SÉCRÉTIONS SÉREUSES DES MEMBRANES MUQUEUSES
Les membranes muqueuses sont très-rarement le siège de flux aqueux ou séreux; les seules séô'étions de ce genre qu'on observe quelquefois n'ont guère lieu que dans le tube digestif et dans les organes génitaux de la femme. On a bien décrit des flux pareils pouvant se faire par les fosses nasales, ainsi que Morgagni en cite quelques exemples; mais cette affection, que quelques auteurs ont proposé de nommer rhinorrhéey n'est pas encore suffisamment connue. Dans l'étude des flux séreux intestinaux nous croyons devoir admettre deux variétés, qui sont : le ehoUra asiatique et Vhydriheniércrrhée,
1>a choléra asiatique.
Le choléra épidémique ou asiatique offre pour symptômes principaux dans sa forme grave : des vomissements et des selles de matières aqueuses blanchâtres, semblables à l'eau de riz; la suppression de la sécrétion urinaire; la fréquence, la petitesse, puis l'absence du pouls; le refroidissement presque glacial du corps ; une couleur violacée des téguments, qui sont flasques et ridés; un amaigrissement rapide; des crampes très-douloureuses dans les membres ; une aphonie plus ou moins complète, et un sentiment d'oppression parfois extrême.
Historique. — Je ne discuterai pas si le choléra asiatique est une affection
(1) M. Boinet conteiUe d'injecter dans le péritoine et d'y laisser pendant qiiel<iaei mliuite» le liquide suivant :
JCau SOO grammes.
Teinture alcoolique d'iode ..... 30 — lodnre de potassium i —
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nouvelle, ou si c*est d'elle qu'il est parlé dans plusieurs passage des livres sanscrits. Quoi qu'il en soit, c'est une maladie connue depuis longtemps dans les Indes orientales, où elle est endémique. Plusieurs fois on Ta vue, franchissant ses limites naturelles, aller exercer ses ravages au loin. Mais le fait le plus extraordinaire est celui de cette épidémie meurtrière qui, commençant à Jessore, près les bouches du Gange, en 1817, a successivement envahi l'Asie, l'Afrique, l'Europe et l'Amérique, est venue sévir dans notre fMiys, qu'elle a parcouru de 1832 à 1839. Disparu de France presque entièrement pendant treize ans, ce fléau nous a visités de nouveau en 1849, et a fait au moins autant de victimes que lors de sa première apparition; enfin, de novembre 1853 à mai 1854, nous avons eu à traverser pour la troisième fois une épidémie qui fut bénigne, si surtout on la compare aux deux qui l'ont précédée. Ces épidémies ont donné lieu à une foule de recherches et de travaux. Nous mentionnerons surtout l'excellent traité de UM. Gérardin et Gaimard, les monographies de HM. Bouillaud, Gendrin, Briquet etHignot; les recherches de Hagendie et de M. Rayer, ainsi que l'article remarquable publié dans le Diclionnaire de médecine, par Dalmas, praticien habile et observateur excellent dont nous regrettons la fin prématurée. Enfin, pour terminer, citons les rapports de M. Moreau de Jonnès et de la coinmission médicale du département de la Seine, ainsi que celui des professeurs Dubreuil et Rech.
Anatomie pathologique. — Les lésions qu'on trouve à l'ouverture des cadavres diffèrent suivant que les malades ont succombé dans la seconde période dite de q/anose, ou bien dans la troisième djte de réaction. Dans le premier cas, les cadavres perdent lentement leur chaleur, la teinte cyanosée de la face et des membres est conservée; l'œil est flétri; tout le corps est amaigri; les muscles sont peu consistants ou moins violacés : cette coloration se retrouve dans la plupart des os spongieux, et jusqu'à la racine et à la moitié de , la couronne des dents. La masse intestinale, rarement distendue par des gaz, offre souvent extérieurement une coloration violacée, surtout pour les anses qui plongent dans l'excavation pelvienne. Le tube digestif ouvert, on le trouve pâle, décoloré par places ; mais dans la plus grande partie de son étendue, il offre diverses nuances de coloration, rouge, lie de vin, noirâtre ou violacée; ses tuniques semblent épaissies. Les vaisseaux de la partie correspondante do mésentère sont gorgés de sang. Ces diverses colorations ne peuvent être rapportées à un travail inflammatoire, mais elles tiennent à une stase sanguine. Si, en effet, à l'exemple de Magendie, on injecte de l'eau dans les artères mésentériques, on entraine tout le sang qui engorge les parois intestinales, et l'on rend à celles-ci la couleur d'un blanc grisâtre qui leur est naturelle. La membrane muqueuse a généralement sa consistance normale; mais elle présente le plus souvent dans toute l'étendue des voies digestives, depuis l'oesophage jusqu'au rectum, spécialement à la fin de l'iléon, dans le caecum et dans le côlon, une éruption de petits corps durs et opaques, résistants à la pression du volume d'une tète d'épingle ou d'un grain de chènevis ou de mil, et qui ne sont autre chose que des follicules tuméfiés; cette lésion, bien décrite surtout par MM. Serres et Nonat, n'offre rien de caractéristique, elle n'est point spéciale au choléra. On la retrouve, en effet, dans une foule d'autres états morbides, toutes les fois que. l'exhalation intestinale est augmentée; et comme, en outre, elle n'est pas constante, on ne saurait en faire le caractère anatomiquc de la maladie.
Les intestins et l'estomac des cholériques contiennent en plus ou moins grande quantité un liquide d'une odeur fade, blanc, floconneux, qu'on t corn*