‹ Traité de pathologie médicaleChapitre 55 sur 261 · Causes. — Les causes qui dispo · texte numérisé non relu

Causes. — Les causes qui dispo

sent à la colère sont : le tempérament cholérique, cholérico-sanguin (34), une:

forme particulière du crâne (35), un.

corps délicat, mince, maigre, l'enfance:

(36), la vieillesse , le sexe féminin (37), la menstruation (38), la grossesse, la:

condition particulière des pays (39), et:

la position des villes (40), le caractère:

national (41), l'habitude (42), la faim et!

(33) Ephem. nat. cur., dec. r, ann. 4,, obs. 69, ann. iv et v, app. p. 54.

(34) « Celui qui présente au coude des:

pulsations faciles à reconnaître, celui-là, lorsqu'on l’irrite, se met dansune colères farieuse. » De même : « Ceux qui ont un:

estomac chaux, ont les chairs froides et sont faibles, et présentent enfin des vei-:

nes très-visibles et saillantes. » Hipp.,, Epid., lib. vi, partie. 4, aph. 25.

(35) « Ceux qui out une grande tête,, des yeux petits, et qui sont bègues, » —.

et ailleurs : — « ceux qui fixent avec des:

yeux qui ne se correspondent pas», —:

sont disposés à se mettre en colère. »:

Hipp., epid. 2, sect. 6.

(36) « Les enfants, les femmes et les!

infirmes se fâchent très-souvent, » Spo=:

nius, sect. 4, aph. 78.

(37) « Non est ira supra iram mulie-.

ris. » Ecclesiastes, ce. 24. « Muliebre est:

furere in ira. » Seneca, lib: 1. — « Nullum malum adeo infestat femineunr sexum, quam amoris aut iræ eXCCSSUS :

amor earum est insatiabilis et ira irre=.

conciliabilis. » Kozak, De hæmorrhag., lib. 1, c. 20, p. 655. -

(38) J'ai connu des femmes ordinaire ment douces qui, dans le moment des rès gles, devenaient irascibles.

(39) « Lorsqu'un pays est nu, non fortifié, âpre, exposé à l'hiver ou brûlé par le soleil, vous y voyez des hommes grèles, durs, etc., qui sont orgueilleux, enclins à la colère et entêlés, et montrant plus de férocité que de douceur, » Hipp., De aëre, locis et aquis.

(40) « Les villes qui sont exposées au levant, sont plus saines que celles qui sont situées au septentrion, etc. Les hommes y ont une voix plus claire et sont plus disposés à la colère et à la prudence que les peuples du septentrion, » Hipp., 1.36

(41) J'ai trouvé que les Italiens et les Russes étaient beaucoup plus irascibles que les Ailemands et les Polonais.

(42) « Dès que nous nous sommes une

DU SYSTÈME NERVEUX

: soif (43), l'usage des liqueurs fermenées (44), l'opium (45), l'exercice et les eilles (46), la musique militaire (47), à terreur (48), l'amour (49), les malaies chroniques (50), surtout l’ictère, la outte (51), la phthisie (52), et la syphi-

ns

jis abandonnés à la colère, nous y somies plus disposés lorsque la même occaion se représente. » Claubergius, De orp. et anim. conjunct., Cap. 56. « Il ’est donc pas étonnant que des soldats, ui ne respirent que le carnage, le sang, ‘effarouchent, s’enflamment et se venent aussitôt pour les moindres offenses ; ar l'habitude, de même que le tempéament, confirme les dispositions de ‘âme. » Fickius, 1. c., $ 6.

(45) « Si quelqu'un accoutumé à diner ie dîine pas, sa bouche devient amère, I se fâche et se chagrine beaucoup.»

lipp., De prisea med, « La faim et la oùf exaspèrent- et enflamment les esrits. » Sénèque , De ira., €. 9 et 10.

(44) Dodonaeus, Stirp. hist., Pemptad.

w, c. 51, p. 421. Souvent le vin et le jeu lonnent en Italie occasion à de graves lisputes. Cependant Schulz a très-bien lit (Aph. med., sect. 6, aph. 126) : « Le in rend les uns colères les autres doux.»

\insi le peuple de la Pologne dans l'iesse ne frappe pas, mais embrasse,

(45) Wedel, De opio, p. 168.

(46) « Ainsi dans la iassitude, la soif, a faim, une veille intempestive, cha- ‘un est plus disposé à se mettre en coère ; ainsi la faim et le retard, d’après ‘expression de Plaute, portent la bile lans les narines. » Lemnius, De.occult.

atur. mirac., hb.:r, c. 16, p. 116.

