‹ Traité de pathologie interne. v. 2Chapitre 55 sur 176 · DE L'ŒSOPUAGIT]^, OU INFLAMMATION DE L'ŒSOPHAGE · texte numérisé non relu

DE L'ŒSOPUAGIT]^, OU INFLAMMATION DE L'ŒSOPHAGE

L'inflammation de l'oesophage, signalée par Fernel, et peut-être même avant ce médecin célèbre, n'a été convenablement décrite que depuis une quarantaine d'années, époque à laquelle un regrettable observateur, le docteur Hondière, inséra dans les tomes XXIV et XXY des Archives de médecine un travail d'un grand intérêt.

Caractâres anatomiqaes. — L'inflammation produit dans l'œsophage des altérations tout à iait identiques avec celles que nous avons rencontrées dans la bouche et dans le pharynx. C'est ainsi qu'il existe une œsophagite simple caractérisée par la rougeur, par l'épaississement, le ramollissement et l'érosion de la muqueuse : c'est Ycesophagite éq/thémateuse. D'autres fois les follicules s'enflamment isolément (aphthes), ou bien l'inflammation est surtout caractérisée par une sécrétion morbide, comme celle du muguet {cesophagite crémeuse) ou comme celle de la diphthérite (œsophagite pseud(h'membraneuse).D^ns ces cas, les lésions de Tcesophage sont presque toujours consécutives à celles de la bouche et du pharynx. Enfin, la phlegmasie peut gagner le tissu cellulaire sousmuqueux, qui alors s'indure et suppure. On pourrait donner à cette forme de la maladie le nom de phlegmoneuse»

L'œsophagite peut exister aussi à l'état chronique; mais sous ce nom on a trop souvent confondu des lésions organiques très-diverses : aussi est-il impossible, dans l'état actuel de la science, de tracer ses caractères anatomiques et de préciser les symptômes qui peuvent la faire distinguer.

Ssrmptômea. Marche. Terminaisons. — L'histoire symptomatique de l'œsophagite aiguë est encore très-incomplète : cependant voici quels sont, J'après la plupart des auteurs, les principaux phénomènes qui peuvent aider à la faire reconnaître.

!I92 mPLAMMATIONS DES ORGANES DIGESTIFS.

Les malades accusent constamment une douleur plus ou moins vive, qui est rapportée à la partie inférieure du pharynx, souvent à Tépigastre, ou bien au milieu du dos, entre les deux épaules ; elle semble occuper parfois toute la loi>gueur de Toesophage. Le siège de la douleur n'indique pas d'ailleurs toujours exactement celui de la lésion. Cette douleur, plus ou moins vive, augmente par la déglutition; elle peut devenir intolérable lorsque les aliments ou les boissons sont en contact avec la partie phlogosée. Souvent alors l'œsophage se contracte convulsivement sur eux ; après quelques efforts de vomissement ou plutôt de régurgitation, ces substances sont rejetées par la bouche ou par les narines. C'est encore d'après le même mécanisme que la plupart des malades expulsent une certaine quantité de matières glaireuses ou défausses membranes sécrétées par les surfaces enflammées. L'inflammation ayant souvent pour effet de diminuer notablement le calibre de l'œsophage, il s'ensuit que les aliments subissent alors à ce niveau un temps d'arrêt dont les malades ont la conscience. Si le rétrécissement est très-considérable, les aliments cessent de pouvoir le franchir; ils s'accumulent au-dessus de ce point, et sont rejetés peu de temps après avoir été avalés. Toutefois de pareils accidents sont excessivement rares dans l'œsophagite aiguë; on ne les observe guère que dans la forme chronique, et plus encore dans les rétrécissements squirrheux. Quelques malades atteints d'œsophagile ont accusé la sensation d'une boule qui, remontant de Tépigaslre, s'arrêterait au niveau du larynx ; d'autres, en plus grand nombre, sont tourmentés par des hoquets. On dit aussi avoir observé, en pareil cas, l'hydrophobie; mais il y a encore doute à cet égard. Quoi qu'il en soit, il est rare de noter dans l'œsophagite des symptômes de réaction un peu vive.

Cette maladie peut se terminer presque toujours par résolution; rarement elle est suivie de suppuration, presque jamais de gangrène; quelquefois enfin les tissus s'ulcèrent ou sont frappés d'induration : on dit alors que la maladie a passé à l'état chronique.

Lorsqu'un abcès se forme dans les parois de l'œsophage, le pus peut être évacué par la bouche, ou bien, descendant dans l'estomac, il se mcle aux matières qui y sont contenues, et il est entraîné dans les selles; d*autres fois, s'ouvrant dans le tissu cellulaire ambiant et parfois simultanément dans la cavité du conduit, l'abcès devient le point de départ d'un phlegmon diffus et gangreneux s'étendant au loin et amenant presque fatalement la mort des malades.

