‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 158 sur 176 · TROISIÈME GENRE DE SÉCRÉTIONS MORBIDES · texte numérisé non relu

TROISIÈME GENRE DE SÉCRÉTIONS MORBIDES

Les fluides particuliers sécrétés par plusieurs de nos organes peuvent être produits en quantité beaucoup plus considérable que de coutume. Cette supersécrétion, quand elle est trop abondante, devient la cause de nombreux accidents : ceux-ci varient suivant la nature du fluide et suivant que ce dernier est sécrété en plus ou moins grande quantité.

Nous allons étudier successivement la supersécrétion de la sueur, de la graisse, de la salive, de la bile, de Turine, du lait et du sperme. Nous ne dirons rien du flux des larmes, car la sécrétion exagérée de ce liquide ne se remarque guère que dans les maladies du globe oculaire et des paupières, ou bien sous l'influence d'un état nerveux particulier, comme dans les émotions tristes, et quelquefois dans la joie excessive. D'ailleurs les flux de larmes ne sont jamais portés au point d'aflaiblir la constitution. Toutefois il importe de dire ici (luc l'écoulement abondant de larmes sur les joues n'indique pas nccessaireinent une supersécrélion de ce fluide, mais il se rattache souvent à un obstacle apporté à son excrétion par suite d'un renversement des paupières ou d'une obstruction des voies lacrymales.

DE L'ÉPHIDROSB Sy!(ONYMIB. — Hyperhydrotit ; dysodie cutanée.

Je n'ai point à m'occuper ici des sueurs générales et plus ou moins abondantes qui sont un symptôme de plusieurs maladies (Gèvre pernicieuse diaphorétique, suette, phthisie pulmonaire, suppurations, etc.). Je veux seulement fixer l'attention sur ces sueurs générales, souvent excessives, qui, indépendantes de toute lésion appréciable, constituent réellement une afl'ection spéciale et toujours incommode.

L'éphidrose, telle que nous la comprenons ici, est à peine signalée par les auteurs contemporains, quoiqu'elle ait été anciennement décrite. C'est une affection rare et que je n'ai encore rencontrée qu'un petit nombre de fois.

Les sueurs qu'on nomme morbides, en raison de leur abondance, sont presque toujours générales; on les a vues pourtant n'occuper quelquefois

DE L'ÉPHIDROSE. 855

qu'une partie du corps et même quelques points Irës-circonscrits, comme les joues, la tête, les aisselles, les mains, les parties génitales et surtout les pieds.

L'éphidrose est donc caractérisée par une exhalation considérable de sueurs ayant lieu d'une manière continue ou à des intervalles plus ou moins éloignés, et quelquefois périodiques. Cette supersécrétion, lorsqu'elle est générale, ne se remarque guère que chez les convalescents et chez les individus faibles ; je l'ai vue pourtant avoir lieu la nuit, surtout chez les femmes arrivées à la ménopause, et lorsque les règles avaient cessé de paraître. Ces sueurs se montrent parfois spontanément; le plus souvent elles sont provoquées par une cause extérieure, comme la marche, l'application de vêtements épais, une chaleur artificielle, l'excitation provenant d'un repas, ou d'une vive émotion de l'âme; en un mot, à l'occasion de toutes les causes qui, normalement, augmentent la quantité des sueurs. On peut voir celles-ci acquérir une abondance insolite parfois excessive- L'éphidrose peut se manifester exclusivement, soit le jour, soit la nuit; elle peut se montrer en toute saison; on a cru même remarquer qu'elle était trèsfréquente dans la saison froide. On ignore si les propriétés physiques et chimiques de la sueur sont modifiées lorsque le liquide est sécrété en plus grande abondance. Il doit en être ainsi dans beaucoup de cas, lorsque la sueur acquiert une odeur acide, urineuse, cadavéreuse, ou bien une fétidité pénétrante, comme on l'observe fréquemment pour celle des pieds et des aisselles; il est diflicile en effet qu'elle ne soit pas alors modifiée dans sa composition. Quant à sa saveur, on l'a trouvée absolument insipide, ou bien amère, douceâtre, salée; elle peut être aussi altérée dans sa couleur : c'est ainsi qu'on l'a vue jaune, verte, noire, bleue, etc. Sa température est plus ou moins élevée; sa consistance peut être nulle, ou bien elle est plus ou moins poisseuse et visqueuse. Enfin, la sueur parait quelquefois contenir certains produits des sécrétions normales, comme la bile, l'urée; on a même dit que certaines boissons ingérées dans l'estomac pouvaient s'échapper par la transpiration, sans avoir subi la moindre modification; mais ces faits extraordinaires ne doivent être acceptés qu'avec la plus grande réserve.

Si les sueurs morbides étaient générales et très-abondantes, elles pourraient finir par produire la chute des forces, l'amaigrissement, et tous les accidents que des évacuations excessives entraînent; mais ces cas sont infiniment rares. Lorsque les sueurs sont partielles, la portion de peau par laquelle l'exhalation se fait est plus ou moins modifiée dans sa sensibilité; l'épiderme est souvent gonflé, blanchi et ridé, comme s'il avait macéré longtemps dans l'eau chaude.

Les sueurs abondantes se prolongent en général beaucoup. Au bout d'un temps variable et tout à fait indéterminé, la sécrétion finit par diminuer, et revient à peu près à son état normal. Si l'exagération de la sécrétion peut produire un peu d'amaigrissement, il est du moins très-rarement arrivé qu'elle ait déterminé les accidents de la fièvre hectique; sa suppression brusque a souvent, au contraire, été la cause déterminante d'un grand nombre de maladies ou d*incommodités, telles que pleurésies, rhumastimes, névralgies, etc.

Traitement. — Pour combattre les sueurs générales, il faut éloigner les ^uses manifestes qui provoquent la sécrétion. Les malades seront donc placés dans un air frais; ils seront modérément couverts; ils coucheront sur la paille •ou sur le crin ; ils prendront des douches froides, des bains d'eau de mer ou de rivière ; ils auront recours aux ablutions d'eau froide. On provoquera d'autres évacuations, et, si l'état de la constitution l'exige, on usera d'un régime fortifiant et de médicaments toniques. On a proposé, en outre, l'usage de quelques médicaments à rintérieur. On a spécialement reconu)iandé la limonade miné-

raie, Facétate de plomb, l'agaric blanc, la sauge, l'opium, la scille, et raconit que M. Imbert-Gourbeyre a recommandé dans ces derniers temps contre Taffection dont je parle (1).

La sueur des aisselles, et surtout celle des pieds, est une incommodité pour laquelle beaucoup d'individus demandent des conseils. On devra les engager à porter, dans les cas de sueurs fétides des pieds, des chaussettes de fil et des chaussures légères; ils prendront tous les jours un ou deux bains de pieds avec de l'eau de Baréges froide. Dans les cas où la suppression de la sueur produirait des accidents, ainsi que Môndière en a cité des exemples, on se hâterait de la rappeler en enveloppant les pieds de chaussettes de laine recouvertes d'un taffetas gommé; ou bien on pourrait, d'après le conseil qu'en donne H. Ruelle (de Gœttingue), saupoudrer d'une petite cuillerée de chlorhydrate d'ammoniaque et du double de chaux vive un bas que le malade conservera toute la nuit

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