CHAPITRE XIII, == DE L'EXTASE, $ Ler. Définition. Bibliographie
1. Definition. — Une contemplation profonde, pendant laguelle le malade ne change pas de place ; les sens sont dans lisaclion, sans qu’il y ait apparence de sommeil; le geste, les paroles, ou les chants, indiquent comme des visions divines, une communication intime avec les anges ou les démons : voilà ce qui constitue l’extase (1).
2. Bibliographie. — L'extase a été décrile, mais pas toujours sans être confondue avec l’état magnétique et la catalepsie, par Cobold (2), Gerdesius (3),
(1) De éÉiornmt, privation des sens, Hippocr. — En français, extase ; en allemand, Begeisterung ; en polonais, zachwycenie.
(2) Narrationes aliquot epistolicæ de puero ecstatico Altenburgensi. App. ad Lentuli hist. de inedia Schreieræ. Bern.,
(3) Diss. idea errans in ccs'asi seu enthusiasmo, Gryphiæ, 1692,
Panecius (4), Wedel (5), Eber (6), Zom (7), Handiwig (8), Behrends (9), et d’autres (10).
$ IT. Symptômes. Causes.
1. Symptômes. — Le malade, au début du paroxysme , devient tout-à-coup contemplatif, absorbé dans des choses imaginaires ; sa physionomie, son attitude, indiquent le sujet qui s’est emparé de son esprit; ses yeux sont ouverts et fixes, l’ouie persiste (1), le tact a disparu ; il peut être assis, debout; il parle avec emphase (2) ; il parait s’entretenir avec les anges (3); il se sert d’une langue étrangère (4) ; il chante (5).
(n) Diss. de ecstasi. Witeb., 1695.
(5) Pr, de ecstasi putata Christi. Jenæ,
(6) De puella ecstatica. V. Haller, Bibl, med. P. 11, p. 131.
(7) Diss. de philtris enthusiasticis Anglico-Batavis. Witeb., 1745.
(8) Diss. de ecstasi. Rostoch., 1755.
(9) Briefe über die wahre Beschaffenheit desneu-inspirirten Teuerbacher Mædchens. Frf., 1768.
(10) Acta nat. cur. Vol. r, obs. 250, obs. 105. vi, obs. 40. Ephem. nat. cur.
dec. 1, an. 1V, vV, Obs. 81, dec. 11, an. 1, obs. 76, dec. 11, an. 1, obs. 17, cent. 1x,
(1) Voy. appendice au chapitre x1v.
(2) Sauvages parle d’une jeune fille (vol. 11, p. 422) qui restait assise ne répondant à aucune question, soit par signe, soit en paroles, prenait peu de nourriture, tenait ses bras étendus, en.
croix, et proférait dans sa langue naturelle ces mots : Jean, Jean, je demande le paradis!
(3) La jeune fille dont j'ai parlé ailleurs (éd. "2, Pouvoir, SCT 17, CAD. LM $ 56, No.5 (8)), après avoir poussé un cri comme si enfin elle eût aperçu toutà-coup un objet désiré, changeait sa physionomie , qui par elle-même était commune, en celle d’un ange; puis tenarit les yeux ouverts, fixes et tournés vers le ciel, vers iequel elle portait aussi les bras, assise sur son lit , elle s’écriait : O saint Louis! à le plus beau des jeunes gens, approchez et recevez-moi ! Puis elle chantait des psaumes d’une voix argentine, Le paroxysme était ordinairement précédé et suivi d’aphonie,
(4) Borelli, cent. 11, obs. 54. Voyez Krüger’s Versuch einer Experimental- Seclenlebre. Halle, 1756. Dans Anhang, p. 11. On raconte d’une femme de l’Aquitaine qu'elle parla espagnol dans un pa-
DU SYSTÈME NERVEUX
Tantôt tous ces accidents se représentent périodiquement, tantôt ils durent pendant un long espace de temps et se terminent , suivant les cas, par des convulsions , par la catalepsie, ou par le sommeil (6).
2. Causes. — Les causes de l’extase sont les mêmes qui produisent la catalepsie. Il faut néanmoins ranger surtout dans ce nombre une méditation prolongée sur un seul et même objet, et principalement sur l'affaire du salut. Il ne faut
pas non plus passer sous silence, comme
cause d’une extase particulière, les effets du gaz protoxide d’azote (7).
roxysme d’extase. Dans les autres moments, elle croyait ignorer cette langue.
Sans doute il lui était arrivé autrefois d'entendre plusieurs mots de cet idiome, et de les retenir à son insu.
(5) Voyez append. au chap. x1v.
(6) Cap. x1v, 61.
(7) Humphry Davy, Researches chem.
and philosoph. chiefly concern. nitrous oxyde or dephlogisticated nitrous: air, and its respiration. Lond., 1800. En rendant compte de l'inspiration de cegaz, cet homme illustre ajoute, p. 488: « By degrees as the pleasurable sensations increased, Ï lost all connection with externalthings ; trains of vivid visible images rapidly passed through my mind and were connected with words in such a manner, as 10 produce perceptions perfectly novel. I existed in a world of newly modified ideas. TI theorised : [ imagined, that I made discoveries. When I was awakened from this semi-delirious trance by Dr. Kinglake, who took the bag from my mouth, indignation and pride were the first feelings produced by the sight of the persons about me. My emotions were enthusiastic and sublime : and for a minute I walked round theroom perfectly regardless of what was said to me. As I recovered my former state of mind, I felt an inclination 10 communicate the discoveries I made during the experiment, | endeavoured to recall the ideas, they were feeble and indistinet : one collection of terms, however, presented itself; and with the most intense belief and prophetie manner, I exclamed to DrKinglake : Nothing exists but thoughts !
— he uüiverse is composed of impressions, ideas, pleasures and pains! » Voyez Silliman de l'American journal of sciences and arts, vol. v, p. 4194; dans Froriep's Notizen aus dem Gebiete der Naturund Heilk., B. 4, No. 11 ; 1823,
$. IT. Diagnostic. Pronostic. Trailement.
1. Diagnostic. — L’extase diffère de l’état magnétique, avec lequel, d’ailleurs, elle a une grande affinité, en ce que, dans ce dernier cas, le malade présente trèssouvent l'apparence du sommeil, qu’il se comporte €omme un somnambule , qu'il change de place, qu’il est porté à prédire, et qu’il n’est pas toujours entièrement privé de l’usage des sens. La différence qui existe entre l’extase et la catalepsie sera indiquée plus bas. Nous pensons que les poètes italiens, qui font des vers à l'instant même (les improvisateurs), sont aussi dans une condition qui tient de l’extase. Wepfer parle d’un homme qui tombait dans une sorte d’extase, lorsqu'il s’occupait de mathématiques ou de poésie (1).
2. Pronostic. — L'extase est plutôt redoutable à cause des maladies qu’elle accompagne ordinairement. Dans les siècles barbares , quelquefois elle frayait la route qui conduisait au bûcher (2).
3. Traitement. — Le traitement ne diffère point de celui de la catalepsie, que nous allons donner tout à l'heure.