiels que la lenteur du début et de l’ascension thermique, et la constance du gonflement de la rate. Le diagnostic au surplus est puissamment aidé par la distribution géographique de la maladie qui n’est pas du tout celle de la fièvre jaune, et par l’étiologie, la typhoïde bilieuse étant une des formes graves de la malaria. — Les mêmes remarques sont applicables à la FIÈVRE RÉCURRENTE (relapsing fever).

L'HÉPATITE PARENCHYMATEUSE AIGUË (atrophie jaune aiguë, ictère grave) reproduit dans la période d'état la variété cholémique de la fièvre jaune, et 1l faut bien qu'il en soit ainsi puisque la modalité pathogénique est la même dans les deux cas. À ce moment-là, la similitude clinique est assez complète pour ne pas permettre un diagnostic différentiel basé sur les symptômes; mais ce n'en est pas moins une faute grave que d’avoir assimilé ces faits à une fièvre jaune sporadique; il a fallu oublier pour cela que la fièvre jaune n’est jamais que le produit de l’endémie ou de l’importation, et que le critérium diagnostique refusé par les phénomènes morbides est fourni avec une imposante clarté par les données étiologiques. Quant à la première période des deux maladies, elle ne permet aucune confusion, car lhépatite par son début moins rapide, par ses caractères thermiques initiaux, par les douleurs, par la précocité de lPictère enfin, s'affirme nettement à cette époque comme une maladie locale, et l’on y chercherait en vain le masque et l'injection tégumentaire, de même que la rachialgie, l'anxiété épigastrique et les irradiations dans

JACCOUD. — Path. int., 6° édit. I. — 4i

DZ

La “ 690 POISONS TELLURIQUES.

les membres. L'étiologie d’ailleurs rend toute incertitude impossible.

Le pronostie de la fièvre jaune ne peut être exprimé par une formule univoque. Si pour la FORME ABORTIVE tout est fini quand on a dit qu'elle guérit toujours, si l'issue de la FORME FOUDROYANTE est invariablement la mort, la FORME COMMUNE en revanche ne se prête à aucune proposition synthétique; elle comprend des cas légers et des cas graves fort éloignés les uns des autres au point de vue du péril, elle subit en outre l'influence éminemment variable du caractère épidémique, qui est plus ou moins sévère selon les lieux, les années et les saisons, aussi les chiffres qui traduisent la mortalité moyenne sont-ils extrêmement divergents. C'est à peine s'ils sont comparables même pour une région et pour une période déterminées, puisque les observateurs n’ont pas toujours indiqué quelle a été leur méthode de statistique en ce qui concerne les cas abortifs et les cas légers ; or c’est précisément par la proportion relative des cas légers et des cas graves que les épidémies diffèrent le plus les unes des autres; aussi est-ce à titre de simple renseignement que je consigne ici les chiffres de 15 pour cent et 75 pour cent qui expriment la mortalité minimum et la mortalité maximum, et le rapport de 35 pour cent qui traduit la mortalité moyenne de la maladie. Au point de vue pratique les propositions suivantes ont plus d'intérêt peut-être que les chiffres précédents; pour les cas légers de la forme commune, le pronostic est aussi constamment favorable que pour la forme abortive; pour les cas graves la mortalité est comprise entre le tiers et la moitié des cas.

J'ai indiqué dans ma description générale la signification pronostique des principaux symptômes. Je reviens sur quelques points. L’ICTÈRE n'est point par lui-même un signe absolument fàcheux; pour le juger il faut prendre en considération la date de son apparition, il est d'autant plus sérieux qu'il est plus précoce; son intensité, qui est en raison directe de sa gravité; enfin et avant tout son origine, car 1l n'y à aucun rapport au point de vue pronostique entre l'ietère catarrhal et lictère de l’acholie. — Le VOMISSEMENT DE SANG est lui aussi beaucoup plus grave lorsqu'il est précoce; survient-il avec l’ictère dès le deuxième ou même dès le troisième jour, la mort est certaine. Mais e’est une erreur de considérer l’hématémèse de la seconde période comme un signe constamment funeste ; il faut tenir compte de la quantité du sang et de son aspect; s'il est peu abondant, le vomissement rouge où marc de café est compatible avec la guérison, mais l’hématémèse qui ramène des matières comparables à du goudron ne laisse place à aucune espérance. — Il en est de même des manifestations hémorrhagiques à la peau, surtout si elles apparaissent de très-bonne heure; des ecchymoses dans les quarante-huit premières heures, comme Nægeli les à plusieurs fois observées, annoncent une mort prochaine. — Même situation pour PALBUMINURIE; par elle-même elle

