‹ Traité de pharmacie théorique et pratiqueChapitre 116 sur 608 · DES ACIDES DE L'AZOTE · texte numérisé non relu

DES ACIDES DE L'AZOTE

eau, se change alors en oxygène et en vapeurs hypo-azotiques; mais bientôt la masse, dans la cornue, entre en fusion, la décomposition s'opère sur tous les points, et alors la proportion d'acide azoteux qui se produit est peu considérable. Autrefois, on n'employait que la quantité d'acide sulfurique nécessaire pour former du sulfate neutre de potasse ; alors une partie de l'azote n'était pas décomposée, et il se formait beaucoup plus de vapeurs hypo-azotiques; on espérait obtenir ainsi un acide plus fort ; mais on arrive au même résultat, en doublant la dose d'acide sulfurique, comme l'a conseillé M. Thénard, pourvu que vers la fin de l'opération on ne chauffe pas fort; une partie de l'eau est alors retenue par le bisulfate de potasse ; elle en serait chassée par une chaleur plus élevée.

Dans l'opération précédente, chaque kilogramme d'azotate de potasse fournit de 6 à 700 grammes d'acide nitrique fumant, marquant de 47 à 50 degrés, et d'une densité d'environ i,5. Cet acide contient une assez forte proportion d'acide azoteux. L'acide est d'autant plus fort que l'opération approche davantage de sa fin.

Si l'on n'avait pas besoin d'acide aussi fort , il y aurait avantage à couper, avec un poids d'eau égal au sien , l'acide sulfurique qui sert à la décomposition du nitre; il se fait alors fort peu d'acide azoteux.

En opérant sur 3 parties d'azotate j'ai obtenu A parties d'acide. La première partie marquait 1 3°, la seconde -22", la troisième 30°, et la quatrième 36°. Le mélange de ces acides marquait 28 degrés.

L'acide azotique obtenu par une première opération n'est pas pur. Il contient un peu de chlore, d'acide hypo-azotique et d'acide sulfurique ; pour séparer celui-ci, on distille de nouveau l'acide azotique dans une cornue de verre, après avoir ajouté 60 grammes d'azotate de potasse par kilogramme. Pour le priver de l'acide hypoazotique et du chlore, on emploie deux procédés différents. I-«e premier consiste à distiller en partie l'acide à une douce chaleur dans une cornue, de manière à en chasser l'acide hypo-azotique et le chlore; on obtient un acide distillé, impur, et il reste dans la cornue un acide très-fort, encore un peu coloré, dont la densité est de 4,5 à 1,51 (acide monohydraté). Dans la seconde méthode, pour avoir l'acide azotique entièrement exempt d'acide azoteux, on suit le procédé de M. Millon, qui consiste à le distiller avec 1/60 de son poids de bichromate de potasse ; l'acide azoteux passe à l'état d'acide azotique. On reconnaît que celui-ci est pur, en ce que , l'étendant de 2 parties d'eau, il ne précipite pas le soufre de l'acide sulfhydrique liquide.

138 DES MÉDICAMENTS CHÎMIQUES.

Au lieu de préparer l'acide azotique de toutes pièces, on se contente le plus souvent de purifier celui du commerce ; à cet effet, on ajoute peu à peu à l'acide azotique une dissolution concentrée d'azotate d'argent, jusqu'à ce qu'elle cesse d'y faire naître un précipité ; comme le chlorure d'argent qui s'est formé ne se dépose qu'avec lenteur, il faut, vers la fin , filtrer une petite quantité de l'acide sur du verre en poudre et l'essayer par la dissolution d'argent; aussitôt qu'il cesse de précipiter, on le porte dans un endroit obscur, et on l'abandonne à lui-même jusqu'à ce que tout le chlorure d'argent soit déposé, ce qui est fort long; on place alors sur la tubulure du flacon qui contient l'acide un bouchon percé de deux ouvertures ; par l'une, passe la branche la plus courte d'un siphon qui s'enfonce jusqu'à une petite distance du précipité de chlorure d'argent ; par l'autre, passe un petit tube qui n'arrive pas jusqu'à la surface de l'acide; en soufflant par ce tube, on augmente la pression intérieure , et l'on force l'acide à s'élever dans le siphon ; quant à la portion d'acide qui reste mêlée au dépôt de chlorure d'argent , on la sépare en la filtrant sur du verre en poudre.

Tout le chlore de l'acide azotique a été précipité; mais l'acide azotique tient en dissolution du sulfate d'argent et l'excès d'azotate d'argent dont on s'est servi; il faut le distiller; l'opération se fait dans une cornue de verre, à feu nu, dans un fourneau de réverbère; on distille presque à siccité ; on peut , en fractionnant les produits, obtenir de l'acide à différents degrés de concentration ; l'acide qui passe le premier marque 20° ; sa force augmente, à mesure que l'opération avance , depuis 20 jusqu'à 42° de l'aréomètre de Baumé.

Un procédé de purification moins sûr, mais plus économique, consiste à distiller l'acide, en mettant de côté les premiers produits, comme nous l'avons dit plus haut.

Pour obtenir de l'acide azotique monohydraté, M. Millon fait distiller l'acide du commerce dans une cornue de verre où l'on a mis des fils ou mieux de l'éponge de platine. Le premier tiers d'acide qui distille contient plus de la moitié de l'eau. On ajoute au reste de l'acide un volume égal au sien d'acide sulfurique concentré, et l'on obtient un acide très-dense qu'une nouvelle distillation avec ïm cide sulfurique donne plus concentré encore. On le redistille encore une fois pour le dépouiller d'acide sulfurique. Veut-on le dépouiller d'acide azoteux, il faut le porter à l'ébullition, et alors y faire passer un courant de gaz carbonique jusqu'à ce que l'acide soit refroidi.

DES ACIDES DU PHOSPHORE. m

Page 1