‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 130 sur 176 · DU PEMPHIGUS. CC · texte numérisé non relu

DU PEMPHIGUS. CC

si Ton frotte légèrement, on entraîne l'épiderme, et la pulpe du doigt se trouve plus ou moins humectée.

La bulle qui caractérise le pemphigus a le volume d'un pois ou d*une grosse aveline. Si plusieurs bulles se réunissent, elles forment alors une vaste ampoule qui a le volume et la forme d'un œuf d'oie; souvent une bulle simple acquiert le même volume. La bulle du pemphigus est arrondie, globuleuse, transparente et ressemble au soulèvement de Tépiderme occasionné par le deuxième degré de la brûlure ou par les vésicants. Le liquide qu'elle renferme est alcalin, de couleur citrine, puis rougeàtre, albumineux, inodore, fétide dans quelques cas. Au bout de deux ou trois jours, plus ou moins, les bulles se rident, se flétrissent, se déchirent : le liquide combiné avec Tépiderme forme bientôt des croûtes minces et noirâtres; d'autres fois l'épiderme seul se détache par lamelles minces. En ce moment la chaleur et le prurit diminuent, cessent même, la rougeur s'éteint, enfin un nouvel épiderme se reproduit; mais à la place occupée par la bulle il reste une tache lie de vin ou d'un rouge sombre, irrégulière, et qui peut persister plus ou moins longtemps. Le nombre des bulles varie beaucoup; il en existe, en général, sur une grande surface; presque tout le corps peut être envahi par elles; mais ce fait est excessivement rare : il est, par contre, des cas où l'on ne trouve qu'une seule bulle (pam' pholix solitarius de Willan). Souvent alors on voit, deux ou trois jours après, une nouvelle bulle naître de la première et suivre la même marche qu'elle; (les éruptions successives peuvent ainsi avoir lieu pendant huit ou dix jours. Aucune partie du corps n'est à l'abri de l'éruption; rare à la face, aux pieds, aux mains et aux parties génitales, on observe surtout celle-ci sur le tronc ainsi que sur les membres supérieurs et inférieurs.

En général, le pemphigus aigu ne détermine pas de symptômes généraux; ceux-ci, du moins quand ils existent, sont très-bénins. La durée totale de la maladie varie entre un et trois septénaires, à causes des éruptions successives qui ont lieu; mais la durée moyenne de chaque phlyctène en particulier ne dépasse guère sept jours.

2o Do pempbi{^s chronique.

Le pemphigus chronique est beaucoup plus fréquent que la forme précédente. Après quelques jours de malaise, d'inappétence, de lièvre et de prurit, quelquefois sans aucun prodrome, on voit se développer, comme précédemment^ de petites taches rouges sur lesquelles une bulle s'élève. Celle-ci, grosse d'abord comme un pois, acquiert bientôt le volume d'une aveline, d'une noix ou d'un œuf; le liquide qu'elle contient, d'abord transparent, devient bientôt rougeàtre. Vers le deuxième, le troisième ou le quatrième jour, les buUes se déchirent, l'épiderme se roule autour, et l'on aperçoit une surface rouge et douloureuse. Les bulles, qui sont encore intactes à cette époque, s'affaissent et se rident; l'épiderme est opaque, macéré, ramolli. Dans l'un de ces cas, il se forme des croûtes brunes, jaunes ou grisâtres, aplaties ou bombées, au centre : lorsqu'elles tombent, on trouve la peau encore excoriée, ou seulement une tache lie de vin qui persiste longtemps. Cependant, à côté des bulles qui se terminent, d'autres naissent et suivent la même marche que les premières; un grand nombre d'éruptions successives peuvent ainsi se faire pendant des mois et même pendant des années, tantôt irrégulièrement sur toute la surface du corps, d'autres fois exclusivement sur une partie, comme le tronc ou un membre. Dans toutes les éruptions successives, les mêmes phénomènes lo-

eaux se reproduisent; cependant il arrixe quelquefois que, dans celle-ci, on voit manquer les taches érythémateuses. Ces diverses éruptions peuvent se faire sans accidents généraux; mais quelquefois chacune d'elles est précédée et accompagnée de symptômes plus ou moins aigus, tels que céphalalgie, fièvre, inappétence. Lorsque le pemphigus est borné à une partie, les malades peuvent se lever et vaquer à leurs affaires; mais si Téruption est générale ou du moins très-étendue, tout travail est impossible à cause du malaise et des démangeaisons qui existent. La plupart des malades, quoique sans fièvre, gardent le lit. Cependant, lorsque Taffection se prolonge, on voit ces individus maigrir, puis dépérir; les membres s'infiltrent : un dévoiement colliquatif s'établit, et la mort survient par suite de ces complications. Les phlegmasies des membranes muqueuses, celles surtout de la muqueuse gastro-intestinale, sont le plus communes, à tel point que Gilibert les a regardées comme constituant un des éléments de la maladie.

Anatomie pathologique. — A l'ouverture des cadavres, on a trouvé des bulles sur quelques muqueuses, telles que celles de la vulve, de la bouche et du pharjfnx; le plus souvent ces parties sont seulement pâles; la muqueuse intestinale est généralement ramollie, quelquefois ulcérée. On a constaté plusieurs fois la dégénérescence graisseuse du foie (Biett, Cazenave), et le sang a été trouvé semblable, pour l'aspect, à de la groseille mal prise et foncée eii couleur.

Pemphigm des nouveau-nés. — Le pempfiigus n'est pas rare chez les nouveau-nés. Il se développe pendant la vie intra-utérine ou quelques jours après la naissance. Il occupe presque exclusivement chez eux la paume des mains et la plante des pieds. Les bulles contiennent un liquide séro-purulent, et elles ont une aréole violacée. Quelques observateurs, M. Paul Dubois surtout, attachent à cette éruption une valeur qu'elle n'a pas chez l'adulte ; ils la considèrent, en effet, comme trahissant communément l'existence d'une infection syphilitique. Cette opinion, exposée en 1851 à l'Académie de médecine par ce ôélèbre professeur, a rencontré quelques contradicteurs; cependant elle compte en sa faveur des faits assez nombreux pour entraîner, sinon une conviction entière, du moins pour éveiller la sollicitude du médecin. On invoque en faveur de l'origine syphilitique du pemphigus des nouveau-nés plusieurs ordres de preuves : d'abord la coexistence du pemphigus avec des antécédents de vérole chez les parents, puis la mort fréquente des enfants ; ce qui, étant en désaccord avec l'apparence si bénigne de l'éruption, donne à penser que l'organisme est profondément altéré par une cause générale. Celle-ci, d'ailleurs, n'est pas toujours appréciable par l'état extérieur des enfants ; car si quelquefois ils sont chétifs et amaigris, il n'est pas rare d'en voir qui ont, par contre, toutes les apparences d'une bonne constitution. Quelques-uns de ces enfants guérissant par les moyens les plus simples et sans jamais présenter par la suite aucun signe de vérole, il faut en conclure que le pemphigus chez les nouveau-nés n'est pas un signe certain de syphilis ; il peut donner une présomption, mais non une certitude.

Diagnostic. — Le pemphigus est facile à reconnaître. Nous verrons plus tard en quoi il diffère du rypia, de l'ecthyma et de l'impétigo. Les bulles qu*on rencontre dans quelques érysipèles ne seront pas prises pour un pemphigus véritable, si Ton fait attention à la nature de l'exanthème qui les accompagne. Il est inutile de rappeler ici combien le pemphigus diffère de l'herpès : cependant on a vu des cas où lis bulles du pemphigus, qui sont en général grosses et isolées»

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