(47) Plutarque rapporte qu’Alexandre, yant entendu Antigènes jouer sur la flûte es airs que l’on nomme harmatiques, ptra dans une telle colère , que , se leant aussitôt avec ses armes, il se jeta ur ceux qui étaient placés près de lui.

148) Sylvius avertit (in Prax. med., lib.

u,c. 3, $ 283) qu'une colère violente succède facilement à une grande erreur.

. (49, Outre l'expérience de chaque jour, Baricellus (in Hortul. genial., p. 225) ateste que les amants se fâchent facilenent.

(50) « Adeo invalidum omne natura juerulum est. » Seneca, I. c.

(51) J'ai entendu plusieurs goutteux qui, se sentant plus disposés à la colère, innonçaient une attaque prochaine de eur mal.

(52) « Ceux qui souffrent de la phthiie, sont très-enclins et très-disposés à ’impatienter et à se mettre en colère, »

lis (53). Outre les insultes, les causes qui produisent en général la colère sont :

l'opposition, soit qu’elle naisse de l'ignorance d’une autre personne (54), ou de la diversité des opinions, l’impuissance où l’on est de supporter l'injustice mèême quand elle tombe sur d'autres que sur nous, la connaissance de nos propres erreurs (55). Enfin, toutes ces causes agissent plus facilement chez les gens qui ont beaucoup d’amour-propre , chez les orgueilleux, les soupconneux et les cré-

dules, les curieux et les envieux, les ja-

loux et les avares, les ambitieux et les

luxurieux , et chez toutes les personnes

qui se distinguent par des qualités de l'esprit ou du corps (56).

$ IIT. Diagnostic. Pronostic.

1. Diagnostic. — La colère est une passion de l'âme , destinée à la conservation de l'individu (1). Cet état reconnaît différents degrés. On appelle emportement une colère subite; amertume, une colère persévérante ; il y a fureur,

Fr. Hoffmann, Med. rat. syst., t. I, sect.

u,ce. 2, 618, p. 517. Scholion.

(53) Chap. xvn, $ zxxiv, 1 (12).

(54) Par exemple dans un pays étranger, parce que l’on ignore la langue des habitants, ou lorsqu'on se fâche contre des animaux domestiques.

(55) Dictionnaire des sciences médicales, 1, ©: p: 4:

(56) « In multa sapientia multa est indignatio; et qui addit scientiam, addit et laborem. » Ecclesiastes, cap. 1. « Gravissima est probi hominis ira. » Publius Syrus.

(4) De même que toute la nature, comme l'écrit Cicéron (de fin., lib. 1v,.

c. 7), veut être sa propre conservairice, afin qu’elle puisse rester intacte et persister dans son état ; ainsi il a été accordé par la nature à toute espèce animale, comme le même Cicéron le dit (De officiis, lib. 1, ©. "#), uu principe qui fes porte à conserver leur vie et leur corps, et à éviter tout ce qui leur paraît nuisible.

Formicæ sua bilis inest et muribus ira,

Nil adeo vile est, quod se non yindice læsum Utatur. |

Sénèque a dit aussi (lib, 71, de ira, cap.

41) : « Utilis est ira, quæ contemptum effugit, quin maios terret. » L'Ecriture sainte elle-même semble ne pas blämer cette colère quand elle dit : « [rascimiui, et nolite pecçare, »

lorsque la personne en colère ne s’apaise qu'après s'être vengée (2). On peut aussi diviser la colère en colère ouverte et occulte (3). La première se montre avec la rougeur du visage, elle est bénigne, on l’excite et on lapaise facilement, elle est moins à redouter (4); Ja seconde se montre avec un visage pàle, elle est bien pire, plus dangereuse et plus tenace. Ceux qui divisent la colère en simple et en composée, igno:ent que toute colère est composée. En effet, la colère est toujours accompagnée de la douleur qu’enfante l’insulte reçue, de la haine pour la personne qui nous a fait cette insulte, et du plaisir produit par l'espoir d’une prochaine vengeance (5).

Les accès de la colère ont quelque ressemblance avec le délire (6), et l’épilepsie (7). ,

2. Pronostic. — La colère souvent répétée donne à la physionomie un caractère particulier (8). En outre la nutrition du corps est par suite dérangée (9), et la voie est ouverte à plusieurs dangers et à plusieurs maladies. Parmi ces dernières celles qui se présentent le plus souvent sont : l’érysipèle, l'hépatite, lictère, la goutte (10), la contracture et le tremblement des membres (11), l'apoplexie (12),

(2) Plater, De excandescenti furibunda. Lips., 1800.

