DE LA MÉNINGITE AIGUË
même degré. Quelle que soit la maladie avec laquelle on compare la méningite, M. Roger croit qu'on peut trouver dans la température du corps un élément précieux de diagnostic. Dans la méningite, en effet, il y a une inconstance trèsgrande dans les résultats thermométriques. Ainsi la température offre tantôt une élévation excessive, comme 42'',50, et tantôt, vers le milieu delà maladie, elle descend à 35 degrés. Ce contraste ne se rencontrerait que dans la phlegmasie des enveloppes cérébrales; on ne le constaterait ni dans les pyrexies ni dans aucune autre inflammation; de sorte que, lorsqu'on le trouve chez un malade qui offre des troubles cérébraux, on devrait presque à coup sûr diagnostiquer une phlegmasie méningée, soit simple, soit granulée. C'est là une opinion qui mérite d'être vérifiée par des observations-nouvelles.
S'agit-il d'un vieillard qui présente des signes de délire, soit en paroles, soit en actions, avec une langue sèche et brune, avec une chaleur vive de la tète, sans qu'aucune lésion des organes thoraciques et abdominaux explique cet état, il faudra surveiller le malade et se préoccuper de l'existence possible d'une méningite.
La méningite une fois reconnue, on peut aussi déterminer quelquefois son siège : c'est ainsi que la roideur des muscles de la partie postérieure du cou, occasionnant le renversement de la tète en arrière; le rapprochement violent des mâchoires {trismtis) par suite de la contraction spasmodique des masséters; le resserrement du pharynx produisant la dysphagie, indiquent que la phlegmasie a probablement envahi les méninges qui recouvrent la partie inférieure des hémisphères cérébraux et la base du cervelet. On a dit aussi, mais avec moins de raison, que le strabisme avait la même valeur. On ne peut non plus rien conclure sur le siège de la méningite, d'après l'existence ou la prédominance du délire, du coma ou des convulsions. On a prétendu, il est vrai, que le premier caractérisait surtout la méningite de la convexité des hémisphères, et le second la méningite de la base; mais des faits nombreux ont démontré que ces deux symptômes se montraient à peu près également, quel que fût le siège de la maladie. Seulement il paraît démontré que le délire est un symptôme prédominant dès le début de la méningite de la convexité, tandis que le coma, qui n'arrive guère qu'à la seconde période de celle-ci, se manifeste plus souvent d'emblée dans la méningite de la base. Quant aux convulsions, aux contractures, à la rigidité, il semble prouvé que ces accidents sont plus communs lorsque la méningite est générale que lorsqu'elle est limitée. Le coma n'est pas un signe certain d'épanchement, puisque nous avons vu qu'il pouvait survenir dès le début et résulter quelquefois d'une sorte de collapsus dans lequel le cerveau tombe après avoir été surexcité. L'hémiplégie qui survient dans le cours d'une méningite indique souvent que la phlegmasie n'occupe qu'un des hémisphères, ou que, si celle-ci est générale, la maladie prédomine probablement dans le côté opposé à la paralysie. Cependant il y a à ce sujet de trop nombreuses exceptions pour oser jamais affurmer dans un cas donné que les choses existent ainsi ; car nous avons eu de fréquentes occasions de nous convaincre que des hémiplégies plus ou moins complètes pouvaient exister, quoiqu'à l'autopsie on trouvât l'injection des méninges et l'épanchement du tissu sous-arachnoidien aussi marques d'un côté que de l'autre. Enfin, le trouble des organes des sens, spécialement celui des yeux, comme le strabisme, la contraction ou la dilatation des pupilles, leur inégalité, en un mot, les diverses altérations de la vision, non-seulement n'appartiennent pas en propre à la méningite, mais ils ne sauraient ni caractériser une de ses périodes, ni indiquer le siège spécial de la phlegmasie. En résumé, nous voyons qu'aucun
iS6 INFLAMMATION DE L'APPAREIL DE L'INNERVATION.
