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DE LA CHLOROSE

insuffisante, il cesse de se porter vers les organes génitaux aux époques accoutumées. La manifestation de la ichlorose^ consécutivement à un travail de la menstruation, comme le serait, par exemple, la suppression brusque des règles, ne prouverait rien contre l'opinion que je soutiens; car on peut voir la chlorose ou Tanémie survenir indifféremment après toute espèce d*état morbide. Nous ne croyons pas devoir discuter les autres hypothèses plus ou moins bizarres faites pour expliquer la nature de la chlorose, que les uns font dépendre d'une asthénie des organes génitaux (Roche), de celle du grand sympathique (Copland), ou des organes digestifs (Hoffmann) ; car aucune de ces théories ne s'appuie sur des données positives. Dans la chlorose, nous voyons tous les oignes souffrir, toutes les fonctions languir ou être perverties, parce que le sang est moins abondant, et que ses principes stimulants ont diminué de proportion. C'est là la seule lésion matérielle qu'il nous soit permis de constater (1). Quant à la cause intime qui empêche la sanguification, elle nous échappe presque toujours ; car elle est ordinairement tout oi^^que.

Les hypothèses précédentes, quoique sans fondement, ont pourtant exercé et exercent encore aujourd'hui une grande influence sur la pratique de beaucoup de médecins. Les uns, en effet, emploient les emménagogues et les applications de sangsues aux cuisses pour rappeler les règles, dont la suppression leur paraît être la cause de la maladie. D'autres conseillent le mariage pour réveiller Tac*tivité des oi^anes génitaux; quelques-uns, à l'exemple d'Hamilton, donnent des drastiques. Mais aucun de ces moyens ne remédie au véritable mal, et plusieurs même l'aggravent : tels sont surtout les évacuants et les émissions- sanguines, qui augmentent l'appauvrissement du sang ; quant au mariage, il ne peut être avantageux que lorsque la jeune fille, devenue chlorotique par suite d'un amour contrarié, est unie à l'objet aimé. On conviendra que la satisfaction du cœur doit influer bien plus sur le rétablissement que le rapprochement sexuel^ lequel agit souvent comme débilitant plutôt que comme excitant.

Le fer, avons-nous dit, est, comme pour l'anémie simple, le médicament par excellence : on choisira une des préparations indiquées précédemment. Le plus souvent on pourra les donner indifféremment. Chez quelques malades pourtant, il en est qui sont mieux tolérés que d'autres. La prééminence de telle ou telle préparation ferrugineuse n'est, en définitive, nullement établie par des faits cliniques. Aussi voit-on la plupart des médecins adopter une préparation à peu près à l'exclusion des autres; Sydenham préférait la limaille de fer, et CuUen le carbonate. Ce sont les deux substances que j'emploie à peu près exclusivement; leur prix peu élevé doit être un motif pour les faire adopter dans la médecine du pauvre. Quelle que soit d'ailleurs la préparation qu'on choisisse, on devra dans tous les cas ne la donner qu'à des doses très-modérées : ainsi il suffit de prescrire par jour 30 à 50 centigrammes de limaille, ou de fer ré^ duit ou de sous-carbonate. J'évite d'imiter la pratique de beaucoup de médecins, qui donnent ces préparations à la dose de 2, de 3 à 4 grammes. L'expérience m'a prouvé en effet que le fer donné en trop grande quantité était mai toléré, et qu'il existe souvent des coliques et de la diarrhée ; d'ailleurs le fer est pris alors en pure perte, car il est rejeté avec les résidus de la digestion. Il a été, en effet, prouvé par M. le professeur Corneliani (de Pavie), qu'il n'y a jamais que 25 à 30 centigrammes de fer absorbé, qu'elle que soit la quantité qu'on en donne.

(1) M. Beau, au contraire, regarde la chlorose et ranémie comme des polyaimies, c'est-à-dire des maladies avec surabondance de la masse i^nguine. Je doute que, malgré tout son talent, M. Bean parvienne jamais à démontrer la réalité de cette proposition.

22i MALADIES PAR DEFAUT DE SANG.

On doit continuer Tusage du fer jusqu'à ce que tous les symptômes de la chlorose aient entièrement cessé. Mais Técronomie s'habituant aisément au même remède, il importe, si l'aflFection reste stationnaire, de changer de préparation ferrugineuse. On pourra, à une préparation insoluble substituer une préparation soluble, et réciproquement. La guérison confirmée, on devra cesser l'emploi du fer; mais comme la chlorose est une des affections qui récidivent le plus facilement, il faut dès les premiers indices du mal, dès que la décoloration des tissus se déclare ou que les accidents nerveux se prononcent, reprendre l'usage des martiaux et les continuer pendant plusieurs semaines, de manière à assurer le plus possible une guérison défînitive.