(3) Descartes, De passion, anim., art,

(4) Sebizius, Exerc. patholog., t. 1, p.

(5) Rolfinck, O.etM. spec. comment.

lien , sect. 5, €. 105, p. 114.

(6) « Est-il quelque chose de plus semblable à la folie que la colère?» Cicéron, IV tusc., ©. 25, — Horace (lib. r,,epist. 2) appelle Ia colère une folie passagère, et Epicure, interrogé sur les effets de la colère, répondit que si elle était immodérée, elle produirait la folie.

(7) Dans Pechlin (lib. 5, obs. 25) la colère est appelée l’ombre de l’épilepsie.

(8) Lavater, Essai sur la physionom.

n, partie 8, fragm. 1n.

(9) Eicetus, De his, qui diu viv. sine aliment., lib. 11, c. 110.

(10) Laur. Schulzius, Consil., med, 11, p: 300.

(11) Ettmüller, Pr. P,1r1, p. 291. — Fel, Plater, HD, 7e

(12) Cap. v, $ xxv1, No. 2 (62).

MALADIES

la paralysie (13), l'épilepsie (14), la manie ("), et les fièvres (15), sans excepter:

celles qui sont contagieusés (16). Ce-.

pendant Ja colère n’est pas dépourvue de:

sa crise. Ille a lieu surtout par le vo-missement (17) et la diarrhée (18). À moins q'e celle crise n'arrive, il sur-:

vient de la fièvre (19), ou de l'ictère. La:

colère est surtout funeste aux femmes:

durant les règles, la grossesse, et les cou-. ches (20); au contraire elle a paru salu-taire chez les vicillards (21), dans la ça-chexie (22), l’apoplexie (23),1a paralysie: (24), le tremblement (25), ja rétention:

des menstrues (26), l’obstruction du foie:

(13) Tulpius, Obs. med,, lib. 11, e. 20.

Voyez, pour l’aphonie et la paratysie des:

muscles du larynx, Valère Maxime, Diet.

fast: memor..1lib,1r, p.557

(44) Joh. Mathæus dans Quæst. med.,, p- 27. — Riedlin, Lin. med., ann. vx,

(*) Amelung dans Nasse, Jahrb. für Anthropologie und zur Pathologie, etc., des Irreseyns, B. 1, p. 267.

(13) Gallien, lib, vi, — Bailon, Epid., p. 209. — Forestus, De fsb. ephem., lib...

1, Obs. 2.

(16} Sennert, cent. 11, epist. 72, p.

(17) J'ai observé plusieurs cas sembla..

bles,

(18) Fabr. de Hilden, cent. FE obs. 18.

— Frankenau, Satyr med., 5, p. 67.

(19) Baglivi, Prax. med.

(20) Tulpius, lib. IE, cap. xx. — Beau-.

mes, Observation sur une mort causée par:

un accès de colère, à la fin de la résolu-.

tion heureuse d’un dépôt laiteux. Journ..

génér. de méd., chir. et pharmac. Paris, 1780, p. 515.

(21) Hubault, Ergo irasci senibus salu.

bre. Paris, 1646.

(22) Hippocrates, lib. u, epid. sect. 4., — Aétius, Tetrab. F, serm, 4, c. xxxnr, — Baco de Verulam. (Hist. vit. et mort.,.

p. 249) dit : « La colère à laquelle oncède, et qui se montre au-dehors, agit à la manière de ces médicaments qui produisent une grande chaleur. »

(25) Etimüller, I. c.

(24) Horst., lib. 11, consil. epist. 12.

— Schule, Consil. m. 50. — Valleriola ,.

lib. 11, c. 1v. Act. Hafn. Vol. r, obs. 71.

(25) Pechlin, lib. 11, obs. 31.

(26) Ettmüller (Enst. Part, 1, cap. m):

avoue : « Qu'une colère modérée convient aux femmes chez lesquelles les règles ne coulent pas bien, »

DU SYSTÈME NERVEUX

27), et dans les fièvres (28). Il ne faut ependart pas, comme Riedlin en averit avec raison, l’exciter de propos déliéré (29).

$S IV. Traitement.