des symptômes de la méningite, pris isolément, n'est pathognoroonique ; que chacun d'eux peut manquer, et que nul d'entre eux ne saurait caractériser une forme spéciale de la maladie. On voit donc combien les symptômes de la mé> ningite sont irréguliers quant à leur manifestation, h leur fréquence, à leur marche et à leur durée. Cette irrégularité s'expliquelorsqu'on réfléchit que les désordres fonctionnels sont bien moins l'effet de la phlegmasie des méning:es que le résultat de l'impression que cette maladie produit sur le cerveau : or ou conçoit que cette impression doit être très-différente suivant les individus et suivant aussi qu'il y a ou non complication d'encéphalite.
Il est inutile de dire qu'on ne peut déterminer pendant la vie si la phlegmasie prédomine dans la pie-mère ou dans l'arachnoïde, ou si elle est bornée à l une de ces membranes seulement. Il est également impossible d'affirmer si la méningite existe seule ou si elle se complique d'une inflammation des circonvolutions cérébrales {méningo-céphalite); car, dans l'un et l'autre cas, les symptômes sont exactement les mêmes, et la maladie suit la même marche : c'est ce qui justifie jusqu'à un certain point les anciens médecins d'avoir confondu sous le titre de phrénitis l'inflammation des méninges et celle du cerveau. Il est également impossible de déterminer, même à l'inspection cadavérique, si l'inflammation a commencé par les méninges ou si elle ne les a envahies que consécutivement à l'invasion du cerveau.' Nous croyons donc, d'accord avec M. Galmeil, que lemode de développement de la céphalo^méningite est encore inconnu, et que, hors les cas où la phlegmasie succède à une blessure, on n'est pas fondé à lui assigner d'une manière positive son point de départ.
Pronostic. — La méningite est une maladie des plus graves ; il est difficile même de préciser le chiffre de sa mortalité. Nous croyons pourtant que la guérison n'a lieu que très-exceptionnellement, et nous pensons qu'on ne doit accepter qu'avec une réserve excessive les résultats des auteurs qui prétendent n'avoir perdu que la moitié ou le tiers de leurs malades : car tout porte à penser qu'ils ont dû confondre avec des. méningites certaines manies aiguës, des délires purement sympathiques et des affections typhoïdes à prédominance cérébrale. Ce sont là des erreurs dont les hommes expérimentés ne sont pas toujours à l'abri, et qui sont journellement commises par des praticiens moins instruits. Un délire violent avec une grande excitation générale est une circonstance qui aggrave le pronostic. Il en est de même de celui qui survient en quelque sorte primitivement, ou après une courte excitation, comme on le voit dans la méningite rhumatismale; il suffit souvent alors de quelques heures pour que la terminaison fatale ait lieu. Les mouvements convulsits, quelle que soit leur forme, constituent un accident des plus sérieux, et qui pardonne rarement. D'après ce que nous avons dit plus haut, il faut prendre garde de s'en laisser imposer par les améliorations partielles qui surviennent quelquelois peu avant la mort. Quelque diminution que l'on observe dans le délire ou dans le coma, quelques rares que deviennent les convulsions, si les autres symptômes ne diminuent pas aussi de gravité, on devra plutôt craindre qu'espérer. D'ailleurs, on n'aura confiance dans les rémissions qui surviennent qu*autant que celles-ci portent sur la plupart des accidents, et qu'elles ont déjà une certaine durée.
Étiologie. — La méningite simple est une maladie qu'on observe à tous les âges. Assez commune, dit-on, dans les deux premières années de la vie, ce qui est contraire à ma propre observation, elle diminuerait de fréquence de deux à quinze ans. Elle deviendrait plus commune après la puberté, et surtout dans la période comprise entre vingt et quarante. Cependant, dans nos hôpitaux d'adultes, la méningite est une des maladies les plus rares ; c'est à peine