# dm.

LA CM al é à FIÈVRE JAUNE. 651

ne dit rien au pronostic, elle n’acquiert une signification grave que si elle

est précoce, abondante, el accompagnée de cylindres; le symptôme ANU-

RIE est bien autrement important, de sorte que c’est avec la quantité bien

plus qu'avec la qualité de l'urine que le pronostic doit compter. Bien

qu'une réduction de la diurèse à 100 ou 150 grammes par jour, et à for-

tiori une anurie complète, soient au nombre des phénomènes les plus re-

doutables, ils ne sont pas sans appel; des malades guérissent après avoir

présenté pendant trente-six ou quarante-huit heures une suppression com- ‘

plète ou presque complète de la sécrétion urinaire; le fait est pourtant

rare. — Les TROUBLES NERVEUX doivent être appréciés non pas tant d’a-

près leur intensité que d’après le moment de leur apparition ; un délire

violent, des convulsions, même à forme éclamptique, n’ont pas au moment

de l'invasion la même signification fâcheuse que dans la période de loca-

lisation ; dans le premier cas ils sont imputables au mode réactionnel ou à

l’âge des malades, dans le second, ils expriment l’empoisonnement secon-

daire résultant de l’acholie ou de l’urémie, ou l'anémie cérébrale profonde

issue de l'abondance des hémorrhagies. — L’agitation, la fréquence de

la RESPIRATION sont sans valeur déterminée durant la période de réaction

générale, mais dans la période de localisation, la respiration anxieuse et

fréquente, el la respiration à type cérébral sont des symptômes très-fàcheux.

Il en est de même de la faiblesse vraie du pouLS par asthénie cardiaque. Dans l'invasion une TEMPÉRATURE très-élevée de 40° à 41° n'implique |

point un pronostic grave; ces chiffres ne sont point rares dans les cas se

légers et même dans les formes abortives. Mais l'absence de rémission au troisième ou au quatrième jour est un signe des plus graves: il anronce souvent la forme foudroyante et à tout le moins un cas des plus sérieux ; je ne connais pas d'exemple de guérison lorsque la température se maintient uniformément aux chiffres élevés du début. Avec une rémission r'égulière, une recrudescence qui, dans la seconde période, ramène une hyperthermie aussi forte ou plus forte que celle de l'invasion, est un signe funeste. Le pronostic est tout aussi sévère lorsque la température tombe subitement à la normale ou au-dessous, sans que cette chute coïncide avec une amélioration réelle dans l’état du malade; on observe alors un refroidissement considérable de la peau, des sueurs visqueuses, de la cya- NOSE, el l'abaissement du thermomètre n’est que le signe d’un collapsus mortel.

TRAITEMENT (1)

Les mesures de prophylaxie générale ressortent de l’étiologie ; et quant aux prescriptions quarantenaires, je nai rien à ajouter aux observations

(1) VALENTIN, Sur quelques points de pratique dans le traitement de la [. jaune (Journ. gen. de méd., XXII, XXVI). — LoEFFLER, Hufeland’'s und Hirely Journ. d. prakt. Heilk.,

que j'ai présentées à propos du choléra; il faut proportionner la durée de la séquestration quarantenaire à la longueur maximum de Pincubation de la maladie, en tenant compte de cette particularité qui lui est propre, savoir que la transmissibilité par les navires et par les effets où marchandises est plus persistante que la transmissibilité par les personnes.

Quant au traitement proprement dit, je ne vois aucune raison pour m'écarter des principes qui ont inspiré mon traitement du typhus abdominal (voyez plus Join); caractère infectieux, hyperthermie, adynamie et collapsus, voilà les traits communs de ces deux maladies; or ce sont aussi les sources principales des indications thérapeutiques, et les moyens de les remplir doivent naturellement refléter cette analogie. En raison de l’évolution plus rapide de la fièvre jaune, l'intervention doit être plus prompte et plus énergique, voilà une première différence; une autre esl imposée, selon moi, par la diaphorèse qui, dans les cas abortifs, accompagne la rémission du troisième (ou quatrième) jour; cet exemple donné par la nature doit être utilisé, d'autant plus que ce mouvement critique est observé non-seulement dans les formes abortives, mais bien souvent aussi dans les cas légers de la forme commune.

En fait, je recommande le traitement que voici. S'il y a des PRODROMES, et que le calarrhe gastrique avec nausées et envies de vomir soit le fait dominant de cette phase, l'indication d’un vomilif est positive, il faut administrer l'ipéca seul sans addition d'émétique; si les phénomènes gastriques sont moins accusés, on se bornera à donner un purgalif salin ; je laisse entièrement de côté l'huile de ricin et le calomel.