Pour les chloroses rebelles, un voyage à quelque source ferrugineuse sera souvent utile. On prescrit en pareil cas les eaux de Spa (Belgique), de Pyrmont (Westphalie), de Schwalbach (Nassau) , et celles de Forges, de Cransac (France), etc. Rappelons que les bains de mer ou de rivière, et que les afi'usions et douches froides conviennent ici comme dans Tanémie simple.

Divers accidents peuvent forcer cependant à apporter certaines modifications dans le traitement. Lorsque l'irritabilité de l'estomac est telle que les préparations de fer ne peuvent être supportées, ou bien encore lorsqu'elles causent la diarrhée, il faut les associer à un extrait amer, comme celui de gentiane, ou à une poudre aromatique, telle que celle de cannelle, dans la proportion d'un tiers ou de moitié. Enfin si les troubles digestifs sont trop considérables, on pourra être obligé de suspendre momentanément le fer et de combattre les accidents nerveux par l'usage de l'opium, du sous-nitrate de bismuth, du colombe, du diascordium ou de la thériaque. Lorsque les accidents sont calmés, on reprend l'usage des ferrugineux, en commençant par de très-petites doses.

Les troubles de l'estomac méritent d'ailleurs toujours une attention spéciale, car ils produisent et éternisent la chlorose. Y a-t-il simple langueur des digestions, les amers, les toniques, les boissons gazeuses, les eaux alcalines seront avantageusement prescrits. Suppose-t-on une altération dans la sécrétion du suc gastrique, on aura recours à la pepsine ; en un mot, on suivra les règles que nous tracerons plus tard dans le tome II, en traitant de la Dyspepsie.

Beaucoup des malades dont nous parlons sont constipés : on y remédiera par des lavements légèrement laxatifs, ou bien on donnera des pilules ferroaloétiques, contenant pour 60 centigrammes de préparation ferrugineuse, 5 ou 10 centigrammes d'aloès. Ces pilules seront prises au moment du repas. L'usage de l'aloès serait contre-indiqué si la chlorose s'accompagnait de métrorrhagie, en raison de l'état fluxionnaire que cette substance produit vers les vaisseaux de l'escavation pelvienne. Si la contre-indication dont je parle existait, on pourrait remplacer l'aloès par la rhubarbe ou par la magnésie, que les malades prendraient le soir en se couchant. Cette dernière substance convient aussi beaucoup lorsqu'il y a pyrosis ; car celui-ci est quelquefois cause que le fer est mal supporté.

La chlorose, avons-nous dit, peut se compliquer de ménorrhagîe. Cet accident, sur lequel M. Trousseau a le premier appelé l'attention d'une manière spéciale, ne peut fournir qu'une indication secondaire ; l'indication principale, première, est donnée par l'état chlorotique. Si la ménorrhagie ne survenait qu'à l'époque des règles, il faudrait profiter de l'intervalle des deux époques pour prescrire les ferrugineux ; car le seul moyen de prévenir une nouvelle hémorrhagie, c'est de rendre le sang plus riche en globules. Cependant, si Técoulement sanguin était trop considérable, il faudrait chercher à le modérer ptr les moyens que nous ferons connaître plus tard (voyez Ménorrhagie).

DE U LEUCOCYTHÉMIË. 225

H. Trousseau, s'appuyant sur des faits peu nombreux et fort peu concluauts, a dit {Gazette médicale ^ 1843) que l'usage du fer était contre-indiqué dans la chlorose compliquée de tubercules pulmonaires, comme pouvant provoquer les hémoptysies. Je pense que ce sont là des craintes chimériques que peu de personnes partagent; le fer, administré comme il convient, est plutôt capable, par l'action qu'il exerce sur la nutrition, de combattre les effets de la diathëse.

Le fer, dans l'anémie et dans la chlorose, n'agit pas instantanément; ce n'est en effet qu'après une ou deux semaines de son usage que les malades en éprouvent les premiers effets. M. Corneliani dit que ce n'est qu'après un mois de l'emploi du fer qu'on voit le sérum diminuer et le nombre des globules augmenter; le sang n'a acquis ses propriétés normales qu'après deux mois de traitement. Le professeur de Pavie a prouvé expérimentalement que l'augmentation des globules tenait à Fusage du fer, et nullement à l'alimentation animalis'ëe à laquelle on soumet en même temps les malades.

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