1. Prophylaxie. — I est difhcile de lonner des préservatifs contre une pasion qui se montre chez l’homme lorsqu’il est au berceau, et qu'il partage vec les animaux. Cependant dans ce cas a religion et l'éducation peuvent beauoup faire comme cela nous est demonré par la secte de quakers (1). Mais l’é- Jucation doit commencer sous ce rapjort dès la naissance. Dans ce but il aut veiller à ce que les mères, qui portent es enfants dans leur sein, et les nourices qui les allaitent ne soient pas emortées par la colère. Il faut apaiser Ja volère des nouveau-nés par les careses et en leur présentant la mamelle.

Mais du moment que les enfants comnencent à lier des idées, un ou deux oups de verges empêche souvent Île reour de la colère, Il faut surtout avoir oin d’infliger cette punition avec calue. El faut donc donner aux enfants des pstituteurs non pas bourrus et emporés, mais doux et tranquiles. Il faut ausi éviter que les enfants ne soient ténoins de la colère de leurs parents. En ffet, il est nécessaire que les jeunes *ens apprennent de bonne heure Ia molération, que leur esprit soit imbu de a générosité nécessaire pour leur faire népriser tous les biens que l’on peut eur enlever, au contraire atlacher un rand prix à la liberté et à l'empire sur ux-mêmes, et se venger par le mépris

(27) Pechiin, 1. c., obs. 26, p. 460.

(28) Miscell. nat. cur., dec.…1, ann:,5, bs. 258. — Pierling, Thes. pract., obs.

rt school. p. 105.

(29) Lin. med. ann. 11, mens. Mart., ist. 20, p. 184.

(1) W. Penn, dans une lettre à sa femme, dit: « Si ceux qui le servent s’acjuittent mal de leur devoir, évite de te âcher, cela pourrait te nuire; il vaut mieux les congédier, s'ils résistent à de simples avis. Le mieux est toujours de s'abstenir de vaines paroles, qui troublent l’âme et offensent le Seigneur. »

(Memoirs of the private and publ. life of W. Penn. By Th. Clarkson, Lond. 1815, x Biblioth, univers, , 1816, Mars,, p, 260.)

seul; ou, tout au plus, par l'indignation

des injures qui ordinairement offensent

tant les autres personnes (2). Vient ensuite la patience, qui rend l’homme maitre de ses mouvements de colère les plus emportés, semblable en cela au palmier qui se relève d'autant plus qu’on l’abaisse davantage (3). L'âme doit donc ètre affermie contre la colère, et nous devons prendre une résolution forte de ne pas lui céder, quelque chagrin et quelque malheur qui nous arrive. Nous parviendrons à cela plus facilement par une mé-

- ditation assidue , et par la considération

de l’horrible laideur et de la difformité du visage et des gestes qui font ressembler l'homme en colère à un aliéné (4), et en songeant aux maux si funestes que la colère entraine, et aux fruits de la douceur, fruits si agréables pendant toute ia vie (5). Ges choses agiront plus efficacement si nous faisons vœu de nous abstenir pendant quelque temps de Ja colère, comme pour nous y accoutumer graduellement; si nous vivons toujours avec des personnes calmes, nous abstenant de la société de celles qui seraient moroscs, emportées et querelleuses, qui nous donneraient et de mauvais exemples et des occasions de colère (6). En outre il faut éviter les causes physiques de la colère. Il faut prendre des aliments tels que, par la douceur de leur sue, ils temperent l’âpreté de l’esprit (7),

ts

(2) Descartes, Des passions, art. 203.

(5) Quercetanus, Diætet. polyhistor., sect. 62 VI DES. |

(4) Pour mieux représenter la difformité de ja colère, les anciens en représentaient l'accès dans la personne des Furies, dont les cheveux étaient des serpents horribles, et qui tenaient d’une main un fouet de serpents et de l’autre portaient une torche allumée. C’est pout cela aussi que de Guldenklee (lib. 1r, cas. 16) dit: « fi deditus ob oculos sibi ponat, megæram illam infernalem a Plutarcho et Seneca vivis coloribus depic« tam, ut in banc intuens, deformitate tam atrocis furiæ peremia , mansuctudinem ‘exos:ularetur , quemadmodum speculo quosdam ab ira deterritos refert Sextus, perturbatos nimirum lanta sui mutatione. » |

(5) Aussi l'école de Salerne at-elle dit à

« Si vis incolumen , si vis te redcere sanum;, Curas pelle graves, irasci crede profanum, à

(6) Fick, 1, c., cap. v, S4- (7) Pline,

J1 faut boire peu de vin et beaucoup d’eau (8). Enfin, de même que le corps doit être nourri des meilleurs sucs, ainsi il faut se livrer à un sommeil paisible sur un matelas très-mou, sans négliger à un degré permis les plaisirs de l'amour (9).

Page 1