Dans les cas beaucoup plus nombreux, où la maladie éclate avec cette soudaineté brutale sur laquelle j'ai tant insisté, on peut également prescrire selon les circonstances soit un ipéca, soit un laxatif destiné à amener l'évacuation complète de l'intestin, mais je n’admets cette intervention que durant le premier jour ou au début du second; à la fin de ce jour-là, et à plus forte raison au commencement du troisième, je craindrais de gêner par cette perturbation intempestive une opération spontanée qui peut être critique, el je ne reconnais comme indiqués que les moyens qui peuvent, sans nuire d'ailleurs, concourir à la diaphorèse salutaire; boissons chaudes en abondance, quelques prises de poudre de Dover ; si l'agitation est extrême, des applications de chloroforme sur la région lombaire, au besoin une injection de morphine si la rachialgie est des plus pénibles, voilà les limites

1810. — Lairp, Practical obs. on Yellow fever and ils treatment with Spirits of Turpentine (The Lancet, 1853). — MoreneAD, On the treatment of Yellow fever in Antigua (Med. Times and Gaz., 1854). — Lairn, Turpentine (Eodem loco, 1855). — CoPLAND, Même sujet (Eodem loco). — Amic, Capuis, Loc. cit. | Finpes, New method of treating Yellow fever (New-York med. Rec., 1867). — MILLER, On the treatment of remiltent and yellow fever (Americ. Journ. of med. Sc., 1867).

que j'assigne à l'action thérapeutique dans les cas qui s’annoncent comme légers, et dans ceux aussi qui, bien qu'un peu plus sérieux dès le début, ne paraissent pas cependant appartenir au groupe funeste où toute rémission fait défaut à la fin de la période d’invasion. Dans les cas de ce genre, la conduite à tenir est autre : on sait qu'on n’a rien à attendre d’une rémission qui va probablement manquer, que par suite 1l ne peut être question de diaphorèse salutaire au troisième ou au quatrième jour, et lindication principale doit être cherchée uniquement dans P'HYPERTHERMIE qui est, par elle-même, par elle seule, une cause de danger; les lotions froides avec le vinaigre aromatique ou non, et les bains froids au nombre de deux par jour au minimum, deviennent la base du traitement; l'expérience ayant appris que c’est dans ce cas aussi que les hémorrhagies gastriques sont les plus constantes et les plus abondantes, il est sage de ne pas les attendre, et de chercher à les prévenir ou à les modérer par l’ingestion répétée de boissons glacées, ou mieux de fragments de glace dont on seconde les effets par des applications permanentes de glace sur la région épigastrique. —- Cette médication doit être également appliquée aux cas légers, dès qu’on a constaté que la rémission n’est pas définitive, et qu’elle est suivie d’une reprise de la fièvre; à dater de ce moment en effet toute chance de diaphorèse critique est évanouie, et les indications deviennent semblables. On donne en même temps des boissons acidules, des citrons et surtout du vin, qui est le meilleur moyen de prévenir l’adynamie et le collapsus ; pour la fièvre jaune dépaysée en dehors des régions tropicales, je n’hésiterais pas à donner l'alcool comme dans fes fièvres typhiques. Les malades ne doivent pas être laissés à la diète absolue; outre le vin et les boissons toniques, il faut leur donner des bouillons froids, et surtout du lait en aussi grande quantité que possible afin de maintenir la diurèse. Cette méthode de traitement n’a pas seulement pour elle Les indications théoriques déduites de l’analyse pathogénique de la maladie, elle a en sa faveur des résultats pratiques extrêmement satisfaisants ; la différence du traitement initial dans les cas légers et dans les graves, et le précepte relatif au lait, me sont tout à fait personnels; mais, ces deux points réservés, la méthode précédente est celle que Nægeli a adoptée à Rio de Janeiro, et même dans lPépidémie * la plus meurtrière, celle de 1872-73, 11 n'a pas perdu plus de 15 pour 100 de ses malades. — Je n’ai rien dit du sulfate de quinine, et pour cause; tous les médecins en effet qui ont étudié la maladie au moyen du thermomètre, ont pu se convaincre que ce médicament, même à hautes doses, un gramme et demi à deux grammes par jour, est impuissant à modérer le processus fébrile; il n’y a donc plus pour lui d'indication rationnelle.

La convalescence doit être l’objet d’une surveillance attentive, surtout en ce qui concerne l'alimentation; car dans la fièvre jaune, comme dans l'iléo-typhus, les fautes de régime sont la cause la plus fréquente des réversions.

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