CLASSE V. — ROCHES VOLCANIQUES
i° Laves, Éjections boueuses, etc.
a° Roches pseudo-volcaniques , Argile brûlée , Jaspe porcelaine , Scories terreuses, etc.
MÉTHODE DE HAÛY.
À mesure qu'on a plus approfondi l'étude de la minéralogie , Ton a remarqué, comme caractère général , que les substances minérales avaient la propriété de se cristalliser. Les corps organisés , au contraire, affectent des formes arrondies et appropriées aux besoins de l'être vivant et végétant. i ^ , ^
Mais les formes cristallines, quoique remarquées, n'avaient pas été bien étudiées ; on se contentait de désigner les cristaux par des comparaisons communes , en lame de couteau , en croix , en tombeau , en pyramide , en pointe de diamant , en dé , etc. Linné soupçonna que ces formes pouvaient être toutes géométriques , exactes et capables de fournir de bons caractères distinctifs. Cet homme semblait inspiré du génie de la nature , tant il- y portait des aperçus neufs et d'une profonde vérité.
Romé de Lisle vint soumettre ensuite ces cristaux à la
SUR L'ART DE LA PHARMACIE. ixui
mesure du gonyomhtre ( instrument en équerre , propre à mesurer de très-petits angles, avec précision, de yôw, genou, angle , et «s-pov , mesure ) ; il les décrivit , les représenta avec soin , et crut reconnaître les formes primitives d'où dérivaient les cristaux les plus compliqués. Il pensait que les cristaux étaient composés de molécules similaires (qu'il nommait intégrantes) et géométriques. Bergmann suivit la même route , et s'appliqua pareillement à découvrir les molécules cristallines. Cependant on s'aperçut que les molécules des cristaux n'avaient point la même forme que le cristal entier , mais bien celle de sa molécule cristalline
Î>rimitive , laquelle est fort différente souvent , comme on 'observe dans les gypses ou chaux sulfatées. Les additions des molécules cristallines les unes aux autres se font toujours suivant un ordre régulier et symétrique , quoique différent en chaque espèce de corps. Romé de Lisle attribua encore avec beaucoup de fondement la ligne droite aux formes minérales, et la ligne courbe aux corps organisés végétans et animés.
11 était réservé au savant Haiïy de porter la lumière de la géométrie dans la cristallographie minérale ; il observa les modes d'accrétion , par superposition , des noyaux primitifs de forme cristalline, et ses modes de décaissement, par rangées ou lames successives ; il vit comment ces accroissemens ou déeroissemens varient et apportent des modifications à là molécule cristalline originaire. On reconnaît avec lui que le spath fluor (fluorure de calcium ou „ chaux fluatée ) , qui cristallise en cube , s'est accru sur les huit faces d'un octaèdre , et qu'en retranchant les huit angles du cube qui est produit, on arrive à ce cristal primitif; on décompose le prisme hexaèdre de spath calcaire par des clivemens (0 en sections parallèles , pour parvenir au noyau qui est un rhombe ou un rhomboïde. On obtient du spath adamantin (corindon harmophane), un rhomboïde plus aigu ; de la soude mnriatée , hydro-chlorate de soude, et du fer spathique de l'île d'Elbe (fer carbonate),
(0 On nomme ainsi la séparation des lames cristallines du diamant et des autres pierres. On ne parviendrait point à tailler le diamant sans cette connaissance, et si on voulait le diviser autrement que par ses jointures, on le briserait en morceaux. Cet art de tailleries pierres fines, trouvé en Hollande, exige dans le joaillier une étude suffisante des lois de la cristallisation des gemmes.
iaiv DISCOURS
un cube ; du béryl , un prisme droit hexaèdre ; du spath pesant (baryte sulfatée), un prisme droit avec des bases rhomboïdales; du feldspath (silice et alumine ), ou orthose, un pàrallélipipède obîiquangle ; et ainsi de tous les cristaux.
On demandera si Von ne peut pas subdiviser encore ce qu'on appelle le noyau primitif, pour le réduire à un terme plus simple. L'expérience a montré qu'en voulant aller au-delà on brisait le cristal et qu'on détruisait toute forme cristalline. \
Les additions ou soustractions des molécules cristallines autour du noyau primitif, par lames ou rangées, sont des molécules très-petites; c'est pourquoi souvent les surfaces paraissent planes à la vue simple, quoiqu'il y ait des cavités ou intervalles entre ces molécules cristallines. Cependant on a trouvé, dans ces derniers temps, que quelques conditions faisaient varier la cristallisation de plusieurs sels; ainsi les sulfates de cuivre sont modifiés et transformés en la cristallisation de ceux de fer par l'addition d'une faible quantité de sulfate de fer. De même l'alun sulfaté, plus ou moins acide, varie en figure cristalline; la soude muriatée cristallise en octaèdre par l'urée , etc.
Nous ne suivrons pas Haùy dans les lois d'accroissement et de décaissement des lames cristallines, soit sur les bords, soit sur les angles des cristaux. Il explique toutes les variétés, et l'on pourrait dire les savans jeux de la nature : elles sont tellement susceptibles de modifications, que le spath calcaire, seul, peut offrir 8,388,6o4 formes différentes, en admettant dans ses cristaux des décroissemens seulement par trois ou quatre rangées de molécules intégrantes.
Ces molécules intégrantes sont composées de molécules élémentaires, qui ont sans doute aussi des formes régulières et constantes, selon Haùy et Romé de Lisle, quoique différentes des formes de la molécule intégrante. On a réduit à trois les formes de ces molécules , le tétraèdre, le prisme triangulaire et le parallélépipède. Haùy trouve, dans ce dernier, le cube, le rhomboïde et les autres solides à six faces parallèles deux à deux : l'octaèdre régulier, le dodécaèdre à plans rhomboïdaux, sont encore des solides qui paraissent servir de noyaux primitifs.
Au reste , cet auteur a établi la division des minéraux en quatre classes.
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