Les symptômes pouvant indiquer une ulcération de l'œsophage sont encore très-incertains. On a signalé, comme lui appartenant, une douleur plus vive que dans l'œsophagite aiguë, et qui s'accompagne quelquefois de dysphagie et de la régurgitation de matières glaireuses et sanguinolentes. Hais ces accidents, communs à plusieurs lésions de l'œsophage, sont insuffisants, suivant nous, pour indiquer l'existence d'une ulcération, et surtout pour éclairer sur sa nature.

Diagnostic. — Une douleur plus ou moins vive sur le trajet connu de l'œsophage, augmentant par l'ingestion des aliments et des boissons ; la difficulté ou même l'impossibilité que ceux-ci éprouvent pour arriver dans l'estomac; l'expulsion de fausses membranes par des efforts de régurgitation ou de vomissement, et surtout le rejet, presque aussitôt après leur ingestion, d'aliments encore peu altérés, doivent faire croire à une inflammation de l'œsophage. Mais il est bien rare que la maladie se révèle jamais par des symptômes aussi bien tranchés : voilà pourquoi l'œsophagite est presque toujours d'un diagnostic obscur. Les maladies du larynx et de la trachée pourraient quelquefois, par la douleur que la déglutition des aliments provoque, faire croire à l'existence d'une œsophagite; mais dans celle-ci la respiration est libre; il n*y a pas

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de toux, nulle sensation de chatouillement, point d*aphonie ni aucune altération du timbre de la voix; enfin la déglutition, souvent empêchée, produit une douleur presque toujours plus vive. Il faut savoir encore que chez quelques rhumatisants et chez des individus atteints de névroses, spécialement chez quelques hystériques, il survient parfois de la dysphagie; mais celle-ci est sujette à des intermissions; elle cesse souvent tout d'un coup, après les premiers efforts; le malade n'accuse aucune douleur dans l'intervalle des repas.

On verra plus tard en quoi l'œsophagite se distingue de l'œsophagisme et des rétrécissements organiques. (Voyez ces maladies.)

Pronostic. — Le pronostic n'est grave que lorsque l'œsophagite est générale, ou bien lorsqu'elle est phlegmoneuse et qu'elle produit un rétrécissement considérable du conduit, ou bien encore lorsque la maladie se termine par suppuration ou par induration.

Ëtiologie. — L'œsophagite reconnaît toujours des causes diverses, telles que l'ingestion de substances irritantes, corrosives, de boissons bouillantes ou glacées, de corps étrangers à surface inégale. Enfin, le plus ordinairement, la maladie n'est qu'une extension de l'inflammation de la muqueuse du pharynx, elle revêt alors la même forme anatomique que celle de cette dernière

Traitement. — Si l'œsophagite est peu intense, le traitement doit consister spécialement dans l'emploi de boissons douces, mucilagineuses, et dans l'abstinence d'aliments solides. On administrera quelques bains tièdes; enfin, on. opérera une révulsion sur les extrémités, à l'aide de pédiluves irritants, et surtout avec des lavements purgatifs.

Dans la plupart des cas, pour peu que l'œsophagite soit grave, il conviendra de tirer du sang. La fièvre est rarement assez intense pour nécessiter la saignée générale; mais des sangsues ou mieux des ventouses seront appliquées utilement sur le trajet de l'œsophage, spécialement au niveau de la douleur. En pareil cas, les anciens donnaient la préférence à l'ouverture des veines ranines, sans que cette prédilection fût bien justifiée. Plus tard on aura recours aux révulsifs puissants, tels que sinapismes, frictions ammoniacales, et vésication le long de la colonne vertébrale ou à la partie inférieure du cou. Les malades garderont le repos et s'abstiendront même de parier, car les mouvements de la langue, ainsi que Mondière l'a établi, se propagent jusqu'à l'œsophage.

Lorsque par l'obstacle absolu que la déglutition éprouve, et par la durée de l'affection, on redoute l'existence d'un abcès, convient-il, ainsi qu'on l'a conseillé, de sonder le canal, dans l'espoir de crever le foyer, comme il en existe un exemple dans la Gazftte de santé de 1823? C'est un conseil que je n'oserais donner; car je craindrais que la sonde, en heurtant contre des parties ramollies par le travail inflammatoire, ne se fourvoyât dans les tissus et ne fit fausse route.

Lorsque la phlegmasie est devenue chronique, il faut surtout insister sur les révulsifs, et choisir même les plus énergiques, tels que cautères ou moxas, et donner à l'intérieur l'iodure de potassium et les eaux alcalines. (Voyez dans le tome II l'article Rétrécissement de l'œsophage.)

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