Epiphora, écoulement des larmes
— Il est de deux espèces, car tantôt les larmes sont sécrétées en plus grande abondance qu’il ne convient, et les points lacrymaux, quoique bien constitués, ne peuvent les absorber assez vite; et tantôt la sécrétion des larmes ne dépasse point la mesure normale, mais un vice des points lacrymaux en empêche l'absorption. Dans l’épiphora par augmentation de sécrétion (*), 1° la maladie s’exaspère à l'air froid et humide, tandis que Pair chaud et sec en diminue l'intensité; 20 les points lacrymaux sont dans leur état normal, et se contractent par la moindre stimulation mécanique; 3° les larmes coulent non-seulement de angle de l'œil, mais de toute l'étendue de l’ouverture palpébrale, et 4° néanmoins l'œil est inondé de larmes. La cause de cette espèce d’épiphora réside dans une sensibilité morbide de l’œil et surtout de la conjonctive (98), qui est le résultat ordipaire des ophthalmies érysipélateuses, rhumatismales, arthritiques, syphilitiques et scrofuleuses. Dans ce dernier cas, la lumière forte suffit pour faire couler les larmes, et ce phénomène s’accompagne ordinairement de la contraction spasmodique des paupières. Ce cas excepté, la maladie se dissipe d'elle-même avec le temps, par des soins locaux convenables. Autrement, il faut recourir à une solution de pierre divine avec l’acétate de plomb, que l'on doit instiller tiède dans les yeux, trois ou quatre fois
Pr)
(97) R. eau de chaux vive, une livre »
sel ammonisc , une drachme; laissez infuser le mélange pendant vingt-quatre heures dans un vase de cuivre; après quoi, l'eau ayant acquis la couleur du saphir, filtrez et conservez pour l’usage. D’autres fois, on ajoute un scrupule de sulfate de cuivre pour faire prendre plus promptement cêtte couleur à la solution de cuivre. Dispens. pharmaceuticum univers, auct. Dan. Wilh. Trillero,p. 75. ,
(*) Dans le mois de janvier 1815, J'ai observé une jeune fille phthisique qui avait, pendant la nuit, un écoulement de larmes si abondant, que ses oreillers en étaient complètement mouillés. 1] n’y avait pas la moindre trace d’inflammition autour des yeux.
(98) Beer, 1. c., 2 th., p. 45.
par jour, le malade étant couché, ainsi qu'aux frictions des sourcils avec une essence aromatique quelconque et la teinture d’opium. Quand on à affaire à un malade très-sensible, l'usage intérieur de l'extrait de jusquiame est indiqué. L’épiphora par altération des points et des conduits lacrymaux se reconnaît :
1° lorsque les points lacrymaux sont béants ; 2° lorsqu'excités par une stimulation mécanique, ils ne se contractent point; 3° lorsqu'on ne voit couler les larmes sur les joues qu'en médiocre abondance, et 4° lorsque la narine du côté affecté est plus ou moins sèche. Ce vice provient de l’anchilops érysipélateux et de la blépharite, ou de. l’ophthalmoblennorrhée. Dans ce dernier cas, il n’est point rare de trouver la membrane semilunaire tellement relâchée que les points lacrymaux, perdant leur rapport de siége, ne peuvent plus absorber convenablement les larmes. La maladie dont il s’agit se dissipe souvent d'elle-même, avec des soins con venables; mais si cet effet tardait à avoir lieu, il faudrait recourir à l'usage d’une solution ou de pierre divine, ou de sulfate de fer, ou de borax dans l’eau de menthe poivrée, avec addition d'alcool camphré et de teinture d’opium, médicaments que l’on instillerait dans l'angle de l'œil avec un tuyau de plume ouvert, le malade étant couché.
8. Xérophthalmie, — Xerophthalmie signifie sécheresse de l’œil. Cette maladie appartient ordinairement aux résultats des ophthalmies traumatiques et de la blépharite dartreuse; dans ce dernier cas, elle est souvent accompagnée d'entropion. En général, cette espèce de xérophthalmie parait être due à l’oblitération et à la destruction de quelques conduits excréteurs de la glande lacrymale.
Mais il en existe une autre qui paraît être produite par le squirrhe de la glande lacrymale (99). On les distingue l’une de l'autre en ce que, daris la xérophthalmie, qui est la suite des ophthalmies , l'œil ne reçoit pas une assez grande quantité de larmes, mais du reste n'est point complèlement sec : le malade n'éprouve la sensation de sable répandu dans l'œil, que pendant le mouvement de cet organe : cette incommodité augmente par Ja température chaude ; la narine du côté affecté est sèche; enfin on aperçoit une cicatrice sous la paupière supérieure,
MALADIES
vers l'angle externe de l'œil. Cette xér:
ophthalmie disparait d'elle-même, aves le temps, c'est-à-dire jusqu’à ce que le conduits excréteurs de la glande lacrymale, reslés sains, aient acquis peu à pel une dilatation suffisante pour supplée aux fonctions de ceux qui ont été oblité:
rés et détruits. Prenons bien garde di troubler un effort de la nature, aussi sa lutaire par l'usage intempestif des remè.
des. L'art, en elfet, ne peut rien faire ici, si ce n’est de diminuer la sécheresss des yeux par. des infusions émollientes Le mucilage de semences de coiugs n:
convient point, à cause du principe styp tique qu'il renferme (100).
9. Encanthis squirrheux et carcino maieux. — L’encanthis squirreux € carcinomaleux à son siége dans Ja glandi lacrymale. Le squirrhe présente une tu.
meur de la caroncule, dure, inégale, in dolente , d’un rouge pâle, et est accom pagnée de larmoiement. Quand il y :
cancer, on trouve la caroncule dure, d’ur rouge livide, douloureuse, et le larmoie ment à éga'ementlicu. Lorsque le cance est déjà déclaré, la caroncule offre ut ulcère à bords durs, élevés, répandan du sang et de la sanie, et très-doulou reux. Cet ulcère détruit rapidement |:
commissure interne des paupières, € donne lieu à l’ectropion de la paupièr inférieure. La redoutable maladie don il s'agit est principalement l'effet de Ï: blépharite scrofuleuse, jointe à la syphili arthritique. Le squirrhe de la caroneul lacrymale dégénère d'ordinaire pla promptement en cancer que celui de paupières ; mais, lorsque le cancer existe il est très-rare de voir réussir l'opéra tiou , qui, dans tous les cas, laisse ui épiphora incurable et un ectropion ap parent de la paupière inférieure. N quiltons pas le sujet des maladies de organes lacrymaux, sans appeler l'at tention sur les concrétions calculeuses qui ne leur sont pas moins propre qu'aux voies urinaires (*).